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Notant que la Tunisie officielle ne cesse de prononcer un discours
alléchant à l'égard des droits de la personne, le gouvernement du
président Zine El Abidine Ben Ali est passé maître en matière de
propagande sur la scène nationale, régionale et internationale. Mais la
réalité est toute autre. On continue à torturer dans les locaux du
ministère de l'Intérieur, de la garde nationale et de la police, sous les
belles affiches de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.
Déplorant que les autorités tunisiennes se targuent d'avoir ratifiées un
grand nombre de conventions internationales relatives à la protection des
droits humains, sans pour autant les appliquer. Le fossé s'élargit, tous
les jours, entre les beaux discours et la réalité. Les autorités oublient
sciemment qu'une ratification des conventions internationales est sans
effet en l'absence de la volonté politique nécessaire à leur réalisation
et consécration réelle dans le quotidien de tous les jours. Soutenant
l'effort inlassable de la Communauté internationale dans la lutte contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et
dégradants, et le rôle grandissant joué par les organisations non
gouvernementales (ONG) dans l'édification d'une société sans torture, en
apportant aide et assistance pour soulager les victimes de la torture, les
aider à surmonter leurs souffrances et à obtenir réparation, pour prévenir
le crime par des mécanismes de contrôle et par la propagation d'une vraie
culture de tolérance et de respect des droits humains et pour que soient
poursuivis et jugés les tortionnaires, ceux qui ont ordonné, ceux qui ont
pratiqué et ceux qui ont planifié et légitimé de tels actes, en faillant à
leurs responsabilités d'agent de l'Etat ou de personnes exerçant un
quelconque pouvoir réel.Soulignant la prise de conscience, de plus en plus
visible, par la société tunisienne, à l'intérieur du pays et dans la
diaspora, de l'ampleur du problème de la torture et de la nécessité d'y
apporter les solutions nécessaires, tant sur le plan de la réhabilitation
psycho-médicale et socio-économique que celui de la réparation et de la
lutte contre l'impunité. Jour après jour, la société tunisienne reinvesti
et construit les espaces, libres et autonomes, d'expression, la culture de
défense des droits humains, si chère aux tunisiennes et aux tunisiens, re-
prend de l'importance dans les rangs de la population, dans ses secteurs
et composantes les plus variés et divers ; le Conseil National pour les
Libertés (CNLT) et la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l'Homme
(LTDH), cristallisent à eux seuls la lutte des tunisiennes et tunisiens,
contre la violation et l'amputation des droits fondamentaux.Soulignant,
avec regret, la persistance d'un discours de haine et d'exclusion, dans la
classe politico-intelectuelle tunisienne. La discrimination, sous quelque
forme que ce soit, est de nature à créer un climat de légitimation de la
pratique de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
et dégradants. Cette légitimation conforte les autorités à instaurer un
système de terreur qui persiste et s'éternise, sous la forme d'une machine
atroce de destruction de la dignité humaine. Les ''mauvaises habitudes''
qui s'installent en période de répression politique ne font que perdurer,
malheureusement pour longtemps. Le recours à cette arme abjecte et atroce,
qu'est la torture, ne peut être légitimé quelles que soient les
considérations et circonstances, de guerre, de troubles internes ou
d'instabilité politique. C'est un droit fondamental non négociable. ''Être
à l'abri de la torture est un droit fondamental, qu'il faut protéger en
toutes circonstances'', rappelle récemment le Secrétaire Général de
l'Organisation des Nations Unies. Soulignant la mobilisation de la
Communauté internationale dans la lutte contre le racisme, la
discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance. Pour que soit mis
fin à ce processus d'exclusion et de discrimination, incompatible avec le
plein exercice des droits pour toutes et tous.Déplorant la poursuite d'une
politique de terreur, menée par les autorités policières et pénitentiaires
en Tunisie contre les détenus et les membres de leurs familles, dans
l'impunité totale des tortionnaires. Les autorités politiques veulent
faire croire à des cas isolés, alors qu'il s'agit d'une pratique
systématique et d'une politique de terreur, érigée en système par les
hautes sphères de l'Etat. L'implication récente de l'ancien ministre de
l'Intérieur tunisien Abdallah Kallel démontre bien la responsabilité du
système politique tunisien, et de la haute administration civile, dans la
prolifération de ce crime abjecte qui forme une atteinte à la dignité
humaine.Conscient de l'importance de la lutte contre l'impunité et des
espoirs soulevés par l'enquête lancée par le Procureur général de Genève,
Bernard Bertossa, à l'encontre de Kallel, tant chez les tunisiennes et
tunisiens qu'au sein du mouvement mondial de lutte contre l'impunité et la
torture, deux phénomènes souvent liés.Déplorant l'inertie des autorités
judiciaires tunisiennes et leur refus d'enquêter sur les allégations de
torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants.
