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Bonne lecture !
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Petite chronique de l'autre côté Nous sommes assis sur un banc près des fleuristes, derrière l'horloge de la place du 7 novembre, à proximité de la sinistre Dakhilia. Il est bientôt minuit. Tout est calme, paisible et mon ami me dit : "Tu as vu, il y a des moments où on se croirait presque en démocratie". Petite chronique de l'autre côté, TUNeZINE n°90, 20 mai 2002. | |
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Je m'étais pourtant préparée à ces quelques jours à Tunis. J'ai mangé de temps à autre des olives pimentées avant de partir pour réhabituer mon estomac, et j'ai contrôlé mon angoisse comme j'ai pu. Angoisse de prendre l'avion, de voyager, de me déplacer loin de mon antre. Je suis devenue un peu sauvage cette année. J'ai retenu mes mots, et finalement mes larmes, qu'on me suggérait parfois de ne pas montrer car cela pourrait "leur faire plaisir". Pourtant pleurer est nécessaire. Ne dit-on pas que les larmes sont le sang de l'âme blessée ? Il faut qu'elles s'écoulent, qu'elle roulent sur les joues, inondent les mouchoirs, que les sanglots résonnent, c'est la seule façon de se libérer quand on ne parle plus. Mais j'ai arrêté de parler, et j'ai arrêté de pleurer. Zouhair serait surpris de voir à quel point j'ai changé, à quel point je me suis renforcée, jusqu'à faire face à des situations qui autrement m'auraient terriblement impressionnées. Je me suis épuisée, j'ai trébuché mille fois, et me suis relevée, chaque fois plus forte. Je n'ai pas réalisé ce qui s'était produit ces derniers jours. Je refaisais le scénario dans ma tête. Retrouver ses soeurs, sa maman, toute sa famille. Aller taper du poing sur la table à l'ambassade. Aller jusqu'à la prison. Demander à le voir, donner mon passeport, discuter, insister pour la forme sans rien espérer. Sans déception car mon seul but est d'être là-bas. Près des hauts murs blancs, et le faire savoir à Zouhair d'une manière ou d'une autre. C'est presqu'incroyable quand j'y pense. Tout ce trajet pour rester à contempler le mur, à contempler l'absurdité, à me dire : "il est là, à quelques mètres" ... On lui aurait peut-être dit aussi que j'étais là et là il aurait su, une bonne fois, que je ne l'avais abandonné. Comment peut-il ne pas douter alors qu'on l'isole toujours plus, et que ses seuls mots, ses seules phrases, sont ses os qui saillent chaque jour davantage ? Ce qui l'a sauvé jusqu'à présent, ce sont ses douleurs physiques et l'espoir. Lui en reste-t-il encore ? Qui peut savoir ? J'aurais sûrement hurlé de toutes mes forces devant la prison, pour qu'un détenu m'entende et lui dise : "il y a une Française dehors qui crie ton nom". Je ne m'attendais pas à ce qu'on m'accorde de l'importance. Si les circonstances n'étaient pas si dramatiques, elles me feraient sourire. Comme peuvent-ils savoir que je m'excuse tout haut quand je dérange une fourmilière et que je marche les yeux rivés sur le sol lorsqu'il pleut pour sauver les escargots avant que quelqu'un leur marche dessus ? Je suis sensible et pacifique. Fichée par une dictature. Et interdite. Je pourrais raconter ma nuit à l'aéroport, dans ce hall quasi désert mais il y a peu de choses à dire. L'agent en uniforme qui vient poser des questions amicales et naïves, et qui part outré lors que je lui lance avec un regard en coin :" si ça se trouve, vous êtes envoyés pour me questionner ?" . Le policier en civil responsable de moi qui n'est pas loin de se boucher les oreilles pour ne pas que je lui dise que, si lui ne sait pas pourquoi on me refoule, moi je le sais, "est-ce que vous voulez le savoir ?". Il a pris la fuite lui aussi. Finalement on m'a ignorée toute la nuit, sur ce banc inconfortable, avec ces moustiques, et cette désolation qui m'assaillait lorsque je pensais à l'inquiétude que je devais causer. J'ai regardé ma montre à peu toutes les 15 minutes durant la nuit entière. J'étais très calme et sereine. Une fois que ce qu'on redoute arrive, on se sent mieux. Mes jambes tremblaient, j'avais l'estomac noué, des sueurs froides, et du mal à articuler lorsque j'ai tendu mon passeport au douanier. En moi, je trouvais ça intolérable. " Comment peut-on infliger une telle peur à quelqu'un qui rentre simplement chez lui ?". Je pensais aux Tunisiens, pas à moi. Je me suis détendue lorsque le douanier a appelé son supérieur et lui a donné mon passeport. A partir de ce moment, je n'ai fait qu'attendre, attendre encore. On est venu chercher mon billet d'avion, on m'a donné une bouteille d'eau et un sandwich. J'ai bu mais je n'ai pas mangé. Je ne voulais pas de cette hospitalité là. Finalement, avec le recul, je me rends compte que j'étais barricadée en moi-même. J'étais tranquille, et sûre de moi. Je me sentais vaguement humiliée, mais au fond de moi, j'éprouvais une forme de fierté. Je me chantonnais cette chanson à boire : " il est des nôtres ... Il a bu son verre comme les autres" et j'attendais. Un policier français m'a récupérée à ma sortie d'avion à Roissy, le 4 juin 2003, un an jour pour jour après l'arrestation d'ettounsi. Un an jour pour jour après ce cataclysme qui a bouleversé nos vies à jamais, je me trouvais un matin à Roissy, à déverser tout ce chagrin accumulé en sanglotant dans mes mains, assise dans un poste de police. Ensuite tout s'est précipité ensuite et le chagrin est passé au second plan. L'inquiétude provoquée, les gens à rassurer, l'efficacité redoutable de la transmission de l'information, l'amitié qui se manifeste, et la solidarité. Je sais que c'était moi comme cela aurait pu être quelqu'un d'autre, mais cela a produit une intense chaleur. Plus que des remerciements aux nombreuses associations, et à tous les amis et proches qui se sont mis en alerte, j'ai envie de leur dire que c'est dans ces moments-là que la vie prend tout son sens. Je sais que tous sont en alerte perpétuelle, avec leurs convictions brûlantes, et je veux leur dire combien ce qu'ils font et surtout la façon avec laquelle ils arrivent à agir de concert sont à la fois le carburant et le moteur de ce qui contribue à rendre ce monde agréable à vivre. Je ne parle pas la langue de bois, et j'ai vraiment ressenti cela, en plus de la véritable amitié qui m'a été manifestée, et qui me touche profondément. C'est aussi pour répandre un peu de cette chaleur que j'entreprenais ce voyage, et c'est justement celle-ci qui fait peur aux dictatures. Quelqu'un a parlé de moi en utilisant le terme "abnégation". Je ne dirais pas ça. C'est même l'inverse. C'est en allant jusqu'au bout d'un combat auquel je m'accroche que je me retrouve, et que je deviens moi-même. Pour avancer il faut se débarrasser de ses branches mortes, et se transplanter toujours plus loin. Mon seul souhait aujourd'hui est que Zouhair entende ce qu'on lui dit d'ici. Qu'il reçoive un peu de ce souffle qui lui permettra de supporter ce qu'il endure. Tahar me disait hier que j'étais à moitié tunisienne, parce que j'aimais la Tunisie, que j'aimais un Tunisien. Je ne savais pas quoi répondre. Je me sens moi-même tout simplement. Française, avec toutes mes origines, et un regard aimant porté à l'extérieur de frontières politiques mais pas forcément humaines. Peut-être que je suis un peu tunisienne. Une Tunisienne refoulée alors ;-) | |
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7 juin 2003
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الى التونسي في سجنه | |
