Mieux vaut tard que jamais ;-)
TUNeZINE 101





Création du CISZY : Allons-ZY !!!

Comité International de Soutien
à Zouhair Yahyaoui


A la demande de maître Radhia Nasraoui, avocate de Zouhair Yahyaoui alias Ettounsi, un comité international de soutien à Zouhair Yahyaoui vient de se créer, sous la présidence de Monseigneur Jacques Gaillot. Il émane largement du comité qui s'était constitué autour de Hamma Hammami, Samir Taâmallah, Abdeljabbar Maddouri et Amar Amroussia.

Premiers signataires :
Jacques GAILLOT (président du comité),
Fouad ABDELMOUMNI (Vice Président de l'AMDH, Association marocaine des droits de l'Homme),
Yasmine BOUDJENAH (parlementaire européenne),
Anna BOZZO (universitaire, Italie),
Alima BOUMEDIENNE-THIERY (groupe VERT/ALE),
Sonia DAYAN-HERZBRUN (Professeur à l'Université Paris7-Denis Diderot),
Anne Charlotte DOMMARTIN (politologue, Ensemble contre la peine de mort, France),
René GALLISSOT (universitaire, Président de Hourriya/Liberté, France),
Claudie et Benoît HUBERT (avocats, France),
Lise GARON (Professeur à l'Université de Laval, Canada),
Marguerite ROLLINDE (Secrétaire générale de Hourriya/Liberté),
Simone SUSSKIND (Parlementaire européenne),
Abdallah ZAAZAA (militant associatif, Maroc)

A propos de Zouhair Yahyaoui:

Arrêté sans motif le 4 juin 2002, torturé, Zouhair Yahyaoui alias Ettounsi du site TUNeZINE (www.tunezine.com) a été condamné le 20 juin 2002 à 28 mois de prison. Afin de protester contre les mauvais traitements qu'il avait subis, et la falsification de son dossier, il avait refusé de se présenter à l'audience. A la suite de l'interjection en appel le 28 juin 2002, il a été présenté au tribunal le 3 juillet 2002 sans même que ses avocats aient été convoqués.Reporté au 10 juillet 2002, le non-procès, où Zouhair est cette fois-ci présent, se terminera sur un verdict de 24 mois de prison ferme, alors que les avocats n'ont pu ni avoir accès au dossier, ni rencontrer Zouhair, et qu'aucune plaidoirie relative aux chefs d'accusation n'a pu être prononcée.

Aujourd'hui, ses conditions de détention ne cessent de se dégrader et son oncle, le "juge rebelle" Mokhtar Yahyaoui, dans un message envoyé le jeudi 14 novembre, a alerté l'opinion publique nationale et internationale sur la gravité de la situation, écrivant à propos de son neveu Zouhair Yahyaoui : "Il a dit qu'il ne croit plus à la vie et qu'il commencera une grève de la faim continue jusqu'à ce que lui soient reconnus tous ses droits de détenu d'opinion, qu'il soit transféré de cette prison au plus proche du domicile de ses parents, et que son pourvoi en cassation soit traité. Souffrant des reins et incapable de soutenir physiquement une grève de la faim Zouhair Yahyaoui ne fait que choisir la voie du martyre face à l'humiliation et à la vengeance froide".

Se battre pour Zouhair Yahyaoui, comme pour Hamma Hammami auparavant, ce n'est pas seulement se battre pour un prisonnier mais c'est contribuer à la lutte pour une amnistie générale en Tunisie. Dans le cas de Zouhair, c'est lutter pour la liberté d'expression en Tunisie et contre la censure exercée sur Internet ; c'est également dénoncer le harcèlement contre les familles puisque si Zouhair est en prison aujourd'hui, c'est aussi parce qu'il est le neveu du juge Yahyaoui dont la lettre dénonçant le fonctionnement de la justice en Tunisie a été rendue publique par "Ettounsi" sur le site TUNeZINE.

Pour avoir plus d'informations sur Zouhair Yahyaoui et sur les propositions d'action en faveur de sa libération, vous pouvez ouvrir le lien suivant: http://site.voila.fr/zouhairyahyaoui/action.html

28 novembre 2002
Faim de vie

Comité de Soutien aux Ouvriers Grevistes de l'IKAB


Hospitalisation de cinq grévistes de la faim

Le comité de soutien aux ouvriers grevistes de l'IKAB annonce que dans la nuit du 28 au 29 novembre 2002 quatre grevistes ont été hospitalisés d'urgence à l'hopital regional de Ksar Helal, l'un d'eux à été transféré d'urgence à l'hopital de Monastir à la suite d'un coma diabétique , sa situation a été jugée critique par les médecins qui l'ont examiné.
Conférence de presse: le comité annonce que les grévistes tiendrons une conférence de presse demain 30 novembre 2002 à 11h au siege de l'union local du travail à Moknine

Communiqué n°2

Les ouvriers grévistes de la faim de la société textile « l'IKAB » entament aujourd'hui leur 11 jours de la grève de la faim déclenchée le 13 novembre dernier. L'employeur continue à refuser de mettre fin à ce conflit et de répondre aux demandes de réintégration de ces travailleurs licenciés abusivement .
greveLe comité de soutien aux grévistes de la faim constitué le 17 novembre 2002 salue leur détermination et leur courage et appuie leurs revendications en particulier leur droit au travail. Le comité salue leur esprit de responsabilité malgré les nombreuses provocations dont ils ont été victimes. Le comité dément ainsi les allégations mensongères du patron de l'entreprise sur les prétendues entraves à la liberté de travail et considère la fermeture de l'entreprise du 11/11/2002 au 20/11/2002 comme une étape vers le démantèlement et la disparition de celle ci précédée par une campagne de dénigrement des luttes de ces ouvriers qui visait le pourrissement de la crise.

Le comité apprécie à sa juste valeur la vigilance des ouvriers qui ont mis à nu le projet du patron après la réouverture de l'usine le 20 novembre 2002, et poursuivi leur grève de la faim au siége de l'union locale de L'UGTT à Moknine. Le comité apprécie également les efforts entrepris par les structures de l'UGTT notamment au niveau central ,pour permettre la réintégration des ouvriers.
Compte tenu de l'état de faiblesse de certain grévistes (diabétiques, hypertendus, insuffisants rénaux ) et de l'altération de leur santé, cinq d'entre eux ont du être transférés à l'hôpital régional de Moknine.

Compte tenu de cette situation le comité appelle :
1- la société civile à plus de solidarité avec ces ouvriers en entreprenant des actions concrètes.
2- Les autorités à faire montre de rigueur et de détermination pour amener l'employeur à respecter la loi, ses engagements, et à réintégrer les ouvriers afin de mettre un terme au conflit.
3- A plus de sensibilisation et de mobilisation de l'opinion pour une meilleure solidarité avec ces ouvriers.

Tunis le 25 Novembre 2002

Communiqué n°1

Un Comité de Soutien aux ouvriers grévistes de l'IKAB a été créé le 13 novembre dernier afin d'attirer l'attention et de mobiliser l'opinion nationale sur la situation lamentable des ouvriers de l'entreprise textile IKAB à Moknine, après sa privatisation qui a amené ces derniers à avoir recours à des moyens désespérés, comme la grève de la faim illimitée que 12 d'entre eux ont entamé après le renvoi abusif de 17 ouvriers dont des représentants du syndicat de l'entreprise.

Le refus du patron de l'IKAB de répondre à leurs revendications, son refus de prendre en considération l'appui de l'UGTT et les provocation de l'administration ont amené les ouvriers à se défendre par des moyens légaux.

Face aux conditions difficiles et douloureuses qui menacent leurs vies, le Comité a pris cette initiative humanitaire en espérant trouver auprès de toutes les sensibilités de la société civile la compréhension et la solidarité nécessaire.

Membres du Comité de Soutien :

Abderrahmen Hédhili ( Enseignant)
Balkiss Mechri
Abdelmajid Msalmi (Médecin)
Mongi Ben Salah (Enseignant)
Adel Arfaoui
Mohamed Gouméni
Mohamed Jmour ( Avocat )
Anouar Kousri
Noureddine Falleh ( Universitaire )
Abdelkader Kheniss
Khalil Ezzaouia ( Chirurgien )
Salem Boubaker ( Retraité )
Samir Berrayana ( Parlementaire )
Mohamed Attia ( Pharmacien )
Ali Zeddini ( Ingénieur )
Hatem Châabouni (Hôtelier)
Meher Hnine (Enseignant)
Salem Hadded
Abdessattar Ben Fraj (Universitaire)

Pour le Comité, Abderrahmen Hédhili
e.mail : comite-sogfi.tunisie@laposte.net


Tunis le, 17 novembre 2002
ben ayed : NTM !

ben ayed ou chtioui, où es-tu ?


