111 en binaire ça fait 7, en chiffres romains (III) ça fait 3, et de très près, ça fait ||| ... des barreaux.

TUNeZINE 111

Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde.

Gandhi



"InterMet, Hamsah Met !" (slogan officiel du régime : "internet, plus jamais !")
Des mots et des hommes
Les yeux ouverts
Diplomactive versus diplomassise ...

Bonne lecture !
URGENCE !

URGENT  : Inquiétudes pour la santé de Mahmoud Hannafia

Mahmoud Hannafia est actuellement incarcéré à Borj Er Roumi. Sa famille éprouve une grande inquiétude face à la détérioration de son état de santé. Elle lance un appel pour sa libération.

Mahmoud Hannafia est de nationalité algérienne (*). Il est âgé de cinquante ans, marié et père de quatre enfants, trois filles de 21, 20 et 18 ans et d'un fils de quinze ans. Il a été arrêté le 11 novembre 1990 et torturé lors de séances dont il garde les côtes cassées. Il a été condamné à deux reprises dans des affaires concernant le parti En Nahdha, une première fois à quinze années d'emprisonnement, et une seconde fois, alors qu'il était incarcéré depuis huit ans, à deux ans et huit mois d'emprisonnement. Il a connu toutes les brimades infligées aux détenus d'opinion : transferts, mise en isolement pendant une année, négligence sanitaire : il souffre de sinusite et de gastrite. Récemment, il a été soigné et hospitalisé pour un calcul rénal et à nouveau renvoyé à Borj Er Roumi. Là il a appris qu'il souffrait probablement d'une pathologie plus lourde et qu'il lui faudrait être hospitalisé prochainement dans un hôpital tunisois pour y subir des examens plus approfondis. Lors de son hospitalisation qui a duré deux semaines, sa famille a tenté de lui rendre visite, ce qui a nécessité plusieurs journées d'attente de l'autorisation, et d'entendre des propos vexatoires relatifs à la nationalité du détenu et de certains membres de sa famille. Lorsque sa mère, sa soeur et sa fille, parfois venues de loin, se sont présentées à l'hôpital, seule sa soeur a été autorisée à le voir... une heure.

La famille de Mahmoud Hannafia réclame son hospitalisation immédiate, le droit d'avoir contact avec le médecin de l'hôpital, le droit plein et entier aux visites pour tous les membres de la famille. Elle exige sa libération à l'issue de son hospitalisation. Elle lance un appel à toutes les organisations de défense des droits de l'homme pour qu'elles fassent leur cet appel.

* Sur Mahmoud Hannafia et les détenus algériens, voir Abdelwahab Sdiri , "Dans cinq ans, il n'y aura plus de Coran", pp. 101 et suivantes.


Luiza Toscane

1er mai 2003

"InterMet, Hamsah Met !" (slogan officiel du régime : "internet, plus jamais !")

Résistance "virtuelle" mais véritable mort, véritable chagrin.

En Tunisie, se connecter à Internet peut coûter la vie

Une ONG accuse la police politique pour la mort d'un jeune qui surfait sur des sites "interdits".

Le 27 avril 2003 , l'AISPP (l'Association internationale de soutien aux prisonniers politiques) a publié un communiqué indiquant le décès de Maher Ben Abdelaziz Ben Béchir Osmani, un jeune Tunisien de 23 ans, "pour ses activités sur le réseau Internet et son accès à certains sites indépendants et interdits en Tunisie." La police politique tunisienne serait responsable.

Selon Mokhtar Yahayaoui, ancien magistrat (radié de l'ordre des magistrats en raison de ses différentes activités militantes), porte-parole de l'ASIPP, Maher Osmani faisait partie d'un groupe de7 jeunes, tous passionnés d'Internet, dont on ignore actuellement le sort.

"On ne sait ni pourquoi, ni comment est mort Maher, explique Mokhtar Yahayaoui. Il était bien portant, il a été arrêté par la police politique qui a fait part de son décès à sa famille deux jours après son arrestation. Sa famille ignore pourquoi il a été arrêté. Selon son frère, Maher faisait partie d'un groupe de sept jeunes passionnés d'informatique. Ces jeunes avaient lancé un appel pour réunir des fonds en faveur de familles de sinistrés sur le site Tunezine. Ce genre d'intiative est un crime à Tunis".

Le communiqué de l'ASIPP indique que la police politique n'a informé la famille de Maher Osmani ni de son interpellation, ni des motifs de son arrestation. Le corps a été amené à la famille "sous une très forte présence policière". La famille, qui n'a pas eu le droit de toucher le corps, était dans l'impossibilité de pratiquer les rites islamiques précédant les enterrements.

"La police affirme l'avoir fait, précise Mokhtar Yahayaoui avec une pointe d'ironie dans la voix. La police a seulement autorisé la famille à voir le visage du jeune homme. L'enterrement s'est lui aussi déroulé sous escorte policière. Le frère de Maher s'est vu confisquer son permis de conduire et une voiture de police stationne en permanence devant le domicile de leur mère".

Un ami de Maher en attente à Roissy

Selon Sophie Elwarda, webmaster du site d'information indépendant Tunezine (une activité initialement excercée par son fiancé, Zouhair, actuellement en prison à Tunis), Maher a bien été arrêté pour ses activités sur Internet.

"On estime à environ une trentaine les cas d'arrestation de jeunes en Tunisie, emprisonnés et torturés non pas pour avoir publié des informations sur internet, mais simplement pour s'être connectés sur des sites interdits, explique la webmaster de Tunezine. On accuse ces jeunes internautes de pratiquer des activités en rapport avec le terrorisme, c'est absurde. Le dossier des internautes arrêtés à Zarzis en février dernier contenait seulement deux pièces à conviction : un bâton de colle et un CD-Rom ! En Tunisie, se connecter est un délit. Comme si lire une information équivalait à militer".

Parmi les sept jeunes internautes tunisiens menacés, seule la situation de l'un d'entre eux est connue, celle de Béchir Ferchichi. Réfugié en France depuis le 18 avril2003 , ce Tunisien de 23 ans attend la décision des autorités françaises pour pouvoir rester sur le territoire français.

Béchir Ferchichi, l'ami de Maher, se trouve actuellement dans la zone internationale de Roissy. Il attend la décision des autorités françaises qui, après lui avoir refusé une première fois l'asile politique, ont accepté de réaliser un supplément d'enquête.

"Béchir est dèsormais sous la responsabilité de la France, souligne Mokhtar Yahayaoui. La France ne peut ignorer le sort qui lui sera réservé si elle le livre aux autorités tunisiennes".


www.transfert.net

28 avril 2003
Ne fermons pas les yeux ...

Mort suspecte du jeune Maher Osmani suite à son arrestation
Traduction sur la foi de l'e-original par A.W. Hani

L'AISPP vient d'apprendre le décès du jeune Maher Ben Abdelaziz Ben Béchir Osmani, dans des conditions suspectes, suite à son arrestation et sa détention au secret, pour ses activités sur le réseau Internet et son accès à certains sites indépendants et interdits en Tunisie.

Le défunt est né en 1976 à Annaba, célibataire, de nationalité tunisienne. Il a poursuivi ses études générales jusqu'au Baccalauréat, avant d'intégrer le marché du travail, comme Fonctionnaire au Service des Communications Internationales (N°1717 ), de Tunisie Télécom. Passionné d'Internet, il maîtrisait ses différentes techniques. Il logeait indépendamment de ses parents et ne quittait guère un groupe de jeunes, avec qui il partageait les mêmes centres d'intérêt et qui n'avaient de relation avec aucun courant politique ou religieux. Personne ne connait leur sort, à l'exception du réfugié politique tunisien, le jeune Béchir Ferchichi, qui s'est enfui pour la France, le 18avril. Il se trouve dans la zone internationale d'un Aéroport parisien, en attendant le traitement de sa demande d'asile politique en France. Béchir affirme que son dernier contact avec le défunt remonte à moins de trois jours avant sa fuite du pays.

Les informations recueillies, directement, auprès d'un des membres de la famille du défunt, indiquent que la famille n'a pas été informée de son arrestation, ni des raisons de son interpellation. La famille n'est pas, non plus, au courant , à ce jour, d'une quelconque affaire ou procédure judiciaire le concernant.

Le défunt a été enterré au cimetière de la banlieue de Ksar Essaïd, pas loin de la résidence de ses parents au Bardo. Après que la dépouille mortelle fut ramenée au domicile familial, sous une très forte présence policière. La famille n'a pas été autorisée à voir le corps en dehors d'un dernier regard sur le visage, sous l'oeil d'agents de l'ordre en civil. Ces derniers l'ont ensuite amené à l'endroit où il fut enseveli, dans la plus grande stupéfaction et le plus grand hébahissement de ceux qui l'ont connu.