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كنت قد أخذت عهدا على نفسي منذ ما يناهز السنة من الزمان أن لا أخط حرفا واحدا ما دام التونسي وراء القضبان و لكنني لم أتمالك نفسي عن الكتابة لما لهذه الذكرى من وجع في قلبي و قلوب أبناء تونس الطيبين, قد يستغرب الأحباب ممن افتقدني منذ حول لماذا آثرت الصمت على متعة الكلام ,أحيانا لا يجد المرء أفضل من السكوت لعله يحيط ببعض ما أشكل عليه من النوائب و ما أكثرها , ماذا نقول و قد اشتدت المحن علينا حتى لم نعد نعرف من معنا و من علينا حقا انها- لسنون خداعات-لعمري انه فساد الزمان الكل يتلهف لدخول جحر الضب و قليل هم اللذين تخلفوا و أتمنى ان أكون منهم, ليس من السهل أن تكون غريبا في زماننا هذا و اسألوا التونسي في سجنه يجبكم كيف لنا الكلام و الكل يلهج بلسان أمريكي مبين و ان نطقنا فهل يفقه القوم قولنا أم على قلوب أقفالها أخشى أنه لا فائدة ترجى من الكلام فاعذروني يا خلان اني لائذ بصمتي من جديد لك الله يا تونسي لك الله يا تونس لك الله يا عراق لك الله يا فلسطين....ا انّي لأجبن عن فراق أحبّتي و تحسّ نفسي بالحمام فأشجع ختاما تحياتي لكل الغرباء شركائي في الوطن و المحن أخوكم حسونة | |
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Hsouna |
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5 juin 2003
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Zouhair en est à son 22ème jour de grève de la faim L'acharnement continue. | |
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Paris, le 5 juin 2003 Zouhair Yahyaoui entame aujourd'hui sa quatrième semaine de grève de la faim extrêmement affaibli. Sa famille a pu lui rendre visite à la prison de Borj el Amri mais la rencontre s'est faite sous forte présence des gardiens, accompagnée de menaces de dissuasion pour les empêcher de lui donner le moindre information sur ce qui se passe à l'extérieur, ou lui transmettre les messages de solidarité dont il fait l'objet. Les échanges se sont limités à des salutations et des tentatives de le convaincre de recommencer à s'alimenter. Zouhair décrit toutefois une surpopulation carcérale permanente ainsi qu'un rationnement de l'eau du robinet, qui est souvent coupée. Le triste anniversaire de la première année de détention était hier, 4 juin 2003 , marquant une année où Zouhair a fait plusieurs grèves de la faim et a petit à petit été privé de tous ses droits, pour aboutir à un isolement total afin qu'il ne puisse jamais être mis au courant de la moindre nouvelle qui pourrait l'aider à tenir bon. La visite s'effectue chaque fois sous forte présence policière et cet volonté manifeste de l'isoler est allé jusqu'à m'interdire l'entrée sur le territoire tunisien, interdiction qui me fût notifiée verbalement après plusieurs heures d'attente au contrôle des passeports à l'aéroport de Tunis-Carthage, le 3 juin 2003. Cette attente se prolongea jusqu'à mon départ vers Paris, le 4 juin au matin, après une nuit passée sur un banc, toujours dans le hall de la zone internationale. Durant ce laps de temps, je n'ai pu prévenir personne de ce qui arrivait. J'avais décidé de me rendre à Tunis afin de manifester mon affection à la famille de Zouhair, et aussi me rapprocher physiquement de Zouhair, quand bien même il me soit interdit de le voir, puisque nous ne sommes pas mariés. Je souhaitais simplement pouvoir me trouver à quelques mètres de lui, derrière le mur de la prison, et que sa famille lui dise que j'étais là. J'avais aussi obtenu un rendez-vous avec l'Ambassadeur de France à Tunis, Monsieur Yves Aubin de la Messuzière, avec lequel je comptais évoquer le cas de Zouhair. Zouhair Yahyaoui continue sa grève de la faim qui en est maintenant à son vingt-deuxième jour, et nous somme nombreux à craindre pour sa vie. Ce bref commentaire qu'a eu Mokhtar Yahyaoui, l'oncle de Zouhair, résume la situation : "C'est indescriptible ce qui se passe..." | |
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Sophie Piekarec (Elwarda) |
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5 juin 2003
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Cadeau de Victor Hugo à Zouhair | |
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Liberté De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?
Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ? Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde ! | |
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TIZ |
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5 juin 2003
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Petit dictionnaire zabalistique dédié à ettounsi. | |
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Zaba : acronyme de Zine el-Abidine Ben Ali, dictateur de Tunisie. Zabafolie : toute action ridicule, absurde ou extravagante entreprise par Zaba. Ex. L'achat de milliers de copies du livre « Notre ami Ben Ali » pour les détruire est l'une des mille et une zabafolies. Zabacratie : système politique installé en Tunisie par Zaba ; tout système politique à caractère zabacratique. Ex. La Mauritanie est-elle en train de virer vers la zabacratie ? Zabacrate : Adepte de la zabacratie. Ex. Le célèbre zabacrate Mezri Haddad a publié en France un livre intitulé « Non dalenda Carthago ». Zabalogie : étude scientifique et historique de la vie, de la personnalité et de l'uvre[inexistante] de Zaba. Ex. La chaire de zabalogie à la faculté des lettres de Manouba est encore vacante. Zabalogue : Spécialiste de la vie et de la personnalité de Zaba. Ex. Le meilleur zabalogue tunisien a été tabassé par la police politique. Zabamanie : le fait d'être obsédé par Zaba. Ex. La zabamanie est la maladie la plus répandue parmi les opposants de Zaba. Zabamaniaque : personne qui souffre de zabamanie. Ex. Avec le temps Omar Khayyâm risque de devenir zabamaniaque. Zabamédia : Un média de propagande de Zaba. Ex. Mustapha Khammari, ex-rédacteur en chef du TEMPS, va créer son propre zabamédia. Zabamédiatique : se rapportant aux médias de propagande de Zaba. Ex. La campagne zabamédiatique contre le bâtonnier Béchir Essid n'a pas entamé la détermination des avocats. Zabanostra : La mafia tunisienne. Nom calqué sur Cosa Nostra (organisation mafieuse italienne). Ex. Zabanostra veut mettre Tunis Air en faillite. Zabaphilie : Le fait d'aimer ou de sympathiser avec Zaba. Ex. La zabaphilie est en nette régression en France. Zabaphile : amoureux ou sympathisant de Zaba. Ex. Philippe Seguin est un le plus célèbre zabaphile français. Zabaphobie : Haine, parfois maladive, de Zaba. Ex. Un Tunisien souffrant de zabaphobie a mis le feu dans un taxi de Tunis plein de photos de Zaba. Zabaphobe : Personne souffrant de Zabaphobie. Ex. Combien de zabaphobes compte la Tunisie ? Zabatisme : (à ne pas confondre avec Zapatisme) idéologie de Zaba et de son régime. Ex. Le zabatisme est une forme de fascisme. Zabatiste : se rapportant au zabatisme. Fervent adepte du zabatisme. Ex. Le nombre d'authentiques zabatistes est difficile à évaluer en Tunisie. | |
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Omar Khayyâm |
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4 juin 2003
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Emprisonnement de Z. Yahyaoui : un an déjà. Amnesty International - Canada Bilan d'une militante des droits humains québécoise