Pour commencer j'aimerais bien remercier le cher compatriote qui nous a informé sur la mise-en-scène du lêche-Q ben ayed sur TV7. Personellement j'aime trop des couffins d'une taille pareille qui représentent pour moi la personification par excel du contre-exemple de l'homme moderne et civilisé.

En tout cas je trouve toujours amusant de voir soulever en permanence le débat de la charte par rapport au comportement vis-à-vis de la couche pourrie de la Tunisie. Personellement lorsqu'il s'agit de ben ali pour moi il y a une et une seule charte unique et valable; à savoir aucune, point à la ligne. Puisqu'il faut comprendre cet individu, ce n'est pas de sa faute qu'il ne comprenne pas autrement, c'est tout ce qu'il est capable de gérer comme code de communication; un zoufri jahil quoi.

Par conséquent je m'adresse au pédé de lércédé nommé ben ayed pour lui rappeler sa démonstration de courage ainsi que ses menaces glorieuses et térrifiantes tenues en public qui ne cessent de me faire trembler. Espérons qu'il ne souffre pas de fuites d'ordre mental tant que j'arrive plus à manger, le sommeil vaut mieux ne pas en parler surtout que je suis à 2 blocs de ce con ;).

benayed


Alors ben ayed moitié con moitié pédé
un lêche-cul sans la moindre dignité
toi et toute la merde de l'ércédé
une bande minable de déphasés
du monde moderne et civilisé.
Ta mise-en-scéne t'as oubliée?
Qu'est-ce-que t'attends pour nous terrifier?
Les ordres de ton batroun mal coiffé
un viellard aux cheuveux teintés
d'une minable sorcière déshonorée?
Ou doit-on absolument citer
les éscapades de ton batroun éxcité
chez ses maitresses qu'on peut plus dénombrer?
Ou peut-être même lui adresser
les compliments, voeux et souhaits
à l'occasion de son nouveau né?
Un masculin qu'il a tant souhaité
quasiment son prince héritier
que leila était incapable de le pâte-modeler.
De ma part je te donne feu vert sans hésiter
et je me déclare volontiers
d'être tout simplement parmi les premiers
à avoir le malheur d'être démasqué.
Donc vas-y fonce sans freiner
si tu es vraiment un homme sans pitié
fidèle à ses paroles déclarées.
Un homme un mot et le tour est joué
sauf que pour toi c'est du language étranger
être un homme t'en peux même pas rêver
sale lâche sale lêche toujours affamé
au diable avec toi ainsi que ta bande de lâcheté
Fais au moins plaisir á ton batroun illitré
à l'occasion de 7 chanson tant récitée
qu'on arrive plus à entendre parler.
Le pauvre aurait au moins de quoi fêter
une sorte de "changement" pour un con borné
à méditer...

espèce d'ordure puante sans la moindre trace d'humanité
tfouh a3lik et 3ala qadrik d'ici jusqu'à l'éternité
si t'as jamais quoi que ce soit à manifester
sauf comme toujours de la merde insensée
fidèle au style de ton batroun inéduqué


annastou ya qoffa, ya bindir ya la77as les saletés

Abdou qui t'emmerde ainsi que ton batroun à jamais
je pense maintenant tu es suffisament satisfait
je ne sais pourquoi mais j'arrive pas à terminer
d'admirer un tel calibre de qualités
si on commence on n'arrive plus à s'en échapper
tellement de trucs à rédiger
mais vaut mieux me faire casser
avant que tout ne soit gâché,
je dis ainsi tchaw et jm'en vais
la tête haute mais le nez fermé :(,
tout prêt de ce con que je dois passer,
vous comprenez ;)!
Attention ceci n'est pas un poème à écouter
genre: on a tous dans le coeur une petite fille oubliée
une jupe plissée queue dcheval à la sortie du lycée
c'est plutôt un morceau de musique dé RAP pée
mon dieu eminem m'a vraiment contaminé,
je pense qu'il est temps de cesser

Abdou.

06 novembre 2002
Manger pour vivre, jeûner pour exister

Les dilemmes du jeûne militant [1]


« Parce que l’homme est ce qu’il mange, il lui faut se manger lui-même »
Alexandre Jodorowsky


La scène se passe au rez-de-chaussée d’une petite maison à La Marsa, à 18km de Tunis. Personnage principal : Omar Mestiri ; gréviste de la faim et ulcéreux qui revendique la restitution de son passeport arbitrairement confisqué. Personnage quasi-unique, en vérité, d’un court métrage bâclé, désespéré et à contre-courant. Neuf jours durant, Omar Mestiri, opposant depuis des années, grimace de douleur. Aux souffrances du jeûne s’ajoutent, en effet, les caprices d’un ulcère gastrique. Et la déception. Omar espérait susciter un élan de solidarité, enclencher un (petit) cycle de luttes. Mais rien ne vient. Il est seul et reste seul. Quelques amis seulement le visitent. Et la famille. Nous sommes en 1995 et les gens, même les militants, ont encore peur. Epuisé, désillusionné, pressé par ses proches, Omar renonce. Alors, les ombres invisibles du pouvoir s’esclaffent et rotent de satisfaction : le moment est venu de la « chmeta ». La « chmeta », c’est le jeu favori de ceux qui gouvernent en Tunisie. Ils n’y résistent pas. Quand bien même elle serait politiquement absurde et coûteuse ! La « chmeta » ? Intraduisible en français. Le pic, peut-être, mais la formule est bien trop faible pour exprimer les ingrédients de la « chmeta » : faire mal et faire mal gratuitement et se faire plaisir en même temps ! Ainsi, quelques semaines à peine après la grève de la faim de Omar, d’autres opposants sont invités à récupérer leurs passeports mais pas lui !

Des actions similaires auront lieu depuis, mais le véritable tournant date de la « Déclaration de grève » de Taoufik Ben Brik, le trois avril 2000. Désarçonné par un mouvement dont il ne prévoyait ni la durée (une quarantaine de jours) ni la médiatisation internationale, Ben Ali a capitulé. La grève dadaïste du journaliste a eu raison de l’ordre ubuesque du benalisme. Dans la foulée, de multiples grèves de la faim ont été déclarées, la plupart sans succès et aux conséquences parfois tragiques. Ainsi Abdelwahab Boussaa est mort en prison après plus 40 jours de jeûne, Abdelatif Bouhjila a dû interrompre sa grève au bout de 98 jours, Radhia Nasraoui, par contre, a réussi, au terme de 38 jours de grève, à arracher son mari, le porte-parole du PCOT[2], Hamma Hammami, à sa cellule. En ce moment même, ses camarades encore détenus, Abdelajabar Maddouri et Ammar Amroussia, refusent de s’alimenter.

Certains opposants tunisiens contestent cette forme d’action qu’ils jugent « morbide » et « auto-destructrice ». Ils ont sans doute raison et tort à la fois. Car que nous disent les grèves de la faim sinon le désespoir de ceux qui les font ? Et en premier lieu, celui des femmes et des hommes qui vivent, si cela peut s’appeler vivre, dans l’effroyable inhumanité des prisons. Toute prison est barbare ; toute prison est châtiment corporel, amputation du corps et de l’esprit, brisure de la vie ; mais la prison en Tunisie est une machine à broyer les êtres, une abominable centrifugeuse à chair humaine, un dispositif barbare de déshumanisation. En prison, tout ce qui est humain dans l’homme doit disparaître. Seul l’inhumain de l’humain résiste à l’épreuve. L’instinct de conservation ne conserve l’homme qu’à condition de le transformer en animal. Taoufik Chaïeb, un des rares prisonniers, sinon l’unique, a avoir été libéré au terme d’une grève de la faim qui a failli l’emporter (53 jours), a exprimé en quelques mots terribles la réalité carcérale tunisienne : « En prison, on ne revendique même plus les droits de l’homme mais les droits du bœuf et de la poule ! »

Dans la claustration absolue des prisons où l’on n’a plus d’extérieur, on ne peut ni fuir ni briser les murs qui nous cernent, ni même tuer son prochain ; ne reste alors pour unique liberté que celle de se retourner contre soi-même, de s’auto-détruire pour exister, pour se créer un extérieur - le sang, les cris, l’infirmerie, les coups, peut-être, en prime - , pour retrouver un rien d’humanité dans la communauté des auto-mutilés.

D’anciens prisonniers politiques ont avoué ainsi - car on ne le dit pas sans honte - avoir résisté difficilement à la tentation de l’auto-mutilation. La grève de la faim a permis à certain d’y échapper. Car si elle est une forme d’automutilation rampante, où le corps s’auto-consomme lentement, les graisses d’abord, les muscles ensuite, si elle est acte autophage et suicide du corps, la grève de la faim est aussi une résurrection de l’esprit. On ne meurt pas pour mourir, on meurt pour vivre. Par la grève de la faim, le prisonnier politique s’arrache à l’animalité carcérale ; il est tout seul dans son désespoir et sa souffrance mais, par delà ses geôliers, il lance un appel aux autres, un appel humain parce qu’il est politique ; une forme élémentaire de la politique ; l’inverse de la guerre : non pas la poursuite de la politique par d’autres moyens, mais le début de la politique, l’activation ou la ré-animation d’un lien politique, en se tuant soi-même pour parler aux autres.

