Tout chaud, tout neuf !


TUNeZINE 109



Bonne Lecture !
Juge et poète

طائر الفجر



أم مثل إن مثلك انعدم.
أينتظر الزهو منك سجان أم لحنك الصمت و الصمد
غني يا عصفر لا أرثي لحالك
غني يا شادي القصور
calligraphie Hassan Massoudyأمثل عصفري صاحبي أنت أو لم تربى على الحبور

أمثل عصفوري يا صاحبي يرهبك القضيب
و يضيق من قفص جديد
رعب انهيار و اندحار
أم عنت يذكي الوقار
أو مثله تلقى السؤال
و ترد صدا لا تبالي

غني يا عصفور إيقاع التمني
فلعل فنك بعض فني
لم تحصي في القضبان حدا بعد حد ؟
و ترى الأنامل من يدي جندا كجندي
أتعدني الطاغوت و الطاغوت ضدي

إرحل لعلك الآمال تدركها بعيدا
طر لرفيق خلف قضبان الحديد
غنيه لا تدمع عيونه
غنيه لا تذكي شجونه
و اهتك بشدوك الحر صرح سجونه.

المختار اليحياوي

04-03-2003
La terre arabe est-elle arable ?

Le mal arabe


Le professeur Moncef Marzouki a eu la gentillesse de m’envoyer le manuscrit de son livre, encore inédit, intitulé « Le mal arabe ». Je l’ai lu d’un seul trait, le jour même de sa réception par courrier électronique. Avant de faire la critique de ce livre dans le prochain numéro de TUNeZINE, je voudrais en citer les trois passages qui m’ont touché le plus. Le premier extrait parle de ces Tunisiens oubliés de Dieu et des hommes, doublement écrasés. Broyés par l’impitoyable machine répressive du régime et anéantis par la misère économique. Le deuxième passage parle du téléspectateur d’«Apostrophe » le plus attentif et attentionné que Bernard Pivot ait jamais eu durant toute sa carrière de journaliste culturel. Enfin, le troisième extrait, qui pourrait bien inspirer le scénario d’un court métrage, m’a fait rire et pleurer en même temps. Franz Kafka, le Juif tchèque germanophone, est aussi un prophète tunisien…

O.K.


Entre l’Intégrisme et la dictature, la Démocratie interdite


PREMIER EXTRAIT

Aujourd’hui c’est ma tournée des grévistes de la faim. Ce n’est pas plus amusant que la tournée des prisons ou des tribunaux, mais c’est tout aussi instructif sur la face cachée de la Tunisie. Dans la voiture j’avais demandé à mon compagnon Lassaâd Jouhri de parler d’autre chose que du commerce des mignons dans les prisons. Nous allons d’abord chez Heidi Bjaoui –en grève de la faim dans sa maison depuis des semaines. Il réclame ses droits élémentaires : papier d’identité, carte de soins, travail. L’homme a été condamné pour appartenance à’’ Ennahda’’ le parti islamiste écrasé au bulldozer. Il a purgé sa peine, mais la voilà qui continue sans la moindre justification légale.

A peine installés, nous parlons des enfants et de leurs résultats d’examens pour oublier qu’on était au trente quatrième jour d’une grève qui n’aboutira à rien.

‘’En prison, on refusait de nous communiquer les carnets de note de nos enfants. Les gardiens étaient jaloux des résultats. C’est bien connu que les enfants des prisonniers politiques sont les élèves les plus brillants par un mécanisme psychologique simple à imaginer.

Comment fuir cette maudite répression ne fut-ce qu’un instant ? Je tire la longue tresse de la petite assise à côté de moi.

‘’Mes filles se sont coupé nattes et queues parce que je leur tirais toujours, et toi ton père, te tire-t-il les cheveux ?

Jouhri intervient :

‘’Dites lui qu’il n’est pas question de participer à la grève de la faim de son père’’.

Des enfants faisant la grève de la faim. Seigneur dieu, dans quel pays je vis !

Nous devons aller rendre visite maintenant à un autre gréviste de la faim, tout aussi anonyme, et qui fait sa petite grève, dont personne n’a entendu parler, dans un village qui n’existe sur aucune carte.

Il s’appelle Abdessalem Smiri. Comme tous les anonymes il est au bas de l’échelle socioprofessionnelle. Il est tourneur, sachant à peine lire, et vit dans un patelin au nord de Tunis au nom ridicule ‘’ Ezzahra", car il n’y a pas beaucoup de fleurs dans cette bourgade dont le nom en français donnerait ‘’la fleurie’’. Notre anonyme en question vit donc dans une maison ou plutôt une masure anonyme au fond d’une ruelle poussiéreuse qui, cela va sans dire, ne porte pas de plaque. Je le trouve couché par terre sur une couverture rapiécée et ce sera le seul meuble dans le décor , car voyez –vous les anonymes, les vrais, les durs, les purs, sont souvent TRES pauvres.

En général, ce genre d’êtres, sous d’autres cieux, et même chez nous ne mange pas à sa faim, mais celui-là ne mange pas du tout. En grève de la faim depuis une semaine, l’homme n’a pas du tout l’air bien. Comment un tel vieillard peut-il tenir depuis une semaine ?

Je demande à ‘’Si (monsieur) Abdessalem son âge. Sa réponse me glace le sang. Le ‘’vieillard’’ est plus jeune que moi. Il a à peine cinquante ans. Je cligne des yeux incrédules. Il en parait au moins soixante dix.

Ici on fait intervenir dans la description de l’anonyme, le flot de souffrances dont personne, bien entendu, n’a jamais entendu parler et qui ont blanchi la barbe et la crinière, voûté le dos, tracé sur le visage ces rides si profondes qu’on les prendrait pour des balafres.

Arrestation selon le scénario qu’affectionne la dictature. Des super flics sur le toit mitraillette au poing, le village bouclé, l’interruption brutale dans la masure, les injures, les bousculades, la fouille (avec le grand classique du matelas découpé au couteau).

Il aurait suffi, me dit-il d’une convocation. Eh ! Oui mon vieux, mais comment se seraient-ils fait plaisir ? Donc arrestation, Donc torture, Donc condamnation à huit ans de prison sur une présomption de collusion avec les Islamistes.

Mon compagnon de visite, islamiste et fier de l’être, me dit accablé : huit ans pour rien. L’homme n’était pas des nôtres. Il sait de quoi il parle parce que Lassaâd Jouhri emprisonné pendant des années, rendu paralysé par la torture a été jugé avec lui dans la même affaire.

Les anonymes sont d’excellentes victimes expiatoires, et le menu fretin a toujours constitué le terrain de prédilection pour ce qu’on appelle sous d’autres cieux, les erreurs judiciaires.

L’homme parle de ces années d’horreur avec des yeux embués. Un détail me frappe

‘’Sous la torture, ils m’ont cassé le poignet droit. Ils ont fini par m’emmener à l’hôpital. Le gardien m’a mis les menottes sur ce poignet. Je l’ai supplié de me les mettre sur l’autre. Il a refusé. Je hurlais de douleur. Je ‘’vois ‘’ : de l’acier froid et très serré sur de l’œdème. Finissent enfin huit années de cauchemar dans l’un des systèmes pénitentiaires les plus odieux de la planète, pourtant riche en lieux d’horreur et d’abjection.

‘’Je sors pour qu’un autre cauchemar commence. Je retrouve mon travail de tourneur. La police s’en mêle. Mon patron me chasse sans explication. J’essaie d’ouvrir un garage de réparation de bicyclettes. La police s’en mêle et le propriétaire annule la location. Les enfants n’allaient plus à l’école depuis longtemps .Le petit dernier n’arrêtait pas de déambuler dans les vergers se parlant tout seul. Maintenant cela va un peu mieux, mais j’ai eu peur qu’il ne devienne fou. Ma femme, malade, s’en va chercher du travail tous les matins chez les maraîchers du coin. Elle trime du matin au soir pour cinq dinars la journée (cinq euros). Elle revient accablée d e fatigue le soir pour s’occuper du dîner et des trois enfants. Comment allons nous manger si elle tombe malade ? Nous n’avons pas droit au carnet de soins gratuits qui n’est donné qu’aux gens du parti. Comment achèterions les médicaments alors que nous n’avons à peine de quoi manger ?’’

C’est signé. Je reconnais toute le savoir faire de ce grand technicien de la répression qu’est Ben Ali. Feu de tout bois sur l’ennemi exécré.

A la porte de Borj Erroumi, la prison qui surplombe Bizerte, et dont je sortais après avoir rendu visite à mon frère Mohamed Ali condamné à ma place à deux ans , une vieille femme pouvant à peine marcher, s’approche de moi.

‘’Mon enfant peux –tu m’emmener avec à Bizerte ? C’est si difficile de trouver un taxi.’’

Pendant qu’on roule La vieille femme, éclate en sanglots.

‘’Ces hommes ont-ils donc une mère ? Ont-ils des enfants ? Comment peuvent –ils être si cruels ? Sont-ils seulement des musulmans ? Ne craignent-ils pas Dieu ? Je suis obligée d’emprunter à mes voisins pour pouvoir voir une fois par mois mon fils. Qu’est-ce que cela leur aurait coûté de le laisser à la prison de Sfax ? Non, il a fallu qu’ils le mettent à Bizerte. J’habite dans l’île de Kerkennah. Alors je dois prendre le ferry jusqu’à Sfax, un ‘’louage ‘’ jusqu’à Tunis, un autre jusqu’à Bizerte, puis un taxi. Tu me vois faire tout cela à mon âge. Chaque visite me ruine et la bourse et la santé. Pourquoi font-ils tout cela ? N’ont-ils pas de mère, n’ont –ils pas d’enfants ?’’

Sanglots le reste du chemin. Ils font cela de façon systématique et délibérée pour tous les prisonniers politiques .Ceux du Nord sont envoyés dans le Sud et vice et versa. Il faut isoler encore plus les prisonniers, déchirer au maximum les liens familiaux et assouvir une vengeance inextinguible.