L'AISPP met devant leurs responsabilités, les autorités policières et judiciaires. Elle Appelle à faire surgir la vérité complète et à poursuivre toutes les irrégularités qui ont entaché ce décès. Les responsables de ces agissements, ainsi que tous ceux qui ont voulu travestir les preuves, doivent être poursuivis en justice.

Pour l'AISPP, Le Président, Me Mohamed Nouri Et par Interim, Mokhtar Yahyaoui


AISPP

27 avril 2003
Appétit de vivre !

Un cybernaute dissident emprisonné a suspendu sa grève de la faim

samedi 26 avril 2003, 17h29 TUNIS, 26 avr (AFP) - Un internaute dissident tunisien emprisonné, Zouhaïr Yahyaoui, a suspendu une grève de la faim après 21 jours d'un jeûne commencé le 28 mars dernier pour réclamer sa libération et des soins, apprend-on samedi auprès de son comité de soutien à Tunis.

"Zouhaïr était resté sans suivi médical pendant la dernière semaine de sa grève et a du cesser son jeûne à cause de violents maux d'estomac", a indiqué à l'AFP Souhyr Belhassen, coordinatrice du comité, formé essentiellement de journalistes.

Le 24 avril, le prisonnier a reçu la visite de sa mère et de la nourriture, mais "souffre toujours de conditions carcérales épouvantables en raison de l'encombrement et du harcèlement des gardiens de la prison", a affirmé Mme Belhassen.

"Nous réclamons pour le moins son transfert dans un autre centre carcéral et l'examen de son pourvoi en cassation" introduit depuis son jugement en appel en juillet dernier, a ajouté Mme Belhassen, également dirigeante de la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme.

Zouhaïr Yahyaoui, 35 ans, purge depuis juin 2002 une peine de deux ans de prison pour diffusion de "fausses nouvelles" sur internet. Sur son site très critique à l'égard du pouvoir, le cybernaute avait été le premier à publier une lettre dénonçant le fonctionnement du système judicaire en Tunisie adressée au président de la République par son oncle, le magistrat Mokhtar Yahyaoui.

Le 6 février dernier, des militants des droits de l'Homme avaient tenté un rassemblement devant sa prison à Borj El Amri (30 km de Tunis) pour réclamer la libération du cybernaute.

Les autorités tunisiennes ont annoncé également en février dernier des mesures pour l'amélioration des conditions carcérales suite à une enquête du Haut comité tunisien des droits de l'Homme.

Bsh/ila/ayv m


AFP

26 avril 2003
La dernière e-nouveauté : le e-baillon !

Un nouveau sévice public pour empêcher les Tunisiens de s'informer librement
Ben Ali veut "nationaliser" les cybercafés tunisiens

cyber-résistance - 29 ko
cyber-résistance
Le gouvernement tunisien gèle l'octroi d'autorisations pour les cybercafés privés et annonce son intention de limiter l'accès à internet à des "centres de services publics" contrôlés par l'Etat, selon une dépêche publiée le 22 avril dans La Presse, "le premier quotidien de Tunisie".

Les autorités rappellent dans ce communiqué qu'elles "procèdent à la révision approfondie et minutieuse (sic) des critères d'octroi des autorisations d'exploitation des centres publics d'internet".

Pour Angelica, du site dissident reveiltunisien.org, "la révision des octrois n'a d'autre but pour le régime que de contrôler encore plus l'accès à internet".

Les "besoins éducatifs et scientifiques" au régime sec L'Etat recense 280 cybercafés en Tunisie. Un grand nombre de serveurs y sont inaccessibles, afin d'empêcher la consultation de sites "dont le contenu ne répond pas aux besoins éducatifs et scientifiques recherchés", selon les termes du ministère des Technologies de la communication.

"Officiellement, il s'agit de sites pornographiques, islamistes et terroristes, avance Angelica, arguments officiels destinés, le premier aux instances morales et aux tenants de la tradition musulmane du pays, et les autres à la communauté internationale, facilement disposée à gober n'importe quel traitement pour éviter le "péril islamiste".

Sept internautes, dont un mineur, ont ainsi été récemment arrêtés, accusés "d'association de malfaiteurs, participation à des réunions non autorisées, le vol et acquisition de produits pour la fabrication d'explosifs" et torturés pour avoir consulté des sites terroristes.

"Les autorités tunisiennes mènent une véritable bataille à la diffusion de toute nouvelle sur internet" tandis que pour les Tunisiens, le net "devient de plus en plus un outil d'information face à la volonté de désinformation du régime", rapporte Angelica.

Zouhair Yahyaoui, cyberjournaliste créateur du site d'information indépendant TUNeZINE, est en prison depuis juin 2002 pour "propagation de fausses nouvelles".

Il avait été arrêté dans le cybercafé depuis lequel il se connectait, qui appartenait à l'un de ses amis. Il mène une grève de la faim depuis plus de trois semaines pour protester contre ses conditions de détention.


www.transfert.net

25 avril 2003
"Son crime : penser. Si on l'oublie, il mourra" (Amnesty International)

Gardez les projecteurs allumés !
Marion Piekarec, New York, pour Le Devoir (Québec)

Nous avons beaucoup entendu parler récemment des journalistes qui ont pris des risques pour couvrir la guerre en Irak. Pourtant, il y en a d¹autres qui se battent quotidiennement dans leur propre pays, dont la vie est également menacée et dont on entend si peu parler. Mardi soir, l'organisation américaine PEN a mis un visage sur deux journalistes emprisonnés simplement pour avoir fait leur travail : le Cubain Bernardo Arévalo Padrón et le Tunisien Zouhair Yahyaoui et leur a décerné un prix de 10 000 $US à chacun.

« Keep the spotlight on ! » (« Gardez les projecteurs allumés ! »). Ce sont les mots qui terminent tous les discours de Barbara Goldsmith, fondatrice des prix Freedom to Write de l'organisation PEN. « Il le faut toujours, mais davantage aujourd'hui, alors que les dictatures profitent de la distraction permise par l'hypermédiatisation de certains événements pour réduire au silence des voix qui pourraient les ébranler », dit-elle en référence à la rafle de 75 dissidents cubains accusés de conspirer avec les États-Unis à la veille du début des bombardements en Irak.

Bernardo Arévalo Padrón a cependant été sélectionné avant la rafle. Il était alors un des derniers journalistes emprisonnés à Cuba. Son crime ? Avoir créé Linea Sur Press, une agence de presse indépendante basée à Cienfuegos et qui avait pour but d'informer au sujet des violations des droits de la personne à Cuba. Arrêté le 14 août 1997 et condamné à six ans de prison, Bernardo Arévalo Padrón a continué à faire son travail de journaliste depuis sa prison. Pour l¹empêcher de continuer à sortir des informations sur les conditions de détention, il est transféré de camp de travail en camp de travail. On lui interdit également les visites de son épouse.

Zouhair Yahyaoui, quant à lui, est dans l¹ombre d¹une prison située dans une zone déserte près de Borj El Amri, à 28 kilomètres de Tunis. Le 4 juin 2002, dans le cybercafé où il travaille, il est arrêté par des hommes du président Ben Ali en civil. Il est reconnu coupable d'avoir tenté de « combattre la dictature par le rire ».

Auteur de textes à l'humour mordant, il a invité les visiteurs de sa publication Internet, TUNeZINE, à voter pour décider si la Tunisie est « une république, un royaume, un zoo ou une prison ». Il diffusait régulièrement des informations sur la situation en Tunisie et a été le premier à publier la lettre ouverte de son oncle, le juge Mokhtar Yahyaoui (surnommé le « juge rebelle »), au président tunisien, dénonçant l'absence totale d'indépendance judiciaire en Tunisie. Il donne rapidement le mot de passe du site, ce qui aboutira à la fermeture de celui-ci. Toutefois, il n'échappe pas aux interrogatoires violents ni à la torture. Sa fiancée Sophie, qui utilise le pseudonyme Elwarda (« la rose »), a ressuscité www.tunezine.com depuis Paris et en a fait une plateforme pour mener la campagne pour la libération de son ami.

Après dix mois d'emprisonnement et quatorze autres à venir, celui qui se faisait appeler « Ettounsi » (« le Tunisien ») mettait fin hier à une grève de la faim entamée il y a près d'un mois pour protester contre ses conditions de détention. On lui avait confisqué ses effets personnels. Il n'avait plus rien à lire, plus rien pour écrire. Sa nourriture arrivait souillée. Il était privé de soins médicaux. Et le personnel de la prison était allé jusqu¹à refuser à sa fiancée, venue expressément de Paris, le droit de le voir. Lorsque sa famille l¹a vu le 10 avril, Zouhair faisait 50 kilos. Il avait du mal à se tenir sur ses jambes et à s'exprimer.