Mais au-delà des murs de la prison, c’est encore la prison. La Tunisie est une vaste prison où le lien dialectique politique est remplacé continûment par le lien mécanique de la police. Le benalisme sans esprit veut un peuple à son image : écervelé et consommateur ; un peuple omnubilé par la consommation, valeur - instinct - suprême, inaccessible pour la majorité. Si l’Etat benaliste, sans pouvoir s’en débarrasser, a peur de la religion, c’est qu’aujourd’hui, en Tunisie, la religion est politique. Réactionnaire, évidemment, dans ses interprétations dogmatiques les plus rigides, mais d’abord politique. Non pas l’opium soporifique mais « le soupir de la créature accablée…, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. » Il y a de l’esprit dans la religion or Ben Ali veut tuer l’esprit ; il y a un lien politique dans cette religion qui cherche à briser le corset policier et faire obstacle à l’animalisation du peuple tunisien, et cela non plus le pouvoir ne peut le supporter.

C’est sans le détour - périlleux au demeurant - de la religion que le mouvement démocratique s’attache à ré-humaniser c’est-à-dire à politiser ou, si l’on veut, à citoyenniser, l’homme tunisien : casser le labyrinthe policier pour retrouver le fil perdu politique ; dégager, à la pelle d’abord puis au bulldozer, l’espace public ; dire aux gens qu’il suffit d’y croire pour que le despote s’écroule car se penser ensemble citoyens, c’est l’être.

Mais le démocrate, comme le politique religieux, est lui-même enfermé entre 4 murs, refoulé à coups de matraques vers le non-politique dès qu’il tente de lever la tête pour parler aux siens. Alors, s’il ne peut rendre les coups aux coups, comme le prisonnier politique, il lui reste la liberté de laisser son corps manger son corps : symboliques et brèves comme les jeûnes de Gandhi, illimitées et dures, comme le sont de plus en plus souvent les grèves de la faim face à un pouvoir qui refuse d’entendre non pas son cœur ( ?) mais la simple raison.

Plus qu’au pouvoir, c’est d’ailleurs aux contre-pouvoirs que s’adressent les grévistes de la faim. S.O.S., auto-affirmations humaines, exigences citoyennes, les grèves de la faim sont aussi la tentative de nouer un lien par delà les frontières. Souvent mal vue, car elle agresse et culpabilise, la grève de la faim est cependant le seul mode d’action qu’on écoute pour peu qu’elle dure. Les espaces citoyens du monde démocratique ne s’émeuvent en effet qu’en proportion du nombre de litres d’hémoglobine versé et de la souffrance. La solidarité se nourrit dans la douleur et se construit dans l’urgence ne laissant d’autres choix aux victimes de l’oppression que d’ajouter à l’oppression subie la mise en péril de leurs vies. Car trop fréquemment encore, la solidarité relève de la compassion plus que de la conscience d’une communauté de destin et de luttes.

La grève de la faim des dissidents tunisiens est l’expression d’un autre enfermement. Elle exprime la difficulté à briser le mur qui les sépare encore de la population. Mécontents, inquiets, sans illusions désormais vis-à-vis du régime, les Tunisiens n’ont pas fait le pas vers la prise de position active. La Tunisie a connu ces dernières années des émeutes de lycéens, quelques grèves et autres actions de protestation, mais ces mouvements sont restés sporadiques, sans effet d’accumulation. La jonction avec l’opposition, qui pourrait engendrer des formes de luttes moins mortifères que la grève de la faim, progresse globalement depuis plus de trois ans mais reste bien timide. De cette rencontre, pourtant, dépend sans doute que la Tunisie ne retrouve pas un jour son ancien nom de Barbarie.

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[1] J’offre ce texte à mon ami P.Corcuff, sociologue et militant, surtout sociologue et surtout militant…
[2] Parti communiste des ouvriers tunisiens

Sadri Khiari

Tunis, le 29 octobre 2002
Zaba(pas?)net

Du nouveau sur la toile
la page perso de Zine El Abidine


Visitez la page personnelle de Zine El Abidine Ben Ali
(Aux bons soins de Neila Charchour Hachicha)

Bonsoir !!

Je suis votre Président Dictateur Général
Le vieux flic voyou & tortionnaire notoire Zine El Abidine Ben Ali
Et je vous souhaite la bienvenue sur mes terres arides en libertés de Tunisie!

A travers tous mes crimes, mes excès et mes compromissions je vous invite à découvrir la situation exécrable des droits de l’homme et des libertés en Tunisie (le pays ami des riches) le but est de vous faire connaître toute la vérité le despotisme tunisien et ses menaces pour l’occident (Djerba, etc.) je sais que vous aimez la liberté de l’information aussi je vous invite à vous informer sérieusement avant de partir en vacances en Tunisie.

Je règne sans partage depuis le 06 et demi Novembre 1987, date de l’éviction volontaire de Bourguiba Habib l’artisan de la décolonisation, le fameux militant et chef du parti destourien, le père de la Nation. Je l’ai trahi tout simplement et même après sa mort il a été privé d’obsèques le pauvre!

Je commencerai par remercier
- Neila Charchour Hachicha (dieu la garde cette islamiste radicale beylicale) d’avoir écrit ce beau texte qui me sert de support de présentation.
- Leila ma seconde femme (j’ai jeté la première) grâce à qui j’ai pu devenir Président puis Président à vie, une sorte de roi si vous voulez.
- Et enfin moi-même Zine El Abidine Ben Ali (j’aime quand on applaudit à la seule évocation de mon nom!) pour mon immense travail de promotion du mensonge integral en Tunisie, le harcèlement de toutes les familles du pays (hommes, femmes, enfants, viellards) l'optimisation de la DELLATION comme systeme de gouvernement (faux et usage de faux).
Mais sachez chers citoyens que j'ai besoin de tout votre fric (vous connaissez le n° de mon compte).

Entreprendre une démarche de correction de tout un peuple représente un crime mais aussi beaucoup de travail de censure et de propagande pour cacher la vérité.

Grâce à INTERNET, qui est un très puissant outil de communication interactive, il est aujourd'hui possible d’informer (ou de désinformer!) l’ensemble de la planète de mes crimes abominables en un temps record.

blaireau Les sites web tunisiens dans le cyber espace sont des outils très moderne et très efficient pour communiquer librement en toute transparence sur les agissements de la police tunisienne et sur les véritables buts que je m‘efforce d‘atteindre à travers la répression complète de tous les tunisiens dont la tête ne me revient pas, de ceux qui pourraient ne plus avoir peur de moi et oser s’exprimer publiquement, ceux qui utilisent un ordinateur pour communiquer avec des correspondants étrangers (le monde entier ourdit un complot contre l’État tunisien, tous les étrangers sont donc suspects & les croyants sont des terroristes en puissance). Voici ma méthode de travail : grâce à une justice aux ordres, j‘enferme le maximum de gens dans des prisons camps de concentration en Tunisie de manière préventive où ils meurent en quelques mois (Il faut donc les libérer quelques détenus de temps en temps pour pouvoir remplir de nouveau les cachots exigus et insalubres), sauf les personnes que je ne veux plus jamais revoir. Dans ces camps de prisonniers politiques (qui sont de véritables paradis comparés aux centres de torture de la Tunisie dont chaque commissariat est équipé), on ne donne pas à manger ni à boire aux détenus qui se mettent souvent en grêve de la faim, les kapos ces héros du peuple qui sont en vérité des criminels les frappent pour qu’ils arrêtent, comme on ne leur donne pas d’eau pour se laver ils souffrent de la gale et autres maladies, là encore on les laisse sans soins, pas de promenade pour les prisonniers politiques ni de visites (avocats, parents, familles ou toute autre personne travaillant pour des ONG de défense des human rights) – on les enferme à l’autre bout du pays pour qu’ils en aient encore moins -, pas de panier de prosivions, pas de courrier – quand ils en ont le facteur lit tout, les gens du Ministère de l’intérieur ont peut-être oublié de prendre tout l’argent contenu dans la lettre, on ne sait jamais – pas de journaux ni de télévision, je leur prend tout leur argent, leurs cheveux pour en faire du savon et leur or dentaire. Voilà un échantillon de la politique sociale dangereusement sécuritaire du Dictateur en Tunisie (en Afrique), le caporal Zine El Abidine Ben Ali (n’oubliez pas ce nom).