Ce que l’on ne souligne pas assez c’est a quel point tout dictateur est un extrémiste. Son exigence de la soumission totale est poussée jusqu ‘au ridicule. Enfermé dans une logique paranoïaque, il se donne raison contre le monde entier. Il ignore ce qu’est le dialogue avec les adversaires politiques, ne laisse place à aucune négociation, accumulant les ennemis sur l’étendue du spectre politique. La caractéristique de tout système politique extrémiste quel qu'en soit le fondement –ou l’alibi idéologique - est d’exiger une forte dose de violence pour perdurer. Rien d’étonnant à ce que le dictateur ait introduit dans le pays un tel niveau de brutalité inconnu auparavant, car inutile du temps de Bourguiba.

Ne sachant pas faire des compromis en bon extrémiste, il est condamné à exercer encore plus de répression pour maintenir un pouvoir devenu de plus en plus intolérable et illégitime. Il existe une loi immuable en politique qui lie le niveau de violence politique à l’illégitimité du système et à l’extrémisme de ses dirigeants.

Quand je pense à ce qu’ont subi les Islamistes je n’ai qu’un mot qui me vient à l’esprit : Apartheid. Ces tunisiens, idéologiquement de couleur noire, doivent être constamment stigmatisés comme terroristes, obscurantistes. Il faut les faire craindre et haïr par le reste de la population et donc les isoler, les retrancher du corps social. Les prisonniers n’ont aucun droit humain reconnu. Leurs familles doivent être disloquées chaque fois que c’est possible. Il faut les affamer en punissant sévèrement toute aide, de quelque origine qu’elle vienne. Hors des prisons, ils peuvent survivre par tolérance et en rasant les murs. On voit moins de barbes ou de voiles dans les rues de Tunis, que dans le métro de Paris ou de Washington. On doit leur interdire le travail ou les acculer à exercer les plus bas métiers même quand ils sont ingénieurs ou informaticiens. Il est hors de question qu’ils accèdent à la fonction publique. Ce sont des citoyens de seconde zone dans un pays où, il n’existe pas de citoyens de toute façon.

Un jour, une jolie jeune fille, habillée en jeans et T-shirt, les cheveux au vent est venue au siège du Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT) raconter une de ces nombreuses histoires de l’apartheid.

Son fiancé, officier, s’est vu interdire de se marier avec elle parce qu’elle a dans sa famille un lointain cousin emprisonné pour Islamisme. La fille était au désespoir et nous avec. Comment peut-on pousser la haine à un tel niveau ?

Quelles blessures profondes porte cet homme qui nous gouverne, que le pouvoir n’a pas guéries ? De quelles humiliations secrètes, subies on ne sait trop quand, où et comment, se venge-t-il ? Avec quels fantômes règle-t-il des comptes qui ne seront jamais soldés ? Pour qui devons –nous payer ce prix prohibitif qu’est la souffrance de tout un peuple ? Le plus dramatique et drôle à la fois c’est que de tous les Tunisiens, condamnés par lui à vivre dans la peur, il est probablement le plus terrorisé.

J’ai souvent réfléchi à la tactique du pouvoir avec les anciens prisonniers politiques. En sortant de prison, ils ne doivent ni travailler, ni sortir du pays chercher du travail, ni recevoir aucune aide selon la règle que tout le monde connaît cinq=cinq. Un don de cinq dinars fut-ce à un proche entraîne cinq années de prison. Une partie des prisonniers politiques sont les victimes du cinq=cinq.

Comment condamner des milliers de familles à la faim, des femmes à la prostitution sans pousser les gens à la révolte ? Puis j’ai compris que tel était justement l’objectif.

Ainsi on pourrait justifier a posteriori toutes les horreurs de la décennie noire et justifier le maintien de la machine répressive, au chômage depuis des années, et dont les pièces commencent à rouiller sérieusement.

Le génie de notre peuple a été justement d’opposer au terrorisme de l’Etat une résistance pacifique, ou des hommes et des femmes ont brandi des principes contre des intérêts, la non-violence contre la brutalité, l’intelligence face la bêtise…la responsabilité face à la plus criminelle des irresponsabilités que peut commettre un pouvoir : pousser ses propres administrés à la violence.

‘’Je ne demande rien d’autre que d’être traité comme un humain. Je veux retrouver mon travail de tourneur, faire vivre ma famille, est-ce trop demander ?’’

Cet homme meurtri dans sa chair et son âme, depuis tant d’années, qui n’a pour réclamer ses droits que cette dérisoire grève de la faim, est le symbole anonyme de ce refus calme et patient du règne de la force et de la brutalité.

Je songe un instant au principe sur lequel fonctionne cette géniale invention qu’est la grève de la faim.

‘’Moi homme, je m’adresse à toi, qui sous ta carapace de colère, de peur et d’ignorance, reste mon semblable et mon frère, pour te demander de mettre fin à mes tourments. Je subodore que toi non plus, car comme moi enfant né d’une femme et d’une mère, tu n’es ni heureux ni fier de tout cela. Alors rencontrons-nous et faisons la paix.

Mais quelle chance a ce message de toucher le cœur d’un tel système, d’un tel homme ?

Tout dépend de l’épaisseur de la couche de cynisme, de colère, de peur et d’ignorance que le message doit traverser pour parvenir à cette profondeur ou le divin est enfoui en chacun d’entre nous. La nappe peut être chez les uns à ciel ouvert ou à quelques pas sous vos pieds.

Creusez, creusez, ce n’est qu’une question de profondeur même chez le serial killer.

Des fois le miracle se produit. Bourreaux et victimes tombent dans les bras les uns des autres et la vallée de larmes devient l’espace d’un instant la vallée des sourires. Mais certaines âmes sont enfouies sous une couche si épaisse que le ‘’signal’’ rebondit comme une balle de caoutchouc sur une plaque de ciment. Nous sommes pour l’instant dans ce cas de figure. Point de miracle, mais la sordide réalité. L’homme n’aura que ses yeux pour pleurer, et moi toute mon expérience de la psychothérapie pour le convaincre d’arrêter une grève suicidaire ne fût-ce que pour pouvoir continuer le combat. Je suis saturé de toute cette souffrance mais le pire est à v enir. En sortant de chez le ‘’vieux ‘’ Abdessalem ‘’, Jouhri me chuchote à l’oreille.

‘’Dis à la vieille qu’il n’est pas question qu’elle participe à la grève de la faim de son fils.

Je le regarde sans comprendre.

‘’La mère de notre gréviste ne mange plus depuis que son fils s’obstine à ne rien avaler. A son âge c’est une folie’’.

Je regarde éberlué une petite vieille ratatinée, portant sur son visage toute la mélancolie de ce monde. Elle nous tend un plateau avec des verres de ‘’Fanta ‘’ et quelques gâteaux secs avec des larmes silencieuses. Des vieillards et des enfants faisant la grève de la faim !

Existe-t-il pire indicateur sur le délabrement moral de ce pays ?

Le cœur, disent les Français doit se bronzer ou se briser. Le mien se bronze et se brise à la fois. Pourtant la médecine m’a bien entraîné à résister à la souffrance de l’autre. Cette résistance est l’une des garanties de l’efficacité du combat contre elle. Mais comment lui résister quand elle vous environne de toute part, quand elle est à la fois dehors et dedans ?…

DEUXIEME EXTRAIT

-Il n’y a pas que la chaîne tunisienne, me dit le gardien d’un air entendu.

-Comment ? J’ai vu dès le premier jour que le bouton de changement de chaîne est enlevé.

-Oui mais il y a le truc du bâton d’allumette. C’est si simple. Oh vous les intellectuels !

Je tends l’oreille brusquement intéressée.

-Tu vois, il suffit de mettre le bâton dans le petit trou et de tourner doucement. Mon premier rayon de lumière : la complicité des humains contre leur propre inhumanité et ce, par delà la distribution des rôles dans la tragi-comédie de l’existence.

On m’a souvent parlé de ces comportements ‘’paradoxaux’’ y compris dans les salles de torture. Génial comme disent mes filles. Ça marche. Enfin pas souvent. Je me souviens d’avoir suivi un soir toute une émission de Pivot sur Voltaire, debout, avec mon bâton d’allumette enfoncé dans le trou de la machine, pour maintenir un semblant d’image.

Jamais ‘’Apostrophes ‘’ n’a eu un téléspectateur plus méritant.

L’un des secrets de la résistance de notre humanité tiendrait-elle aussi à notre capacité à nous créer des plaisirs humbles et des joies secrètes même dans la pire situation ?

TROISIEME EXTRAIT

Il est rare que des tunisiens honorent des compatriotes. Même au sein de la mouvance des droits de l’homme, la rivalité peut –être sans merci Nous voulions par ce prix, adoucir les mœurs rudes du mouvement démocratique, et rompre avec une tradition bien établie que seuls des associations de la société civile internationale, étaient capables de reconnaître les hommes et les femmes de qualité dans notre pays.

Nous n’avions pas d’argent pour doter ce prix et la médaille était de bric et de broc. Mais qu’importe pour nous c’était Le prix. Je faisais chaque 10 décembre au soir un discours enflammé et notre doyen remettait en grand cérémonial un parchemin en papier ordinaire et une médaille sortie de la débrouillardise de Sihem Ben Sedrine. A cette occasion La maison de maître Chakroun se transformait en maison de la liberté.

Mais ce 10 décembre 2000, mon problème est d’y arriver. Impossible de semer mes éternels anges gardiens. Je hèle un taxi. C’est un cortège qui se forme derrière moi. Je saute du taxi. La meute sort de partout. C’est hallucinant. Ils me serrent de façon provocante. Je n’ai jamais vu rien de pareil dans ma longue carrière de gibier de la police. J’ai en permanence l’image de la chasse à courre. Je veux fatiguer ces fonctionnaires, mais en vain. Dans les ruelles où je m’engage pour me débarrasser des voitures, ils lâchent sur moi les motos.

