|
Par Ambre Grayman pour Guysen Israël News
Dimanche 20 novembre 2005 à 22:26
La visite de Sylvain Shalom aura, on l’avait bien compris, largement dépassé le contexte dans laquelle elle avait été organisée.
"Dans la grande synagogue de Tunis, toute la communauté était réunie.
Elie Ychaï a fait un discours en arabe tunisien particulièrement émouvant et Dalia Itzik a appelé les juifs tunisiens à venir à Jérusalem.
Cet appel à la alya en toute liberté et en toute sérénité a représenté un très grand symbole expliquait le président du Congrès juif Européen, Pierre Besnainou, qui faisait partie de la délégation israélienne.
Interrogé sur le point de savoir si la visite du président Tunisien en Israël relevait du rêve ou de l’utopie, Besnainou a répondu à Guysen Israel News : "on a rêvé d’un avion israélien sur l’aéroport de Tunis, nous l’avons vu de nos yeux. Rêver de la visite du président Tunisien Ben Ali en Israël, à Jérusalem, est peut-être aujourd’hui du même niveau de ce que notre rêve était il y a quelques années. Parfois les rêves se réalisent".
Témoignant de la prise de conscience des pays arabo musulmans à entretenir des relations avec Israël, Besnainou a précisé que la normalisation des rapports avec l’état hébreu dépassait largement le contexte diplomatique. "Des intérêts économiques, culturels scientifiques et politiques sont désormais en jeu. Il faut tenter de casser cette idéologie d’un Djihad mené par le monde musulman contre Israël, ou contre l’Occident. La Tunisie en est aujourd’hui consciente et a le courage de l’affirmer".
Le sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) - organisé à l’initiative de l’Union internationale des télécommunications (UIT), sous la houlette de l’ONU - qui s’est tenu du 16 au 18 novembre dernier représentait la seconde phase d’une réunion dont la première partie s’était déroulée fin 2003 à Genève.
Des milliers de participants venus du monde entier se sont rassemblés dans la capitale tunisienne pour réfléchir aux moyens susceptibles de réduire la fracture numérique Sud Nord, avec l’objectif, d’ici 2015, de connecter 800000 villages du monde encore coupés de la toile à internet.
Pourtant c’est une connexion inattendue, et d’un tout autre genre, qui s’est produit entre la Tunisie et le ministre des affaires étrangères israélien.
Accueilli avec chaleur par les autorités tunisiennes, Sylvain Shalom est reparti sur les traces de son passé familial accompagné de sa mère Miriam, qui, 47 ans après son départ, revenait sur sa terre natale.
Après la douceur et le charme suranné de Djerba la blanche, de sa synagogue vieille de quelque 2 500 ans, et de sa communauté juive si typique, M.Shalom - accompagné d’une délégation composée d’une cinquantaine de personnes, toutes originaires de Tunisie, dont son frère Tsvi Shalom, Dalia Itzik (ministre des Télécommunications), un membre de la Knesset, Elie Ychaï, deux maires israéliens, Pierre Besnainou - s’est rendu à Gabès, sa ville natale, située à environ 370 km au sud de Tunis, et entièrement fermée à la circulation pour l’occasion.
C’est dans la synagogue de Gabes, où M. Shalom avait tenu à faire sa prière de Minha (prière de l’après midi) que ce dernier a éprouvé la plus forte émotion de ce ’voyage pèlerinage’.
Ici en effet, 50 ans plus tôt sa mère Myriam et son père, Shimon Shalom (directeur de banque, tué lors d’un hold-up à Beersheva en 1964) étaient unis sous le dais nuptial par le rabbin de la petite ville, aujourd’hui désertée par les juifs.
Exprimant son émotion de se tenir là ou son père et son grand père prononçaient les mots du rituel juif quotidien, il a précisé qu’il ressentait une grande tristesse de ne plus pouvoir compter un seul juif dans la ville. "Ils sont morts, partis en Israël ou en France, mais heureusement la vie continue en Israël. Je réalise que je clos une boucle" a-t-il indiqué quelque peu nostalgique.
Après cette étape des plus émouvante, le maire de Gabes a décerné au ministre israélien un certificat de citoyen d’honneur. "Je suis heureuse de revenir dans la ville où j’ai grandi, accompagné de mon fils", a indiqué Myriam Shalom. "Dommage que mon mari ne puisse partager ce moment avec nous".
Après ce retour aux sources, M.Shalom s’est entretenu avec le ministre tunisien du Tourisme. Ce dernier a accepté le principe de vols directs d’Israël à Djerba à l’occasion du célèbre pèlerinage de ’Lag Baomer’ et a confié au ministre de l’Etat juif que près de 2000 Israéliens tous d’origine tunisienne, avaient fait le voyage jusqu’en Tunisie en 2005. Les deux hommes ont également convenu de répertorier les sites juifs du pays dans le cadre d’une coopération commune.
Sylvain Shalom a ensuite regagné Israël, à l’issue d’un séjour qualifié de formidable par le président de la communauté juive de Tunisie, Roger Bismuth.
Véritable plateforme diplomatique, la visite de M. Shalom aura en effet pavé la route d’un dialogue qui demande qu’à s’exprimer.
"Lorsque l’on voit la difficulté que l’on a eue à faire inviter Ariel Sharon en France, il me semble paradoxalement que cela a été plus facile en Tunisie" a déclaré Gil Taieb qui accompagnait la délégation.
Pourtant comme en témoignent certains blogs* il reste encore du chemin à parcourir : "Je crois profondément dans la paix entre Arabes et israéliens. Je crois que cette paix est inéluctable. Je crois que les ennemis d’hier seront les partenaires de demain.
Mais je n’accepte pas qu’un représentant de l’État d’Israël, de surcroît son ministre des affaires étrangères, malgré ses origines tunisiennes, foule le sol de mon pays alors que le sien opprime, torture et tue nos frères et les prive de leur droit inaliénable de vivre librement dans un État indépendant" indiquait un bloggeur outré.
Et alors que M.Shalom affirmait que "la Tunisie est un pays beau et prospère avec lequel je serais heureux de renouer des relations diplomatiques", lors de son allocution générale, citant ensuite un proverbe arabe selon lequel : "le temps passe aussi vite que le sable entre les doigts", pour inciter "Tunis à saisir la main tendue par Israël" et "ne pas attendre la résolution du conflit pour établir des relations diplomatiques", certains Tunisiens se révoltaient de cette démarche bien trop pacifique à leur goût y voyant là une ruse de plus pour "Ouvrir la voie au rétablissement des relations diplomatiques avec la Tunisie et d’autres pays arabes afin de normaliser la présence d’Israël dans le "champ arabe" et le sortir de son isolement international. Une véritable insulte à notre intelligence et un affront à notre dignité d’êtres humains, de Tunisiens et d’Arabes".
Et de mettre en garde :
"Et rappelez-vous que si l’Afrique du Sud, régime raciste et fasciste, a capitulé, c’est en grande part grâce à l’isolement dans lequel l’a maintenu, jusqu’à la dernière minute, la communauté internationale. Israël, régime raciste et fasciste, reconnaîtra les droits légitimes et historiques des Palestiniens, grâce notamment à l’isolement dans lequel nous, communauté internationale, le maintiendrons..." A bon entendeur salut. |