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Et oui, un an qui nous rappelle que le temps passe trop vite pour nous et qu'il doit être si long en prison. Un an qui nous rappelle que nous actions n'ont jamais d'effets automatiques et qu'ils restent toujours soumis à la Volonté toute puissante du Dictateur. D'ordinaire ces actions ont comme résultat un « allègement » des conditions de détention, dans ce cas-ci, nous soupçonnons l'inverse. Se pose alors la question, quoi faire ? Arrêter et ne plus en parler ? C'est impossible. Il s'agit ici de la première répression flagrante de la liberté d'expression par le média de l'Internet en Tunisie. L'enjeu est de taille, chacun dans cette histoire ne veut pas laisser passer ce précédent. Du côté de la dictature on veut montrer que nos pouvoirs portent sur toutes les sphères d'activités des citoyens sans exception. Du côté de l'opposition, on veut montrer qu'on ne tolérera pas le bouclage complet du pauvre petit espace de liberté qu'il restait. Car l'emprisonnement de Ettounsi c'est aussi ça, le colmatage des dernières fuites d'air pur. Et plus que jamais, cela nous concerne tous. L'Internet qu'on imagine naïvement si libre et anarchique, nous a montré son vrai visage. Ici comme ailleurs, la volonté de contrôle s'exerce avec la force. Si nous luttons aujourd'hui pour sa libération, nous qui sommes des étrangers (québécois, français, belges, etc.) c'est peut-être que nous nous sentons concernés. Pour la plupart d'entre nous l'Internet est notre façon de communiquer de l'information, des actions, de discuter et d'exposer notre point de vue. Pourquoi cela nous serait-il possible à nous et pas aux autres et n'avons nous pas peur qu'ils nous arrivent la même chose ( en pensant au Patriot Act signé aux U.S.A l'an dernier). Et puis, nos gouvernements ne sont-ils pas en partie responsables de cette situation par leur silence complice. Je reste convaincue que la logique de cette dictature est relativement simple à saisir. Elle vit par ses alliances (économiques entre autres). Si nos dirigeants occidentaux, importants partenaires économiques, la dénonçaient ouvertement je crois qu'en peu de temps la situation s'améliorerait. Voilà où se situe notre rôle et pourquoi nous devons continuer. En terminant, voici un bilan général
des actions d'Amnistie Internationale section canadienne-francophone
dont le groupe l'Université du Québec à Montréal lors de cette année. Il semble que cela n'ai pas été suffisant, alors nous redoublerons d'efforts en cette nouvelle année de détention. La Coordonnatrice du dossier Tunisie | |
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4 juin 2003
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Pour Zouhair, les siens et la caravane de ceux qui osent parler | |
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Contraint à l'exil, j'ai atterri pour la première fois sur la terre TUNeZINIENNE avec mon pseudo Adam, puis Chamseddine ; aujourd'hui je suis Sami Ben Gharbia. La trouvaille de Zouhair Yahyaoui, son site TUNeZINE, m'a donné la chance de parler, en d'autres termes il m'a rendu mon humanisme que m'avait volé le régime tyrannique de Zaba. Je n'exagère pas si je vous révèle que je suis né, à nouveau, sur la planète TUNeZINE. C'est parce qu'il a contribué, efficacement et intelligemment, à la libération d'une partie de la jeunesse tunisienne que le jeune Zouhair a sacrifié la sienne. Prisonnier, même dans les cellules les plus obscures de notre propre prison tunisienne, faites avec des pierres tunisiennes, sur une terre tunisienne, sous un ciel tunisien, Zouhair restera un tounsi libre, plus que ses geôliers. Les hommes et les femmes libres, resteront libres, mêmes dans les cellules d'isolement, ils resteront unis à leur peuple auquel ils ont donné une tranche de leur vie, de leur jeunesse. On n'est pas venu par hasard sur le site de Zouhair, ni parlé de politique par hasard. On n'a pas investi notre temps, notre argent et la rose de notre jeunesse par hasard. On n'a pas lu, et ri par hasard, on fait tout cela par amour de notre peuple et de notre patrie. On porte la cause de notre peuple dans nos âmes et nos têtes, tels nos pères combattants pour l'indépendance. On s'est engagé à endurer la prison, à endurer l'exil, à endurer les brimades et les humiliations, celles qu'on subit sur les diverses terres d'exil, là où on traîne une confiture de désenchantement, de nostalgie et de patriotisme. On est ici, on continue d'écrire, d'informer, de penser, de repenser, de déranger, de rêver, de vivre, de respirer.... Des être nouveaux, sur une planète appelée par son créateur TUNeZINE où islamistes, nationalistes, marxistes, libéraux apprennent à manier la parole, à remodeler la liberté et à briser les statuettes . On est en quelque sorte des créatures de Zouhair. | |
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Sami/Chamseddine |
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4 juin 2003
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A Zouhair | |
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Une année de ta vie que la dictature a voulu te faire perdre. Mais c'est elle qui a perdu. Tu as donné un espace de liberté aux tunisiens pour qu'ils discutent des problèmes sociaux, politiques et économiques de leur pays. Cette liberté d'expression qui dérange la dictature. Dès lors que le forum CNLT a été condamné à disparaitre, tu as pris l'initiative et la lourde tâche d'offrir Tunezine pour que les tunisiens jouissent d'un autre espace de liberté. Tu as accompli ta mission avec fierté. La dictature s'est vu être dérangée par tes paroles satiriques qui voulaient exprimer ton desarroi d'un systeme dictatorial pourri. Elle a cru te renfermer dans ta cellule. Mais la voilà, elle se retrouve une fois de plus par ses bêtises renfermée. Elle vient de nous jeter son modèle de liberté et de démocratie en préparant un texte de loi condamnant tout tunisien s'exprimant sur d'autres canaux médiatiques autre que ceux de la dictature sur un droit fondamental dans toute démocratie qui est la liberté de débattre lors de campagne électorale.... Quel scandale vit aujourd'hui la Tunisie sous le joug de la dictature. La dictature sera jugée un jour pour atteinte à ta liberté de citoyen. Bon courage ! | |
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La Colombe |
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4 juin 2003
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La richesse des nations... Merci Zouhair | |
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Astrubal |
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4 juin 2003
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Un an ... Une autre génération | |
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Je ne suis pas de la même génération qu'Ettounsi et ses amis. Ces orphelins d'un pays sans destin. Petit pays qu'on cherche à gonfler en soufflant à la gloire d'un tyran présenté en combattant suprême, Kaid, Zaim, homme de providence d'un pays qu'il a fait et qui sans lui n'aurait rien valu. Bourguiba, on s'est tellement mis à cultiver le monstre qui l'a possédé et plus on l'adulait, plus il prenait plaisir à mépriser la société qui l'a fait jusqu'à ses ministres, ses hommes de main, allant au fond de l'abîme en divorçant de sa femme a plus de 80 ans, chassant son propre et unique enfant et revenant sur une adoption. Cette effigie était en train de se déchiqueter à vue d'il et personne ne s'en soucié.. Des clans affamés se préparaient à couteaux aiguisés pour se disputer le cadavre pourri d'un pays. En réalité c'est le leg du Kaid qui les intéressait ; des bandits mercenaires d'une guerre de chefferie. Le monstre trop gonflé a fini par éclater mais on est resté prisonniers de cette tradition de souffler de gros ballons d'essai. La Tunisie est devenue plus petite, il n'en restait que quelques vers de Chabbi qui raisonnaient à des romantiques attardés. Quelques mots d'Ibn Khaldoun comme une prophétie qu'on ne saura si elle pourra jamais se réaliser ou ces versets du Coran qu'on ne sait plus comment s'y prendre à les interpréter : faire la barbe comme le CHE ou adopter la mode des paks et des afghanis. Kaireddine a bien fini par tout vendre et s'exiler préférant de finir apatride comme il a toujours été considéré dans un pays qu'il a adopté et qui n'a jamais voulu sincèrement de lui. Ce pays n'a pas vraiment tenté ma génération pour miser sur son projet sauf ceux pourvus d'un opportunisme sans faille, les robots sans curs, les vautours dont un tel système a besoin pour fonctionner. Le moins coûtant c'est le prix du travail des gens. Le plus déprécié est l'homme laissé à végéter dans l'obscurité d'un avenir qui a toutes les raisons de ne jamais se réaliser. Il est pauvre ce petit pays sans ressources et sans revenus. Les Phéniciens, les Romains, les Arabes, les Espagnols, les Turcs, les Français ont tous fini par être ruiné sur cette terre avant de la quitter, de