Je m'engage au fil du temps et des lignes ici et maintenant, à vous fournir toute la documentation nécessaire pour vous aider à comprendre que le bénalisme du général Ben Ali est une forme de néo fascisme dérivée du stalinisme et je vous demande de venir souvent en vacances en Tunisie où mes agents vous diront que que j’oeuvre sans arrêt dans le but de promouvoir la démocratie et de participer à l'établissement de la paix et la prospérité pour les générations futures – je vous demande de ne rien y croire – et prenez garde de ne pas être victime d’une rafle de police dans les quartiers populaires et de finir dans un commissariat (vous risqueriez de faire la doulouse expérience qui consiste à connaître la véritable Tunisie profonde).

Me contacter : allez à l’agence de voyages la plus proche et prenez pour vos prochaines vacances un billet d’avion pour la Turquie, ou la Grèce, l’Espagne (il n’y a pas de bombes qui explosent dans l’île de Majorque, contrairement à Djerba en Tunisie.), le Maroc, l’Égypte ou l’Afrique du Sud ! Si vous décidez d’aller quand même en Tunisie, je désapprouve votre témérité et j‘admire votre inconscience. N’oubliez pas le bakchich (pour moi, évidemment) et si vous vous faites prendre sans vos papiers, vous pouvez espérer vous en sortir dans les trois jours ouvrables qui suivent votre arrestation (il vous faudra compter dans le meilleur des cas entre une semaine et quinze jours de torture et de détention après la date à laquelle les représentant officiels de vote pays en feront la demande, ce délai étant fréquemment prolongé à trois mois, avant d’être affecté à une maison de correction). Et quand vous sortez, bien sûr, vous aurez des traces de coups sur tout le corps, quelques dents en moins et votre état de faiblesse général nécesitera une hospitalisation d‘urgence, mais estimez-vous heureux d’être encore en vie et sachez que pour les tunisiens la torture est un fait culturel qui fait partie de leur vie, c’est leurs Réalités.

Je reste au pouvoir absolu sans aucun droit en Tunisie tant que je tiens debout et je ne partirai pas avant mon prochain coup d’État.

Vous comprenez maintenant la nécessité absolue de la liberté de l’information en Tunisie ?

Zine El Abidine Ben Ali
hachicha.n@planet.tn

Neila Charchour Hachicha
Citoyenne Tunisienne
Fondatrice du PLM-Le Cap-Antarctique (non reconnu)

La politique de la Tunisie d‘aujourd'hui est marqué par des pratiques barbares d’une part, comme l’usage systématique de la torture dans les commissariats, d’autre part par l’usage des nouvelles technologies à des fins de propagande pour renforcer la dictature et nier le bon droit du peuple!!

Mère Denise

19 novembre 2002
Résistez, positizez !

Pourquoi je suis résistant


Pour commencer je vais rappeler la définition de l'opposition : "opposition (politique), ensemble des forces politiques qui expriment des divergences importantes par rapport aux détenteurs du pouvoir.

Pour qu'il puisse exister une opposition, il faut que le système politique d'un pays soit organisé et régi par des règles précises. L'opposition est ouverte et collective. Lorsque la lutte contre les détenteurs du pouvoir est clandestine, il ne s'agit pas d'opposition mais de résistance. De même, l'opposition n'est pas normalement la critique individuelle mais le regroupement de personnes partageant des vues critiques sur la manière dont le pays est gouverné..."

diable
Donc comme pour moi le pouvoir en place n'a aucune légitimité, puisque arrivé là par un putsh militaire et constitutionnel, je fais de la résistance et non de l'opposition. Mais la résistance n'est pas que politique. La résistance n'est pas la propriété des partis politiques. La résistance n'est pas uniquement descendre dans les rues pour tout casser. La résistance n'est pas uniquement l'action musclé. La résistance n'est pas détruire les idées des autres. Non, Non et Non !!!

La Résistance c'est avant tout refuser le système.
La Résistance c'est de rester libre.


Oui, je suis résistant non pas pour des ambitions politiques (quand on voit le spectacle offert, ça donne franchement pas envie !!!) mais par conviction personnelle.
Oui, je suis résistant car je ne supporte PLUS l'injustice.
Oui je suis résistant car ça me révolte de voir un innocent, Zouhair un monsieur tout le monde, emprisonné et torturé.
Oui, je suis un résistant car il y a trop de prisonniers d'opinion en Tunisie qui n'ont comme tort que de s'exprimer.
Oui, je suis résistant car dans les jeunes de moins de 25 ans il y a 30% de chomeurs !!! et c'est un chiffre officiel, pire que la Palestine. Oui, je suis résistant car la Justice dans mon pays n'existe plus.
Oui, je suis résistant car je vois mes parents, mes amis et tout mon entourage s'appauvrir de plus en plus.
Oui je suis résistant car j'en est marre de payer une taxe au 26-26 pour que les 7 familles en profitent sur mon dos.
Oui je suis résistant car il y a une toute petite minorité qui salissent l'image de la Tunisie, qui détruise le patrimoine et l'héritage historique et traditionnel de notre pays.

Amis Tunisiens exprimez vous ! ça fait longtemps qu'on a pas vu d'interventions sur ce forum pour des propositions, pour des idées, pour des points de vue. Vous pouvez par vos contributions individulles faire bouger les choses. Pour que l'ensemble du peuple soit libérer de la tyrannie. La Tunisie, nos enfants ont besoin de chacun d'entre nous, à nos plumes !!! Ecrivez et n'attendez pas qu'on le fasse à votre place. Tout être humain à le droit de s'exprimer. Et le temps presse. 2004 c'est pour bientôt

Tarek Ibn Ziad, 100% réveillé

24 octobre 2002
A l'air libre, tout simplement

La liberté


Qu'est-ce que la liberté ? Pour chacun elle est différente,
c'est une porte de sortie qui m'incite à m'affirmer,
à me respecter et à m'aimer !


La liberté, pour moi c'est une façon d'être.
être libre, c'est me donner la chance de choisir
ce qui est bien pour moi.
C'est me donner la possibilité d'être vraie et réelle
sans penser que les autres peuvent m'obliger à être ce que je ne veux pas.


La liberté, c'est rire lorsque je veux rire
C'est pleurer lorsque je veux pleurer
C'est choisir ma façon de vivre, c'est garder dans ma tête
mes souvenirs, ne pas les partager pour les garder intacts.


colombe

C'est respirer librement.
La liberté, c'est m'émouvoir devant un animal blessé
sans faire rire de moi,
sourire avec tout le monde, sans porter à jugement sur moi,
c'est donner à qui je veux lorsque le goût est là.


La liberté c'est prendre mes responsabilités,
C'est aimer avec toute la force dont je suis capable.
C'est offrir à ceux que j'aime tout ce qui est possible.
C'est être aussi pour moi, une véritable amie.
Qui se pardonne tous les mauvais choix de sa vie.
et surtout vivre sans méchanceté consciente.


La liberté, c'est être tout simplement...!

Freedom

22 octobre 2002
Des révision, encore des révisions, et des notes toujours aussi mauvaises !

Tunisie: la dictature devient constitutionnelle
Werner Ruf*


Zine Abidine Ben Ali a révisé pour la cinquième fois la Constitution tunisienne. Il était temps: aux termes de la modification de la Constitution du 25 juillet 1988, le mandat présidentiel aurait pris fin en 2004, ce qui était beaucoup trop tôt pour Ben Ali, né en 1936 et animé de grandes ambitions à la tête de la nation. Et comme d’habitude le peuple terrorisé a plébiscité le chef d’un État policier parfaitement organisé: les 99,52% de “oui” des citoyennes et des citoyens, qui ont participé au référendum à 95,59%, n’ont de fait représenté “aucune surprise”, comme l’a déclaré fièrement le ministre de l’Intérieur en annonçant officiellement les résultats du travail dévoué de son administration . D’ailleurs, les résultats des élections présidentielles ont jusqu’ici tourné autour de 99,5%.