« Ce prix pourrait représenter son salut », espère timidement sa fiancée. Au gala qui avait lieu à l¹hôtel Pierre à New York mardi soir, l'optimisme était plus évident. « En 15 ans, 21 des 25 personnes qui ont reçu le prix Freedom to Write ont été libérées quelques mois après la remise des prix », a rappelé avec fierté la fondatrice, Barbara Smith. Au moment de la remise, seuls les visages des lauréats apparaissaient sur des écrans géants. Mais dans la salle, Salman Rushdie, Frank McCourt, Adam Gopnik, Steve Kroft et Morley Safer, de l¹émission 60 Minutes, étaient là pour rappeler le visage de la liberté de la presse.

« Sur un nombre impressionnant de cas étudiés, nous avons choisi de remettre le prix à Zouhair Yahyaoui comme cas emblématique d'une nouvelle tendance de répression », explique Anna Kushner, qui a coordonné la sélection. « Onze auteurs qui publiaient sur Internet sont actuellement dans des prisons chinoises, deux d'entre eux purgeant des peines de plus de sept ans et cinq d'entre eux ayant été emprisonnés sans avoir subi de procès », affirme-t-elle.

Le comité Freedom to Write a également écrit une lettre aux autorités cubaines et tunisiennes demandant l'amélioration des conditions de détention et la libération des prisonniers. Le gouvernement castriste n'a pas répondu. Le gouvernement tunisien lui, a répondu par la voie de son ambassade à Washington pour assurer que Zouhair Yahyaoui est bien un criminel de droit commun. « Le fait que le gouvernement tunisien ait répondu, même si c'était pour nous convaincre qu¹on avait tort, est en soi un bon signe », affirme Larry Siems, directeur de Freedom to Write. « Au moins, notre message n'est pas resté lettre morte. »


www.ledevoir.com

25 avril 2003

Des mots et des hommes

Un homme, une voix !

L'étrange cas du PPK

"Avril, mois des poussières et des mensonges."

Première phrase du roman de Néjib Mahfoudh « Dérives sur le Nil » (Titre original : « Thartharatun fawka al-Nil »).


A 8H32 du matin du premier jour d'avril le téléphone sonne chez Omar Khayyâm, dans sa maison arabe sise au 13, rue Kaâ el-Mezoued au quartier populaire de Bab Souika. A l'autre bout du fil, une douce voix féminine, qui appelle du Ministère de l'intérieur, lui annonce la bonne nouvelle : la demande de légalisation de son parti a été acceptée. C'est à peine croyable, car le dossier de constitution du nouveau parti a été déposé exactement sept jours plutôt ! Y a-t-il une révolution bureaucratique dans le pays ou quoi ? Le docteur Ben Jaâfar, par exemple, a dû patienter plus de huit ans avant d'avoir son visa. D'autres partis « sans papiers » ont même oublié qu'ils avaient déposé le siècle dernier une demande de visa.

Dès que la nouvelle est fut annoncée, le siège du nouveau parti est bombardé par des centaines de télégrammes de félicitations émanant des ONG et des OVG nationales (Organisations Véritablement Gouvernementales), de la société civile au complet et même de quelques représentants de la société « incivile ». Le lendemain, tous les organes de presse salueront cette nouvelle étoile montante dans le firmament politique tunisien. Le jour de l'inauguration du nouveau local du parti, sis au 13 bis rue Sidi Kaddhaï Lahouayej, 1006 Bab Souika, il y a tellement d'invités que certains d'entre eux seront obligés de se rassembler dans les rues adjacentes. Khayyâm est ému par cet élan spontané de solidarité.

Hélas ! Cette joie est de courte durée. La triste histoire de cet éphémère parti, un mort-né ou presque, restera gravée à jamais dans la mémoire politique collective du pays et fournira une riche matière à réflexion pour les politologues et les historiens.

J'ai oublié de mentionner un détail important. Ce nouveau parti a un seul membre fondateur : Omar Khayyâm. L'article 7 de ses statuts est univoque : « Le nombre des adhérents au Parti Progressiste Khayyamien (PPK) ne peut en aucun cas être supérieur à un ». Khayyâm est à la fois le président, le secrétaire général, le porte-parole et l'unique membre du parti.

Pourtant, malgré cette simplicité apparente, l'organisation du premier congrès du PPK a nécessité des semaines de préparation. Après de longues et ardues négociations, le Palais des Congrès de Tunis a finalement accepté d'abriter le premier, et malheureusement dernier, congrès du PPK.

Pendant le premier jour du congrès, la gigantesque salle du Palais des Congrès est pleine à craquer. A part la centaine de journalistes présents, tunisiens et étrangers, des représentants des partis de l'opposition, légale et illégale, des ONG nationales et internationales, ainsi que des centaines de délégués de partis frères et amis, venus des quatre coins de la planète prennent part à ce congrès historique.

Dès l'ouverture des travaux du congrès constitutif du PPK, les représentants de la presse et les invités assistent, stupéfaits, à un manège intrigant : Le PSG (président secrétaire général) du PPK - qui est en train de prononcer un discours-fleuve sur le programme ambitieux du parti et son avenir radieux- interrompt parfois son discours pour regagner une chaise vide de la première rangée et commence à applaudir -cette fois en sa qualité de « base » du parti- les passages les plus émouvants du discours du chef. Cette scène se répétera une douzaine de fois avant que n'éclate la tempête qui fera couler le navire du parti, corps et biens.

Une seule phrase suffira pour semer la pagaille dans les rangs du parti et créer un schisme irréparable. « Je me présenterai à la prochaine élection présidentielle en 2004 » déclarera le PSG à la fin de son discours. En prononçant ces mots, le chef du parti ne sait pas encore qu'il vient de prononcer l'arrêt de mort du parti. Cette déclaration a l'effet d'une bombe dans les rangs de la base. Les invités et les journalistes ont été abasourdis par la violence avec laquelle cette base a réagi. En regagnant son siège de délégué au congrès, Omar Khayyâm se lève de sa chaise et commence à huer le chef du parti et à lui lancer des slogans hostiles. La base crie à la trahison et dénonce de vive voix la direction du parti. La faille n'était pas encore irréparable, mais au lieu de calmer le jeu, le chef du parti réitère sa décision irrévocable : « Ma candidature est au-dessus des intrigues de coulisses et des conflits internes du parti », déclare-t-il en reprenant le micro. Cette déclaration ne fait qu'attiser l'hostilité de la base. L'altercation entre la direction et la base se transformera bientôt en un échange d'insultes et de menaces de violence physique. Sans l'intervention des agents du service d'ordre du congrès, on en serait venu aux mains. Les gorilles ont dû carrément séparer Omar de lui-même pour éviter la bagarre.

La rupture est consommée. La direction campe sur sa position et la base refuse tout compromis. La base ira jusqu'à faire circuler une motion, connue maintenant sous le nom de « Motion des trois non » (Non au dialogue avec Ben Ali. Non à la reconnaissance du régime de Ben Ali. Non à farce électorale de Ben Ali ). Pour la base du parti, présenter sa candidature à l'élection présidentielle c'est jouer le rôle de comparse dans une farce dont le scénario et la conclusion sont connus d'avance. Le chef du parti n'est pas, bien sûr, de cet avis et veut tenter sa chance contre vents et marée. Que faire ?

La seule solution qui reste est la démission. C'est ce qui est fait sans tarder. Aussi bien Omar « base » qu'Omar « direction » présentent leur démission au congrès du PPK. Les travaux s'arrêtent automatiquement. La direction, accompagnée par la base, quitte précipitamment la salle du congrès sans dire un seul mot d'adieu aux invités. Aucun des cinq cents hôtes et aucun des cent journalistes ne s'est jamais attendu à un tel scénario. Ils sont restés seuls dans la salle !

Engagées qu'ils étaient dans les insultes et les invectives et impatients d'en découdre avec la partie adverse, ni la direction ni la base n'ont pensé à un petit détail : voter l'auto-dissolution du parti. Ce petit détail se révélera par la suite aussi difficile à résoudre qu'une équation de cinquième degré.

En effet, la démission du seul membre du parti ne signifiait pas automatiquement la disparition légale du parti. La seule solution qui restait était d'interdire le parti. Mais, d'après les experts en droit, cette mesure pourrait conduire à une impasse juridique. Consulté par la direction générale des affaires politiques du Ministère de l'intérieur, le conseillé conseiller juridique du gouvernement a donné un avis qui rendait l'interdiction pratiquement impossible. Selon le juriste gouvernemental, l'interdiction ne peut devenir effective que si cette mesure est signifiée à au moins un responsable du parti. Mais, puisque le PPK est maintenant vide et dépourvu de direction, il n'y a aucun membre du parti à qui les autorités pourraient signifier cette mesure.