Les témoignages des victimes devant les tribunaux ne sont pas pris en
considération et les juges refusent les appels incessants des avocats de
procéder à des expertises médicales pour soulager les souffrances des
victimes, établir le fait de la torture et le juger. Les autorités
judiciaires ne font que refuser d'appliquer la loi et les mécanismes
internationaux auxquels la Tunisie a souscrit.Reconnaissant les efforts
considérables des associations et organisations tunisiennes de défense des
droits humains dans la lutte contre la torture, ainsi que le courage des
avocats dans la poursuite de cette longue lutte, qui n'a pas cessé depuis
les crimes et violences coloniales et tout au long des grandes manuvres
d'élimination d'opposants politiques qu'a connues la Tunisie dans son
histoire moderne. Cette culture de l'élimination qui s'étend à toute
personne non conforme aux désirs des dirigeants, dans la négligence quasi
totale, volontaires et systématique des règles minimales régissant le
système carcéral et les droits de la détention.Saluant le combat quotidien
des centaines d'avocats et de militants, femmes et hommes, jeunes et moins
jeunes, font la chasse quotidienne à ce fléau. Ils payent souvent de leur
personne pour que le droit et la justice soient consacrés en
Tunisie.Prenant acte des efforts des Nations unies pour l'éradication de
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants, ainsi que les efforts visant à réhabiliter les victimes.En ce
26 juin, jour anniversaire des Nations unies pour le soutien des victimes
de la torture, l'Association des Victimes de la Torture en Tunisie (AVTT)
: - Exige l'arrêt immédiat de la pratique de la torture, la fermeture
des lieux de torture et la dissolution des Services spéciaux (SS),
l'abolition de la police politique et des organes secrets de l'Etat qui
mènent la politique de terreur et de punitions collectives. - Demande
la nullité des procès basés sur des aveux dont il est établi qu'ils
étaient extorqués sous la torture, et par conséquent la libération de tous
les prisonniers, d'opinion et de droit commun, victimes de telle pratique,
et ce dans des conditions qui permettent de vérifier qu'elles sont
effectivement relâchées dans le sens de la jouissance totale de leurs
droits fondamentaux garantis par la Constitution. - Exige la libération
immédiate et inconditionnelle de la militante Sihem Ben Sedrine et l'arrêt
immédiat de toute entrave à l'action de Organisations non gouvernementales
tunisiennes de défense des droits humains. Leur rôle primordial pour
l'élimination de la torture et la lutte contre l'impunité est un facteur
de défense de la société contre de tels actes. L'atteinte aux défenseurs
des droits humains est une violation de ces droits. - Appelle à la mise
en place d'une Commission Nationale d'Enquête sur les Crimes de Torture en
Tunisie, indépendante et impartiale, chargée d'enquêter sur les
allégations de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants. La Commission devrait pouvoir s'entretenir avec les
victimes ainsi qu'avec toute personne jugée utile à entendre. Les
autorités devraient faciliter le travail de la commission, garantir la
protection des témoins, l'accès à tout lieu ou document pouvant apporter
un éclairage sur la pratique de la torture. La commission devrait rendre
public son rapport et ses recommandations, dans un délai raisonnablement
négocié avec les associations des victimes et les organisations de défense
des droits de l'homme.- Exige la traduction immédiate des tortionnaires
devant la justice, sans délai de prescription, conformément aux normes
internationales approuvées par la Tunisie, vu que la torture est un crime
contre l'humanité, défini dans les termes du droit pénal international,
définit dans les textes internationaux: ''Ceux qui encouragent, ordonnent,
tolèrent ou commettent de tels actes doivent être tenus pour responsables
et sévèrement punis, en particulier les responsables du lieu de détention
où il est avéré que l'acte interdit a été commis''. - Demande des
enquêtes administratives dans les services de l'Etat rendus coupables de
tels actes. Les décisions et sanctions administratives sont
complémentaires et ne doivent pas être évoquées pour annuler, retarder ou
entraver le travail de la justice. Toute personne impliquée dans la
pratique de tels actes, sous l'une des formes énumérées, devrait être mise
à la disposition de la justice et suspendue de ses activités et fonctions
administratives jusqu'au terme de la procédure. Aucune immunité ne peut
être invoqué pour extraire des criminels à la justice- Exige l'amendement
du Code pénal tunisien en éliminant les articles contraires au droit et en
adoptant les dispositions pénales nécessaires pour que soit mis fin à
l'impunité dans ce sens que les actes de torture doivent constituer des
