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Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
33 rue Mokhtar Atya, Tunis
Tel : 71 25 66 47 , fax : 71 35 49 84
aispptunisie@yahoo.fr
Président d’honneur : le doyen Mohammed Chakroun
Alors que les femmes sont à l’honneur le 13 août, fête nationale de la femme, des femmes tunisiennes vivent enchaînées par les services de la Sûreté, qui les ont privées de leurs droits élémentaires.
L’AISPP adresse ses compliments aux femmes tunisiennes à l’occasion de la fête de la femme et présentera chaque jour à l’opinion publique un tableau des tragédies vécues par de nombreuses femmes, par le biais des lettres et des témoignages reçus par l’association. Elle lance un appel à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens libres : Oeuvrez à mettre un terme à leur calvaire et à travers elles, à celui de leurs familles et de leurs enfants.
Marika Jbali n’est pas tunisienne elle est la veuve de Jalal Jbali décédé en exil en mai 2003 après une courte vie tronqué par l’arbitraire qu’il a subi alors qu’il été encore enfant. Lycéen à 17 ans il avait été arrêté avec deux autres camarades pour avoir collé une affiche portant des propos contestataire au lycée du Kef ou ils étudiaient. Présentés au juge pour enfant, ils sont condamnés à trois ans de prison ferme. Peine confirmée en appel, Jalal Jbali a du la passer intégralement avant d’être relâcher pour se trouver contraint de fuir le pays pour échapper à la persécution qui ne veut plus le relâcher.
L’alsacienne, infirmière de profession avait connue le défunt comme patient dans l’hôpital ou il a été hospitalisé lors d’une première alerte en 2002. Depuis ils ne se sont plus séparés et elle a commencé à découvrir cette autre Tunisie jusqu’au jours ou elle s’est trouvée confronter à d’inexplicables tracasseries pour rapatrier son corps. Il a fallu l’intervention de son ministre des affaires étrangère « ... pour que le deuil d’une citoyenne française qui voulait rapatrier le corps de son mari pour être inhumé dans son pays soit respectée... »
Voici son récit :
Témoignage de Madame Marika jébali épouse de Jalal Jebali refugié politique décédé le 28 05 2004
« Je rencontre Jalal au mois de mai 2002. Je travaille en tant qu’infirmière à l’hôpital St Luis à Paris. Son diagnostic été sans appel : leucémie aigue lymphoblastique. Commence alors notre histoire. »
« Je découvre avec consternation la face cachée de son pays : La Tunisie.
Derrière les plages à sable fin, le luxe des grands hôtels et le désert à perte de vue... se cache un pays où l’on peut emprisonner pendant trois ans un adolescent de 17 ans pour avoir placardé une affiche dans la cour de son lycée.
Je découvre que dans ce si beau pays on pratique la torture, la privation et l’humiliation...
Jalal a choisi de s’exiler pour retrouver un sens à sa vie.
Son pays ne lui offrait aucun avenir.
Nous célébrons notre mariage religieux le 1er mai 2003. Il est arrivé à Paris prés de notre appartement ou de nos lieux de travail, des agents secrets tunisiens rodent. Nous les croisons et échangeons de simples regards. Sommes-nous si dangereux à leurs yeux ? Est-ce que de l’intimidation ? Ou de la surveillance ? Jalal n’est même pas un opposant actif au pouvoir... il été seulement épris de liberté. Il aimait plus que tout son pays et rêvait d’y retourner un jour...
Comment ne pas être émue quand un de ses amis arrive en larmes, chez nous, nous racontant qu’il a participé à 38 ans à la première manifestation de sa vie à Paris ! Pour moi Française c’est un droit acquis depuis toujours. Je me souviens aussi quand j’été allée voter en avril dernier. Jalal m’accompagnait ébahi et heureux...
Mon expérience la plus pénible été celle de son décès.
Son état de santé s’est détérioré à partir du mois de janvier 2004. Je n’étais alors plus son infirmière mais son épouse qui souffrait impuissante, mais fidèlement à ses cotés.
Son souhait était d’être inhumé dans sa ville natale. A ma stupéfaction, là encore, les autorités semblaient vouloir le punir. Il a fallu attendre neufs jours interminables pour obtenir l’autorisation de rapatriement. Tantôt il manquait des pièces au dossier, tantôt il fallait attendre une réponse soit disant imminente... Lassée et en colère, ne me sentant pas respectée comme une femme en deuil, je me suis adressée à mon Maire qui nous avait unis civilement le 14 mai 2004, à mon député, au ministère des affaires étrangères et miraculeusement la situation s’est instantanément débloquée...
L’Etat tunisien avait-il peur d’une dépouille d’un réfugié politique de 31 ans ?
Je ne sais pas... ce que je sais est que la maladie de Jalal n’est pas le fruit du hazard...
Jalal a souffert inutilement et injustement et ceci n’est pas humain. »
Marika Jebali - Paris |