Donc, le PPK, qui compte maintenant zéro membre, continue d'exister, du moins du point de vue strictement légal. Le nom de ce parti figure toujours sur la liste des partis de l'opposition établie par la propagande officielle et la Présidence n'oublie jamais de l'inviter à toutes les cérémonies officielles. Chaque jour ouvrable, le gardien du local du PPK, qui est aussi un indic de la police, ouvre la porte principale du siège du parti et s'installe sur une chaise à l'entrée pour recevoir des visiteurs dont le nombre ne dépasse jamais zéro.

D'ailleurs, cette coquille vide reste étroitement surveillée par les Renseignements Généraux et la Direction de la Sûreté de l'Etat. Bien que le siège du PPK ressemble maintenant à un navire-fantôme, il est surveillé de jour comme de nuit par une douzaine de policiers politiques. La ligne téléphonique, coupée le lendemain du premier et dernier jour du congrès, est toujours sur écoutes. La ligne de fax, elle aussi coupée, n'échappe pas à la surveillance de la police politique.

Pourquoi cet acharnement ? Le journaliste scientifique tunisien H.J. a trouvé une explication intéressante. « Ce parti est maintenant à l'état virtuel. Remplaçons « parti » par « particule » et écoutons ce que disent les lois de la physique quantique : toute particule virtuelle peut passer en une fraction de seconde de l'état virtuel à l'état réel. Les responsables de la Sûreté de l'Etat ont tout calculé. Leur beau travail de réflexion force mon admiration. »

Mais le détail le plus troublant reste celui du site web du PPK. Ce site, www.ppk.org, hébergé à l'étranger pour éviter la censure, fonctionne encore, mais n'affiche depuis la démission de Khayyâm q'une seule page. Une page blanche. Incroyable mais vrai, cette page immaculée a été censurée par la Cyberpolice ! L'ATI (Agence Tunisienne de l'Internet) a bloqué l'accès au site le lendemain du tragi-comique congrès du PPK. A première vue, cette mesure semble absurde. Ce n'est pas, apparemment, le cas.

Comment la police politique pourrait-elle avoir peur d'une page blanche ? J'ai posé cette question au docteur F.K., sémiologue à la faculté des lettres de Manouba, et il a facilement trouvé la réponse : « Vous savez, le vide peut aussi avoir un sens. Cette page blanche pourrait avoir mille et une interprétations. Je comprends très bien les motivations des censeurs tunisiens. Certains internautes pourraient y déceler, entre autres, le message suivant : voici à quoi ressemble la vie politique en Tunisie. Rien que du vide ! C'est un message très dangereux pour le régime. Il a, donc, préféré censurer le site pour ne courir aucun risque. »

La tragédie du PPK, cet ensemble vide qui fait peur au régime, c'est qu'il n'a plus de voix pour dénoncer l'encerclement de son siège par des policiers en civil, la censure de son site par l'ATI et le sabotage quotidien de ses inactivités politiques.

Mais cette tragédie n'est rien devant la guerre verbale qui continue de faire rage entre l'ancienne base et l'ex-chef du PPK. Dans deux interviews séparées, Omar Khayyâm a annoncé la création de deux nouveaux partis issus du PPK : Le Néo-PPK et le Nouveau PPK. Comment une seule personne peut-elle créer deux partis ? Seuls ceux qui ne connaissent pas la réalité tunisienne peuvent poser cette question absurde.


Omar Khayyâm

28 avril 2003
Pour le meilleur ou pour l'empire ...

L'empire éclaté

Dédié à Ettounsi de TUNeZINE à qui je pensais en écrivant cette histoire

Silence on pleure

L'angoisse est notre quotidien, notre boisson et notre pain. Je ne suis pas angoissé j'ai le sentiment que le pays entier est triste et sans idées comme si on découvrait soudain qu'on a tous été piégés où comme si on se réveillait d'une illusion qui s'efface soudain comme un mirage qui disparaît. Les morts, le sang, la rage de destruction et ses séquences de villes en flammes qu'on pillait à croire que c'est un châtiment divin qu'on a mérité. Ces étrangers ne doivent pas nous aimer pour nous offrir ainsi la liberté. Et quelle liberté. Le deuil d'el Houssein est tombé à pic cette année, ces foules par millions qui se battaient la poitrine, se flagellaient, se cognaient les têtes ensanglanté.

Labbaika ya Houssain

Si les martyrs ont leur Emir les vivants sont orphelins d'un guide qui leur indique le chemin. C'est le chaos complet, on dirait que ce monde nous est devenu étranger. Blessés au fond de nos âmes sans orgueil ni exploit, écrasés par une défaite qu'on n'a jamais imaginé être de cette humiliante netteté. Le silence est lourd et personne à l'horizon pour notre secours. La machine à penser s'est grippée et il ne nous reste plus qu'à nous maudire et à pleurer.

Quand les vivants commencent à envier les morts...

Si l'oubli est le meilleur soulagement des misères de la vie il suffit d'un moment pour qu'on se reprenne à espérer et à se bâtir de nouveaux projets. Comme Gilgamesh on reprend en forçats à soulever notre rocher pour le faire parvenir au sommet. Seulement si cette montagne n'existe pas mais les damnés n'ont pas droit a choisir leur corvée. On est là au fond de la vallée et on n'a que cette montagne à surmonter et le poids de notre rocher à pousser vers le sommet. Rien à faire quand on est damné, on ne peut pas tomber sur une meilleure idée. Notre espoir se limite à tout refaire

Celui qui dit NON

Il sont tous morts : espoir, dignité et honneur. Le seul survivant été notre tyran l'homme qui dit non. Monsieur Interdit à une drôle conception de la vie. Pour être autorisé il faut demander dans le sens de la négation. Mais comment lui faire parvenir un besoin de s'exprimer, si vous dites est-ce que je ne peux pas parler ? Vous l'aurez déjà fait et le châtiment s'ensuivra automatiquement. On reste muet dans l'espoir de faire parvenir le rocher au sommet c'est la seule voie pour atteindre la liberté. L'ogre de la cité se nourrit des crânes qu'on laissait. On dit qu'il parvient ainsi à savoir ce qu'on a pensé pendant toute notre vie. Pour sauver les survivants on a intérêt à penser tous et tout le temps que nous l'aimons.

L'histoire de l'empire maudit.

C'est un empire où le soleil ne se couchait plus, quand il se couche à son extrémité il se lève de l'autre côté c'était l'empire du soleil brillant. Sur ce grand empire régnait un Roi qui a conquis le monde par sa bonté si bien que les peuples voulaient se mettre sous sa souveraineté. Chaque année ce Roi envoit des convois l'un vers l'orient et l'autre vers l'occident pour inspecter la situation de l'empire et les conditions de vie de ses citoyens. Tous les pays par lesquels passaient leurs convois préparent des présents pour les envoyer au Roi en signe de remerciement. La prospérité qui régnait fait que ces convois amassaient de véritables fortunes qui procuraient à l'empereur d'énormes revenus qu'il employait pour organiser le pays et aider les plus démunis

Au cours de la dernière expédition une longue sécheresse frappait l'empire depuis deux ans et le royaume n'avait plus d'argent pour les besoins de la situation. Les différentes contrées étaient dans la nécessité et n'avait plus grand-chose à donner comme présent à leur sultan.

Le chef de l'expédition de l'occident comme celui d'orient espéraient en s'éloignant vers d'autres contrées trouver une meilleure prospérité mais plus ils avançaient, plus la famine et la nécessité s'accentuaient. Chacun au bout de sa mission ne parvient plus à rentrer leurs armés diminué et épuisés et non rien reçu rapporter à leur souverain. Ils décident de s'installer chacun dans sa lointaine contrée en attendant une meilleure saison.

Ainsi il se mirent à gouverner les pays où il se sont installer et à faire payer aux habitants des redevances comme contributions à rapporter au sultan. Ces redevance suffisaient à peine aux besoins de leurs armée qui fait de plus en plus des interventions pour faire face aux contestations de la population.

Le temps s'est écoulé et même une fois la sécheresse passée les deux généraux se sont installés pour gouverner. Ainsi se sont créés le deux premiers royaumes de l'empire éclaté : le royaume d'orient et le royaume d'occident.