Jugurtha à Bourguiba il faut attendre encore quelques centaines d'années pour trouver un autre sauveur. Ettounsi, en notre temps, qui oserait le revendiquer comme nom comme l'observait judicieusement M Marzouki ? J'ai dit que c'est un type qui n'est pas de ma génération. D'habitude ce n'est pas un pays où on s'habitue au franc parler. Sauf pour écrire des mémoires en secret qui ne seront jamais publiées. Parler c'est déjà oser dans le sens commun. Ici monsieur on chuchote ou on parle en secret, on combine, on complote, et si trois se sont réunis c'est une présomption de crime sévèrement punie. Les naïfs qui se sont cru obligés de parler franchement ont tous fini écrasés par leurs propres alliés avant de servir à assouvir la rancune de leurs adversaires. On doit se garder de sa femme et de ses enfants, il suffit d'un papier jeté, ou on peut radoter n'importe quoi pour qu'on devienne un ennemi de quoi ? de qui ? l'important c'est de garder l'ordre établi. Quand on a des "éstoufidas" dans son dossier n'en parlons plus, on est un homme fini. Ettounsi, ce fainéant diplômé qui n'a jamais travaillé s'est découvert une singulière passion qui respecte les norme imposées du mur du son tout en occupant tout son temps, il a pu déjouer l'interdiction de réunions prohibées en étant constamment en compagnie d'une bande de têtes brûlées à dire de dangereuses idées allégrement sans attirer d'attention. Moi j'étais au parfum des manuvres de ces clandestins, pourquoi devais-je les dénoncer ? je savais déjà qu'il finiraient comme des rats au fond d'un bagne infâme à regretter pour le restant de leur vie le crime qu'ils ont commis s'ils ne choisissent de rester exilés pour le restant de leurs jours. Quand je lui disais ça chaque fois qu'il venait me visiter il me répondait par un sourire moqueur tout en passant la main sur le crâne et en me taquinant "moi aussi je sais" je savais qu'il n'imaginait pas ce qui l'attendait mais ça je ne lui ai jamais avoué. On n'est pas de la même génération et je sens qu'il me vexé par la force de ses prétentions. Qu'il va se précipiter vers le sort qu'il a lui-même tracé, sa génération a aussi besoin de témoins de l'holocauste de cette nation.. Ce que ce Tounsi n'a pas compris est qu'il y a des chuchotement qui font des vacarmes plus que les bruits les plus assourdissants, ce sont les idées chuchotées, publiés ou numérisées c'est kifkif, une idée quand elle est libérée commence toute seule à crier. Elle peut irradier tous ceux qu'elle peut toucher surtout quand elle exprime un cri contre la médiocrité par le sarcasme et le mépris. Echchabi a trouvé un meilleur mot pour l'exprimer il appelait ça la passion de la vie il en a même fait le titre du livre de ses poésies. La force des idées réside dans leur expression de nouvelles normes d'intégration qui mobilise les nouvelles générations et leur donne envie de prendre part à la vie. Entre nous les vieux ne veulent jamais lâcher. Le tyran n'est pas un être particulier, c'est un état d'esprit, un stade de vie, un collant qui s'accroche en niant toute évidence dans le seul souci de se maintenir dominant. Il ne peut pas avouer sa déficience, ni sa méconnaissance et ses limites rétrogrades, dépassées et périmées, il veut consumer sa vie et celle de ses enfants et de leurs arrières-petits-enfants accroché comme une loque à usurper l'avenir des autres générations. Merci à Dieu d'avoir fait de la mort la fin fatale de ces anachroniques dinosaures. Comment voulez-vous que soit un pays qui est toujours gouvernés par les déchets des générations périmées ? Quand on a eu notre mai 68 un an avant, quand on a inventé la théorie de la décolonisation, quand on a eu la première constitution de notre région des temps modernes et des temps ancien, quand on a inventé la sociologie et les cyber dissidents On peut se fâcher mais on n'est pas d'un pays à lâcher. A un an de prison les amis d'Ettounsi se targuent d'être les initiateurs d'une nouvelle révolution, la troisième opposition, les cyberdissidents. Voilà leur ego qui leur monte à flot pour les submerger dans le mal héréditaire de l'auto-adulation, ils finiront ainsi par arriver avec le temps à ce constat : c'est le chef et ses pions ... le jeu d'échec continue et les pions comme les chefs sont interchangeables. Seul ce pays demeure accroupi à observer ceux qui font de son destin un jeu de vanité et d'hypocrisie. La génération qui dira échec et mat à cette ignominie et annoncera l'avènement de la démocratie serait-elle celle-ci ? Votre jeu a l'air de devenir sérieux les enfants. | |
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Mokhtar Yahyaoui |
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4 juin 2003
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Les maux croisés | |
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Horizontalement : 1- Les systèmes qui le sont trop se sclérosent rapidement Verticalement 1- De tels propos risquent de ne pas plaire à S Karkar | |
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Decepticus |
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4 juin 2003
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Ettounsi symbole de la nouvelle génération... | |
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Un an dans la petite prison , mais je pense que tu as passé des années de ta vie dans la grande prison depuis que tu as commencé à comprendre la signification des mots comme justice, démocratie, droit de l'homme et le plus important : le mot liberté d'expression. Tout Tounsi digne et honnête , patriote , dont tu as essayé avec le pseudonyme que tu a choisi de te mettre à sa place vit cette prison depuis que la Tunisie est tombée sous le coup de la dictature. Des milliers depuis la fameuse loi de
novembre 1957 sur les associations ont connu les prisons, la torture,
la mort... des tunisiens de divers horizons : Tous sont unis par une chose : l'amour de leur patrie l'amour d'une tunisie libre, démocratique, humaine fidèle à ses valeurs.... Aujourd'hui il y a une année que tu es en prison mais il y a plus d'un millier comme toi qui vivent en prison depuis plus d'une décennie. Ils n'ont pas connu l'internet que tu as connu et que tu as essayé d'utiliser pour réveiller un peuple que la mafia a quadrillé, et a applati. Tu es le symbole des résistants de la nouvelle génération, les héros nationaux il en existe beaucoup parmi ceux qui vivent dans l'isolement depuis une decennie, parmi ceux qui sont morts sous la torture. Leur rêve est le tien : une tunisie libre et démocratique loin des slogans et dès la politique politicienne. Je te salue toi qui continue à résister dans une prison que beaucoup d'hommes libres ont connu dans les années de braise ... les années où LARBI ALGAFSI l'un des tortionnaires du régime lançait ces chiens à l'assaut des jeunes qui protestaient contre l'humiliation et le piétinement du minimum des droits des humains. Sois sûr que le sang des morts sous la torture, les larmes des mères qui ont perdu leurs enfants les évocations des opprimés et des persécutés ne passeront jamais.Il y aura une justice dans ce bas monde et une autre dans l'au-delà. Tiens bon cher ettounsi le chemin que tu a pris n'es pas le chemin d'une minorité, c'est demain le chemin de tout un peuple. | |
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abbes |
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4 juin 2003
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Le cyberdissident Zouhair Yahyaoui est en prison depuis un an Le
cyberdissident Zouhair Yahyaoui, fondateur du site TUNeZINE, est
derrière les barreaux depuis un an. Arrêté le 4 juin 2002 dans un
cybercafé, il a été condamné, en juillet, à deux ans de prison. Pour
protester contre son emprisonnement et ses conditions de détention, le
journaliste observe actuellement une nouvelle grève de la faim.