Ce faisant, Ben Ali a éliminé une clause essentielle de la Constitution “réformée” par lui-même en 1988: son prédécesseur Habib Bourguiba, le “Combattant suprême” (Moujahid El Akbar) avait modifié en 1975 la Constitution adoptée en 1959, trois ans après l’indépendance, en y introduisant la présidence à vie . Ben Ali avait renversé Bourguiba vieillissant le 7 novembre 1987, par un “coup d’État médical”, le déclarant par un certificat médical inapte à gouverner. Si l’ancienne Constitution était déjà taillée sur mesure, de manière extrêmement autoritaire, pour la personne du président, Ben Ali avait encore étendu les compétences présidentielles, en transférant d’importantes prérogatives du premier ministre au Président de la République. Il s’agissait maintenant de supprimer cet obstacle qui avait rendu nécessaire, après le putsch de Ben Ali, la suppression de la présidence à vie. Mais cela n’aurait pas eu de sens pour Ben Ali, que ses sujets appellent avec mépris “président bac moins 3” , de ne pas profiter de la révision de la Constitution pour étendre encore plus ses compétences déjà largement totalitaires. Les innovations décisives sont :
1. La clause selon laquelle le président en exercice peut être réélu deux fois pour des mandats de cinq ans est remplacée par la clause selon laquelle l’âge maximal des candidats doit être de 75 ans. Ben Ali peut donc se présenter encore deux fois et rester en place jusqu’en 2014.
2. L’article 41 de la Constitution est modifié de manière à garantir au président l’immunité pénale durant son mandat. Cette immunité vaut aussi “après la fin de ses fonctions pour des actes commis dans l’exercice de ses fonctions.” Ainsi est délivré un chèque en blanc constitutionnel aux traits kleptocratiques du régime et à la cupidité de l’épouse du Président.
3. A côté du Parlement monocaméral existant (Chambre des Députés), une deuxième chambre (Chambre des Conseils) est créée. Ses membres sont composés comme suit: chaque gouvernorat élit, selon sa population, un ou deux députés. Un deuxième tiers des députés est élu de façon paritaire par les organisations d’employeurs, de salariés et agricoles. Ces dernières sont, tout comme les municipalités et les gouvernorats, sous le contrôle du parti quasiment unique du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique). Le reste des membres de la chambre, qui ne doit pas dépasser les deux tiers de la Chambre des députés, est nommé par le Président, qui les choisit “parmi les personnalités et compétences nationales” (Article 19).
4. Pendant les vacances parlementaires, le Président peut promulguer de sa propre autorité des lois qui seront ensuite soumises pour approbation aux deux chambres (Art. 31).
5. Enfin l’article 15 est modifié. La phrase: “La défense de la patrie et de l’intégrité territoriale est un devoir sacré pour chaque citoyen” est remplacée par: “Chaque citoyen a le devoir de protéger le pays et de préserver son indépendance, sa souveraineté et l’intégrité du territoire national. La défense de la patrie est un devoir sacré pour chaque citoyen.” A première vue, la différence entre les deux formules n’apparaît pas avec évidence. Nous y reviendrons plus tard.

On voit d’emblée qu’il s’agit là moins d’une “réforme” que d’un coup d’État constitutionnel: dans la tradition de la conception civico-démocratique de l’État, les constitutions sont des instruments visant à assurer la démocratie, à légitimer le gouvernement et à faire régner le droit . Mais dans le cas qui nous occupe la constitution devient un outil de l’arbitraire présidentiel, un instrument de la dictature. Cette dictature assurée constitutionnellement, qui soustrait la tête de l’État et ses pratiques corrompues à tout contrôle et à toute critique, en arrive en fin de compte à une appropriation de l’État . Louis XIV aurait dit: “L’État, c’est moi.” La variante tunisienne est: “LÉtat m’appartient.”
Mais la réalité constitutionnelle dépasse largement les clauses de type totalitaire de cette (nouvelle) Constitution: en Tunisie gouverne de fait le parti quasi-unique RCD. Parti quasi-unique puisqu’il existe une opposition légale. Déjà pour les élections législatives de 1994, l’opposition fut dans une certaine mesure institutionnalisée. Comme le RCD remporte tous les sièges aux élections avec une belle régularité, 19 sièges furent réservés avant les élections pour “l’opposition”, représentée par cinq partis créés à cet effet. Entre-temps, cette “opposition” dispose de plus de 20% des sièges à la Chambre des députés, dont elle n’a gagné aucun par des élections. Dans ces circonstances, on comprend pourquoi “l’opposition” a fait campagne avec force pour le référendum constitutionnel.

Tout comme il produit du pluralisme de manière autocratique, Ben Ali tient “son” pays dans une poigne policière de fer. Et de même qu’il double sa Chambre des députés, totalement aux mains de son RCD, par une deuxième chambre largement autoproclamée, de même la police et la gendarmerie, omniprésentes, sont complétées par les milices du RCD, qui garantissent, sous la forme d’un système d’îlotage, le contrôle total des citoyennes et des citoyens. C’est à la lumière de cette obsession sécuritaire du régime, de sa volonté ferme de contrôle total des citoyennes et des citoyens, qu’il faut voir le cinquième point, évoqué ci-dessus, de la révision de la Constitution. En juillet de l’année dernière, le Président ben Ali avait déclaré que le gouvernement avait certes le devoir, de protéger le droit des citoyens à une opinion déviante, mais que les citoyens qui critiquaient le pays dans des médias internationaux étaient des “traîtres” .

La porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie et son mari Omar Mestiri avaient participé à Genève à une rencontre d’organisations des droits humains, à laquelle participaient aussi des représentants israéliens. une partie de la presse tunisienne, totalement sous le contrôle du régime, l’accusa de s’être “alliée au diable sioniste” . On aurait donc de bonnes raisons de craindre, dans les cercles du petit monde des défenseurs tunisiens des droits humains, que la modification de l’article 15 puisse servir à criminaliser encore plus les critiques contre le régime, dans la mesure où de telles critiques sont assimilées à des atteintes à la souveraineté de l’État de Ben Ali.

Ainsi, l’adoption de la nouvelle constitution semble avoir pour conséquence une nouvelle vague d’arbitraire et de terreur d’en haut, qui semble se concentrer actuellement sur la personne de Mokhtar Yahyaoui. Celui-ci était un des plus hauts juges du pays, ce qui ne l’empêcha pas d’écrire une lettre ouverte au Président le 6 juillet de l’année dernière , dans laquelle il dénonçait l’état de la justice tunisienne et réclamait l’indépendance du troisième pouvoir. Yahyaoui fut suspendu de ses fonctions le 12 juillet sous le prétexte cousu de fil blanc d’une affaire immobilière vraisemblablement manipulée . Mais au lieu de renoncer, il a rejoint le CNLT et a fondé à son tour une organisation de droits humains, le Centre tunisien pour l’indépendance de la justice (CIJ), dont le travail attire de plus en plus l’attention internationale. Tout à fait dans la tradition de la répression familiale, pratiquée en Tunisie surtout au temps de la persécution d’islamistes , le régime s’en prend maintenant à la famille du juge: début juin, son neveu Zouheir Yahyaoui, animateur d’un site web critique et satirique, a été arrêté et condamné le 20 juin, au terme d’un procès grotesque et entaché d’irrégularités, auquel il n’assistait même pas, à 16 mois de prison pour “diffusion de fausses nouvelles”. La fille du juge, Amira, âgée de 17 ans, a été agressée le 14 juin à la sortie de son lycée par un homme qui l’a frappée avec une matraque en bois, provoquant une fracture. L’agresseur se réfugia ensuite dans un bureau du RCD.

A quel niveau de parodie est descendue la justice tunisienne est illustré par le “procès” , le 2 février 2002, contre Hamma Hammami et la direction du Parti communiste des ouvriers tunisiens (PCOT) - illégal - à la suite duquel les membres du barreau tunisien ont déclenché une grève. Et le régime peut aussi se permettre tout simplement de refuser l’entrée du pays à des observateurs internationaux ou même de les interpeller, de les maltraiter et de saisir leurs notes et un PC . Si la justice tunisienne est caractérisée par des traits grotesques, les conditions dans les prisons tunisiennes, sont, elles, atroces : la torture est à l’ordre du jour, les soins médicaux pratiquement inexistants et la mortalité extrêmement élevée.

Et tout cela se passe dans un pays qui, plus que tout autre dans la région, réunit toutes les conditions requises pour une transition démocratique: état de développement, structure sociale, niveau d’instruction et culture politique . Cela serait d’autant plus nécessaire que la Tunisie a été le premier des pays tiers méditerranéens à signer et ratifier un accord d’association avec l’Union européenne, dont les conséquences calculables seront de graves problèmes sociaux: un tiers des entreprises tunisiennes devrait succomber à la concurrence de biens industriels de masse du Nord et des fermetures d’entreprises et des licenciements massifs seront inévitables. Le durcissement de l’autoritarisme rend impossible les formes les plus atténuées de protestation. Or, la démocratie, c’est la reconnaissance de la légitimité de la protestation, de la pluralité d’opinions, du débat public sur des modèles politiques, économiques et sociaux. La démocratie lie des opinions et des courants divergents dans le cadre légal de la lutte pour un pouvoir légitime. La répression et le pillage des richesses publiques, désormais légalisés par la Constitution, ne laissent pour un changement de système que l’alternative de l’éruption violente. Et celle-ci apparaît d’autant plus dangereuse que la répression étatique a déjà criminalisé, brisé et anéanti les moindres embryons de structures d’opposition. Et pourtant l’État policier total ne garantit aucunement une sécurité totale, comme l’ont montré l’attentat contre la synagogue de La Ghriba début avril et les récentes alertes à la bombe contre le complexe hôtelier de Port El Kantawi près de Sousse. Ces actes sont moins des manifestations d’un “terrorisme international” que des coups ciblés contre le tourisme de masse, la première source de devises du pays.