L'empereur inquiet sur le sort de ses deux armées après deux ans sans aucune nouvelle ni la moindre information décida au bout de la troisième année de préparer deux nouvelles expéditions qu'il chargea de trouver les restes de ses deux précédentes armées et de les secourir et de les ramener tout en accomplissant leur inspection

Les deux expéditions s'enfonçaient dans le pays chacun de son coté à la recherche de l'armée perdue. Alertés, les deux nouveaux rois, chacun de leur côté de leur arrivée au lieu de se préparer à les accueillir et leur offrir leur hospitalité décrétèrent la mobilisation pour affronter l'invasion.

Les nouvelles expéditions surprises par la réception se sont trouvées contraintes à la confrontation et une dure bataille fut lancée. De chaque côté chaque armée s'est retranchée aux limites des deux royaumes nouvellement créés jusqu'à ce que les deux belligérants de chaque côté se soient extenués par les bataille levées et ont été certains de cesser les hostilité en s'accordant à tracer entre eux une frontière que personne ne peut plus dépasser et ainsi la première frontière d'un pays a été créée.

Les deux nouvelles expéditions amoindries et épuisées par les batailles qu'elles ont livrées chacune de leur coté se sont installées dans les pays où chacune se trouvait et ainsi ensorcelé par le pouvoir qu'elles ont pris goût à exercer dans ces contrés elles se sont définitivement installés pour régner et deux autres royaumes furent créer chacune d'un coté

L'empereur, inquiet sans nouvelle de ses armées au bout d'une année après la date prévue de leur retour prend la décision sans tarder d'envoyer immédiatement deux autres expéditions de secours et d'investigation qui n'ont pas connu un meilleur sort et ont aussi disparu à leur tour.

Au bout de la dixième expédition l'empire s'est partagé en 20 pays dix de chaque côté et l'empereur a été repoussé au désert où il s'est bâti un énorme enclos sans issue avec de hautes murailles que personne ne peut dépasser, où il s'est enfermé avec des proches et ses fidèles les plus dévoués sans laisser aucune issue sauf un passage secret marqué d'une pierre noire qui brille dans le désert. Au milieu de l'enclos il a trouvé une source d'eau bénie qui ne tarit jamais et ainsi son petit empire a connu une prospérité continue.

On est tombé dans le pays de la vallée de l'ogre qui lit dans les pensées. Croyez-moi j'ai appris que c'est la meilleure des contrées de l'empire éclaté. On n'a qu'a soulever un rocher pour trouver la liberté.


Mokhtar Yahyaoui

28 avril 2003
Ô stylo, hostile au régime !

Libre expression

Je suis d'un pays où la liberté d'expression est censurée. Seuls nos dirigeants sont autorisés à parler. Nous autres on doit répéter ce qu'ils disent ou se taire à jamais.

Mon crayon ne veut pas m'aider, parfois quand je le prends j'ai l'impression qu'il devine mes intentions. Rebelle il n'a jamais voulu suivre mes bonnes intentions. J'ai pris la décision de le dénoncer aux autorités. Ainsi quand j'ai voulu commencer ma dénonciation par la droite il a viré de l'autre coté et me fait parler comme un étranger. Je ne veux pas être taxé de faire la répression de la liberté d'expression même pour un simple crayon sans assumer la responsabilité de ses idées.

Je me suis en vain astreint à lui lire les journaux responsables où on maîtrise ce qu'on écrit. Je voulais lui faire apprendre à distinguer les bonne vérités, celles qu'on lit à la radio et qu'on cite aux journaux télévisés. Je voulais qu'il respecte notre numéro sacré, qu'il s'approprie nos mots clefs et qu'il s'aligne sur le parti de ceux qui font des gains par les discours et les dissertations que font leurs crayons.

Rien a faire mon crayon ne fera pas cette affaire, il n'a rien voulu comprendre ni à l'ère nouvelle ni à la république de demain. Il a raté une mission qui aurait pu être bien payé dans le discours du changement. Il n'y a que des idées sombres de répression, de torture, d'injustice, de prisons de dictature et de panne de constitution.

Seulement si je lui laissais dire tout ce qu'il voulait, il m'exposerait à tous ce qu'il dénoncerait.

Alors je suis toujours pris, en manque de temps ou préoccupé d'un autre sujet. C'est la seule façon que j'ai trouvé pour le maîtriser et couper court à son élan. Je sais qu'il n'y a pas grand-monde qui lit ce qu'il écrit mais mon problème est que ça peut tomber devant les gens non indiqués qui peuvent se venger sur moi contre lui.

Je doute que cette prétention de dire la vérité qu'ont certains crayons n'est qu'un faux moyen de persuasion qu'ils utilisent quand ils manquent d'arguments. Parfois quand je lis ce qu'on écrit j'ai envie de vomir de leur hypocrisie surtout quand il s'agit de gens importants. Car en Tunisie, plus on est important, plus on est convaincant, les propos d'un ministre ou d'un grand responsable ne sont pas sur le même étalon de mesure que celle d'un charlatan qui se prend pour un penseur indépendant, du moins c'est l'avis de la majorité des gens. Ils aiment les costumes, les métaphores, la voix et le ton d'orateur qui prévaut : l'important c'est le décor.

La vérité est ce qui se fait et ceux qui font l'actualité sont ceux qui autorisent ce qui doit être publié et ce qui est diffusé est ce que tout le monde sait à force de le répéter par tous les moyens. Les gens sont de nature innocente, ils ont tendance à croire à la sincérité de tout ce qu'on leur raconte et ainsi tout le monde est content sans besoin de discussion.

Imaginez qu'on arrive un moment où chacun peut écrire et publier tout ce qui lui plait ! Même ceux qui n'ont aucune responsabilité n'auront rien à dire d'autre que de tout critiquer pour se faire distinguer. On donnerait le spectacle d'un pays qui se chamaille au lieu de travailler et on aurait l'air de tourner en rond au lieu de tout concentrer sur la réalisation des objectif du énième plan et relever les défis du changement.

On n'aurait plus des vérités claire auxquels tout le monde doit croire et les avis des responsables seraient mis en discussion, imaginez un pays qui ne respecte plus la parole de ses dirigeants. Le public ne saura plus a quoi s'en tenir et qui croire et qui dit la vérité. N'importe qui va commencer à discuter et dire tout ce qu'il sait pour convaincre et étoffer ses idées sans parler de ceux qui en rajouteront pour faire sombrer le pays dans la zizanie. On finira par révéler tous nos secrets au monde entier et étaler notre linge sale devant les autre pays au bonheur de nos ennemis.

La vérité on doit la laisser tel qu'elle est et comme seuls nos responsables savent l'exposer même avec tout ce qu'elle peut comporter d'hypocrisie et d'idiotie cela vaut mieux que de dévoiler la face cachée. Car si on s'arrête sur les détails et réveille les démons qui s'y sont cachés on doit s'attendre à avoir des bombes qui vont exploser avec chaque discours et à chaque détour. Vous constatez qu'on ne peut pas être contre la censure.

Nous avons maintenant deux genre d'information : la vérité que tout le monde connaît et dont personne ne doit discuter le bien fondé et les fausses nouvelles que certains comme mon crayon font parfois circuler et qui ne peuvent être discutées qu'en secret parce qu'elles ne sont pas autorisées et ne peuvent jamais être publiées sauf dans les listes d'informations d'une certaine opposition qui n'a jamais eu de journal ou d'autorisation.

Malheureusement comme on est dans un pays qui ne s'est jamais distingué par sa technologie, on connaît un autre fléau qu'on appelle téléphone arabe qui consiste en cette singulière capacité à produire les rumeurs et à les faire circuler. La rumeur véhicule aussi une information qui ne peut pas être contrôlée par le gouvernement. En général il s'agit d'une information prématurée qui n'a pas encore été définitivement par un responsable pour être autorisée à circuler. Comme elle n'a pas été soignée par les autorités comme toutes les autres vérités chacun peut la raconter à sa façon ce qui peut donner de multiples variantes de versions et des ajouts et des amputations jusqu'à ce qu'elle forme une véritable fausse information. Alors les autorités se trouvent obligées d'intervenir pour la nier catégoriquement.

Parfois les précisions des autorités au lieu de tuer le rumeur dans l'œuf le font exploser alors ils interviennent autrement et recherchent les responsables de leur diffusion pour les punir pour propagation de fausses rumeurs de nature à troubler l'ordre public.

L'ordre public est sacré dans les pays modernes et bien organisés. Chacun doit savoir parler et peut être tenu responsable de ce qu'il peut raconter. Il n'y a là aucune contradiction avec la liberté d'opinion. Chacun est libre de se faire sa propre idée à condition de la garder pour lui-même et de ne pas l'exprimer si elle est contraire à l'avis des autorités. Un bon citoyen quand on lui demande de parler doit savoir dire ce qu'on attend de lui et en général on le lui fait expliquer avant. Un bon citoyen est un citoyen content qui respecte les autorités, il n'a rien à critiquer et considère à leur juste valeur les efforts du gouvernement, il peut venir applaudir les discours des responsables quand on a besoin de lui et doit les informer de tout comportement suspect à tout moment si non il n'a qu'à écouter la radio et voir la télévision nationale. Ce sont les deux sources officielles de la révélation.

