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Hamida Ghali, épouse de Kamel Ben Rejeb, ex-prisonnier, privé de passeport
Née en 1955 sous un soleil radieux en Tunisie, qui aurait pu me dire à ce moment-là la vie que je mènerai ? Car j’aurais préféré ne vivre que ma tendre enfance, où on attend avec impatience l’âge adulte pour vivre avec l’être qu’on aura choisi et donner un souffle à la vie. C’est ce que j’ai vécu seulement pendant sept ans et demi : mon mari a été victime d’un emprisonnement injustifié, puis de six ans et demi consécutifs.
Mère de trois enfants, il a fallu que je m’installe à Paris pour subvenir aux besoins de mes enfants. Cet événement a troublé la vie de mes enfants ainsi que la mienne, autant sur le plan psychologique que physique. Il a fallu et il faut toujours que je joue le rôle du père et de la mère : être à la fois autoritaire et douce, me montrer forte alors que je suis faible. Face à ce désarroi, mes enfants ont gardé des séquelles de toutes ces péripéties. Mon fils a dû repasser son bac deux fois avant de l’avoir tellement il était troublé psychologiquement, ma fille, dépressive, qui veut que tout s’arrête, a perdu la joie de vivre. Elle veut son père auprès d’elle, auprès de nous. Elle ne souhaite pas consulter un psychologue car sa seule guérison, pense-t-elle, est le retour de son père parmi nous. Comment lui explique une telle injustice ? Un état qui ne veut pas relâcher son père sans motif valable.
A Paris, je travaille pour subvenir aux besoins de mes enfants, je dois faire trois changements de transport pour me rendre au travail, par conséquent je passe moins de temps avec mes enfants alors que je devrais les assister continuellement pour les soutenir moralement et leur donner goût à la vie ! Grâce à mon travail, j’ai pu louer un appartement, mais avant j’ai dû lutter, imaginez-moi vagabondant de maison en maison avec mes trois enfants. Mes enfants en ont gardé des séquelles, sans père, ni maison, quel espoir nous reste-t-il ?
En attendant, mon mari est seul, isolé du monde, sans passeport, dans une nouvelle prison, sans femme et sans enfants. Mes enfants sont inquiets, stressés, se posent des questions sans trouver de réponse à l’état de leur père, et quand arrivera la fin de ce calvaire qui nous détruit tous physiquement et psychologiquement ?
Mettez-vous à ma place !
Quelle femme accepterait de vivre ainsi ?
Souvent, je me dis que ce n’est qu’un cauchemar, qu’un beau matin, je me réveillerai entourée de mon mari et de mes enfants serrés les uns contre les autres, soulagée que cela ne fut qu’un mauvais cauchemar d’une longue nuit. En attendant ce beau réveil, je prie Dieu qu’il me donne force et courage, et fasse en sorte que mon mari soit libéré car plus le temps s’écoule, plus je me sens faible et perds espoir.
Hamida Ghali |