Pour le moment, la situation semble “stable”. mais de quel type de stabilité s’agit-il ? L’attentat de Djerba et les menaces d’attentat de Sousse ne montrent-ils pas que la pression sans cesse accrue d’en haut provoque une contre-pression toujours plus forte d’en bas, une pression que ne feront que renforcer les conséquences sociales de l’accord d’association ? Une libéralisation économique qui ne s’accompagne pas d’une ouverture politique, produit des tensions et des contradictions qui menacent même d’annihiler les éventuels aspects positifs de la libéralisation. En effet, qui voudrait investir dans un pays dans lequel non seulement ne règne pas un État de droit mais dans lequel le baril de poudre politique est à ce point sous pression, que des investissements à moyen et à long terme paraissent extrêmement risqués?

Pour conclure : de quelle crédibilité dispose l’Occident, et surtout l’Europe, qui ne cesse de réclamer le respect des droits humains mais qui, au nom d’une telle pseudo-stabilité, accepte hâtivement des résultats d’élections et de référendums à la Ben Ali, qui dans les conditions tunisiennes ne peuvent vraiment pas être une “surprise”, légitiment une tyrannie qui est l’exact contraire de ce que les résultats électoraux essayent de suggérer? Jusqu’à quand la politique et les médias européens vont-ils se tromper eux-mêmes? François Burgat l’a dit de manière remarquable dès 1996: “Cessons de confondre les bulletins électoraux qui sont glissés dans les urnes de la guerre psychologique et économique avec ceux du plébiscite. Le gouffre que nous laissons se creus er entre le “légal-institutionnel” et le “réel” politique dans le monde de nos voisins arabes est porteur de dangereuses schizophrénies politiques et non de paix et de stabilité. Nous couvrons nos yeux avec un voile qui est beaucoup plus dangereux que tous les tchadors: celui de la désinformation.”

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1- Cf. aussi : Ruf, Werner: Diktatur im Musterland, in Blätter für deutsche und internationale Politik, 7/2002, p. 789-792
2-Pour un panorama complet et précis de l’histoire constitutionnelle tunisienne, voir Baumann, Herbert: Zur Verfassungsentwicklung des landes, in Baumann, Herbert/Ebert, Mathias (Hrsgb.), Die Verfassungen der Mitgliedländer der Liga der Arabischen Staaten, Berlin, Verlag Arno Spitz, 1995, p. 701-712. Texte de la Constitution dans la version du 25 juillet 1988: p. 713-725
3- Ben Ali a été renvoyé de l’école trois ans avant le bac, pour ses mauvais résultats.
4-Le texte des modifications constitutionnelles du 26 mai est publié dans le journal officiel de la république tunisienne, 27 moharrem 1423- 5 avril 2002, 145ème année, n° 28.
5-Matar Abdelwahab, interview dans L’Audace n° 86 (avril 2002). L’avocat tunisien soumet la réforme constitutionnelle à une critique accablante aussi du point de vue de la théorie de l’État.
6-Beau Nicolas/Tuquoi Jean-Pierre, Notre ami Ben Ali, L’envers du miracle tunisien, Paris 1999
7-Voir à ce sujet la définition appropriée du régime de Ben Ali comme “dictature gorille” par Gilles Perrault, cité dans Tunsi Abdelhaq, Bedauernswertes Tunesien, INAMO n° 22 (2000), p. 4-7
8-US State department Country reports on Human Rights Practices 2001, Tunisia, March 4, 2002, 23. V. www.US state dep.TU 2002
9-P. ex. “Le Quotidien” du 14 mai 2002. Les journaux arabophones Echourouq et El Hadeth sont allés dans le même sens.
10- Indice du caractère délétère de l’État policier tunisien le fait que la lettre adressée par Yahyaoui au Président en tant que magistrat suprême lui fut renvoyée avec la mention: “Destinataire inconnu à cette adresse”. Ce renvoi fut adressée à l’expéditeur bien que l’enveloppe n’en porte aucune mention. Sur quoi il décidé de la rendre publique le 6 juillet.
11-Pour les détails, voir Reporters sans frontières , Tunisie, le livre noir, Paris 2002, p. 65-93.
12-Tunsi, op.cit., p.6.
13-Source: communiqués du CNLT et du CRLDHT
14-Voir le rapport complet de l’avocat suisse Christian Grobet, observateur au procès, dans RSF, op.cit., p. 95-101.
15-Par exemple le 16 juin 2002 à un groupe d’observateurs de la Commission internationale des juristes.
16-C’est arrivé à deux observateurs d’Amnesty International l’année passée (US State Department, op.cit.)
17-Cf. Tunsi Abdelhaq, op.cit.
18-Burgat François, L’islamisme en face, Paris 1996, p. 27.

*Werner Ruf est professeur de relations internationales à l’université de Kassel Auparavant, il avait enseigné successivement aux universités de Freiburg ( RFA), New York University, Université de Marseille III et séjourné plus de quatre ans au Maghreb pour ses recherches. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1969, traite de la Tunisie.
Le présent article a paru dans la Revue INAMO ( informationsprojekt Naher und Mittler), automne 2002.
L’Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI/ e-mail: tunisielibre@yahoo.fr), remercie vivement l’ami Fausto Giudice pour s’être donné la peine de nous traduire l’article de l’Allemand., ainsi que l’ami Werner Ruf, pour nous avoir autorisé à le diffuser...

Revue INAMO, automne 2002
Vague à l'âme ...

Am Laroussi nous a quitté


etoileUn nouveau ami m'a quitté cette semaine et que je ne verrai plus, peut être dans la vie divine avec l'aide du tout puissant. Un nouveau qui s'ajoute à liste des morts et qui sont sous la moyenne de vie du citoyen en Tunisie et qui est officiellement de 72 ans. Un ami et ce n'est pas n'importe lequel. Le feu Laroussi Bedoui nous a quitté à l'âge de 61 ans, au moins lui n'a pas passé les derniers jours de sa vie dans les geôles du sergent.
Ma première rencontre avec lui s'était dans la prison du 9 avril, dans un été de l'année 1987. J'étais un élève dans un lycée de la capitale alors que lui était propriétaire d'une librairie qui s'appelait « El Houda ».

Bien que la prison représente l'une des institutions les plus destructives qu'a connu l'humanité, on a pu s'organiser et on a réussi à établir un plan de formation très constructif, vu que la majorité des détenus sont des étudiants ou des cadres, donc le médecin donnait des cours de médecine, le juriste des cours de droit, le zitounien donnait des cours de « théologie » ou plutôt de charia, l'économiste…quant à « Am Laroussi » il était malgré son âge avancé (la quarantaine) l'animateur par excellence. Tout d'abord son niveau culturel lui permettait d'acquérir le respect général de la communauté des résidants des cellules des lieux d'incarcération. Je voulais dire par cela que l'homme était plus expérimenté que les autres et surtout doué. Cela s'explique par son travail en tant que libraire mais aussi de son caractère en tant qu'un homme de théâtre. En effet, on ne pouvait pas surmonter l'atmosphère étouffante sans avoir quelqu'un qui nous chantait la vie, l'espérance, l'amour, la foi et la croyance aux principes de justices et de liberté…et quelqu'un qui nous rendait le cauchemar en un joli rêve par ses interventions chaleureuse comme ce fut celles de « Am Laroussi ».

Noua avons quitté la prison par la chute de l'ex-dictateur, je ne pouvais pas rester une semaine sans visiter Am Laroussi, qui s'est retourné au travail avec plus d'énergie. Je me rappelle encore d'une visite que j'ai fait en 1990 pour lui passer le bonjour et acheter la revue « Al-Âlem » que je n'avais raté aucun numéro depuis sa parition, et c'était la mauvaise nouvelle que cette revue a été censuré à cause d'un poème publié et qui critiqué le président tunisien. Seulement Am Laroussi ne savait pas ce qu'est la censure officielle, il a fait sorti du casier de la caisse de sa boutique une copie du poème.

Am Laroussi était comme un grand frère, il avait les qualités d'un père mais surtout le comportement d'un jeune qui ne savait pas ce que veut dire conflits de génération. Ce n'est pas un hasard que pendant ses obsèques le dimanche dernier, un rassemblement gigantesque et les foules représentaient tous les âges et toutes les générations. Ammi Laroussi, j'ai appris qu'un sourire discret sur tes lèvres après ta mort et avant les funérailles, celui qui m'a raconté cette scène m'a ajouté que tu es resté le même vivant ou après la mort de ton corps.
Nous regrettons de t'avoir quitté, mais nous espérons par nos désirs ardents et nos volontés les plus engagées de te rencontrer ou de te rejoindre, le chemin tu nous l'a montré, l'humour et la dissidence. Ne t'en fais pas, le flambeau est déjà dans nos mains

Mqas

24 octobre 2002
La saga du 13 : circulez, y a rien à libérer.

