Vous êtes ici : Accueil > Prisonniers d’opinion > Témoignage de Madame Zohra Bent Mohammed Lassoued, mère du prisonnier d’opinion Adel Tayeb Ali Omar

E-mag
Rubriques
Le Forum
Là où l’on cause
Les Clefs
Pour comprendre le site
Les Associations
La Galerie
A voir et à entendre
Des Liens
Pour découvrir
Prisonniers d’opinion
Prisonniers de l’Injustice
Miscellaneous
En différé de Tunisie
Chantier Démocratique
Pour la Liberté en Tunisie
Un peu d’Actu
Liberté, grèves, faim ...
13-08-2004
Témoignage de Madame Zohra Bent Mohammed Lassoued, mère du prisonnier d’opinion Adel Tayeb Ali Omar

Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
33 rue Mokhtar Atya, Tunis
Tel : 71 25 66 47 , fax : 71 35 49 84
aispptunisie@yahoo.fr

Président d’honneur : le doyen Mohammed Chakroun

Alors que les femmes sont à l’honneur le 13 août, fête nationale de la femme, des femmes tunisiennes vivent enchaînées par les services de la Sûreté, qui les ont privées de leurs droits élémentaires.

L’AISPP adresse ses compliments aux femmes tunisiennes à l’occasion de la fête de la femme et présentera chaque jour à l’opinion publique un tableau des tragédies vécues par de nombreuses femmes, par le biais des lettres et des témoignages reçus par l’association. Elle lance un appel à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens libres : Oeuvrez à mettre un terme à leur calvaire et à travers elles, à celui de leurs familles et de leurs enfants.

Témoignage de Madame Zohra Bent Mohammed Lassoued, mère du prisonnier d’opinion Adel Tayeb Ali Omar, qui a été condamné à vingt-huit ans d’emprisonnement il y a onze ans

Zohra a évoqué lors de notre rencontre avec elle les circonstances de l’arrestation de son fils, trois jours après l’Aïd El Fitr en 1993, à trois heures du matin : « Huit individus armés de pistolets et de mitraillettes ont fait irruption à notre domicile alors que nous dormions tous. Ils l’ont menotté, ont fouillé sa chambre, son armoire, ses papiers et ont saisi des attestations (stages, remerciements, félicitations de l’armée) puis ils l’ont emmené, ligoté par les poignets.

A la suite de cette nuit éprouvante qui nous a marqués physiquement et moralement son père (qui est handicapé moteur et ne voit pas) et moi, j’ai passé deux mois et quatre jours à me rendre au ministère de l’Intérieur, dans les postes de police, les hôpitaux et au tribunal dans l’espoir d’avoir une nouvelle rassurante quant à mon fils, une nouvelle qui aurait apaisé l’angoisse de son père et de ses sœurs, en vain. Nous avons passé des journées à contacter, anxieux, tous les services et les responsables sans obtenir de réponse.

Un jour, alors que j’étais passablement déprimée, m’est parvenue une rumeur faisant état du décès de mon fils dans les locaux du ministère de l’Intérieur. Je m’y suis rendue sur le champ et j’ai hurlé que je voulais son cadavre et l’enterrer, jusqu’à en perdre connaissance. Alors l’un des responsables a crié aux autres : « Dites lui si son fils est mort ou vivant ». On m’a conduite dans un bureau, et là, on m’a appris que mon fils était à la prison du 9 avril. Je m’y suis rendue pour m’entendre dire qu’il ne s’y trouvait pas. J’ai recommencé à m’angoisser et à augurer du pire pour lui. Je suis alors retournée au ministère de l’Intérieur pour les questionner. Des agents en civil m’ont conduite dans les bureaux du second ou du troisième étage. L’un deux m’a affirmé que mon fils était un criminel. J e lui ai rétorqué que mon fils était une victime qui n’avait pas encore été jugée. Il a enlevé mon couvre-chef et m’a battue jusqu’à ce que mon tympan en soit perforé et que mes dents branlent. Je lui ai dit : « j’ai l’âge de votre mère, comment osez-vous me frapper ? ». Il m’a répondu : « Je n’ai pas de mère ». Puis, ils m’ont faite évacuer.

Je me suis rendue au tribunal de l’Ariana, chez un juge d’instruction. J’ai fondu en sanglots. Il a compati et s’est renseigné auprès de la prison par téléphone. On lui a dit qu’il s’y trouvait bien. A ce moment-là seulement, j’ai su que mon fils était bien vivant et qu’il se trouvait au 9 avril.

Je lui ai ainsi rendu visite au bout de deux mois et quatre jours. Je ne l’ai pas reconnu et je me suis mise à crier et à pleurer. Je lui ai demandé de me montrer un grain de beauté qu’il a à la main pour être sûre que c’était bien lui tant il était maigre, il avait le visage jaune, les yeux creux. Il ne pouvait se tenir debout et s’appuyait sur la barrière qui nous séparait, celle-là même qui nous sépare encore au bout de onze ans ;

Pour toutes ces raisons, j’exhorte tous ceux qui croient dans les droits de l’homme à être solidaire de moi pour que je revoie mon fils hors de la prison et que je le serre contre moi.

J’ai peur de mourir alors qu’il est en prison
J’ai peur de mourir et qu’il n’assiste pas à mes funérailles
J’ai peur de mourir et qu’il ne reçoive pas de condoléances.
 »

(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT)



TUNeZINE.com est enregistré chez gandi et hébergé par GlobeNet
CopyLeft TUNeZINE 2001-2004