Je décide de ne pas aller chez le doyen, craignant d’être celui qui conduira la meute à la maison supposée non brûlée. En fait, ils savaient tout et la maison était bouclée depuis belle lurette. Tous nos invités avaient été refoulés, certains molestés. La police les pourchassera jusque dans les cafés pour les empêcher d’être ensemble. Il y a de plus en plus de flics. Il en sort de partout. Bientôt je marche sur le trottoir avec une moto, roulant à mon pas, quasiment collée à moi et. Les rares piétons, sautent sur la chaussée inquiets de ce manège inhabituel. Soudain je me rappelle le prix ! Il faut qu’il soit décerné ce soir. La commission l’avait attribué cette année à la ligue. Essoufflé, je rentre dans le premier taxiphone ouvert et j’appelle son président Mokhtar Trifi. Il me confirme que les armées policières sont à pied d’œuvre dans tout le pays. Les barrages, interceptent sur la route de Bizerte, les amis venant pour la cérémonie.

Bon lui dis –je, oublions tout cela. Je prends ma voix la plus solennelle en surveillant l’entrée menaçante des policiers et le visage effrayé du propriétaire :

‘’Au nom du CNLT, je suis heureux de remettre le prix Hachemi Ayari de cette année 2000, à la Ligue tunisienne des droits de l’homme pour sa détermination à sauvegarder son indépendance et à lutter pour les libertés en Tunisie. Ouf, c’est fait. Je sens Trifi aussi ému que moi à l’autre bout du fil.

-Je suis très honoré par ce prix. Nous allons continuer quoi qu’ils fassent.

Moncef Marzouki

Transmis le 8 mars 2003
Chronique du benalisme ordinaire

Affaire n° 93808/11 Groupe de Zarzis


Ligue Tunisienne pour la défense des droits de l’homme
Infos Express 9 mars 2003


Ont comparu aujourd’hui 8 mars 2003 devant le juge d’instruction auprès du tribunal de première instance de Tunis M. Faycel BOUSLIMI, les détenus suivants :

- Abderrazzek BOURGUIBA, né le 1er avril 1985, élève en 6ème année mathématique, arrêté le 8 février 2003 dans son domicile dans le gouvernorat de Zarzis, mineur de point de vue pénal.

- Abdelghaffar BEN GUIZA, né le 10 août 1982, peintre, arrêté le 10 février 2003 à 23h00 dans son domicile par trois policiers en civil dans le gouvernorat de Zarzis.

- Hamza MAHROUG, né le 4 octobre 1982, élève dans un institut de tourisme, arrêté le 9 février 2003 vers 1H30 après minuit dans son domicile par une dizaine d’agents en civil.

- Omar RACHED, né le 19 août 1982, élève en 6ème année technique, arrêté le 8 février, dans son domicile vers 21h00 par cinq agents en civil accompagnés par le « Omda » du village d’El Mouanassa à Zarzis.

répressionUne quinzaine d’avocats étaient présents pour les assister. Ils ont exigé le renvoi de l’audience après le refus du juge d’instruction et leur donner des permis de visite de leurs clients à la prison civile de Tunis et une copie des documents, objet de la saisie effectuée sur eux selon les dires de la police. Après une discussion très vive sur la nécessité du respect des droits de la défense, le juge a accepté de renvoyer l’affaire à la date du mercredi 12 mars 2003 tout en promettant de permettre aux avocats de visiter leurs clients et de leur fournir une copie du dossier des documents objet de la saisie.

Rappelons que deux autres accusés :

- Omar Farouk CHALENDI, né le 18 novembre 1982, étudiant à la faculté des Sciences de Gabès, arrêté le 8 février 2003.

- Ridha Bel Hadj IBRAHIM, né le 17 juillet 1966, professeur, arrêté le 8 février 2003 à Zarzis.

ont été entendus le 03 mars 2003 par le juge d’instruction, sans la présence d’avocats en ce qui concerne Ridha BEL HADJ IBRAHIM.
Ces accusés ont été déférés par le procureur de la république, le même jour, devant le juge d’instruction pour les chefs d’inculpation suivants :

- Constitution d’une association dans le but de préparer et de commettre des agressions contre les personnes et les biens et en vue de semer la peur et la terreur.
- Mettre à la disposition d’un local pour la réunion de cette association.
- Organisation de réunion sans autorisation.
- Vol et tentative de vol.
- Fabrication de matières explosives, les transporter et les emmagasiner
- Possession sans autorisation d’objets et de matières entrant dans la constitution d’engins explosifs.

Les quatre accusés Abderrazzek BOURGUIBA, Abdelghaffar BEN GUIZA, Hamza MAHROUG, Omar RACHED ont déclaré au cours de l’audience à leurs avocats qu’ils ont été torturé tout au long des dix premiers jours après leur arrestation. Ils ont été transférés dès leurs arrestations à Tunis au siège du Ministère de l’Intérieur ( Sûreté de l’Etat ) où ils ont été laissés les premières vingt quatre heures sans manger, et où ils sont restés dix sept jours.

Pendant les dix premiers jours, ils ont été interrogés sous la torture : coups avec des bâtons, coups de poings et coups de pieds sur tout le corps, morsures des oreilles ; suspension de Hamza MAHROUG et Omar RACHED par les mains au plafond, après les avoir dénudés dans le froid glacial ; suspension accompagnée de coups de bâton sur les pieds et les bras.

L’interrogatoire ininterrompu durait pendant les quatre premiers jours de neuf heures du matin au soir, puis au cours des six derniers jours de midi au soir.

Abderrazzek BOURGUIBA ( 17 ans ) a déclaré qu’il était tellement terrorisé qu’il a cru être devenu malade des nerfs.
Hamza MAHROUG a déclaré qu’il a sérieusement pensé à se suicider pour échapper à la torture.
Omar RACHED a déclaré qu’il a fait une grève de la faim le deuxième et le troisième jour ce qui lui fait trois jours sans avoir mangé ; qu’il a été vraiment terrorisé quand on l’a menacé d’amener sa mère et sa sœur pour les torturer dénudées en sa présence.
Après ces dix jours de tortures, ils ont été laissés dans des cellules individuelles pendant une semaine, vraisemblablement pour que les traces apparentes de la torture disparaissent.

Puis ils ont été transférés à la caserne de Bouchoucha au environ du 25 février 2003 ( ils n’ont pas pu déterminer la date exacte du fait de la torture et de l’isolement ). Ils ont été extraits environ trois fois de cette caserne pour être interrogés encore à la caserne d’El Gorjani.
Tous les quatre ont déclaré qu’ils ont signé des P.V de police sous la menace de les faire retourner au siège de la Sûreté de l’Etat où ils ont été torturés.
Omar RACHED a déclaré qu’il a signé un P.V de police à El Gorjani sans avoir été interrogé.
Pendant les six jours où ils ont dormi à Bouchoucha, ils avaient eu faim parce qu’on ne leurs donnait qu’un seul casse- croûte toutes les vingt quatre heures.

Les P.V de police prétendent que les arrestations ont commencé le 26 février 2003 sous la direction de la section des affaires criminelles de la police judiciaire alors que des attestations en possession d’avocats que ces arrestations ont eu lieu le 8 février 2003 ; et que des actions urgentes ont été émises par des ONG bien avant la date du 26 février 2003.

Rappelons que l’article 13 bis de code de procédure pénale limite la durée de la garde à vue à trois jours renouvelable par le procureur de la république une seule fois ; que l’article 251 du code pénal considère l’arrestation ou la détention sans ordre légal d’une personne comme un crime punissable d’une peine qui peut aller jusqu’à la perpétuité ; que l’article 101 bis du même code considère la torture comme un crime punissable de huit années de prison.

Il est à noter aussi que la police a consigné dans ses P.V qu’elle a saisi sur deux accusés ( Hamza MAHROUG et Omar Farouk CHALENDI ) des documents divers accessibles par internet, un tube de colle et un bout d’une carte de téléphone collée par un fil à un bout de matière plastique.

Tunisie, 6 mars 2003
Quo vadis ?

Où êtes-vous ?


anesLa réussite de ZABA c'est dans le fait d'avoir baillonner la Que se passe-t-il ? où sont les opposants ? où sont les résistants ? où sont les militants ? où sont les défenseurs des droits de l'homme ? où sont les penseurs libres ?

  • Quand il y a de la critique, vous dites :"C'est une bande de jeunes par ici !!!"
  • Quand on critique la gauche, vous dites : "il y a trop d'islamistes par ici !!!"
  • Quand on discute la religion, vous dites : "il y a trop de gauchistes par ici !!!"
  • Quand on parle de Zouhair, vous dites: "on ne voit pas les autres !!!"
  • Quand on parle des autres, vous dites: "il y a trop d'intégriste par ici !!!"
  • Quand on parle de Amr ou de Zaid, vous dites: "'ils sont opportunistes !!!"
  • Quand on parle des élections, vous dites:" il y a des lâches par ici !!!"
Mais maintenant qu'on ne dit plus rien, où êtes vous ????

Liberté d'expression. Ici on trouve un espace pour l'exercer et personne n'en profite. A trop vouloir laisser le terrain au despote, nous allons laisser non seulent nos libertés mais bientôt notre dignité. Car il ne va pas s'en priver pour nous humilier encore plus, pour raffler toutes les richesses du pays. Continuons sur ce chemin et l'opposition va rester dans l'opposition pour des lustres ;-)

Si les prisonniers sont encore dans les géôles c'est parce qu'en les isolant l'activité a baissé. Par exemple pour Hamadi, personne n'a repris sa pertinence, sa justesse et son courage dans l'écriture. Donc ZABA pense qu'il a raison de continuer à le laisser en tôle. Un autre exemple, pour Zouhair, depuis son incarcération, il n'y a plus sur le forum des discussions aussi poignantes et aussi régulières. Le e-mag n'a plus de contributeurs et les sujets de discussions sur le forum futiles. Alors ZABA à tout à fait raison de penser qu'il a cassé une dynamique. Que faire ?