Comité Article 13
Pour la liberté de circulation


Communiqué n°5

Le Comité Article 13 informe l’opinion publique et démocratique que les avocats de M. Sadri Khiari, membre du secrétariat du RAID Attac Tunisie et membre fondateur du CNLT, ont enfin obtenu du Procureur de la république les références de l’interdiction de quitter le territoire sur la base de laquelle M. Sadri Khiari est empêché de voyager. Les avocats ont pu ainsi déposer, le 26 novembre, une demande de levée de cette interdiction auprès du Doyen des juges d’instruction.

Par ailleurs, le Comité apprend que la date de la soutenance de thèse de M. Sadri Khiari, fixée initialement au 30 novembre, a due être reportée sous quinzaine.

Le Comité prend acte des multiples démarches des avocats de M. Sadri Khiari et appelle à la vigilance afin que le dossier puisse aboutir à la levée de l’interdiction de sortie et que Sadri Khiari retrouve sa liberté de circulation.

Tunis, le 27/11/0

Communiqué : Sadri Khiari soutiendra sa thèse à Tunis

stop


C'est donc à Tunis qu'aura lieu, le 30 novembre, ma soutenance de thèse. En effet, samedi dernier, la police des frontières m'a une fois de plus (la 7ème !) empêché d'embarquer alors que je devais me rendre à Paris afin d'y soutenir une thèse en science politique achevée depuis près de deux ans. Comme je l'avais annoncé, à sa réunion du 22 mars 2002, le Conseil d'administration de l'Université Paris VIII-Saint Denis avait adopté le principe d'un déplacement à Tunis du jury. Il ne reste aujourd'hui aucune autre solution.

Pour autant, je ne renonce pas à réclamer la liberté de voyager dont je suis arbitrairement privé en raison de mes activités associatives et démocratiques. Avec mes amis du Comité Article 13, je continuerais ce combat pour le respect du droit de circulation dont tant de nos concitoyens sont abusivement dépossédés : Mokthar Yahyaoui, Mohamed Ali Bedoui, Kamel Jendoubi et de nombreux (des milliers ?) anciens prisonniers politiques toutes tendances confondues.

Sadri Khiari (RAID Attac Tunisie et CNLT)
Tunis, le 26/11/02

Communiqué n°4 : Sadri Khiari empêché de quitter le territoire pour la 7ème fois !

Une trentaine d’avocats se sont présentés le 23 novembre au cabinet du doyen des juges instruction, Monsieur Amor Mansour, auprès du tribunal de première instance de Tunis.

Les avocats réclamaient les dossiers pendants dans les affaires de Sadri Khiari, membre du secrétariat du RAID Attac Tunisie et membre fondateur du CNLT, qui n’a jamais reçu de convocation du juge d’instruction pour lui signifier les poursuites et l’éventuelle interdiction de sortie dont se prévaut la police des frontières pour l’empêcher de voyager.

Sur l’insistance des avocats, la greffière a fini par donner les numéros de dossiers : 84042, pour la première affaire, en date du 25 mars 2000, pour diffamation des institutions judiciaires et de l’ordre public, diffusion de fausses nouvelles de mauvaise foi et de nature à troubler l’ordre public ; la seconde affaire, 84063, en date du 29 mars 2000, pour maintien d’une association illégale.

En l’ "absence" du doyen des juges d’instruction, les avocats se sont présentés au secrétariat du Procureur de la République en vue de vérifier dans le Registre si M. Sadri Khiari est effectivement objet d’interdiction de sortie sur la base des deux affaires. Conformément à la procédure légale, le juge d’instruction était tenu de signifier immédiatement l’interdiction de sortie à M. Sadri Khiari afin que ce dernier puisse, dans les 4 jours dont il dispose, entreprendre le recours nécessaire auprès de la Chambre de mise en accusation. Depuis bientôt deux ans et huit mois que ces affaires sont pendantes, M. Sadri Khiari n’a jamais reçu de convocations et n’a jamais était interrogé par le juge d’instruction qui ne lui a jamais signifié la dite interdiction qui lui est opposé systématiquement par la police des frontières à chacune de ses tentatives de sortie.

Pour la 7ème fois, M. Sadri Khiari s’est présenté à l’embarquement ce 23 novembre à 15h à destination de Paris où il doit soutenir sa thèse le 30 novembre prochain pour se voir opposer le même refus par la police des frontières. Sadri Khiari était accompagné par de nombreux militants et dirigeants de la société civile tunisienne. Un fort dispositif policier était mobilisé à l’aéroport.

La défense de M. Sadri Khiari se présenter à nouveau en début de semaine devant le doyen des juges d’instruction afin de prendre connaissance du dossier et exiger que lui soit signifiée l’interdiction afin qu’il exerce ses droits au recours.

Le Comité Article 13 s’élève contre ces pratiques arbitraires, contraires aux lois du pays et aux conventions internationales ratifiées par la Tunisie. Il rappelle son attachement à la liberté de circulation

Souhayr Belhassen, Halima Jouini, Larbi Chouikha, Bochra Belhadj Hamida, Omar Mestiri, Radhia Nasraoui
Tunis, le 23/11/02
Email : article131948@yahoo.fr

Communiqué de Maître Radhia Nasraoui à propos de l’affaire Sadri Khiari

Une fois de plus, mon client Sadri Khiari, membre du secrétariat du RAID Attac Tunisie et membre fondateur du CNLT, a été empêché d’embarquer à l’aéroport de Tunis-Carthage alors qu’il devait se rendre à Paris pour soutenir sa thèse. Le prétexte invoqué est toujours le même à savoir l’existence de poursuites judiciaires à son encontre.

Mon client n’a jamais été convoqué ni interrogé par le doyen des juges d’instruction, Monsieur Amor Mansour. Depuis une année et demi, je me suis rendu des dizaines de fois à son bureau pour me renseigner sur ces prétendues affaires sans obtenir la moindre information ni sur les chefs d’inculpation ni sur les faits reprochés à mon client, au point qu’en j’en suis venu à douter de leurs existences.

Ce matin, une trentaine de consœurs et de confrères ainsi que des défenseurs des droits humains m’ont accompagné, par solidarité avec Sadri Khiari, au bureau du doyen des juges d’instruction, lequel, selon les affirmations de son secrétariat, était en réunion au ministère de la Justice. Nous nous sommes donc présentés au bureau du Procureur de la république, Monsieur Moncef Zaibi, sans plus de résultat. Finalement nous avons pu obtenir quelques informations relatives aux numéros des affaires et aux chefs d’inculpations : maintien d’une association non reconnue (le CNLT), outrage à l’ordre public – un délit qui a été éliminé du code de la presse – outrage à la magistrature et diffusion de fausses nouvelles.

En tout état de cause, il n’est pas d’usage que le juge d’instruction décide une interdiction de quitter le territoire – en supposant que cela ait vraiment été le cas – sans prendre la peine d’interroger l’inculpé.

Quoiqu’il en soit, alors que la plupart des chefs d’inculpations sont déjà prescrits, comment admettre que des dossiers restent en suspens pendant près des trois ans et que mon client soit ainsi privé de son droit de voyager ? Jusqu’à quand la justice acceptera-t-elle d’être utilisée pour masquer des décisions arbitraires de la police ?

J’exige que mon client soit rétabli dans ses droits et que cesse cette mascarade.

Radhia Nasraoui
Tunis, le 23/11/02

Communiqué n°3

Pour la 7ème fois depuis qu’il a récupéré son passeport en juin 2001, Sadri Khiari, membre du secrétariat du RAID Attac Tunisie et membre fondateur du CNLT, va se présenter ce samedi 23 novembre à l’aéroport de Tunis-Carthage dans l’espoir que les autorités auront levé l’interdiction arbitraire de voyager dont il est victime depuis juillet 2000. Pendant une année, Sadri Khiari n’a pu obtenir le renouvellement de son passeport puis, lorsqu’on le lui a restitué au terme d’une grève de la faim, on l’a informé qu’il était sous le coup de poursuites judiciaires relatives à des affaires remontant à mars 1997 et mars 2000 qui justifieraient une interdiction de quitter le territoire. Jusqu’à ce jours, malgré de multiples démarches, aucune information ne lui a été fournie concernant ces poursuites, le Doyen des juges d’instruction refusant de répondre à ses avocats. Cette affaire confirme, s’il en était besoin, l’entremêlement des logiques judiciaires et politiques.

Notre Comité demande aux autorités de mettre un terme à ce genre de pratiques qui portent atteinte aux droits humains, à la légalité tunisienne et internationale et à l’indépendance de la justice. Nous demandons que Sadri Khiari puisse le 23 novembre quitter la Tunisie et que cessent toutes formes de harcèlement policier à son égard.

Nous appelons nos amis, défenseur(e)s des droits humains et militant(e)s politiques, à accompagner Sadri Khiari le 23 novembre à 14h, à l’aéroport de Tunis-Carthage .

