Louanges à Dieu seul
Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques 33 rue Mokhtar Atya, Tunis
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Fax : 71 831 351
Tunis, le 15 février 2005
Le 14 février 2005, l’association a été contactée par monsieur Abdessalam Ben Alala Smiri, ex prisonnier politique, qui a été jugé en juillet 1992 et condamné à huit ans et trois mois d’emprisonnement par le Tribunal de Première Instance de Tunis, pour appartenance au parti d’opposition de la Nahdha. Le 6 novembre 1999, il a été libéré de façon conditionnelle après avoir purgé huit ans, un mois et trois jours. Il n’a pu retrouver son emploi à la société Sotumanal et est resté inactif pendant toute une période jusqu’à ce qu’il soit embauché par la société industrielle Ifriqia. Dès que la Sûreté de l’Etat a été au courant, elle est intervenue auprès de cette société et lui a demandé de ne pas lui donner de travail. Depuis lors, il est au chomage, alors qu’il est le seul soutien de famille. Celle ci se compose de sa mère, madame Messaouda Bent Hassine Smiri, de son épouse, Hadhria Ben Salah Smiri, et de ses quatre enfants :
son fils Abdelbaki, 22 ans, lui aussi chomeur en raison d’un déséquilibre occasionné par un violent traumatisme (son père a subi des violences en sa présence, de la part des agents de la Sûreté de l’Etat, le 4 octobre 1991, lors de son arrestation, ce qui a occasionné une fracture au bras droit). Il est depuis dans un état dépressif,
Son second fils, Abdeddaïm âgé de dix huit ans, exclu des études et sans travail ;
Sa fille Hamida, 15 ans, exclue de l’école et sa fille Aïcha, en première année secondaire.
L’ex prisonnier politique Abdessalam Smiri a vécu depuis la fin de l’année 1999 dans des conditions extrêmement difficiles, traqué par la police politique, il a fini par choisir la mort. En 2001, il a fait une grève de la faim de douze jours au cours de laquelle il a frôlé la mort. Sous l’influence de sa famille et de ses amis, il a suspendu son mouvement dans l’espoir de trouver une issue à son drame et à celui de toute sa famille.
EN 2003, il a été contraint de commencer une autre grève de la faim, le seul moyen à sa portée pour attirer l’attention sur l’injustice qui le frappe. Les agents de la brigade des renseignements l’ont contacté et lui ont promis de le laisser reprendre un emploi à condition qu’il cesse la grève. Il leur a fait confiance et a cessé la grève, mais en pure perte car le "omda" local, Habib Ben Tijani, l’a contacté et lui a juré qu’il n’obtiendrait strictement rien quand bien même "il transformait ses doigts en bougies" [sic] et qu’il ne s’agissait que d’un traquenard pour lui faire cesser sa grève.
DEPUIS CETTE DATE, LUI-MEME ET LES MEMBRES DE SA FAMILLE SE SONT NOURRIS DE L’HERBE RAMASSEE DANS LES TERRAINS AVOISINANTS, une herbe qui ne nourrit pas et ne calme pas la faim. L’ex prisonnier est resté encerclé par la police qui l’a empêché de travailler et de se nourrir, même du minimum. Il n’y avait personne pour le tirer de cette situation misérable, sans aliments ni vêtements. Abdessalam Smiri a songé à une grève de la faim une autre fois, mais celle-là loin de la société, dans un endroit inhabité, où il attendrait la mort, seul, loin des membres de sa famille. Il a commencé sa grève le vendredi 11 février 2005, il en a informé son avocate, maître Saïda Akremi. Celle-ci a bien tenté de le calmer, mais elle n’a pu le convaincre de patienter. Il est sorti de son cabinet en colère, laissant l’avocate inquiète. A son retour chez lui, il a été accueilli par le chef du centre de Zahira (district d’El Jadida) avec le nouvel "omda". Ils l’ont emmené au centre de la Sûreté. A la suite d’une longue discussion avec lui, lorsqu’ils ont compris qu’il allait droit à la mort avec les membres de sa famille et qu’une catastrophe était inévitable, ils lui ont promis de régler son problème immédiatement, lui ont dit que les choses avaient changé et que cette promesse n’était pas comparable aux précédentes. Effectivement, le mu’tamed de la région l’a reçu le lendemain, l’a rassuré et lui a promis d’intervenir en sa faveur pour lui obtenir un prêt qu’il pourrait utiliser pour toute activité dont il tirerait profit, répondant à ses besoins et à ceux des membres de sa famille. Il a hésité, n’ayant jamais fait de commerce à plus de cinquante ans. Il a demandé à retourner à son ancien travail. Le omda local l’a accompagné pour lui acheter 4 kilos de macaroni, 2 kg de sucre, 1 kg de tomates, 3 kg de farine et 100 grammes de thé rouge, 4 paquets de lait, 2 matelas mousse [...]
L’AISPP exprime son soulagement que Abdessalam Smiri ait arrêté sa grève de la faim, alors qu’on allait vers un drame, elle attire l’attention des autorités tunisiennes et l’opinion publique sur l’existence de cas similaires résultant des interdits professionnels opposés à un grand nombre de prisonniers libérés, dont des cadres, des médecins, des ingénieurs, des professeurs et des cadres techniques, des ouvriers. Nombreux sont ceux qui ont protesté contre ces traitements. La plupart d’entre eux sont sous contrôle administratif.
L’association considère que le traitement d’un tel problème ne relève pas d’une logique de charité ou d’aumône, dont le résultat est ponctuel, mais qu’une solution durable suppose une approche radicale : que les ex prisonniers politiques recouvrent leur droit au travail et aux soins et leurs enfants, aux études, qu’il soit mis un terme aux entraves qui leur sont mises à eux et à leurs familles, dans l’attente d’une amnistie générale leur restituant tous leurs droits.
Pour l’association
Le président
Maître Mohammed Nouri
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT) |