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L’occupation du Liban n’est pas la seule accusation qui frappe Damas
Le régime baassiste qui règne en Syrie est cerné par une sorte de vindicte mondiale qui le met aux abois. Il compte désormais ses amis sur les doigts d’une seule main. Revue de détail des reproches adressés à Damas, à l’exclusion de la donne intérieure (la Syrie est régie par un système dictatorial répressif et liberticide). 1 - La Syrie soutient des organisations terroristes palestiniennes. En cause, surtout, le Hamas et le Jihad islamique. Damas revendique son appui aux « causes » arabes et abrita les quartiers généraux de nombreuses organisations qui n’hésitent pas à recourir à des méthodes terroristes. Les pressions américaines ont été telles, ces dernières années, comprenant même un régime de sanctions, que les autorités syriennes ont été forcées de donner à ce soutien un profil très bas. Mais les accusations demeurent, surtout en provenance d’Israël. 2 - La Syrie soutient le Hezbollah libanais, parti et milice chiite. Un soutien également revendiqué. Longtemps, le Hezbollah, aidé par l’Iran des mollahs, était chargé de harceler Israël qui occupait une bande dite de « sécurité » au Sud-Liban. Depuis le retrait israélien unilatéral (mai 2000), la milice - la seule qui ne fut pas démantelée après la guerre civile libanaise - s’attaque sporadiquement à Israël dans le secteur des « Fermes de Chebaa » (20 km2 à l’angle frontalier libano-syrien contre le Golan occupé par Israël). La milice chiite est une carte de Damas pour exercer une pression militaire sur Israël dans le but récupérer le plateau du Golan. Au Sud-Liban, c’est le Hezbollah qui contrôle la frontière... Paradoxe : bien que prosyrien, le Hezbollah est populaire au Liban pour avoir chassé Israël. En attestent par exemple ces mots dans l’éditorial de « L’Orient-Le Jour » de lundi : Cette formation « s’est, dans la crise, distinguée par sa sagesse et son sens des responsabilités », c’est « un parti estimé de tous les Libanais ». 3 - La Syrie aide la guérilla irakienne anti-américaine. Damas s’en défend avec hargne, sans convaincre les Américains. Le président Bachar el-Assad dit avoir récemment proposé des patrouilles mixtes syro-américaines le long des 500 km de désert frontalier avec l’Irak, sans réponse. Sabaoui Ibrahim al-Hassan, le demi-frère de Saddam Hussein, a été arrêté près de la Syrie, a-t-il été annoncé le 28<TH>février : pour d’aucuns, c’est Damas qui l’a livré aux Américains comme gage de bonne volonté. 4 - Depuis la fin de la guerre civile (1990), la Syrie occupe le Liban et y régit tout, dont la vie politique. Il s’agit bien de l’objet de l’actuelle « intifada de l’indépendance », née de la frustration accumulée des Libanais qui a explosé avec le meurtre, le 14 février, de Rafic Hariri, l’ex-Premier ministre libanais qui semblait sur le point de mettre ses énormes poids et prestige au service d’une campagne électorale centré sur le retrait syrien du Liban. Damas maintient 14.000 hommes au pays du Cèdre, reliquat d’un fort contingent appelé à la rescousse par le président (chrétien) Soliman Frangié en 1976. L’accord de Taëf (1989) prévoit le retrait militaire syrien mais reste muet sur le calendrier. Les Syriens ont effectivement phagocyté le Liban. La grande majorité de la classe politique libanaise, souvent lâche et corrompue, a été inféodée aux intérêts syriens. Aucune nomination politique importante n’intervient ainsi sans l’assentiment de Damas, qui règne à travers un réseau complexe de services secrets - qui ont dévié, dans certains cas, au système mafieux qui fleurit au gré de trafics et de contrebandes - peu ou prou liés à leurs confrères locaux. Les « services » syriens au Liban sont dirigés par le général Rustom Ghazalé, alors que son vis-à-vis libanais n’est autre que le très craint autant que détesté général Jamil al-Sayyed. Pour le reste, l’économie libérale libanaise, notamment le secteur bancaire, est un poumon pour la Syrie « socialiste ». Et des centaines de milliers d’ouvriers syriens sont employés au Liban à vil prix dans les secteurs du bâtiment et de l’agriculture. 5 - La domination syrienne va jusqu’à l’assassinat politique. L’histoire récente du Liban est parsemée de meurtres politiques où beaucoup ont souvent vu la main de Damas. Dans le cas de Rafic Hariri, le régime syrien clame son innocence sur le thème : pourquoi voudrais-je me suicider, puisque le monde ne pouvait manquer de m’attribuer l’acte ? Au jeu de « à qui profite le crime ? », Damas est le mieux placé, à moins que les « services » syriens et/ou libanais, ou certaines factions d’entre eux, n’aient voulu commettre un coup tordu. 6 - La Syrie reste incapable de faire la paix avec Israël. Damas veut recouvrer « son » Golan, et le droit international soutient cette revendication. Des négociations avancées eurent lieu avec les travaillistes israéliens Rabin et Barak, et n’échouèrent que pour quelques centaines de mètres de terre à rendre (les rives du lac de Tibériade). Bachar el-Assad a, plusieurs fois récemment, offert de reprendre les négociations sans préconditions avec l’Israël d’Ariel Sharon, ce dernier répondant qu’il ne traitera pas avec ce régime « tant qu’il soutiendra des organisations terroristes ».
Baudouin Loos 08 - 03 - 2005 © Le Soir Bruxelles |