C'est à nous de reprendre le flambeau et de montrer à la dictature que NON, la résistance ce n'est pas les prisonniers d'opinion seulement. On est tous avec eux et on est tous très déterminés. C'est à nous de lui prouver qu'il n'a pas mis un terme à la révolte en emprissonant quelques personnes. Le combat continue.

A vos plumes messieurs, dames... A vos claviers pour débattre des sujets concernant la Tunisie de demain. Avant2004 , après ça sera trop tard !!! Discutons de sujets important pour notre avenir et laissons de côté les réflexions assassines, les insultes mutuelles et le non respect qui est devenu de rigueur. Proposons, débattons, échangeons... En un mot CONSTRUISONS. Et ensemble si possible !

TIZ

Forum TUNeZINE, 6 mars 2003
Quand les grands esprits se rencontrent

INTERVIEW DE SIHEM BENSEDRINE


Omar Khayyâm: Bienvenue à TUNeZINE Sihem et merci pour le numéro spécial de Kalima sur Zouhair Yahyaoui, notre rédacteur en chef.

Sihem Bensedrine: C'est plutôt vous, l’équipe de TUNeZINE qu'il faut remercier pour avoir maintenu la pression afin que Zouhair ne sorte pas de l'actualité.

OK: Pouvez-vous nous parler de votre manifestation devant la prison de Borj el-Amri?

SBS: J'avoue que nous étions contents d'avoir réussi notre coup. Les flics ont été pris au dépourvu et n'ont été alertés qu'a notre arrivée devant la prison, le temps qu'ils arrivent, nous étions sur la piste du retour. Ils étaient très contrariés et ils ont inventé le prétexte de la caméra pour prendre leur revanche. Nous avions convoqué le rassemblement très discrètement la veille au soir sans faire usage ni du tel ni d'Internet. Nous étions sortis par petits groupes de lieux divers et à des horaires divers et le rassemblement avait réussi ainsi. Ils étaient tous là ou presque : RAID, LTDH, ATFD, AISPP, CNLT… à l’appel du CLZY.

OK : L'arrestation de 20 internautes à Zarzis et la violence extrême contre les manifestants à Sfax, Gafsa, Tunis et ailleurs démontrent l'extrême nervosité du régime aujourd'hui?

SBS : Bien sûr, il est très fragile et pense que le moindre mouvement de rue peut virer à l'émeute, il est très isolé, même au sein du régime. Mais il ne faut pas se tromper, la société n'est pas prête pour un soulèvement, les structures sont démantelées, les choses ne sont pas mûres, la peur domine encore les cœurs.

OK : Vous avez parlé à la télé, avant votre arrestation en juin 2001, du phénomène de la corruption et du népotisme. Il s’est converti aujourd’hui en un système bien établi. Le malaise a-t-il atteint les couches supérieures de la société?

SBS : Cela fait des années que les couches supérieures de la société sont gênées par la corruption et la dérive mafieuse du pouvoir, tous en parlent dans leurs salons. Mais nous avons affaire à des hommes d'affaires qui s'accommodent et prennent leur parti du nouveau climat. Certains s'y intègrent même bien, suivant en cela l'exemple de ceux qui répandent ces pratiques, les multinationales des pays démocratiques. Ceux qui ne tolèrent pas ces dérèglements sont déjà partis. Finalement, peu trouvent à y redire, sauf pour animer leurs salons. Les hommes d'affaires de l'ère Ben Ali sont imprégnés de l'air du temps.

OK : Même le capitalisme a besoin d'un minimum des règles pour fonctionner normalement. On ne peut qualifier le système benalien de "capitaliste", car tout y est imbriqué: Administration, justice, police etc. Le CNLT a-t-il pensé à faire une étude sur le coût insupportable de la dictature? Je parle surtout du coût économique.

SBS: Ce n'est pas le mandat du CNLT de faire des enquêtes sur la corruption. C'est plutôt le rôle de RAID. Par contre nos journalistes -y compris moi-même- sont interpellés par ta question. C'est une enquête à faire. Quant à l'absence de règles, la banque mondiale leur a déjà fait la remarque. Et n'eût été le 11 septembre, le régime aurait été soumis à une bonne pression. Malheureusement tout le monde en Occident trouve du charme à Ben Ali depuis le 11/9.

OK: La Tunisie a connu des inondations très graves, avec des morts et des milliers de sans-abri. On parle de black-out du régime et d'une opposition cantonnée aux salons de Tunis. Croyez-vous que l'opposition a fait tout ce qui était de son pouvoir pour aider et informer?

SBS: Avant de parler, il faut faire une enquête. L'opposition s'est mise à parler de morts non prouvés. Cela décrédibilise! Peu se sont déplacés pour rendre visite aux sans-abris. Juste quelques militants de la LTDH et du CNLT et personne n'a pu vérifier les morts. Notre opposition a, elle aussi, besoin de mûrir. Il est aussi important de situer les responsabilités et de dire exactement ce qu'on attend des autorités publiques dans chaque situation. Il est clair qu’il y a eu des négligences coupables. D'autant que l'année dernière le même phénomène s'est produit, et la responsabilité des autorités est indéniable.

OK: Même sans révolte populaire, la dictature s’écroulera suivant ses propres lois de décomposition interne. La Tunisie risque de passer sans transition du pays de l'ordre absolu à celui de l'anarchie absolue. La chute du système Parti-Etat en Tunisie ne va-t-elle pas entraîner un vide autour de la nouvelle équipe qui dirigera la transition démocratique ?

SBS: Vous allez vite en besogne. D'où tenez-vous qu'il y aura une transition démocratique? Certaines dictatures ont eu de longues vies. Si Ben Ali tombe aujourd'hui, c'est une clique de son régime qui lui succèdera. Je ne suis pas sûre qu'on serait gagnants. La transition démocratique ça se prépare, et la classe politique - alternative- n'est qu'au début de son chemin, il lui reste un long parcours où elle devra faire l'apprentissage de la conquête du pouvoir en usant de tous les points forts de la société comme d'une seule arme. Elle me paraît aujourd'hui davantage préoccupée par le partage de ce qu'elle ne possède pas encore et incapable de réfléchir en terme de stratégie de combat.

OK : L'engouement des Tunisiens pour des chaînes telles que al-Jazeera et, pour une courte période, pour "al-Mustakillah" ne signifie-t-il pas que la population rejette le système et ne se laissera pas berner encore une fois par un "nouvel artisan" d'une "nouvelle Ere Nouvelle"?

SBS : Les Tunisiens sont très conscients de la situation et rien ne leur échappe. Le paysan le plus démuni de la campagne la plus reculée ne se fait aucune illusion sur ce régime et il arrive que ces « messieurs-tout-le-monde » soient plus perspicaces que nos fins politiques. Cela ne fait pas d'eux des révolutionnaires. Il faut avoir les moyens de se révolter. Les moyens, ce sont les liens politiques, syndicaux et associatifs. Ces cadres qui font ressentir à un individu qu'il n'est pas seul et que sa structure le protège. Ben Ali s'est appliqué à les briser durant cette décennie. Tout est à reconstruire. Nous en sommes encore au début. Sinon, qu'est-ce qui aurait empêché la centrale syndicale de décréter la grève générale après ce qui est arrivé à ses membres à Sfax? La colère ne suffit pas pour faire une insurrection, il faut l'organisation et la connaissance de sa force réelle. Et en l'absence des moyens de la révolte devrait-on se résoudre à qu défaitisme Je pense, par contre que nous assistons à un éveil de la société civile (partis, associations, médias…) qui commence à conquérir des parcelles de territoire de l’espace public aux dépens du monopole de l’Etat-parti. Le changement se fera par ces espaces gagnés sur la dictature qui sera placée en situation de céder à la société ce qui lui revient : sa liberté. A partir de là tout peut se jouer.

Interview d'Omar Khayyâm

Hambourg, le 19 février 2003.
Saint Zaba est parmi vous !

Haj Ben Ali, l'humaniste !


Ô l'aimable Ben Ali ! Voilà que ce charmant démocrate rallie la position des ténors en politique internationale, la France et l'Allemagne, rejoignant ainsi le camp de la paix et de la raison. Comme eux, il affirme qu'il existe encore une solution autre que la guerre en Irak. Comme eux, il propose de renforcer les inspections. Ca fait plaisir de recevoir pareil soutien ! Du coup notre chère Président à l'impression que les relations Franco-Tunisiennes sont tout à fait cordiales. Il a dû déchanté, depuis, quand Chirac a affirmé "plus d'impunité pour les dictateurs en Afrique".

Ben Ali est allé en France pour le sommet France-Afrique ? Pensez vous, sa parano le paralyse et l'empêche d'entreprendre le moindre déplacement en occident. Il a peur qu'un illuminé, après avoir mal digéré l'exil, puisse porter plainte contre lui, un jour où il est mal luné (l'exilé bien sûr). En revanche, ça se bouscule devant la porte de Carthage. Ministre après Ministre, la France nous envoie tout son contingent gouvernemental au nom de la copération fraternelle entre nos deux pays. Sarko, Villepin, Alliot Marie,... Qui d'autre encore ? Tout ça en attendant la visite de Chirac himself, programmée pour le deuxième semestre 2003. Que d'honneur pour la Tunisie, le pays ami ! Tout ce beau monde et personne n'ose lui lancer le moindre reproche sur le référendum (pour le putsh anticonstitutionnel) qu'il organisé le 26 Mai 2003. Mieux, la Tunisie est vu de l'autre côté de la méditéranée comme un havre de paix parmi tous les pays arabes. Un pays souvent cité comme modèle de réussite économique et sociale. Les politiques français devraient venir plus souvent chez nous !

faire l'autrucheC'est merveilleux. Voilà un pays en état de siège, où règne la terreur à grande échelle. Toute manifestation pacifique et spontanée est réprimée dans un bain de sang et une hécatombe de blessés hospitalisés le plus souvent. La police d'Etat pratique la torture systématique. Les intimidations et menaces contre les réfractaires sont monnaie courante. Le pillage est de régle. Chaque jour des civils sont spoliés de leurs terres, chaque jour des entreprises sont raquettés. Chaque jour des prisonniers sont torturés. Les techniques de la suspension ou du poulet roti font fureur. Aucun journaliste étranger ne peut pénétrer dans ces ténébres made in Tunisia.