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" Nous demandons à Zine el-Abidine Ben Ali, le chef de l'Etat, la libération immédiate et inconditionnelle de Zouhair Yahyaoui. Depuis le début de l'année, ce jeune homme a observé trois grèves de la faim. S'il n'est pas libéré au plus tôt, il risque de souffrir de graves séquelles ", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. L'organisation a également demandé la libération du journaliste Hamadi Jebali, emprisonné depuis 1991. Alors que la famille de Zouhair Yahyaoui lui rendait visite le 22 mai à la prison de Borj el Amri (située à 30 km de Tunis), le cyberdissident a dû interrompre leur conversation tant il était faible. " Son calvaire et les campagnes menées pour demander sa libération, en Tunisie comme à l'étranger, ont connu une publicité qui n'a fait qu'attiser les rancunes vengeresses dont il est l'objet ", s'est lamentée sa famille qui dénonce un " traitement discriminatoire " à l'égard du jeune homme. Nourriture souillée par les gardiens, lecture interdite, correspondance volée, promenade quotidienne supprimée, menaces des geôliers Zouhair Yahyaoui a déclaré, à plusieurs reprises, à sa famille qu'il ne supportait plus ses conditions de détention. A trois reprises, depuis le début de l'année, il a observé une grève de la faim pour protester contre ce " traitement inhumain ". Le 10 juillet 2002, Zouhair Yahyaoui a été condamné, par la cour d'appel de Tunis, à deux ans de prison pour " propagation de fausses nouvelles ". Il avait été arrêté, le 4 juin, par plusieurs policiers en civil dans un cybercafé. Au cours de son interrogatoire, il avait subi trois séances de " suspension ", méthode de torture où la personne est suspendue par les bras, avec les pieds touchant à peine le sol. Zouhair Yahyaoui écrivait sous le pseudonyme " Ettounsi " qui signifie le Tunisien en arabe. Il avait fondé le site TUNeZINE en juillet 2001 pour diffuser des informations sur la lutte en faveur de la démocratie et des libertés en Tunisie, et publiait en ligne des documents de l'opposition. Il avait été le premier à diffuser la lettre dénonçant le système judiciaire du pays adressée au président de la République par le juge Mokhtar Yahyaoui. Hamadi Jebali, directeur de l'hebdomadaire Al Fajr, organe du mouvement islamiste An Nahda, est emprisonné depuis 1991. En 1992, il avait été condamné par la Cour militaire de Tunis à seize ans de prison pour " agression dans l'intention de changer la nature de l'Etat " et " appartenance à une organisation illégale ". Il venait de purger une peine d'un an de prison pour avoir publié un article qui critiquait le système des tribunaux militaires. A la mi-mars, le journaliste a été transféré de la prison de Bizerte à la prison de Sfax. Il y a plus de 13 ans, Reporters sans Frontières mettait en place les "parrainages" et appelait les médias internationaux à soutenir un journaliste emprisonné. 120 rédactions dans le monde soutiennent ainsi un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l'oubli. Zouhair Yahyaoui est ainsi soutenu par : Avaldoci, le Club de la presse Marseille, le Club de la presse du Périgord, El periodico de Catalunya, Fraternitaire, El Triangle, Le Nouvelliste, liberation.fr, Maison de la presse - Mons, Radio Populare, RTBF, REE, Festival du FIGRA, www.categorynet.com. Hamadi Jebali est quant à lui soutenu par : le Club de la presse de Toulon. | |
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RSF |
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4 juin 2003
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La fiancée de Zouhair Yahyaoui refoulée de Tunisie Le
4 juin 2003 , les autorités tunisiennes ont refoulé la fiancée de
Zouhair Yahyaoui, Sophie Piekarec, arrivée la veille à Tunis à
l'occasion de la date anniversaire de l'emprisonnement du
cyberdissident, le 4 juin 2002.
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"Quel crime a commis cette jeune femme française pour se faire refouler si ce n'est d'être amoureuse d'un homme emprisonné injustement depuis un an ? C'est tout simplement honteux. Une preuve - s'il en fallait encore une - que les autorités tunisiennes ont le plus profond mépris pour les droits de l'homme ", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. Le refoulement de cette ressortissante française intervient, par ailleurs, à la veille de la visite à Tunis de François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur. Le 3 juin, Sophie Piekarec s'était embarquée sur un vol Air France pour Tunis où elle devait arriver en fin d'après-midi. La famille de Zouhair Yahyaoui, venue pour l'accueillir à l'aéroport, a attendu jusqu'à 22heures, en vain. Arrivée à l'aéroport de Roissy le 4 en fin de matinée, Sophie Piekarec a expliqué à Reporters sans frontières que, la veille, à l'aéroport de Carthage, elle s'était vu confisquer son passeport et son billet de retour. Au bout de plusieurs heures d'attente, on lui avait fait savoir qu'elle " n'était pas autorisée à entrer sur le territoire tunisien " et qu'elle repartirait vers la France le lendemain matin. Depuis le 4 juin 2002 , Sophie Piekarec, la fiancée de Zouhair Yahyaoui, a multiplié les initiatives au niveau international pour demander la libération du cyberdissident. Sous le pseudonyme d'El Warda (la fleur en arabe), elle est l'une des animatrices du site TUNeZINE qu'a fondé son fiancé. En passant la journée du 4 juin à Tunis, avec la famille de Zouhair Yahyaoui, elle souhaitait, à sa manière, marquer l'anniversaire de l'arrestation de Zouhair Yahyaoui, interpellé un an plus tôt. Elle devait, par ailleurs, rencontrer Yves Aubin de La Messuzière, l'ambassadeur de France en Tunisie, le 4 juin dans l'après-midi.
Fondateur du site TUNeZINE, Zouhair Yahyaoui est en grève de la faim depuis le 15 mai pour protester contre ses conditions de détention. Le 10 juillet 2002 , il a été condamné, par la cour d'appel de Tunis, à deux ans de prison pour " propagation de fausses nouvelles ". Il avait été arrêté, le 4 juin, par plusieurs policiers en civil dans un cybercafé. Au cours de son interrogatoire, il avait subi trois séances de " suspension ", méthode de torture où la personne est suspendue par les bras, avec les pieds touchant à peine le sol. Zouhair Yahyaoui écrivait sous le pseudonyme " Ettounsi " qui signifie le Tunisien en arabe. Il avait fondé le site TUNeZINE en juillet2001 pour diffuser des informations sur la lutte en faveur de la démocratie et des libertés en Tunisie, et publiait en ligne des documents de l'opposition. Il avait été le premier à diffuser la lettre dénonçant le système judiciaire du pays adressée au président de la République par le juge Mokhtar Yahyaoui. | |
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RSF |
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4 juin 2003
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Une chaleureuse salutation | |
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Une chaleureuse salutation et une très grande considération pour le héros national que tu es. Cher Zouhaïr, tu es derrière les barreaux, mais tu es plus libre que jamais. Tu es partout dans ton pays et tu es partout dans le monde. Même en prison, ton nom continue à faire frémir le dictateur et à le hanter de jour comme de nuit. Tu es fort dans ta cellule de prison et il est faible par sa haine, sa dictature, sa répression et sa corruption, dans son palais. Cher Ettounsi, en t'offrant à toi-même la prison du dictateur, tu as libéré, et tu libères tous les jours, des milliers et des milliers de tunisiens. Cher Ettounsi, tu n'es pas seulement le fondateur de ce forum, mais ton forum est devenu une pépinière d'un nombre illimité d'Ettounsi. Ettounsi est passé du singulier au pluriel et de la personne à la grande masse. Mes sincères félicitations pour toi cher Zouhaïr. Cher Ettounsi, tu n'es pas seul, nous sommes très nombreux avec toi corps et âme. Cher Ettounsi, encore du courage, c'est sûr, nous allons vaincre inchaallah. | |
