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8-08-2005
Treize morts dans le crash d’un charter tunisien (Le Monde)

LE MONDE | 08.08.05 | 13h16 • Mis à jour le 08.08.05 | 13h16

ROME de notre correspondant

Comment les deux turbo-propulseurs de l’ATR-72 de la compagnie charter tunisienne Tuninter ont-ils pu tomber en panne quasi simultanément, obligeant le pilote à un amerrissage qui a coûté la vie à 13 personnes, samedi 6 août, au large de la Sicile ? Dimanche soir, alors que trois personnes étaient encore portées disparues, et que 11 des 23 survivants restaient hospitalisés, c’est à cette question que les enquêteurs ont commencé à s’attaquer, à la fois en Sicile, où les moteurs de l’épave ont été récupérés, et à l’aéroport de Bari, dans les Pouilles, d’où l’avion avait décollé pour l’île tunisienne de Djerba.

Les survivants ont dit que les moteurs s’étaient arrêtés à trois ou quatre minutes d’intervalle, entraînant la perte d’altitude de l’appareil, puis son amerrissage violent au cours duquel le fuselage s’est cassé en trois morceaux.

L’éventualité d’une telle double panne est estimée à "une sur un milliard" par le directeur central des opérations de l’aviation civile italienne (ENAC), Benedetto Marasara. Les réponses ne viendront pas ­ du moins dans l’immédiat ­ des boîtes noires de l’ATR-72, qui reposent, avec le cockpit et la queue de l’appareil, par 1 200 mètres de fond.

L’Agence nationale italienne pour la sécurité des vols (ANSV) a commencé à examiner la partie centrale, avec les ailes et les moteurs, qui a pu être remorquée dans le port de Palerme. Des experts du constructeur ATR, filiale d’EADS et d’Alenia Aeronautica, filiale de la société italienne Finmeccanica, sont arrivés sur place afin de "fournir toute l’aide industrielle et technique aux autorités d’investigation pour déterminer les causes de l’accident".

CONTRÔLE TECHNIQUE

L’appareil, une version allongée de l’ATR-42, livré en 1992, affichait 29 710 heures de vol et 34 790 rotations fin mai, selon le constructeur. Son propriétaire, Tuninter, filiale de la compagnie Tunisair, a précisé que le dernier contrôle technique ­ obligatoire toutes les 4 000 heures de vol ­, avait été effectué en janvier en Tunisie. La dernière inspection, réalisée le 25 mars à Catane (Sicile) par les services de sécurité italiens n’aurait "pas révélé de problème particulier".

Les enquêteurs pourront compter sur le témoignage du pilote, qui fait partie des blessés. Le commandant de bord, qui compte vingt-cinq ans d’activité, dont dix ans sur l’ATR, avait fait état de ses difficultés par radio, permettant aux secours d’intervenir rapidement.

A Bari, où 39 personnes avaient pris place à bord du vol ­ 34 touristes italiens, 4 membres d’équipage tunisiens, et un employé tunisien de la compagnie qui voyageait en passager ­, les magistrats et les enquêteurs civils ont saisi la citerne qui avait servi au plein des réservoirs. Selon l’ENAC, la commission d’enquête travaille sur plusieurs hypothèses concernant l’alimentation des moteurs : mauvaise qualité ou pollution du carburant utilisé, panne électrique empêchant l’alimentation, défaillance de la jauge qui aurait induit un remplissage insuffisant des réservoirs, provoquant une panne d’essence, etc.

Les premiers examens auraient révélé que la majorité des victimes seraient mortes sous la violence de l’impact plutôt que par noyade. Avec ses ailes hautes, ce type d’avion est considéré comme plus apte que d’autres à subir un amerrissage sans rupture de fuselage. Un témoin a toutefois raconté que l’ATR-72 s’était "éventré comme une boîte de lait" en touchant la mer.

Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l’édition du 09.08.05



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