Et voilà que, dans cette joyeuse ambiance, la milice présidentielle va organiser le congrès de l'ambition du RCD (parti du pouvoir) pour préparer les prochaines élections présidentielles de 2004. Des élections pour demander aux Tunisiens si ils n'en ont pas assez de vouloir être indépendants. S'ils veulent bien continuer le chemin avec le sauveur, "l'artisan du changement". D'ailleurs entre nous, je trouve cette expression doublement juste et pertinente. D'abord c'est vrai il y a eu changement. Depuis 15 ans la Tunisie va de mal en pis. Quand d'autres nations progressent nous on préfère la marche à reculons. Et quelle vitesse SVP ! tous les ans on prend trois dans la vue. Encore un quinquenat et on sera sous occupation française (oui faites les comptes). Puis ensuite "artisan" ! oui tout à fait. On ne peut pas prétendre à mieux avec un bac-4, chacun son niveau. A nous donc, les juges, les avocats, les médecins, les ingénieurs, les profs, les chercheurs, les journalistes, les philosophes, les écrivains, les militants, les chefs d'entreprises, les chefs de famille, de réagir face à l'artisan et de ne pas nous laisser berner encore une fois.

Et ces élections vont être tellement bien organisées par les sbires du PDG, un vrai modèle de consultation démocratique, que les 10 millions de Tunisiens (dont beaucoup de faux électeurs) vont voter oui comme un seul homme. OUI ! nous voulons nous mettre sous la protection de l'ex-agent de la CIA Ben Ali. Car, ne vient-il pas de le prouver aux bellicistes de tout poil ? c'est un homme pieux et de paix ce Haj, un hommiste, un vrai constructeur d'avenir. Avec lui, les Tunisiens vont connaître une ère de prospérité et de tranquilité.

Comme dit Tekkari, on se sent bien dans les prisons. En plus il paraît que l'espérance de vie est meilleure...

TIZ

le 28 février 2003
Les touristes, la mer, et le soleil couchant ... rouge sang.

Paradis touristique entaché par la torture


La journaliste Bensedrine critique le régime tunisien


Par notre rédacteur
Rainer Kabbert, WESER KURIER © 2003 weser-kurier online

Brême. L’image idyllique du paradis touristique était entachée depuis longtemps, avant même l’attentat meurtrier de Djerba. La situation des droits civils dans ce pays ensoleillé laisse à désirer. La journaliste tunisienne Sihem Bensedrine n’a pas des griefs uniquement contre le régime du président Ben Ali. Aussi bien l’Allemagne que l’Union européenne semblent mener un jeu ambivalent en Tunisie.

Pendant que les touristes s’adonnent aux plaisirs de la plage et du soleil, plusieurs Tunisiens vivent dans la peur, pense Sihem Bensedrine. Elle sait déjà ce que ça veut dire être prisonnier, victime des violences policières, et avoir des contusions ou des côtes brisées. La plainte contre ses agresseurs est restée sans résultat. Elle est depuis longtemps un paria aux yeux du régime tunisien. En poursuivant ses études à Toulouse, elle fonda le Parti des Socialistes Progressistes et appela l’ancien président Habib Ben Ali Bourguiba à démocratiser son régime. Il fit arrêter la dissidente pour la première fois 1985.

La situation ne s’améliora guère deux ans plus tard, lorsque Ben Ali déclara le vieux président inapte à assumer ses fonctions et l’envoya à la retraite pour prendre sa place au Palais de Carthage. Aussi bien les méthodes expéditives des forces de l’ordre que le harcèlement des opposants restèrent inchangés. Sihem Bensedrine n’obtint pas l’autorisation nécessaire pour publier son propre journal, c’est pourquoi elle lança un magazine en ligne.

Mais la cyber-police du Ministère des communications était toujours sur ses talons: le transfert de fichier fut bloqué et l’accès à internet censuré. Big Brother ne pardonne pas. Même ses collaborateurs n’échappèrent pas à l’arrestation, aux interrogatoires et aux menaces. Ses espoirs de diffuser des informations critiques, dans un pays où il n’existe aucune télé, radio ou presse libre, sont brisés.

Entre-temps, Sihem Bensedrine irrita le gouvernement tunisien à tel point qu’une nouvelle loi, qui interdit à quiconque d’exercer simultanément des fonctions dans un parti politique et dans une organisation des droits humains, fut adoptée. Bensedrine décida de quitter la direction de la Ligue des Droits de l’Homme. Elle reçut plusieurs prix pour son courageux engagement: Le prix Johann-Philipp-Palm pour les droits humains et une distinction d’Amnesty International. Après la dernière confrontation avec la police en juillet 2002, cette femme âgée de 52 ans, décida d’accepter une invitation provenant d’Allemagne. Elle est, pendant un an, l’invitée de la Fondation Hambourgeoise pour les Persécutés politiques. De sa résidence en Allemagne, elle continue ses activités, poste sur Internet des informations conce rnant la situation dans son pays et continue d’exercer ses fonctions de porte-parole du Conseil National pour les Libertés en Tunisie. Elle cherche des contacts avec les médias et les personnalités politiques.

Elle est invitée à Brême par le Centre d’Information sur les Droits Humains et le Développement et par d’autres organisations de la même ville. Elle considère son activité comme un travail de lobbying en matière de droits humains.

tourisme


Elle fit la connaissance de plusieurs personnes attachantes et sincères. Plusieurs se sont portés volontaires pour l’aider. Elle dut réviser son préjugé sur la "froideur des Allemands". Mais dès qu’il s’agit de diplomates et de politiciens, elle change d’opinion. L’ambassade d’Allemagne en Tunisie mène, d’après les expériences personnelles de Madame Bensedrine, une politique d’apaisement et est tombée dans le piège de la „complicité avec le régime tunisien“.

Les autres ambassades, par exemple celles des USA, de Grande-Bretagne ou des pays scandinaves appellent la torture par son vrai nom: Torture. "Pourquoi les hommes politiques allemands ont-ils accepté de former des tortionnaires tunisiens dans une école de police à Munich?", s’interroge la journaliste.

Elle pose aussi des questions critiques à l’Union européenne. Dans l’accord d’association avec Tunis – Objectif: zone de libre échange d’ici 2009 – l’article 2 exige le respect de la démocratie et des droits humains. „Mais ces droits ne sont pas respectés en Tunisie. L’UE le sait, mais elle s’abstient de critiquer le régime. A quand la fin de la complicité de l’Union européenne avec le régime tunisien?“ Elle rejette les arguments selon lesquels il ne s’agit, en fin de compte, que de lutter contre le terrorisme: „C’est le contraire qui est vrai, Ben Ali produit de nouveaux terroristes, en coupant toutes les voies de la libre expression. Pour beaucoup de Tunisiens il n’existe que trois choix possibles: la prison, l’exil ou la violence. Je suis terrorisée par l’idée que mes enfants pourraient devenir un jour des terroristes.“ C’est surtout chez les jeunes que le désespoir est à son comble, car ils sont privés de la liberté de communication et vivent sous la menace d’emprisonnement.

Tunisie, pays de vacances – une histoire d’humour noir? Non, elle est contre le boycott du tourisme. Beaucoup de Tunisiens vivent de l’exotisme des Européens. En outre, Ben Ali a d’autres sources de financement. "Les gens doivent continuer à venir nous visiter, mais ils doivent voyager les yeux grands ouverts et voir les barreaux visibles et invisibles!

traduit de l’allemand par Omar Khayyâm

Février 2003
Lavage de cerveau 1 en 7 !

Tunisie: 'Sept versions de la Pravda'


Le Président Zine el-Abidine Ben Ali, est "l’un des pires 10 ennemis de la presse," selon le Committee to Protect Journalists, basé à New York
Revue de Presse mondiale en ligne: Liberté d’expression

Roland Lank
Tunis, Tunisie
18 février, 2003

La Tunisie fut le premier pays islamique à avoir une constitution et le troisième après la Turquie et l’Egypte à promouvoir une presse indépendante. Mais malgré ces réalisations, la liberté de presse en Tunisie est pratiquement inexistante aujourd’hui. Alors que l’économie a fait des progrès impressionnants depuis l’arrivée au pouvoir du président Zine el-Abidine Ben Ali en 1987, lui donnant une place à part parmi ses partenaires arabes, les libertés politiques ont connu une nette détérioration.

Ce pays, qui compte 10 millions d’habitants, a deux chaînes de télévision hertzienne (Tunis 7, l’unique chaîne tunisienne captée par satellite, et Canal 21), sept stations radio, et une multitude de journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels en arabe et en français. L’Etat a le monopole de toutes les chaînes de télé et de radio, et possède avec le parti au pouvoir (RCD) quelques grands quotidiens de la place, tels que le quotidien en langue française La Presse, et aussi le journaux Al-Sahafa, Al-Hurriya, et Le Renouveau.

Les plus importants quotidiens en langue arabe Al-Sabah et Al-Shurouq sont tous les deux des propriétés privées, mais elles ne se hasardent guère à critiquer le gouvernement à propos de sujets sérieux de politique générale. Les journaux des partis de l’opposition alliée au pouvoir, ont disparu faute de lecteurs, laissant le champ libre pour deux journaux qui sont réellement opposés au régime: l’organe du mouvement Attajdid Al-Tariq al-Jadid (La Nouvelle Voie, mensuel) et l’hebdo du Parti Démocrate Progressiste Al-Mawkif ( Position ou Point de vue).

Depuis le début de 2001, Al-Mawkif est paru de façon sporadique à cause la pression exercée par l’Etat (y compris la privation d’annonces des ministères et des organismes publics) surtout après avoir publié des articles qui expliquent les pratiques de corruption et critiquent la politique du gouvernement en matière de démocratie et de médias. “Aujourd’hui vous ne pouvez pas publier un hebdomadaire d’informations générales, car le Pouvoir vous met des bâtons dans les roues,” dit un éminent journaliste de l’opposition travaillant dans ce journal, dont les Tunisiens ordinaires n’ont même pas entendu parler.

