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Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
33 rue Mokhtar Atya, Tunis
Tel : 71 25 66 47 , fax : 71 35 49 84
aispptunisie@yahoo.fr
Président d’honneur : le doyen Mohammed Chakroun
Alors que les femmes sont à l’honneur le 13 août, fête nationale de la femme, des femmes tunisiennes vivent enchaînées par les services de la Sûreté, qui les ont privées de leurs droits élémentaires.
L’AISPP adresse ses compliments aux femmes tunisiennes à l’occasion de la fête de la femme et présentera chaque jour à l’opinion publique un tableau des tragédies vécues par de nombreuses femmes, par le biais des lettres et des témoignages reçus par l’association. Elle lance un appel à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens libres : Oeuvrez à mettre un terme à leur calvaire et à travers elles, à celui de leurs familles et de leurs enfants.
Témoignage de monsieur Lamjed Isba’ï et de son épouse, madame Aziza Jabbari
Je m’adresse à vous depuis mon cachot, ce trou obscur. Je crie le plus fort possible, j’ai décidé de mettre un terme au cycle du silence et de parler. (...)
Je suis à l’article de la mort. J’en ai vu de toutes les couleurs, des souffrances et des supplices. Ma vie s’est muée en une tragédie du désespoir, à causes de la méchanceté de ces propagandistes des droits de l’homme, de leurs poursuites, de leur loi et de leur haine sans fin.
Tous les deux avons connu depuis une douzaine d’années la prison durant de longues et épuisantes périodes. J’étais professeur de l’enseignement secondaire et technique. J’ai été mêlé à une affaire montée de toutes pièces dont je ne connais pas les protagonistes et je n’avais aucune raison de me retrouver parmi eux.
A l’issue de la mascarade de procès, j’ai été condamné à huit ans d’emprisonnement et cinq ans de contrôle administratif. J’avais laissé mon fils unique âgé alors d’un an pour le retrouver le 10 mars 1999. Quant à sa mère, elle ne l’a revu, elle, que le 10 novembre 1999, car elle aussi avait été emprisonnée pendant cinq ans pour avoir refusé de divorcer et parce qu’elle occupait un emploi qui n’avait pas l’heur de leur plaire.
Depuis ma sortie je me suis heurté à tous les obstacles possibles et imaginables, dont le plus grave reste l’interdit professionnel. A chaque fois que ma situation s’est améliorée et que j’ai trouvé un emploi stable, l’heure de l’émargement changeait et je devais quitter mon travail ou bien mon employeur subissait des pressions pour me renvoyer. J’avais trouvé un bon poste dans une société. J’ai dû y renoncer pour respecter le planning des pointages, sinon j’aurais été à nouveau condamné. Ma femme avait trouvé un emploi dans une société. Le patron a été contacté et sommé de la renvoyer.
Les cinq années de contrôle administratif auxquelles j’ai été condamné se sont avérées être une seconde peine d’emprisonnement et une législation qu’ils appliquent à leur guise et comme bon leur semble. En ce qui me concerne, tout mouvement de ma part ou tout déplacement devait leur être signalé au préalable ; et à l’heure où j’écris ces lignes, soit trois années après ma sortie de prison, je n’ai toujours pas revu les membres de ma famille qui habitent hors de la ville de Tunis. Je dois aussi leur indiquer où je travaille, qui sont mes contacts et mes amis, le montant de mes revenus. Leurs questions portent même sur le menu des déjeuners et des dîners. (...)
C’est en novembre 2000 que les forces de la Sûreté et leurs services ont commencé à nous assaillir et à nous pourchasser partout, autour de la maison, dans la rue, dans les moyens de transports publics et même privés, dans les ruelles et les moindres passages, pour finir par nous barrer la route. Nous vivons les affres de l’état de siège, de la claustration et de l’encerclement.
Notre situation matérielle est très précaire. Nous n’avons pas droit au travail (...) ni à la sécurité sociale, ni à une mutuelle. La maladie de l’un de nous est tout un problème. Nous sommes privés des moyens élémentaires de survie. Nous ne pouvons pas célébrer les fêtes et autres occasions comme tout le monde. Actuellement, je ne travaille plus. J’ai tout tenté, en vain, et je n’ai plus d’espoir de revivre un jour, si moi-même et ma petite famille ne sommes arrachés à la mort lente, au supplice sans fin, et au siège permanent.
S’il n’y a pas d’intervention en notre faveur, la seule solution restera le suicide collectif, qui nous apportera la sérénité et mettra un terme à ce supplice.
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT) |