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Salah Karker |
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4 juin 2003
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Ettounsi : Un ami qui me manque | |
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Nous sommes le mardi 4 juin 2002, 15 H 15 (heure de l'est américain). La journée, particulièrement chaude, annonce un superbe été. La coupe du monde de football a commencé depuis quelques jours. Solidarité africaine oblige, je suis content de la victoire du Sénégal contre la France lors du match d'ouverture du tournoi. L'entrée en lice de la Tunisie (contre la Russie) se fera cette nuit, à 2 H 30 du matin. Avant de quitter l'université et de rentrer chez moi, je jette un dernier coup d'il à ma messagerie électronique. Tout de suite, je remarque un courriel ayant pour sujet « URGENT ». Je lis rapidement les quelques mots expédiés par Sophie : « Rappelle moi dès que possible ! ! ! Le plus tôt possible ! ! C'est au sujet d'ettounsi ( ) ». Sans vraiment m'en rendre compte, mes larmes commencent à couler et un nud se forme dans mon estomac. Avant même de réagir au message de Sophie, je devine déjà ce qu'elle va me dire. Au téléphone, je n'écoute pas la moitié de ce qu'elle raconte. J'arrive simplement à saisir quelques mots sans lien : « publinet plein de flics en civil quartier bouclé motos mon dieu j'ai peur ». On dit souvent que les gens qui subissent un accident de la route voient, en quelques secondes, leur vie défiler devant leurs yeux. En apprenant l'arrestation d'Ettounsi, c'est mon histoire avec TUNeZINE qui a rapidement défilé dans ma tête : Nous sommes en juillet 2001. Le forum du CNLT (www.cnlt98.org) que je fréquentais assidûment vient de fermer, sans donner d'explication. Un ami m'apprend qu'un juge anonyme a publié sur Internet une lettre « historique et suicidaire ». Je ne prends pas l'affaire au sérieux (j'ai compris plus tard que j'avais raté le scoop de ma vie !), mais je suis très curieux de connaître ce nouveau site au nom étrange : TUNeZINE. Comme pour toutes les grandes histoires d'amour, mon aventure avec TUNeZINE commence par un malentendu. Je trouve bizarre qu'un site qui se prétend être celui de « l'opposition tunisienne », adopte le prénom de Ben Ali ! Ce n'est que plus tard qu'Ettounsi m'expliqua que « ZINE » n'était rien d'autre que le diminutif de « magazine ». Rapidement, le forum TUNeZINE est devenu un véritable laboratoire d'idées. Les articles satiriques d'Ettounsi concurrençaient les écrits de politique-fiction d'Omar Khayyâm. Decepticus, le scientifique, nous régalait avec une excellente maîtrise de ses sujets. Hsouna écrivait dans un arabe littéraire d'un autre temps, mais Ô combien savoureux. Sophie, qui a rejoint la bande plus tard, apportait une touche féminine au forum L'arabe littéraire, le dialecte tunisien, le français et quelques fois l'italien et l'allemand (grâce à Khayyâm) se mélangeaient pour aboutir à un festin d'idées parfois contradictoires, souvent audacieuses et originales. Pour évoquer d'Ettounsi, nous pouvons longuement disserter sur la valeur sociologique de ses écrits satiriques, sur son insouciance, son inconscience et son côté « je ne revendique plus mes droits, je les exerce » Nous pouvons également parler d'Ettounsi comme d'un jeune diplômé chômeur autodidacte qui a choisi Internet comme moyen d'expression en vue de militer pour une autre Tunisie qu'il croit possible. Mais, l'apport d'Ettounsi va au delà de ces clichés. Selon moi, le plus grand cadeau qu'il nous a offert est celui d'avoir permis l'éclosion d'Omar Khayyâm. Ce jeune, qui a peu écrit avant de connaître TUNeZINE, est probablement une des plus grandes plumes de la Tunisie moderne ! Un des plus beaux textes de TUNeZINE a été signé par Khayyâm (« Quand on n'a qu'une bougie », janvier 2002 ). Et si la japonaise Minori, héroïne absente-présente de cette fiction, était finalement Ettounsi lui-même ? Je laisse le lecteur en juger en (re)lisant ce texte. Hasta Siempre Ettounsi Quand on n'a qu'une bougie "Light a candle" (allumez une bougie). Cette phrase est à la fois le titre et l'unique contenu du dernier e-mail de Minori. Son message m'a laissé perplexe. Que voulait-elle dire par là ? Les voies du Japon sont insondables. Minori travaille comme secrétaire de direction dans une petite entreprise de la ville de Kobe. Je l'ai rencontrée à Mahdia l'été dernier. Elle venait de participer à l'université d'été de l'Institut Bourguiba des Langues Vivantes. Elle voulait apprendre cette langue bizarre qu'on appelle l'arabe. Je l'ai vue pour la première fois parmi les morts. J'étais en train de marcher entre les tombes du cimetière marin. J'étais tellement absorbé par mes méditations que j'avais presque oublié le monde des mortels. De temps à autre, la brise marine qui me caressait le visage me rappelait, avec tendresse, que j'appartenais encore au monde des vivants. Un visage souriant et une voix douce interrompirent brusquement mes méditations. Elle me tendit son appareil-photo et je compris tout de suite ce qu'elle voulait. Les amitiés naissent rarement dans les cimetières, mais tel fut le cas de mon amitié avec Minori. Depuis cette rencontre " macabre " Kobe ne cessait de se rapprocher de Mahdia. Grâce à moi, Minori est devenue, avec le temps, familière avec les beaux paysages tunisiens : Le visage ensanglanté de Belanes, l'il au beurre noir de Sihem, le torse nu du docteur Amri, le " cadavre exquis " de Abderrahmane Jhinaoui. Mon dernier message était un résumé de l'année touristique et artistique 2001 : accueil chaleureux réservé à une touriste de marque qui s'appelle Souheir Belhassen, visite guidée au bureau du " Guide " des avocats, voyages " accompagnés " entre Hammam-lif et Sousse pour professeurs visiteurs, adieux émouvants à deux journalistes étrangers, excursion gratuite pour deux représentants de l'agence de voyages Amnesty , valse avec dame au Palais de Justice et la pièce " Huis-clos " jouée au théâtre de Manouba. Je reçus comme unique réponse la phrase déjà citée au début : "light a candle" ! Je ne voulais aucune explication. La réponse se cachait quelque part et mon pauvre cerveau devait se débrouiller pour la trouver. En éteignant la lumière et en m'allongeant sur mon lit, les idées se bousculaient dans ma tête, mais aucune d'elles n'était capable de se frayer son propre chemin. Soudain, alors que j'étais plongé dans le noir, une illumination inespérée me guida vers la clé de l'énigme japonaise. Je me mis à imaginer toute la Tunisie, de Borj El Khadhra à Jalta, plongée dans l'obscurité totale ; puis, soudain des millions de bougies qui s'allumaient simultanément offrant un spectacle inouï à tout observateur céleste. Comment se fait-il qu'aucun opposant tunisien n'ait jamais pensé à ce mode de protestation civilisé et on ne peut plus pacifique ? Notre chemin de la liberté sera-t-il éclairé par cette brillante idée japonaise ? Je me levai en sursaut et j'allumai mon ordinateur. Je rédigeai un court message et je le postai sur tous les forums tunisiens que je connaissais : " Le 20 mars à neuf heures du soir chaque famille tunisienne doit éteindre toutes les lumières et allumer une bougie " Le succès qu'eut cette idée Made in Japan me surprit. En quelques jours seulement tous les opposants et tous les militants se sont mis d'accord sur la date et la nouvelle forme de protestation. Toute la société civile se mobilisa pour " la nuit des bougies ". Cette idée enflamma un peuple en léthargie et une société civile qui cherchait une lanterne d'espoir. " Les Tunisiens vont voter par les bougies " commenta le journaliste Jourchi sur Swissinfo. Le maître de Carthage décida de réunir en toute urgence son " conseil de guerre " pour débattre de l'affaire des bougies. Un conseiller présidentiel proposa de classer les bougies dans la catégorie des