Les “zones rouges” décrétées par le gouvernement sont la corruption et les droits humains. Ceci inclut aussi les discussions à propos des mouvements islamistes interdits, dont l’influence est difficile à évaluer à cause de la répression de leurs activités par le régime durant les années 1990. Selon ce journaliste de l’opposition, “Le pouvoir craint que si la porte de la critique de la corruption soit ouverte, elle s’ouvrira de plus en plus et à la fin il ne sera plus capable de la contrôler.” Le magazine Réalités s’est trouvé dans une mauvaise posture après avoir publié en décembre 2002 un article sur les conditions des prisons et a été obligé de licencier le journaliste qui avait effectué l’enquête. Aucun journal ne s’est opposé en 2002 aux amendements constitutionnels qui permettent au président de rester au pouvoir pendan t un nombre illimité de mandats. Des élections présidentielles sont prévues en 2004.

la presse En conséquence, il y a deux styles de journalisme en Tunisie: des reportages quotidiens sans saveur sur les activités gouvernementales et un flot d’articles de faits divers, dans le style des tabloïds, rapportant des crimes et des infos du monde du spectacle et des stars.

En voici des exemples récents: La couverture de l’hebdomadaire Al-Annouar du 7 février comporte deux reportages de football, un article sur l’Irak, un article sur les vols de voitures, un autre sur un présentateur de télé israélien accusé d’harcèlement sexuel de ses invitées sur le plateau et enfin un autre article sur la jeunesse perdue dans des fumoirs de hasch. Akhbar al-Jumhouriya du 6 février montre une actrice tunisienne en tenue légère pour illustrer un article sur le cinéma, publie deux articles, le premier sur une étudiante agressée par son copain jaloux et le deuxième sur un homme qui a été “séduit” par une femme pour conclure avec elle un mariage illégal (urfi).

Cependant, ce numéro d’Akhbar al-Jumhouriya, fait peu de commentaires sur les récentes inondations dans le nord du pays, un événement presque passé sous silence par la télé tunisienne, alors que des médias étrangers ont rapporté la mort de quelques personnes, victimes des inondations. “Alors que les sinistrés ont loué les efforts déployés par la police, les autorités municipales, l’armée et les ministères dans la gestion de cette crise humanitaire, ils ont toutefois montré leur grogne face à une télévision qui a brillé par son absence dans le reportage des événements et la mise en garde de la population des risques engendrés par la situation des vallées et le niveau des eaux. Même les bulletins météos n’ont rien signalé, au contraire de ce qui se passe dans les télés étrangères,” commente le journal sans évoquer des cas de décès.

“Les plus importants journaux tunisiens sont sept versions de la Pravda— ils sont identiques. La Tunisie, la Corée du Nord et la Libye sont les seuls pays à entretenir encore des médias de type stalinien,” dit un journaliste de l’opposition. “Les lecteurs tunisiens sont entourés par un cordon “de protection”.”

Les exceptions sont rares. Des informations économiques sont publiées par les hebdomadaires L’Economiste Maghrébin et Jeune Afrique L’Intelligent, basé à Paris, et le quotidien londonien Al-Quds al-Arabi, dans les cas où ce journal n’est pas interdit de vente ou saisi. Le plus important quotidien panarabe Al-Hayat, basé lui aussi à Londres, a été interdit de vente en Tunisie pendant plus de deux ans, comme l’ont été également les journaux Le Monde et Libération, à cause de leurs articles critiques du Pouvoir tunisien. Rien d’étonnant, si la loi interdit encore au journaux tunisiens de s’associer avec les journaux mondiaux les plus connus, alors que cette politique de partenariat fait rage au Liban et au Maroc.

Ainsi, même les journaux les plus vendus ont un tirage modeste: Al-Shurouq vent 45 000 exemplaires par jour, La Presse à peu près 30,000. Les éditeurs de journaux se plaignent de l’étroitesse du marché et l’Etat, avec son obsession de tout contrôler, ne fait que compliquer les choses. Les règlements d’obtention d’une autorisation de publier sont draconiens et la pratique gouvernementale de placer quotidiennement une douzaine d’annonces publiques est une forme de subvention qui affecte ce secteur. La majorité des journaux sont très dépendants des annonces que leur offre le gouvernement, exerçant ainsi une pression sur le contenu des articles publiés. Les autorités tunisiennes peuvent intervenir aussi dans les services postaux pour saisir des journaux qui publient des articles qu’elles jugent biaisés. Enfin, le gouv ernement achète des périodiques de l’étranger et les vend à la presse tunisienne à des prix modérés, ce qui constitue un autre mécanisme de contrôle qui pourrait être utilisé, le cas échéant, comme moyen de pression.

La politique d’arabisation adoptée depuis 1987 par le régime de Ben Ali pour renverser la tendance de la domination du français dans la vie publique—un résidu de l’époque coloniale—a réussi à créer une classe moyenne et une basse classe moyenne pour lesquelles l’arabe constitue la langue d’éducation primordiale. Par conséquent, la part de marché de la presse francophone est en baisse continue et les observateurs estiment que dans dix ans il n’y aura plus guère de publications en français. Auparavant, les Tunisiens dont la langue maternelle est le dialecte tunisien dérivé de l’arabe, trouvait plus facile d’exprimer en français tous les sujets de conversation qui allaient au-delà de la vie de tous les jours.

“Je ne pense pas que les publications en français ont un futur. Dans dix ans, l’arabe dominera,” dit Hedi Mechri, rédacteur en chef de L’Economiste Maghrébin. “Nous sommes à la croisée de chemins. Mon éducation était en totalité en français au primaire et au secondaire et l’arabe était marginalisé. Maintenant il y a un renversement de rôles.” Les efforts de l’Etat de réduire le français à sa portion congrue ont été aussi le reflet du mécontentement officiel face aux critiques exprimées par les médias français: La nouvelle vague de zèle en faveur de l’arabisation de plusieurs secteurs de la vie publique a coïncidé avec des périodes de tension avec la France. D’autre part, l’anglais est en train de progresser à petits pas: Les suppléments de L’Economiste en anglais ont eu beaucoup de succès durant les dernières années, mais il n’existe encore aucune importante publication en langue anglaise.

Démontrant l’extrême sensibilité du régime face aux critiques extérieures—qui pourrait, selon lui, nuire au mini-miracle économique du pays durant la dernière décennie—Ben Ali a déclaré en juillet 2001 durant une réunion du parti au pouvoir, le RCD, que les opinions divergentes étaient les bienvenues, mais que ceux qui critiquaient le pays dans les médias étrangers étaient des “traîtres” qui seraient confrontés à la rigueur des lois nationales.

La télévision n’est guère plus libre. C’est une télé d’Etat gérée selon les règles des années 1970, aussi bien dans son style que dans son contenu. C’est pourquoi les Tunisiens se réfugient dans la multitude de chaînes arabes et européennes disponibles par satellite. Alors que la télévision d’Etat avait attiré 80% des téléspectateurs en 1999, les chiffres montrent qu’en 2002 et 2003 le pourcentage n’a pas dépassé les 50%, augmentant seulement pendant le Ramadan, le mois sacré durant lequel la télé diffuse des séries tunisiennes et arabes “spécial ramadan” dans le but d’attirer les téléspectateurs. La pression sur la télé pour qu’elle change de comportement provient du syndicat des publicitaires tunisiens, qui avait réussi après des années de démarches auprès des autorités à obte nir de larges espaces publicitaires en 1999. Mais comme l’explique un expert en publicité: “Ils sont tous des fonctionnaires et ne donnent aucune importance à ce que les gens veulent réellement.” Seulement 3% de la population regarde Canal 21, une chaîne qui diffuse les programmes “indésirables” de Tunis 7. Des figures de l’opposition disent que le gouvernement augmente son budget des programmes de divertissements aux dépens des programmes politiques et culturels dans le but prémédité de détourner les regards des Tunisiens des thèmes sérieux de vie publique qui pourraient menacer le statu quo politique.

La télé d’Etat a des difficultés même au niveau des programmes de divertissement. Les chiffres officiels montrent que la chaîne égyptienne est en somme la chaîne qui détient le deuxième rang en popularité en Tunisie, alors que les chaînes Al-Jazeera, basée à Qatar, et Télé-Dubai attirent les téléspectateurs qui s’intéressent aux infos. Deux chaînes satellitaires basées à Londres, dirigées par des dissidents Tunisiens, Al-Mustaqilla (l’Indépendante) et Zeitouna (c’est le nom de la plus importante mosquée de Tunis, qui était aussi une importante école de théologie en Afrique du Nord), ont ouvert en 2001 des débats houleux sur les droits humains en Tunisie, mais elles sont maintenant en train diffuser des spots pub sur le tourisme tunisien. C’est pourquoi les Tunisiens ordinaires pensen t que le régime tunisien a conclu un deal avec les propriétaires des deux chaînes. Il est difficile d‘évaluer la part de marché de ces deux chaînes.

Le gouvernement déclare qu’il est en train de promouvoir la liberté de presse dans la mesure du possible. En avril 2001, le parlement a adopté une série d’amendements du Code de la Presse, abrogeant certaines de ses clauses les plus répressives. Au cours d’une interview accordée à des journalistes d’Al-Sabah et Al-Shurouq, Ben Ali déclare, “Je vous le dis encore une fois de la façon la plus claire’: Ecrivez sur n’importe lequel des sujets que vous préférez... Il n’y a pas de tabous, excepté ceux interdits par la loi et la déontologie de la presse.” Mais les autorités disent qu’elles doivent défendre l’honneur des personnalités publiques face à des infos biaisées et sensationnalistes dans un milieu médiatiquement sous-développé, et empêcher les médias de dépasser les limites des bonnes mœurs.