En réalité il n'y a rien a écrire ni à raconter cela fait 50 ans qu'on a les mêmes responsables, les mêmes objectifs et le même discours qui nous demande d'attendre la démocratie après le développement du pays. On a l'impression que ce pays a vieilli handicapé à force de le pousser à se développer sans résultat pour mériter la démocratie et sans voir rien à l'horizon ce qui peut augurer de la seule information qu'on attend.

Pardon…j'ai cassé mon crayon.


Mokhtar Yahyaoui

25 avril 2003
Ne pas se souvenir... pour ne pas souffrir

Chère Tunisie

Je t'écris cette lettre pour te dire combien tu me manques, mais malgré tout j'ai décidé de na pas rentrer pour te voir (sauf les pieds devant) .

Je t'aime mais en même temps tu me fais peur.J'ai pour toi une adoration teintée de sentiments contradictoires d'aversion et de compassion.

Mon Pays, tu es devenu pour moi aussi lointain et inaccessible que la planète Mars. Une planète où les démons ont pris le pouvoir et le contrôle de tes habitants.

Je voulais te dire que malgré tes jasmins ensorcellants, ton désert ensoleillé et ennivrant, tes plages paradisiaques, je ne céderai pas à ton appel incessant.

Oui tu es devenu une grande prison où l'on étouffe tes rebelles opposants, tes militants, tes hommes justes et libres, tes journalistes pensants .....

Viendra-t-il le jour où je n'irai pas à reculons pour acheter les billets d'avion, où je ne ferai plus de cauchemards avant la date fatidique de mon retour tant espéré et redouté à la fois.

Viendra-t-il ce jour ?


Sissi

23 avril 2003
C'est la fin des haricots ...

Chronique d'une grève non annoncée

Ça y est, je me suis engouffré dans le tunnel sans crier gare. C'était mercredi dernier, juste après le petit déjeuner. Exactement comme pendant le premier jour du Ramadan, le plus difficile à supporter c'est les premières douze heures. L'estomac commence à crier et l'on devient obsédé par la bouffe. J'ai « dopé » mon estomac par des litres d'eau minérale. Ça aide un peu. Puis le système digestif se calme et se résigne à l'inactivité. Le corps puise, alors, dans ses réserves de graisse.

Une grève de la faim en secret, sans communiqué, sans témoins et surtout sans revendication précise ? C'est politiquement incorrect et médiatiquement nul ! Pourtant, je l'ai faite ou plutôt commencée. Je voulais à la fois tester ma capacité de résistance à la faim et partager les souffrances d'ettounsi. Partager c'est trop dire. Car, je ne suis pas dans une cellule crasseuse, surpeuplée, j'ai un frigo plein de bouffe et je peux m'y jeter quand je sens que je vais craquer et en cas d'urgence je peux appeler une ambulance.

Vendredi sera mon troisième jour de jeûne, si on compte l'après-midi de mercredi. C'est une grève « sauvage », c'est à dire sans sucre, ni jus. Rien que de l'eau minérale et du café noir non sucré. Je verse quelques gouttes de jus de citron naturel dans mon eau pour ne pas souffrir du manque de vitamine C. Ceux qui jeûnent dans les Tazmamart tunisiennes ont-il ce privilège ? Mais le Grand Privilège -surtout lorsque je pense à un « cyberrésident » et bibliophile comme ettounsi- c'est ce clavier sur lequel je tapote, cet Internet dans lequel je navigue et ces livres, revues et journaux qui m'entourent. Bref, il n'y a aucune comparaison entre un jeûne dans le luxe et le confort et la grève de la faim dans ces lieux d'avilissement et de destruction programmée.

Le jeûne affaiblit-il les facultés mentales ? Est-il un handicap à la production intellectuelle ? Non, pas à ce stade. Je dirais le contraire. Pour oublier les cris de la faim, rien ne vaut la lecture et l'écriture. J'ai traduit un texte de l'allemand pour le prochain numéro de TUNeZINE, j'ai écrit une page et demi d'un texte de politique-fiction et je « grignote » dans une pile de livres, journaux et magazines amassés sur mon bureau et à côté de mon lit. En effet, les meilleurs compagnons de route dans le voyage de la faim sont les livres et les revues.

Un voyageur de la faim peut-il aller jusqu'à la fin ? Oui, si le désespoir est absolu comme dans le cas de Ridha Khémiri, prisonnier politique mort suite à une grève de la faim en 1997 dans la prison de Bulla Regia. Radhia Nasraoui a aussi risqué sa vie pendant les derniers jours de son jeûne. Hammadi Jebali serait aujourd'hui mort, s'il n'avait pas été hospitalisé.

Malgré tout, gardons l'espoir jusqu'à la fin.


Omar Khayyâm

18 avril 2003
Vie quotidienne

Une journée sous la dictature

Il est 10 heures du matin. Je suis au bureau des passeports de la ville de M. Il y a deux fonctionnaires de police, un jeune homme souriant et une jeune femme au regard d'acier. Six ou sept personnes assises attendent en silence. Faute de chaise libre, je reste debout à attendre mon tour. Soudain entre un homme moustachu de grande taille, la cinquantaine, se met à côté de moi et s'immobilise, la tête baissée. J'ai été frappée par la tristesse de son regard. Pas besoin d'être un psychologue pour y déceler un corps brisé et une âme en détresse. En relevant la tête, la jeune "flicque" remarque la présence de ce colosse plié en deux et l'interpelle sur un ton autoritaire :
-  Toi Mohamed, reviens à midi pour signer et n'oublie pas d'apporter un nouveau cahier.

L'homme acquiesce par un mouvement de tête et, avant de prendre congé de la fonctionnaire, courbe l'échine devant elle, comme pour lui démontrer sa totale soumission. Il a l'air d'un très jeune écolier timide devant une sévère maîtresse d'école.

Derrière la fonctionnaire, il y a une armoire ouverte pleine de cahiers de différentes couleurs : rouge, bleu et vert. Ce sont les cahiers de signature réservés aux « contrôlés administratifs », ces ex-détenus islamistes maintenus en résidence semi-surveillée.

Qui est ce Mohamed ? Pourquoi se présente-t-il chaque jour au poste de police pour signer ? Cet homme a été trahi par une femme, sa propre femme. Elle l'a trahi sans le savoir, de bonne foi. Il ne faut pas lui en vouloir, car elle est une femme de province, presque analphabète et n'a jamais entendu parler des fameuses caves de l'Intérieur, ni de la « sale guerre » de Ben Ali et encore moins des méga-procès des islamistes pendant l'été 1992.

Mohamed était un immigré légal en France et gagnait sa vie en tant qu'entrepreneur en bâtiment. Un indicateur du régime tunisien en Côte d'Azure l'a dénoncé aux autorités consulaires comme « terroriste », c'est à dire un membre d'Ennahdha. Le fait qu'il ait toujours été un musulman pratiquant ne faisait qu'aggraver son cas. Un Tunisien qui fait ses prières dans son propre pays est un suspect, mais s'il prie à l'étranger, alors les soupçons sont multipliés par deux. Mohamed avait peur de retourner en Tunisie, car il était au courant de la chasse aux sorcières, débutée par Ben Ali à la fin de 1990. Il n'avait fait rien d'illégal, mais le fait d'être étiqueté comme « khouanji »(islamiste) l'exposait à l'arbitraire d'une dictature sans foi ni loi.

Le régime tunisien ne manque pas d'imagination pour attraper ses proies. Dans la chasses aux islamistes, toutes les ruses sont permises. Ainsi la femme de Mohamed a-t-elle été convoquée un jour au poste de police de la ville de M. C'est le chef de poste qui l'a reçue dans son bureau. Il était poli, correct, gentleman même. L'extrême gentillesse du flic a fini par la convaincre de sa sincérité. Que voulait l'officier et gentleman de cette pauvre femme ? Il voulait qu'elle persuade son mari de rentrer en Tunisie. Il lui a dit : « Nous voulons juste lui poser quelques questions. Nous ne toucherons pas à un seul de ses cheveux. Je vous donne ma parole d'homme et je vous jure sur mon honneur qu'il ne sera pas emprisonné. » Comme preuve de sa bonne volonté, la police lui a donné le nom d'un avocat qui veillerait à l'intégrité physique de son mari et à la régularité des procédures.