produits dangereux et de ne les vendre qu'en quantité limitée et à des conditions spéciales. L'acheteur devrait présenter sa carte d'identité nationale et le vendeur serait dans l'obligation légale de mentionner sur un registre spécial le nom et l'adresse de l'acheteur. Le Secrétaire d'Etat à la Sécurité, quant à lui, proposa d'interdire carrément la production, la vente et l'importation de bougies. Après de longues délibérations, le dictateur décida de confisquer tous les stocks de bougies disponibles sur l'ensemble du territoire national et de fermer toutes les usines de bougies. L'importation de bougies fut strictement interdite. Il ordonna l'intensification des contrôles de bagages et de colis provenant de l'étranger. Cette mesure offrit aux contrebandiers des régions frontalières l'occasion rêvée de doubler leur chiffre d'affaires et aux douaniers d'augmenter leurs revenus. Des tonnes de bougies algériennes traversaient chaque nuit, par les voies les plus détournées, la frontière tunisienne. Les pêcheurs de Sfax et de Kélibia conclurent avec leurs homologues italiens et maltais des accords bilatéraux, garantissant la libre circulation de bougies en Méditerranée. Les Renseignements Généraux tirèrent, les premiers, la sonnette d'alarme : Des vagues successives de bougies étaient en train de submerger les foyers tunisiens. Jamais dans leur histoire les Tunisiens n'ont possédé autant de bougies en temps de paix. Constatant l'inefficacité des mesures qu'il avait prises et la date fatidique du 20 mars approchant, le dictateur demanda conseil à ses conseillers. L'un d'eux proposa d'organiser un match amical entre la sélection nationale et une équipe prestigieuse comme celle du Brésil ou des Pays-Bas le 20 mars à neuf heures du soir. Selon ce conseiller, les Tunisiens ne pourraient jamais résister à la tentation de suivre une partie de foot de haut niveau. Malheureusement pour ce conseiller et pour son maître aucune équipe " de gros calibre " n'était disponible le 20mars. Un conseiller machiavélique eut l'audace de proposer une solution qui, après mûre réflexion, plut à son chef. Il proposa d'organiser le20 mars à 21 heures précises un débat télévisé en direct où seraient invitées toutes les bêtes noires du régime. C'était dur à avaler pour le dictateur. Paniqué par les rapports de plus en plus alarmants de ses RG, prédisant un fulgurant succès de mouvement de " la nuit des bougies ", il donna néanmoins son accord. Le thème choisi risquait, lui aussi, de détourner les Tunisiens de leurs bougies : " La corruption et le népotisme en Tunisie ". Les invités de l'émission portaient des noms qui sentaient le soufre : Hamma Hammami, Mokhtar Yahiaoui, Sihem Bensedrine, Taoufik Ben Brik et Mokhtar Trifi. Aucun d'eux n'avait décliné l'invitation. A l'approche de l'heure fatidique de ce mémorable jour du 20 mars, des millions de Tunisiens retenaient leur souffle, tenant d'une main une bougie et de l'autre une télécommande. A 21 heures précises et avant que le présentateur ne commence à parler, cinq têtes brûlées se levèrent devant les caméras, sortirent une bougie de leur poche et, avant de quitter le studio, crièrent à l'unisson : " A vos bougies, Tunisiens ! " Omar Khayyâm | |
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Lecteur Assidu |
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4 juin 2003
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Le cahier violé | |
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C'est étrange. Mon premier texte publié par ettounsi de TUNeZINE porte le titre « les maux de tous les mots » mais aujourd'hui les mots peinent à sortir. Lorsque l'horreur dépasse une certaine limite, la langue se trouve paralysée. Lorsqu'on viole le dernier carré d'intimité de l'être humain, lorsqu'on vous dit de source sûre : « les gardiens de prison ont saisi le cahier et le crayon d'ettounsi », les mots sont-ils encore capables de décrire l'indescriptible ? Ce viol inqualifiable d'un journal intime est pour moi encore plus grave que le déversement de saletés dans son couffin de nourriture. Car je sais ce que ça représente pour lui une feuille et un crayon. Par ce geste ils lui ont arraché le dernier ballon d'oxygène qui le maintenait en vie. Dans cet univers carcéral hallucinant où il n'y a pas de « pourquoi ? », il est même interdit de communiquer avec soi-même ! Interdit d'alléger ses maux par des mots. Interdit de crier en silence. Interdit de coucher sa douleur sur une simple feuille de papier. Et il est surtout interdit de posséder cette arme de description massive : le crayon. S'il n'était réel, ce gros titre que vous ne lirez nulle part, ferait rire n'importe quel lecteur : « Prisonnier attrapé en flagrant délit d'écriture ! » 4 juin 2002. 4 juin 2003. 365 jours. 8760 heures. 600 525 minutes. 31 000 536 secondes. Je suis tenté de dire : « le temps passe ! », mais je pense tout de suite aux mots de Ronsard : « Hélas ! Ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous qui passons. ». On n'a pas seulement spolié ettounsi de son cahier mais aussi d'une année de sa vie. Une vie qui sera marquée à jamais par la nuit du supplice et les douze mois d'enfer. Mais, en paraphrasant Hemingway, je dirais : « ettounsi a été battu mais il ne sera jamais vaincu. ». Je ne veux pas verser dans le culte de la personnalité, qu'ettounsi abhorre tant, mais je sais qu'il est un homme intègre et je parie qu'il ne se désintègrera pas ! Jusqu'à ce jour je n'arrive toujours pas à comprendre l'étincelle qui a mis le feu aux poudres, celle qui a allumé ma passion pour TUNeZINE. Pourquoi ettounsi était la seule personne capable de me faire parler ? Comment une amitié a-t-elle pu naître en l'absence de visage et de voix ? Quel est le secret de son irrésistible attraction ? Ettounsi est un artiste dans l'âme. Ci-gît le secret de nos affinités électives. Car aucun de nous ne se considère comme un opposant, ni même comme un militant, mais comme artiste qui aime jongler avec les mots. Il écrit bien et il aime les gens qui écrivent bien. Il a même créé une planète pour les « chevaliers de la plume ». Elle s'appelle Ecrybie et les habitants de cette planète s'appelle les Ecrybiens, c'est-à-dire les gens qui écrivent biens. Quel est l'exploit d'ettounsi après 11 mois de cybversion ? D'après moi, ettounsi a contribué à au moins deux choses : la re-politisation de la jeunesse et la démystification la politique et des politiques. Un président n'est ni un dieu ni un demi-dieu, mais un simple mortel. Carthage n'est plus la cité interdite, mais la baraque d'un ridicule caporal nommé Zaba. Réduire son Excellence le Président de la République Zine el-Abidine Ben Ali à quatre lettres, Zaba, quelle économie de temps et d'espace ! Le message sous-entendu de TUNeZINE est « We are the people », le peuple c'est nous. Les affaires du pays c'est notre affaire aussi. C'est pourquoi cet e-mag a dérangé non seulement le régime mais aussi certains opposants professionnels. « Ce n'est pas sérieux » disent-ils. Oui, c'est notre droit de ne pas être toujours sérieux. C'est ça aussi la philosophie tunezienne : take it easy, ne soyez pas intimidés par les gros calibre de la politique et ayez votre mot à dire. Un seul mot résume la tragédie d'ettounsi : « l'incompris ». La dictature voyait en lui un redoutable opposant et les opposants croyait qu'il était un militant politique. Rien de tout ça. Le point commun entre lui et la communauté des opposants et militants est qu'il a osé, comme eux, mettre les pieds dans le jardin secret du général Ben Ali : torture, procès politiques, corruption, népotisme etc. Mais son approche est différente de celle des « gens sérieux ». Certes, il a toujours soutenu tous ceux qui souffrent sous la dictature, quelle que soit leur tendance ou couleur politique, et contribué à la diffusion des infos censurées en Tunisie, mais son propre jardin secret à lui c'est la satire, la fiction, le photomontage, bref la création artistique. Je suis sûr que si demain un journaliste pose à ettounsi la question : « Avez-vous des ambitions politiques ? », il répondra : « Oui, certainement. Président du RCD, Rassemblement des Chômeurs Diplômés ! » | |