Ces positions ont produit un certain nombre d’incidents peu élogieux pour le régime, des incidents documentés par les organismes internationaux de surveillance de la liberté de presse et par le Département d’Etat des USA. Pendant la période de mauvaises relations entre le régime tunisien et la France en 2000-2001, certains journalistes et militants des droits civiques se sont plaints de harcèlements suite à l’expression d’opinions critiques dans les médias locaux et étrangers. Parmi ces incidents on peut noter celui de la journaliste Fethia el-Beji, qui a été licenciée d’Al-Sabah suite à des articles sur les livres de Taoufik Ben Brik, un dissident notoire qui publie en France. Le frère de Ben Brik, le militant des droits civiques Jalel Zoghlami, n’a pas eu l’autorisation de publier son journal Qaws al-Karama (Arche d e la Dignité). La journaliste Sihem Bensedrine s’est réfugiée dans Internet pour publier son journal Kalima (Parole), auquel certains Tunisiens peuvent avoir accès malgré la censure de l’unique fournisseur d’internet en Tunisie, l’ATI.

En 1998, le Committee for the Protection of Journalists (CPJ), basé à New York, a placé le président Ben Ali parmi les “10 pires ennemis de la presse dans le monde”. En 1997 l’Association tunisienne des Directeurs de Journaux a été exclue de l’Association Mondiale des Journaux, à cause de sa passivité dans la défense de la liberté de presse, selon cette organisation.

Ce pays a récemment gagné en célébrité à cause de son contrôle d’Internet. Zouhair Yahyaoui, un Tunisien de 35 ans, a été condamné à deux ans de prison en 2002 pour avoir critiqué le gouvernement dans son site TUNeZINE et fait des commentaires sur le référendum de mai 2002, durant lequel 99.52% des électeurs ont approuvé les amendements constitutionnels permettant à Ben Ali de postuler pour un quatrième mandat présidentiel. “Son incarcération démontre le mépris des autorités tunisiennes à l’égard des médias qui font des reportages critiques,” a déclaré le CPJ dans un communiqué du 10 février. Les journaux de l’opposition, Bensedrine, et d’autres figures de la dis sidence ont organisé des réunions de soutien à Yahyaoui, mais peu nombreux sont ceux qui y étaient présents et encore moins nombreux sont ceux qui ont été informés par une presse qui sait fermer la gueule.

Apparemment, pour le moment les Tunisiens ont des soucis plus urgents que ceux de libérer leurs médias. Certains diplomates européens disent, de façon confidentielle, que les limites dans lesquelles travaillent les médias sont “acceptables” pour la majorité des citoyens dans un pays qui a su réaliser des progrès économiques impressionnants. Mais les représentants de l’opposition considèrent cette situation comme dangereuse, et disent que l’explosion de la synagogue de Djerba en 2002, probablement un attentat d’Al-Qaïda, démontre ces dangers. “Tous les amis de la Tunisie disent que l’explosion de Djerba était une sonnette d’alarme, que s’il n’y a aucune initiative pour permettre la libre expression, le terrorisme surgira comme c’est le cas ailleurs,” dit un journaliste de l’opposition. “Depuis la guerre du Golfe, il n’y a eu aucun développement politique, médiatique ou démocratique en Tunisie.”

traduit de l’anglais par Omar Khayyâm

18 février 2003
Tout ressemblance avec des personnages connus serait-elle fortuite ? ...

Le général Zabatta et ses « concons matoutes ».


« Le général Flikomann Zabatta, dictateur de la Crétinésie depuis le coup d’Etat du 11 juillet 1987, a présenté aujourd’hui sa démission au président du parlement Fidelius Bassotta, son successeur provisoire. Sa démission, attendue depuis des mois, a donné lieu à des déchaînements de foule que ni la police, ni la gendarmerie ni même l’armée n’ont été capables de contenir. L’abdication de ce petit dictateur qui avait gouverné son pays d’une main de fer durant deux longs septennats, a déclenché des vagues de violence inédites dans ce paradis touristique du Pacifique. On rapporte même des scènes de pillage des palais et des villas des familles proches du pouvoir. »

C’est après avoir lu cette dépêche de l’agence Beurenesia News que j’ai décidé de faire ma valise et prendre le premier avion à destination de Cétinus, la capitale de la Crétinésie. Cette « république palmière » est une petite île qui fait partie de la Beurinésie, un archipel du Pacifique sud, divisé en une vingtaine d’Etats indépendants, théoriquement « frères », mais presque toujours en conflit. Pourtant, ces îles partagent la même culture et parlent des dialectes issus, presque tous, du beurinésien, leur langue officielle commune.

La Crétinésie, cette petite île de rêve où débarquent chaque jour des milliers de touristes et embarquent chaque nuit des centaines de clandestins à destination de l’eldorado voisin, l’Australie, vit de tourisme, de pêche et surtout de l’exportation de noix de coco.

ridicule


Pour meubler les 13 heures de vol et les trois heures d’escale, j’ai acheté, avant de prendre l’avion, quelques livres et téléchargé quelques articles de presse sur la Crétinésie et son lugubre dictateur. D’après un artticle du quotidien « Die Welt », publié à l’occasion de l’énième réélection du despote avec un taux qui frise les 100%, « Le président crétinésien ne dépare pas dans un monde beurinésien où prospèrent les autocrates. Son pouvoir est sans partage et l'opposition ressemble à un moulin condamné à ne brasser que du vent ». Cet ancien élève de l’école de la CIA « au physique de déménageur... reste un inconnu, un personnage lisse. Il est à la fois omniprésent et absent. » Maintenant que l’ « absent » a quitté le pays pour une destination inconnue, le mystère reste entier.

Le général Zabatta s’est d’abord distingué comme l’impitoyable chef des « concons matoutes », les terribles milices de l’ancien chef de l’île, Habmann Brugabatta. Le « Grand Libérateur » Brugabatta était un despote plus ou moins éclairé, formé dans les meilleures écoles britanniques. Il gouverna la Crétinésie pendant trente ans sans partage. Mais le vieux chef, usé physiquement et politiquement, fut évincé par le pire « concon matoute » que la Crétinésie ait jamais enfanté, l’énigmatique général Zabatta.

Quelques années seulement après son accession au pouvoir, ce grand spécialiste de la répression multiplia le nombre des « concons matoutes » par quatre et enveloppa la petite île dans une toile invisible faite d’ « écouteurs », délateurs, indicateurs et autres informateurs. Il mena une guerre sans merci contre le mouvement fondamentaliste chrétien « Rinascimotta » (Renaissance), fit torturer, parfois jusqu’à la mort, et emprisonner des milliers parmi les membres de ce parti politique interdit.

Peu après son coup d’Etat, Zabatta divorça de sa première femme, la fille du général Kuffotta, celui qui propulsa la carrière de son gendre et accéléra son irrésistible ascension. Le « Concon Matoute » Suprême, qui n’avait eu que des filles de sa première femme, était obsédé par l’idée d’avoir un héritier mâle. Il épousa son ancienne maîtresse, Marie-Lila Tripoletta, une artiste esthéticienne, issue d’une famille pauvre d’un quartier populaire de Crétinus.

En quelques années seulement, Marie-Lila devint l’une des femmes les plus riches et les plus influentes de Crétinésie. Sa mère, ses frères et sœurs, neveux et nièces, bref toute la famille Tripoletta, devinrent les hommes et les femmes d’affaires les plus prospères de l’île, leurs limousines se multiplièrent à la vitesse de reproduction des cellules cancéreuses et leurs palais poussèrent comme des champignons. Un exemple parmi d’autres, son frère Belharassius Tripoletta devint tellement riche qu’il fonda sa propre compagnie aérienne, Carraquenotta Airlines, qui finit par phagocyter la compagnie nationale Cretinesia Airlines.

Mais le général Flikomann Zabatta n’oublia pas pour autant sa propre famille, au sens le plus large du mot « famille ». Son frère Menacius Zabatta était, avant sa mort tragique et mystérieuse, le « capo » d’une blanchisserie d’argent sale. Au début des années 1990, un tribunal new-zélandais le condamna, pour trafic de drogue, à 10 ans de prison ferme par contumace. Sa sœur Nimonetta se spécialisa dans l’importation illégale de marchandises et la distribution en gros des produits d’épicerie. Sa fille Syrinotta était la « reine d’Internet » et son gendre Salimus Tchibubetta, le chouchou du général Zabatta, le « roi du foot ».

Lorsque l’avion atterrit finalement à Crétinus, j’eus une soudaine crise de mélancolie. Pourtant, l’atmosphère à l’intérieur de l’aéroport était à la joie. Les policiers et les douaniers, qui m’avaient accueilli auparavant avec des visages de croque-morts, étaient tous sans exception en liesse, comme si la Crétinésie venaient de gagner la coupe du monde de football.

D’après l’article précité du journal Die Welt, « Sa photo est partout. Elle orne les rues des villes, décore les bâtiments officiels, envahit les échoppes. » Mais je n’en vis aucune, ni à l’intérieur de l’aéroport, ni dans le taxi qui me conduit à mon hôtel, ni dans les rues de la capitale. Le chauffeur de taxi m’expliqua tout. Dès que la démission du dictateur fut annoncée, les habitants, animés par une haine qu’ils durent dissimuler pendant des années, se mirent à arracher ses photos et à les brûler en pleine rue. On alla jusqu’à organiser la nuit des cérémonies de « crémation » des portraits de Zabatta avec des flammes gigantesques qui pointaient vers le ciel. Il me dit que ceux qui arboraient sa photo risquaient d’être lynchés par une foule hystérique qui devenait chaque jour encore plus incontrôlable. C’est pourquoi il se débarrassa très vite des photos de l’ex-dictateur, qui ornaient sa voiture.

L’Avenue Habmann Brugabatta, la principale artère de Crétinus, était pleine à craquer de Crétinésiens en transe. Les roulements de tambours, et tam-tam, me donnèrent la chair de poule. Malgré la forte présence de l’armée, la capitale chantait et dansait au rythme du nouveau « changement ».

