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Alors que les femmes sont à l’honneur le 13 août, fête nationale de la femme, des femmes tunisiennes vivent enchaînées par les services de la Sûreté, qui les ont privées de leurs droits élémentaires.
L’AISPP adresse ses compliments aux fem mes tunisiennes à l’occasion de la fête de la femme et présentera chaque jour à l’opinion publique un tableau des tragédies vécues par de nombreuses femmes, par le biais des lettres et des témoignages reçus par l’association. Elle lance un appel à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens libres : Oeuvrez à mettre un terme à leur calvaire et à travers elles, à celui de leurs familles et de leurs enfants.
Témoignage de madame Khalsi, mère des jumeaux Maher et Ramzi
Je suis madame Taa’allah Khalsi, la mère des jumeaux Maher et Ramzi, fils de Mohammed Khalsi, nés le 30 décembre 1971.
Ils ont été arrêtés en 1990 alors qu’ils étaient en septième année secondaire au lycée technique de Tunis. La chambre criminelle de la cour d’Appel de Tunis a prononcé un verdict les condamnant chacun à trente-quatre ans d’emprisonnement (affaires n° 17334, 18104 et 23762)
Mes chers jumeaux ont subi en dépit de leur jeunesse toutes sortes de tortures morales et physiques lors de leur arrestation. Après avoir été écroués à la prison civile de Tunis, ils ont été séparés dès le prononcé du jugement et chacun d’eux a été placé dans une prison très éloignée de celle de l’autre. Cela a empêché leur famille de leur rendre visite toutes les semaines. Alors que Ramzi est à Messaadine, Maher est à Mehdia, ce qui entraîne des dépenses considérables auxquelles la famille ne peut faire face.
Mes chers jumeaux n’ont plus été en contact entre eux à partir de leur arrestation. Ils n’ont pas eu le droit de passer le baccalauréat. Pourtant ils comptaient parmi les lycéens les plus doués du lycée technique de Tunis. L’administration pénitentiaire les a systématiquement placés dans des cellules surpeuplées et avec des détenus de droit commun sans tenir compte du fait qu’ils étaient mineurs et que la loi impose de réserver des locaux spéciaux dans ce cas.
Maher et Ramzi ont été emprisonnés alors qu’ils n’avaient pas dix-huit ans. Le 31 décembre 2003, ils ont eu trente-deux ans. Ils ont fait beaucoup de grèves de la faim pour être emprisonnés dans la même cellule et passer le baccalauréat. Ni leurs appels ni les miens n’ont été entendus. En raison de ce qui leur est arrivé, je suis tombée malade. Plusieurs affections, physiques ou psychiques, m’ont souvent empêchée de me déplacer. Pendant deux années, j’ai été dans l’incapacité de marcher et de parler à cause d’une dépression nerveuse. J’ai arrêté mon travail : j’étais fonctionnaire à l’office des mines. Mon état a empiré. Je dors et je me réveille avec les descentes de police. Je les regarde éparpiller les affaires, crier, voler ce qui a de la valeur et je ne suis incapable de dire un mot. Je n’ai que mes yeux pour pleurer et mon cur est tordu de douleur.
Les jugements iniques et extrêmement sévères rendus contre les jumeaux Maher et Ramzi en dépit de leur jeunesse à l’issue de procès inéquitables et qui ont bafoué la règle de la confusion des peines, leur séparation qui perdure, leur détention dans des prisons éloignées l’une de l’autre comme du domicile familial, leur interdiction réitérée de passer le baccalauréat sans motif légal illustrent le harcèlement subi par mes fils et ma famille, comme si nous étions des citoyens de quatrième ou cinquième zone.
Je demande à toute personne qui lira ce témoignage d’une mère qui a été privée de ce qu’elle a de plus cher par des jugements iniques et des procès inéquitables, d’une mère épuisée d’avoir voulu étreindre ses enfants contre elle, une mère privée de ses enfants vivants, de joindre vos voix à la mienne pour exiger la libération de mes fils Maher et Ramzi, et celle de leurs camarades qui croupissent dans les cachots des prisons tunisiennes.
(traduction ni revue ni corrigée par l’auteure de la version en arabe, LT) |