Halima Jouini, Omar Mestiri, Radhia Nasraoui, Souhayr Belhassen, Larbi Chouikha, Bochra Belhadj Hamida
Tunis, le 21/11/02

Communiqué n°2

Le 30 novembre prochain, Sadri Khiari, artiste-peintre, membre du secrétariat du RAID (Attac-Tunisie) et membre fondateur du CNLT, doit soutenir une thèse de science politique achevée depuis près de deux années. En raison d’une interdiction arbitraire de voyager dont il est victime depuis juillet 2000, Sadri Khiari n’a pu soutenir cette thèse à l’Université de Paris VIII où il est inscrit.

De toute évidence, cette interdiction de voyager sanctionne ses activités associatives et politiques en faveur des droits humains. Elle fait suite, en particulier, à la conférence de presse qu’il a donné à Paris en mars 2000 au titre de responsable des relations extérieures du CNLT pour présenter le premier rapport sur les libertés de cette association ainsi que la série de conférence et de meetings auxquels il a participé les semaines suivantes dans différents pays européens. Rentré à Tunis en juin de la même année, il a demandé le renouvellement de son passeport mais n’a pu l’obtenir qu’une année plus tard à la suite d’une grève de la faim.

En lui remettant un nouveau passeport, on l’a cependant averti qu’il était sous le coup de poursuites judiciaires relatives à des affaires remontant à mars 97 et mars 2000 et qui auraient justifié une interdiction de quitter le territoire. Jusqu’à ce jour, malgré ses multiples démarches ainsi que celles de ses avocats, en particulier Maître Radhia Nasraoui, il lui a été impossible d’obtenir la moindre information concernant ces prétendues poursuites.

Depuis qu’il a récupéré son passeport, Sadri Khiari s’est présenté à six reprises à l’aéroport de Tunis-Carthage avec l’intention de voyager. A chaque fois, il a été refoulé au prétexte de ces poursuites judiciaires.

Ainsi, le 19 Juin 2001, il a voulu se rendre à Paris. Après une fouille minutieuse de ses bagages et la confiscation d’une disquette contenant des documents en rapport avec sa thèse, il a été empêché d’embarquer. Le 24 septembre 01, il devait se rendre à Aix-En-Provence pour présenter une communication au colloque « Habib Bourguiba ; la trace et l’héritage » organisé par l’IEP et l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM). Il en a également été empêché. Ce scénario s’est répété le 12 janvier 2002 alors qu’il devait représenter le RAID Attac Tunisie au congrès de fondation d’Attac Italie ; le 7 février alors qu’il devait participer à Paris au séminaire de l’IFRI sur « le Maghreb après le 11 septembre » ; le 18 mai, alors qu’il devait participer à la Conférence organisée à Paris par le CRLDHT en protestation contre le référendum constitutionnel et, enfin, deux semaines plus tard, il a été empêché de partir pour Lyon où il devait prendre la parole à une conférence sur les libertés démocratiques en Tunisie.

Sadri Khiari a dû renoncer à de nombreuses autres sollicitations et activités à l’étranger en rapport avec son engagement démocratique, ses recherches artistiques et scientifiques et notamment la soutenance de sa thèse.

Face à l’obstination des autorités, il a effectué une grève de la faim symbolique du 25 au 27 octobre dernier en compagnie de Philippe Corcuff, sociologue français, membre d’Attac France, présent alors à Tunis et qui a voulu ainsi exprimer sa solidarité avec le mouvement démocratique tunisien. Le 27 octobre au matin, P. Corcuff a été expulsé sans autre forme de procès et Sadri Khiari interpellé et gardé au poste pendant plusieurs heures.

Ces réactions policières confirment nos appréhensions que les autorités tunisiennes restent déterminées à persécuter Sadri Khiari, à le priver de son droit de circulation et à l’empêcher de soutenir sa thèse le 30 novembre prochain.

Notre Comité appelle la société civile tunisienne et internationale à lui témoigner sa solidarité et à exiger des autorités tunisiennes qu’un terme soit mis à l’arbitraire et que Sadri Khiari retrouve sa liberté de voyager.

Tunis, le 20/11/02
Email : article131948@yahoo.fr

Création d'un nouveau comité en Tunisie
Comité Article 13 pour la défense du droit des citoyens à circuler librement hors des frontières de leur pays.

La liberté de circulation est un droit inaliénable et non négociable, fondement de la dignité humaine et de la citoyenneté.

En effet, le droit pour tout individu à se déplacer sans aucune entrave, hors des frontières de son pays et à se faire délivrer un passeport, est énoncé explicitement dans l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et garanti par le Pacte Civil et Politique de 1966. L’Etat tunisien a ratifié ces intruments internationaux qui ont force de loi, et la responsabilité pleine et entière de l’Administration de notre pays se trouve engagée dans l’application effective et sans exclusive de ce principe juridique.

Or, de nombreux cas recensés ces dernières années, montrent que ce droit est loin d’être effectif, généralisé, et garanti par les juridictions du pays.

Parmi eux, nous relevons :

- Le cas de Sadri Khiari, Artiste-Peintre, membre du Secrétariat de RAID Attac Tunisie et membre fondateur du CNLT, est arbitrairement interdit de quitter le territoire national depuis juillet 2000. Le prétexte invoqué pour justifier cette interdiction porte sur des prétendues poursuites judiciaires à son encontre. Or, jusqu’à ce jour, le Doyen des Juges d’Instruction refuse de communiquer à ses avocats toute information relative à son affaire. Par cette mesure d’interdiction de voyager, Sadri Khiari se trouve ainsi empêché de pouvoir soutenir sa Thèse de Doctorat à Paris, dont la date initiale avait été fixée par son jury au printemps 2001.

- Le prétexte invoqué pour interdire au juge Mokhtar Yahyaoui, Président du CTIJ, de voyager est tout aussi révélateur de ces pratiques admistratives abusives. On exige de lui qu’il mette à jour son passeport en indiquant une autre profession que celle de magistrat. Le but est de faire reconnaître à Mokhtar Yahyaoui une révocation arbitraire dont il n’a en outre reçu aucune décision officielle.

- Résidant en France, Kamel Jendoubi, président du CRLDHT, est également privé de passeport pour des raisons fallacieuses. Son passeport lui a été confisqué par les autorités consulaires tunisiennes de Paris lorsqu’il en a demandé le renouvellement le 9 mars 2000. Quelques jours plus tard, le 21 mars, des poursuites judiciaires sont ouvertes contre lui pour justifier la décision de lui retirer son passeport. Le juge d’instruction a pris cette décision sans même l’entendre. Ainsi, Kamel Jendoubi ne peut plus rentrer en Tunisie et n’a pas pu assister aux obsèques de son père.

Tels sont les cas recensés jusqu’à ce jour ; mais nous savons qu’il en existe bien d’autres, et que nous nous ferons un devoir de défendre. Il ressort que toutes ces personnes - privées de voyager - le sont en réalité, pour leurs activités publiques, associatives et politiques.

Notre comité a été créé pour défendre le droit fondamental à la liberté de circulation et pour rappeler l’Etat au respect de ses engagements internationaux.

Le comité appelle les opinions publiques - tunisiennes et internationales – pour que le droit de circuler ne soit plus un moyen de chantage ou de sanction à l’encontre des citoyennes et des citoyens. De plus, les membres du comité demeurent fermement attachés à l’idée qu’une loi d’amnestie générale en faveur de toutes les personnes condanmnées pour leurs idées ou leurs activités politiques, s’avère plus que nécessaire. Nous agirons en conséquence et nous nous associerons à toute action menée dans le sillage de cette revendication.

Voici le nom de quelques signataires : Me Bochra Belhadj Hamida, Souhayr belhassen, Larbi Chouikha...

Tunis, 19 novembre 2002
Traduction de la langue de bois (lapresse.tn)

Repas d’Iftar au Palais de Carnage


Un groupe de crève-la-faim, otages du Président Ben Ali et de son épouse

carnage


Le Président Zine El Abidine Ben Ali et son épouse, Mme Leïla Ben Ali, ont amené de force, hier soir, à un repas d’Iftar, un groupe de crève-la-faim et de pauvresses, dont certains prennent leurs repas de rupture du jeûne dans les gargottes du 26-26 ouverts à l’occasion du mois saint de Ramadan [Note du traducteur : le mois de Ramadan pour les crève-la-faim est le seul mois où le jeûne peut être rompu]

Le repas d’Iftar a été l’occasion pour le Chef de l’Etat et son épouse de torturer leurs prisonniers. Il a également illustré le dénigrement et le désintérêt que le Président de la République manifeste à l'égard de la solidarité et son effort permanent à bannir de l’esprit toute entraide et tout rapprochement entre les Tunisiens durant ce mois et tous les autres.

Discretion

21 novembre 2002
Fond sonore : Eurythmics, Sweet Dreams