Les conversations téléphoniques entre Mohamed et sa femme, enregistrées bien sûr par les grandes oreilles de Ben Ali, tournaient dorénavant autour d'un seul sujet : les risques de son retour en Tunisie et les garanties offertes par les autorités. Après de longues tergiversations, Mohamed a fini par accepter le retour à l'amère patrie.

A sa descente d'avion, Mohamed a disparu corps et âme. La police politique a non seulement kidnappé Mohamed, mais aussi saisi tout ce qu'il a ramené de France : effets personnels, cadeaux, devises etc. L'avocat qui était supposé attendre son client à l'aéroport s'est carrément évanoui, après avoir empoché 400 dinars. Mohamed a été torturé, interrogé, maintenu au secret pendant des semaines puis condamné à deux ans de prison ferme pour appartenance à une organisation illégale.

Mohamed a tout perdu : son passeport, sa carte de séjour, son entreprise de bâtiment et son statut de citoyen. Comme un Juif aux temps des Nazis, il est boudé par les voisins, boycotté par ses cousins, privé d'emploi, traqué jour et nuit par les « anges-gardiens » au service du diable de Carthage. Chaque jour il se présente au poste de police pour signer le registre de sa sous-citoyenneté.

Quelques Tunisiens se demandent encore : comment certains Irakiens pouvaient-ils applaudir les hordes des nouveaux Moghols ? Il faut le demander à Mohamed, il aura certainement la réponse.


Omar Khayyâm

12 avril 2003
Lorsque l'imagination et la réalité s'emmêlent ...

FINERAIL YAPPA !

Voici le version originale de mon texte "Le général Zabatta et ses concons matoutes". Sophie a jugé mon texte trop cruel. Oui il l'est, j'en conviens. C'est pourquoi je me suis auto-censuré.

Aujourd'hui, avec tout ce qui se passe à Bagdad après la chute du Zabatta local, je voudrais que ce texte ne reste plus secret. Tout dictateur ne rêve que d'une chose : l'ordre absolu. Mais parfois la chute d'une dictature engendre le chaos absolu : lynchage, pillage, réglements de compte, assassinats etc. Il vaut mieux tirer la sonnette d'alarme dès aujourd'hui. Vaut mieux tôt que jamais.


« Le général Flokomann Zabatta, dictateur de la Crétinésie depuis le coup d'Etat du 11 juillet1987 , est décédé aujourd'hui suite à une longue maladie. Sa mort, attendue depuis des mois, a donné lieu à des déchaînements de foule que ni la police, ni la gendarmerie ni même l'armée n'ont été capables de contenir. La disparition de ce petit dictateur, qui a gouverné son pays d'une main de fer durant deux longs septennats, a déclenché des vagues de violence inédites dans ce paradis touristique du Pacifique. On rapporte même des scènes d'anthropophagie, une pratique disparue de cette île depuis plus de deux siècles. »

C'est après avoir lu cette dépêche de l'agence Beurenesia News que j'ai décidé de faire ma valise et prendre le premier avion à destination de Cétinus, la capitale de la Crétinésie. Cette « république palmière » est une petite île qui fait partie de la Beurinésie, un archipel du Pacifique sud, divisé en une vingtaine d'Etats indépendants, théoriquement « frères », mais presque toujours en conflit. Pourtant, ces îles partagent la même culture et parlent des dialectes issus, presque tous, du beurinésien, leur langue officielle commune.

La Crétinésie, cette petite île de rêve où débarquent chaque jour des milliers de touristes et embarquent chaque nuit des centaines de clandestins à destination de l'eldorado voisin, l'Australie, vit de tourisme, de pêche et surtout de l'exportation de noix de coco.

Pour meubler les 13 heures de vol et les trois heures d'escale, j'ai acheté, avant de prendre l'avion, quelques livres et téléchargé quelques articles de presse sur la Crétinésie et son lugubre dictateur. D'après un artticle du quotidien « Die Welt », publié à l'occasion de l'énième réélection du despote avec un taux qui frise les100 %, « Le président crétinésien ne dépare pas dans un monde beurinésien où prospèrent les autocrates. Son pouvoir est sans partage et l'opposition ressemble à un moulin condamné à ne brasser que du vent ». Cet ancien élève de l'école de la CIA « au physique de déménageur... reste un inconnu, un personnage lisse. Il est à la fois omniprésent et absent. » Maintenant que l' « absent » a disparu, le mystère reste entier.

Le général Zabatta s'est d'abord distingué comme l'impitoyable chef des « concons matoutes », les terribles milices de l'ancien chef de l'île, Habmann Brugabatta. Le « Grand Libérateur » Brugabatta était un despote plus ou moins éclairé, formé dans les meilleures écoles britanniques. Il gouverna la Crétinésie pendant trente ans sans partage. Mais le vieux chef, usé physiquement et politiquement, fut évincé par le pire « concon matoute » que la Crétinésie ait jamais enfanté, l'énigmatique général Zabatta.

Quelques années seulement après son accession au pouvoir, ce grand spécialiste de la répression multiplia le nombre des « concons matoutes » par quatre et enveloppa la petite île dans une toile invisible faite d' « écouteurs », délateurs, indicateurs et autres informateurs. Il mena une guerre sans merci contre le mouvement fondamentaliste chrétien « Rinascimotta » (Renaissance), fit torturer, parfois jusqu'à la mort, et emprisonner des milliers parmi les membres de ce parti politique interdit.

Peu après son coup d'Etat, Zabatta divorça de sa première femme, la fille du général Kuffotta, celui qui propulsa la carrière de son gendre et accéléra son irrésistible ascension. Le « Concon Matoute » Suprême, qui n'avait eu que des filles de sa première femme, était obsédé par l'idée d'avoir un héritier mâle. Il épousa son ancienne maîtresse, Marie-Lila Tripoletta, une artiste esthéticienne, issue d'une famille pauvre d'un quartier populaire de Crétinus.

En quelques années seulement, Marie-Lila devint l'une des femmes les plus riches et les plus influentes de Crétinésie. Sa mère, ses frères et sœurs, neveux et nièces, bref toute la famille Tripoletta, devinrent les hommes et les femmes d'affaires les plus prospères de l'île, leurs limousines se multiplièrent à la vitesse de reproduction des cellules cancéreuses et leurs palais poussèrent comme des champignons. Un exemple parmi d'autres, son frère Belharassius Tripoletta devint tellement riche qu'il fonda sa propre compagnie aérienne, Carraquenotta Airlines, qui finit par phagocyter la compagnie nationale Cretinesia Airlines.

Mais le général Flikomann Zabatta n'oublia pas pour autant sa propre famille, au sens le plus large du mot « famille ». Son frère Menacius Zabatta était, avant sa mort tragique et mystérieuse, le « capo » d'une blanchisserie d'argent sale. Au début des années1990 , un tribunal new-zélandais le condamna, pour trafic de drogue, à 10 ans de prison ferme par contumace. Sa sœur Nimonetta se spécialisa dans l'importation illégale de marchandises et la distribution en gros des produits d'épicerie. Sa fille Syrinotta était la « reine d'Internet » et son gendre Salimus Tchibubetta, le chouchou du général Zabatta, le « roi du foot ».

Lorsque l'avion atterrit finalement à Crétinus, j'eus une soudaine crise de mélancolie. Mon sixième sens me dit que quelque chose de malsain était en train de se passer dans cette petite île perdue au sud du Pacifique, qui venait de perdre son président. Pourtant, l'atmosphère à l'intérieur de l'aéroport était à la joie. Les policiers et les douaniers, qui m'avaient accueilli auparavant avec des visages de croque-morts, étaient tous sans exception en liesse, comme si la Crétinésie venaient de gagner la coupe du monde de football.

Lorsque le fonctionnaire de la police des frontières me demanda la raison de ma visite, je lui dis la vérité : j'étais là pour écrire un reportage destiné au journal BEUReZINE, sur les funérailles du général Zabatta. Ce qu'il me dit ensuite en crétinésien me donna des frissons : « finerail yappa, ta'ché mangé'me » ( Pas de funérailles, j'aime manger ta chaire !). Je ne savais pas en ce moment précis qu'il était en train de citer une chanson qui fit tabac en Crétinésie. Elle fut lancée pendant la longue et terrible agonie du dictateur honni par un groupe rock, sorti de nulle part, qui porte le nom « Uled Zabattallah ». La chanson macabre dont les premières paroles sont « Zabatta diavol'mé ta'ché mangé'mé » (Zabatta diable bien-aimé, j'aime manger ta chaire !) fut vilipendée dans les églises par les pasteurs du haut de leur chaire et interdite par les autorités.