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Omar Khayyâm |
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4 juin 2003
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Contre l'oubli, pour Zouhayr ! | |
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Zouhayr Yahyaoui, est le premier internaute tunisien à être incarcéré et condamné en juin 2002 à une peine de deux ans de prison pour, entre autre, « diffusion de fausses nouvelles » sur le net. Il vient d'effectuer sa première année de prison dans des conditions déplorables. Son arrestation, sa condamnation et ses conditions d'incarcération ont été dénoncées par tous les défenseurs des droits de l'homme tant en Tunisie qu'à l'étranger. Toutes mes pensées affectueuses à celles et à ceux qui se mobilisent encore de toute leur force en faveur de sa libération, et parmi toutes ces personnes ; ma profonde sympathie à sa merveilleuse compagne - Sophie - toute resplendissante de courage, d'abnégation et de ténacité. A l'instar de ce que j'avais déjà souligné dans un précédent numéro du journal « Al Kalima » dédié à Zouhayr, le recours de plus en plus fréquent à Internet par une génération avide d'apprendre et de communiquer en toute liberté, est la preuve que les canaux classiques de diffusion empêchent ces énergies et ces potentialités de s'épanouir en toute quiétude, et même, de s'exprimer sans fard. Les sentiments que ces jeunes cultivent contre leurs dirigeants, contre leurs aînés, et contre la société, demeurent ignorés et même occultés par nous tous, en l'absence des canaux d'expression crédibles. A partir de ce moment, les sites comme « Takriz » jadis, Tunezine et bien d'autres, aujourd'hui, rappellent qu'il existe une jeunesse animée par un esprit de fronde et de contestation, qui utilise tous les moyens de communication qui s'offrent à elle pour clamer vertement ses cris du coeur. Ils rappellent aussi, que les aînés que nous sommes aujourd'hui, fûmes animés par la même verve de contestation dans les années 1970. Nous nous accrochions jadis à des modes d'expression qui échappaient souvent au contrôle de l'Etat pour exprimer nos idéaux de liberté et faire entendre nos voix, souvent discordantes. Il est vrai que plusieurs de ces voix s'étaient rouillées depuis ! Il ne s'agit pas de se prononcer sur le bien-fondé de telle opinion ou sur la véracité de telle information, véhiculées ou diffusées dans les tribunes, les forums, les news, les journaux on line. La manière dont ces jeunes utilisent ces canaux de diffusion via Internet à leur guise, renvoient à l'usage des « dazibao » des années 1968 ; ces journaux muraux dans lesquels des individus - souvent des jeunes - exprimaient tout haut et parfois avec hargne, leurs chimères, leurs ressentiments, leurs frustrations et même leurs cris de révolte. Et tout esprit éclairé des lumières de l'intelligence et de la sagesse, se devait de leur prêter attention, et non de les brimer. Pour les aînés que nous sommes, cette flamme qui jaillit de la plume de ces jeunes, ne devrait pas nous inciter à la crainte ou à la peur, pour peu que nous soyons sereins ! mais plutôt à l'écoute, à la compréhension, à la réflexion. L'élargissement de Zouhayr Yahyaoui, et dans ce même sillage, celui de Hamadi Jebali, que nous appelons de tous nos voeux, seraient donc la preuve que l'humanisme, la bonté, la tolérance, la magnanimité, restent toujours ces valeurs nobles que partagent encore tous les Tunisiens ! | |
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Larbi Chouikha |
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4 juin 2003
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Ettounsi | |
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A l'évocation de ce nom, ma première idée - et première émotion- vont à l'image souriante et quelque peu floue d'un jeune homme avec une petite barbiche. Ma mémoire l'associe à l'un de ces nombreux résistants '' prisonniers de guerre'' impliqués dans les batailles que notre peuple mène pour que le ''fassadstan'' de Ben Ali redevienne la Tunisie. Puis je suis interpellé par le pseudonyme que Zouheir s'est choisi. Il faut vous dire que je suis intrigué par cette nouvelle forme de résistance et d'écriture - si on peut l'appeler ainsi - qui se développe sur le Net. Je suis surtout amusé par les pseudonymes que les e- résistants se donnent. Zouheir ne s'est pas vu tsar, terrible, aigle, colombe grand poète des temps jadis. Non. Il ne s'est vu que comme '' Ettounsi'' .....Le tunisien, simplement. Tiens ! Quel manque d'imagination. L'anonymat sur le net comme dans le bal masqué n'a -t-il pour fonction de libérer en nous l'imaginaire, les désirs refoulés, la mégalomanie. Voilà que Zouheir dédaignant tous ces plaisirs subtils et peu coûteux, refuse de se cacher et s'exhibe sous un pseudonyme qui n'en est pas même un. Tiens ! Quel courage aussi ! Se dire tunisien, s'affirmer tunisien, se revendiquer tunisien par les temps qui courent .....Je dis que cela ne manque pas de panache. Ecoutez ce que disent les Tunisiens de leurs compatriotes et vous comprendrez ce que je veux dire. Imaginez un Français , un Israélien , un Américain , ou un Algérien nous traiter de façon continue de lâches, veules, opportunistes, vulgaires, sournois, soumis, malhonnêtes, profiteurs, indisciplinés ... et patati et patata. Il y a des ligues et des associations contre le racisme qui souille et agresse l'autre. Qui veut fonder avec moi la ligue contre l'auto-racisme ? Aujourd'hui il est le mal numéro un de tous les Arabes et spécialement des Tunisiens. C'est là encore un des nombreux effets pervers de ces dictatures abjectes qui ont tout saccagé à commencer par notre âme. Mais Ettounsi, sans l'air d'y toucher, rejette en bloc cette haine de soi faite de désespoir et de colère qui n'a pas encore défini son objet. A l'évidence il n'a pas honte d'être tunisien. Il ne nous dit nulle part par ce jeu du défi et de la compensation des faibles et des mal assurés qu'il en est fier non plus. Il se contente simplement de s'affirmer, de s'énoncer, de se définir, de s'assumer comme tunisien.. et Basta . Le message est on ne peut plus limpide et fort. Tiens quelle profondeur de l'identification du ''je'' avec ce ''nous ''qui nous dépasse ! Voilà que je réalise brusquement qu' Ettounsi est un patronyme et pas seulement un pseudonyme. N'est-il pas vrai que je peux, que tu peux, que nous pouvons tous le revendiquer. Ettounsi est donc singulier et pluriel. Cette évidence me fait voir le visage maigre et souriant sous un nouvel angle. C'est un peu comme si je le regardais avec un microscope et une lunette astronomique. Il est à la fois Zouheir Yahyaoui, jeune diplômé chômeur condamné par les juges du '' Fassadstan'' et incarcéré dans ses geôles '' infâmes pour un non -crime. Il est aussi tous les autres '' Ettounsi'' : ceux qui survivent dans leurs cellules à petits barreaux, ceux qui végètent dans une prison de la taille d'un pays, ceux qui errent d'un exil à un autre, orphelins de leur pays. Il est donc lui, mais il est aussi toi, moi, et nous tous. Un jour , proche comme la pluie au pire moment de la suffocation sous l'orage qui se prépare, je poserai à Ettounsi la grande question : As-tu senti flotter dans ta cellule l'esprit d'un autre toi-même te chuchotant .. Résiste. Tu n'es pas seul , Tu n'a jamais été seul . Tu es la multitude. Tu es Ettounsi, tous les Ettounsi. Ta souffrance est celle du '' Fassadstan agonisant, celle de la Tunisie naissant à elle-même. | |
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Moncef Marzouki |
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4 juin 2003
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