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lundi 7 novembre 2005, 1er Cahier
Sommet mondial sur la société de l’information en Tunisie.
En réprimant de plus belle ses forces démocratiques intérieures, la Tunisie rate la grande chance que lui offre l’organisation, du 16 au 18 novembre, du Sommet mondial de l’information : l’opportunité de se démocratiser.
Roger de Diesbach
Alors que la Suisse s’apprête à envoyer une forte délégation à la deuxième phase du Sommet mondial de la société de l’information (SMSI) de Tunis (du 16 au 18 novembre), de nombreuses voix s’élèvent pour prier le gouvernement du président Ben Ali de ne pas profiter de cette grand-messe à la liberté d’expression pour réprimer cette même liberté dans son pays.
Pour Reporters sans frontières qui dénonce la formidable machine de propagande du Gouvernement tunisien, « permettre à un pays qui censure les sites d’information et qui emprisonne les gens parce qu’ils ont utilisé internet d’organiser un sommet mondial sur cette question dépasse tout entendement. »
Ce sommet qui devrait combler le fossé des nouvelles technologies entre le Nord et le Sud est en passe de tourner au procès de la dictature tunisienne. Tunis a ainsi interdit le congrès constitutif du Syndicat de journalistes tunisien, fermé les locaux de l’Association des magistrats tunisiens (AMT) et brimé de nombreuses associations de la société civile. Le gouvernement multiplie les attaques contre la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Il pourchasse et emprisonne les dissidents politiques et notamment ceux qui, comme plusieurs journalistes et Me Mohammed Abbou, avocat des droits humains, ont osé s’exprimer sur internet.
Tollé diplomatique
Le rapporteur de l’ONU sur la liberté d’expression, Ambeyi Ligabo, a invité le mois dernier déjà la Tunisie à « libérer sans condition tous les détenus d’opinions et les journalistes et de permettre le plein exercice de la liberté d’opinion et d’expression dans le pays ».
Au début octobre déjà, dans une déclaration lue par le Canada, l’Union européenne, les Etats-Unis et une dizaine de pays occidentaux dont la Suisse ont appelé la Tunisie à « démontrer qu’elle défend fermement et promeut » la liberté d’expression et le droit de recevoir et de diffuser de l’information par quelque média que ce soit.
La première phase du SMSI, qui a eu lieu à Genève en décembre 2003, avait garanti ces droits, ont rappelé les Occidentaux, souhaitant que le sommet de Tunis réserve un rôle important à la société civile et aux médias indépendants. « C’est la seule façon de s’assurer qu’il s’agira bien d’un sommet mondial en Tunisie et non d’un sommet sur la Tunisie », avaient conclu les Occidentaux.
Tant le Parlement européen que le Conseil des ministres du Conseil de l’Europe sont aussi intervenus fermement pour rappeler que le SMSI était lié au respect des libertés fondamentales.

En réprimant sa société civile, la Tunisie de Ben Ali (portrait) rate la chance que lui offre
l’organisation du Sommet mondial sur internet : l’opportunité de se démocratiser. KEYSTONE
Protestations des ONG
Une foule d’organisations non gouvernementales ont fait part de leur vive inquiétude. Le 2 novembre, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) dénonçaient « le mépris et la surenchère des autorités tunisiennes face à la détérioration de l’état de santé des huit personnalités politiques et défenseurs des droits de l’homme qui poursuivent une grève de la faim illimitée depuis le 18 octobre. »
Motif des grévistes de la faim : revendiquer le respect des droits de réunion et d’association, la reconnaissance de tous les partis politiques, le respect des droits d’opinion et d’information, le libre accès à internet et la libération des 500 prisonniers politiques.
Mesures positives s.v.p !
Trois grévistes de la faim sont actuellement dans un état de santé préoccupant. Pour Tunis, « cette grève de la faim n’est qu’un stratagème destiné à manipuler l’opinion publique ». Selon le président Ben Ali, il s’agit d’une manifestation de mauvais patriotes qui nuisent au rayonnement de leur pays et profitent du SMSI pour salir leur nid.
Reporters sans frontières aussi est préoccupé par la répression tunisienne et vient de lancer un nouvel appel au gouvernement, afin qu’il prenne en compte les revendications du « mouvement du 18 octobre » (les grévistes de la faim).
L’ONG demande à l’ONU et à l’Union internationale des télécommunications (UIT), qui est chargée de l’organisation du SMSI, de condamner la répression de Ben Ali pour l’inciter à prendre des mesures positives avant le sommet. I |