infractions au regard du droit pénal, nécessitant le châtiment
correspondant à la gravité des faits et des dégâts occasionnés sur le plan
physique et moral. Aucune disposition d'amnistie ne pouvant couvrir des
crimes de torture, sous quelque prétexte que ce soit. Le droit à ne pas
être torturer est un droit fondamental élémentaire et non négociable.-
Appelle à la mise en place, dans le système juridique, d'un mécanisme de
réparation et de réhabilitation des victimes, de manière à ce qu'elles
puissent exercer pleinement non seulement leurs droits civiques et
politiques mais aussi leurs droits socio-économique et culturel. Ainsi que
la prise en charge par l'Etat de la mise en place d'un système de
réadaptation psycho-sociale et médiacle, permettant aux victimes et leurs
familles de dépasser la souffrance et les traumatismes et d'intégrer
pleinement la vie sociale.Forte du soutien des défenseurs tunisiens et des
ONG internationales, l'AVTT lance un appel urgent : - au Rapporteur
spécial de la Commission des droits de l'Homme sur la question de la
torture pour se rendre le plus tôt possible en Tunisie, afin d'enquêter
sur la torture qui se pratique toujours et arrêter le drame des
liquidations lentes dans les prisons tunisiennes. L'Organisation des
Nations unies doit faire fonctionner ce mécanisme de prévention, et
d'autres dont elle dispose, avant que l'irréparable ne soit arrivé, car
des vies humaines sont en danger. - au Comité International de la Croix
Rouge (CICR), d'user de son droit d'initiative, pour visiter les prisons
tunisiennes. Les informations concordantes dont dispose les organisations
internationales de défense des droits humains ne laissent pas l'espace
d'un doute quant à la pratique systématique de la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains et dégradants. Des milliers de victimes
en souffrent, dans l'indifférence totale des autorités du pays. Ces
mauvais traitements, additionnés à l'absence de suivis médicaux
appropriés, aboutissent à une politique de mort lente administré dans les
géoles de la mort. Des dizaines de victimes ont perdu la vie dans des
conditions suspectes, sans que les autorités n'aient pris de mesures
significatives pour améliorer la situation. L'emprisonnement
post-carcéral, par un système d'interdiction de travailler, d'étuder, de
se soigner, de vivre ''socialement''. Cette politique concertée
d'asphyxie, d'intimidation et de harcèlement pousse certaines victimes au
désespoir. Ces aspects de torture post-carcérale, faisant partie du
système général d'écrasement et de destruction de l'être sont à prendre en
compte dans le démoontellement du système. - à tous les États
signataires de la Convention des Nations unies contre la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, de ne pas autoriser
la présence sur leur sol de tortionnaires tunisiens, de les traduire
devant la justice ou de les extrader vers le pays qui établira sa
compétence universelle pour juger les crimes contre les droits de l'Homme.
L'AVTT demande aux États partis de se conformer au texte de la Convention
qui interdit l'extradition vers un pays où des raisons sérieuses portent à
croire que la torture y est pratiquée. - Aux autorités tunisiennes pour
qu'elles donnent suite à l'implication de Kallel par un juge suisse pour
crimes de torture, et ce conformément à la convention des nations unies
contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants de 1984, ratifiée et en entrée en vigueur pour la Tunisie en
1988. La justice tunisienne doit, soit juger, soit extrader vers un Etat
partie à la convention qui déclare établir sa compétence universelle. La
non collaboration de la justice tunisienne et la sourde oreille qu'elle
fait sur cette affaire que font que ternir, de plus, son image de justice
aux ordres.L'AVTT se rejoint à l'initiative du CNLT et de la LTDH, pour
l'initiative du 29 juin, l'amnistie générale en Tunisie, ainsi qu'à toutes
les actions entreprises dans le pays et dans les diaspora pour célébrer
cette journée. L'AVTT se joint à l'initiative des ONG égyptiennes qui
urgent le Rapporteur spécial pour la protection des défenseurs des droits
de l'Homme de se rendre en Tunisie, suite à la dernière rafle des
autorités visant à réduire au silence le mouvement de défense des droits
humains. En cette journée des Nations unies pour le soutien des victimes
de la torture, l'AVTT appelle à la commémoration de cet anniversaire. La
lutte contre la torture est faite de souffrances et de douleurs, aussi de
victoires et de grandes réussites à commémorer et à fêter, pour rompre
avec le pessimisme et partager le combat et les valeurs universelles,
entre les victimes et toute les composantes de la société, entre les
peuples et entre les générations.
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