Nul ne sait où se trouve actuellement le général Zabatta. D’après certaines rumeurs, ses patrons de la CIA lui auraient déniché un petit coin tranquille en Amérique centrale. La Banque centrale de Crétinésie tente maintenant de percer le mystère des comptes secrets de l’ex-dictateur à l’étranger, mais il y a fort peu de chances qu’elle puisse récupérer la totalité des dizaines de millions de dollars détournées. Pour démasquer les comptes secrets d’un ex-patron de services secrets, qui avait des liens secrets avec la CIA et bien d’autres services secrets, la Banque Centrale de Crétinésie n’aurait pas besoin d’experts financiers mais plutôt d’agents... secrets !

Omar Khayyâm.

Quelque part en Crétinésie, le 8 mars 2003
Le droit de renoncer à ses droits

ZOUHAIR, de nouveau malade, réclame ses droits


Comité International de Soutien à Zouhair Yahyaoui

Zouhair Yahyaoui Les précédents communiqués sont accessibles à partir de la page de la campagne Zouhair Yahyaoui
Toute autre information sur la campagne en cours est disponible sur le même lien.

Paris, et autres pays, 5 mars 2003

Conséquence du manque d'hygiène et de la promiscuité, Zouhair souffre d'une grippe, d'une infection urinaire, de douleurs reinales, et supporte depuis son passage à tabac il y a plusieurs mois, une douleur persistante à la jambe, particulièrement violente le matin au lever.

Suite au rassemblement de soutien qui avait eu lieu le jeudi6 février devant la prison de Borj El Amri, la situation a beaucoup empiré. Une fouille complète de la cellule par plusieurs gardiens et un "civil" a eu lieu, et à la suite de celle-ci Zouhair s'est rendu compte que certains de ses effets personnels avaient disparu, en particulier le cahier sur lequel il notait ses souvenirs et les quelques lettres qu'il avait reçues.

Alors qu'il refusait déjà que sa famille lui apporte le couffin de nourriture car celui-ci lui parvenait incomplet ou souillé, Zouhair, privé désormais de la visite de ses oncles, a décidé ne plus accepter la visite hebdomadaire et a demandé à sa famille de ne pas se rendre la prison la semaine prochaine. Il ne cesse de réclamer que soient respectés ses droits les plus élémentaires, et il refuse d'accepter plus longtemps les poussières de droits qu'on lui accorde.

Alors que la tension internationale grandissante semble recouvrir d'un voile opaque les crimes toujours renouvelés du régime tunisien à l'encontre de ses propres citoyens, nous demandons, plus que jamais, la libération immédiate et inconditionnelle de Zouhair Yahyaoui.

Pour le Comité,
Sophie Elwarda


Paris, 5 mars 2003. Plus d'infos : contact@tunezine.com.
Zouhair nous manque...

Pour notre ami

coeur


Pensée pour mon ami Zouhaïr

- 9 mois depuis que l'homme libre, que tu es, est en prison.
- 9 mois : c'est le temps qu'il faut pour qu'une mère donne vie à son enfant.
- 9 mois que TUNeZINE donne, grâce à toi, vie à plein d'"Ettounsi(ETTE)S" combatif(VE)s qui militent pour ta libération, la libération des autres détenus d'opinion et la libération du citoyen tunisien.

Sache que tu es toujours présent dans nos coeurs.

Salutations militantes l'ami

Tahya Nithalia

Lecteur Assidu
Un neuf a éclos

Alors que le tunezine "sang neuf" sera certainement publié cette semaine, nous devons célébrer aujourd'hui tes neuf mois d'enfer, neuf mois de perdus, neuf mois de non-sens, et de souffrance, neuf mois de nos rires pleins de larmes.

Zouhair tes amis sont là, nous sommes tous là, mais j'ai perdu mes mots alors aujourd'hui, 4 mars2003 , 9 mois après ce jour où ma vie s'est suspendue au fil de ta détention, je ne vais pas utiliser de mots tout neufs, mais des mots écrits par d'autres, que nous saurons certainement voir ... d'un oeil neuf.

Nous t'attendons, toi l'inconnu, l'ami, l'amour. Nous t'attendons, et nous nous battrons jusqu'à ce jour qui nous verra de nouveau respirer à l'unisson.

Je ne peux pas dire qui je serai demain. Chaque jour est neuf et chaque jour je renais.
Paul Auster
Lorsqu'il y a dix pas à faire vers quelqu'un, neuf n'est que la moitié du chemin.
Jules Barbey d'Aurevilly
Mille choses avancent ; neuf cent quatre-vingt-dix-neuf reculent : c'est là le progrès.
Henri-Frédéric Amiel
Derrière le bébé, il n'y a pas seulement les neuf mois de conception d'un individu, mais les millions d'années de l'espèce !
Francis Bresson
Construire du neuf sur le présent c'est bâtir du néant sur du rien.
Paul Guth

Sophie


Bonne année 1424 quand même

Puisse-t-elle te revoir parmi nous, toi, Ettounsi de tunezine, mon ami...

Bonne année à tous, avec tous mes souhaits de santé et de bonheur ...

Decepticus


Gooooooooood Moooooooorning Zouhair

Je n'ai pas d'autres mots à dire donc je ne dis rien, mais tes amis sont là et les actions pour ta libération se poursuivent.

Ivan (Mourad) Le terrible


Salut zouhair !

Tu vas lire ces lignes dans très peu de temps, j'en suis sur. et tant mieux car je ne suis pas patient et j'attends depuis ta réponse à un post concernant la création de reveiltunisien.org. Pour ma part, je n'oublie pas que grâce à ton travail sur Tunezine, ton travail ... et tes délires, nous avons pu à quelques uns commencer à échanger, à aller au delà de ce qui nous séparent pour nous retrouver autour de nos points communs. Bon, bref, le travail n'est pas fini, nous l'avons entamé sur réveil mais nous t'avons gardé ta part. On t'attend et sois sur que l'on ne baisse pas les bras pour ta libération.

Hasni


Courage !

Courage Zou !

tous ceux qui aiment la Tunisie et la liberté sont avec toi, car on est tous des touensa (et sophie par adoption ;-) !

celui qui te fait du mal, fait du mal à tous les tunisiens...

Vive la Tunisie libre !

AraBe


Pour Zouhair, aucune fête ne peut être triste.

Grâce à des amis aussi solidaires que vous et son adorable petite amie, sa vie ne ne peut être qu'un océan de bonheur malgré toutes ses souffrances.

Merci à vous tous en attendant qu'il puisse le faire lui même.

lectrice


9 mois de perdus

C'est beaucoup et c'est peu, si seulement la Tunisie y trouve sa societe civile qui oeuvre toujours avec acharnement pour recouvrer ses libertes perdues.
Le tyran de Carthage peut jouir de ses derniers moments de despotisme, il sait desormais que ses jours sont comptes.
Le prix à payer parait eleve au regard de la vie d un homme mais le zouhairisme est necessaire pour sauver la Tunisie l Etat et les institutions du discredit.
Normalement apres 9 mois on attend une bonne nouvelle : le forum continue et ZABA tremble avec raison face a l union la cohesion et la determination des opposants tous unis fiers et disciplines jusqu a la victoire la liberation le vrai changement.

Vive Ettounsi !

tsar boris

forum TUNeZINE, le 4 mars 2003
Le poète et le berger ...

قصة زائر الليل


راع .. و كلب .. و شياه في زريبة

في قصتي
راع ، روع الذئب كلابه
و غشى الرعب صوابه
طلب العصا .. هم بها
انقبضت يداه على جرابه.

في قصتي
كلب عوى و ارتد في الجحر بنابه
راع جرى متبعثرا خلف حجابه
و الريح تعصف بتلابيب ثيابه
لم يدري أمثل الكلب يعوي أم يجابه

في قصتي
لازالت الأغنام تربض في الزريبة
و الراعي قد ترك العصا ضم الحقيبة
أجزعه العواء لا من يجيبه
ضم الجراب و اندس في حضن الحبيبة

في قصتي
لا كلب .. لا راع لها تلك ال...
تتواتر الأحداث مفزعة عصيبة
ماذا جرى ؟
هلع و ريبة

في قصتي
لن أحكي مجزرة رهيبة
حلت بنا شاة غريبة
أنست بأنعام مروضة في القيد تجتر كئيبة
وردة بيضاء جرت على العسس مصيبة.



المختار اليحياوي

تونس – 25 فيفري 2003
Merci au traducteur pour son sens du partage

L’histoire du visiteur de la nuit


Un pâtre… un chien …. des brebis dans une bergerie

Dans mon histoire,
Un pâtre
dont les chiens furent par le loup effrayés
Et dont la raison fut par la terreur voilée
Il chercha son bâton…
Voulut le saisir...
Ses mains se serrèrent sur sa besace

Dans mon histoire
Un chien
Qui aboya et s’en fut, avec ses canines,
Se terrer
Un pâtre
Qui courut, désordonné, derrière son voile, caché
Le vent jouant avec ses habits
Il ne savait s’il devait,
Comme le chien, aboyer
Ou faire face…

Dans mon histoire
Les brebis n’ont pas quitté la bergerie
Le pâtre avait abandonné le bâton et fait ses valises
Les hurlements du chien l’inquiétaient
Personne ne répondait à l’appel
Il serra sa valise et s’engouffra
Dans les bras de la bien-aimée

Dans mon histoire
Il n’y a pas de chien … pas de pâtre à ces…
Les évènements se succédèrent
Pénibles, effroyables
Que se passa-t-il ?
Frayeur et méfiance…

Dans mon histoire,
Je ne raconterai pas un terrible carnage
Parmi nous vint une brebis étrangère ;
Elle se plut parmi des bêtes apprivoisées,
ruminant tristement, enchaînées

Une fleur blanche porta malheur à la garde.

Mokhtar Yahyaoui (traduction TUNeZINE)

Tunis, le 25/2/2003
Fond sonore : Losing My Religion