D'après l'article précité du journal Die Welt, « Sa photo est partout. Elle orne les rues des villes, décore les bâtiments officiels, envahit les échoppes. » Mais je n'en vis aucune, ni à l'intérieur de l'aéroport, ni dans le taxi qui me conduit à mon hôtel, ni dans les rues de la capitale. Le chauffeur de taxi m'expliqua tout. Dès que la mort du dictateur fut annoncée, les habitants, animés par une haine qu'ils durent dissimuler pendant des années, se mirent à arracher ses photos et à les brûler en pleine rue. On alla jusqu'à organiser la nuit des cérémonies de « crémation » des portraits de Zabatta avec des flammes gigantesques qui pointaient vers le ciel. Il me dit que ceux qui arboraient sa photo risquaient d'être lynchés par une foule hystérique qui devenait chaque jour encore plus incontrôlable. C'est pourquoi il se débarrassa très vite des photos du « diable », qui ornaient sa voiture.

L'Avenue Habmann Brugabatta, la principale artère de Crétinus, était pleine à craquer de Crétinésiens en transe. Les roulements de tambours, tam-tam, bandirotta, darbikotta (instruments locaux), me donnèrent la chair de poule. Cette joie funèbre me causa un malaise indescriptible. J'avais carrément la nausée. Pour première fois de ma vie, je voyais des gens fêter la mort de quelqu'un. Pourtant, les îles de Sirinésie, de Merkonésie et de Khordinésie, bien que gouvernées par des autocrates aussi cruels que le général Zabatta, n'avaient pas manqué de respect devant leur roi (ou président) disparu.

En attente des funérailles, la dépouille mortelle du dictateur fut gardée dans un lieu ultra-secret, car à l'annonce de la mort du général, des dizaines de milliers de Crétinésois avaient envahi le palais présidentiel et voulaient s'emparer du corps pour le déchiqueter. Certains lunatiques voulaient goûter à la chair du « diable ». Incroyable renversement de l'histoire ! Il y a deux siècles, c'était un roi fou de Crétinésie, Murelatta III, qui mangeait la chair de ses opposants. Maintenant c'était les opposants fanatiques qui étaient saisi par une nouvelle forme de folie : la « régiphagie ».

L'Eglise crétinésienne était choquée par ces comportements païens et ne cessait d'appeler les citoyens au calme et au respect des morts quels qu'ils soient. Mais ses appels trouvèrent peu d'échos auprès d'une population saisie par un accès de vengeance dont les excès dépassèrent les limites de l'imaginable.

Ne fût-ce la bienveillance des autorités australiennes, la famille Tripoletta aurait été décimée jusqu'à son plus jeune représentant. Un pont aérien établi entre Crétinus et Perth sauva les familles Zabatta, Tripoletta et Tchibubetta d'un « nettoyage ethnique » plus que certain. Mais leurs palais n'échappèrent pas au pillage systématique.

Finalement, les funérailles du général Zabatta n'eurent pas lieu. On l'enterra la nuit, dans le secret le plus total, dans un cimetière de sa ville natale, Hamtchoukotta. Une imposante muraille avec barbelés électrifiés fut construite à la hâte autour du cimetière. La tombe est maintenant gardée jour et nuit par des blindés de la Garde Nationale de Crétinésie.

Cruelle histoire ! Le général Zabatta, qui vivait entouré d'une infinité de cordons sécuritaires, porté au pouvoir par ces même blindés qui l'accompagnent maintenant outre-tombe, ne connaîtra jamais la vie d'un mort libre.


Omar Khayyâm

11 avril 2003

Les yeux ouverts


Amérique, monde arabe : les occasions perdues

Si on peut résumer brièvement les rapports entre américains et arabes dans le contexte actuel des choses, l'on peut dire ceci : Les Arabes haïssent les Américains et souhaitent leur disparition de la surface de la terre, et les Américains méprisent les Arabes et cherchent à les dominer et asservir. Mais attention dire ceci c'est aller un peu trop vite en besogne, car les choses sont plus compliquées que ça.

Pourquoi les Arabes sont-ils anti-américains à ce point ? Parce qu'il y a entre eux et l'Amérique Israël et les lobbies juifs américains qui oeuvrent pour faire de l'Amérique l'adversaire total des arabes et l'allié exclusif d'Israël ? Autrement dit s'il n'y avait pas entre nous et les Américains Israël et le conflit israélo-palestinien, les Arabes et les Américains seraient les plus grands amis du monde, voire des alliés fidèles. Ce point de vue est défendable et peut même faire l'objet d'une thèse de doctorat en sciences politiques.

Tel n'est pas mon attention, ici où il n'y a de la place que pour un simple article de quelques centaines de lignes.

Pour commencer, je pose cette question : Quel est le plus grand danger qui guète les Arabes, pays, peuples et Etats, surtout dans la région du Proche Orient après les régimes dictatoriaux qui les gouvernent en les menant à leur perte. ? Ce danger s'appelle la supériorité absolue et dans tous les domaines d'Israël, notamment dans le domaine militaire. L'Amérique n'est pas un Etat du Proche Orient, sa présence dans la région n'est que passagère, par contre Israël est un Etat de la région et sa volonté de domination est évidente. Or qu'est ce qu'il fait la force d'Israël ? C'est sa supériorité militaire qui lui permet de balayer n'importe quelle armée arabe, comme l 'Amérique l'a fait avec l'armée de Saddam. La clef de voûte de cette supériorité est l'arme nucléaire et les moyens perfectionnés de son utilisation.

Question : Qui a permis à Israël de devenir une puissance nucléaire avec entre les mains deux cents bombes ou missiles prêts à l'utilisation comme l'affirment tous les experts en la matière ! Est-ce l'Amérique ? Non, c'est la France, car l'Amérique n'avait commencé à armer Israël qu'assez tardivement soit en1964 , une fois que Nasser d'Egypte avait réussit à casser tout lien et tout moyen de dialogue et de coopération avec les USA. Comment ça ? Voici l'histoire de la bombe H israélienne et des occasions perdues entre Arabes et Américains par la faute de Nasser1952 -1970 , suivi de Qaddafi1970 -1990 , suivi de Saddam1990 -2003. En effet cinquante ans durant nous avons toujours eu un dictateur arabe idiot et imbécile qui, sous prétexte de lutter contre l'impérialisme américain, n'a fait que pousser l'Amérique dans les bras d'Israël et ses lobbies.

Revenons maintenant presque cinquante ans en arrière pour retracer l'histoire de ces deux événement capitaux qui nous ont conduit dans l'insoutenable situation actuelle.

Si l'on admet que l'existence d'une nation arabe plus au moins libre et indépendante remonte au début des années50 , l'on peur dire aussi que le destin de cette nation est lié et il le sera pour toujours aux événement survenu dans ces lointaines années.

Nasser l'ingrat En1956 , la guerre d'Algérie battait son plein et la France se trouvait empêtrée dans cette guerre où l'Algérie bénéficiait d'une totale solidarité arabe que n'appréciaient pas du tout les français. Au mois de juillet de cette année Nasser décide de nationaliser le Canal de Suez dont l'exploitation était assurée jusqu'à lors par une compagnie franco-anglo-égyptienne. Si l'Angleterre du1 er Ministre Antony Eden voit dans cet acte un défi lancé à la Grande Bretagne, la France du socialiste Guy Mollet voit là une bonne occasion de régler son compte à Nasser, entre autre pour son soutien actif à la révolution algérienne.

Les deux Premier Ministre décident alors de lancer une action militaire conjointe contre l'Egypte pour lui reprendre le contrôle de la zone du Canal. Mieux encore, ils décident d'y associer Israël qui saute sur l'occasion pour mener une guerre préventive contre l'Egypte et tester par la même occasion sa capacité militaire de faire une guerre hors de ses frontières. Une réunion tripartite à Saint Cloud fixent les modalités de la guerre. Pour trouver un prétexte légitime à leur intervention, français et anglais demandent à Israël d'attaquer l'Egypte le 29 octobre1956 , du pousser jusqu'au canal de suez après avoir pris le Sinaï. Le9 novembre sera chose faite, car il n'a fallu que 5 jours pour que les chars de Moshé Dayan battent l'armée égyptienne, occupent la Sinaï et arrive au bord du canal.

La France et l'Angleterre lancent alors un ultimatum pour que Egyptiens et israéliens retirent leurs armées de la zone du canal. Israël accepte, c'était décidé d'avance et l'Egypte refuse, c'était déjà prévu. Le 6 novembre les armées françaises et britanniques débarquent en Egypte et occupent en 10 jours la zone du canal jusqu'à Ismaillia au sud. L'affaire est réglée, Nasser est vaincu, A. Eden et G. Mollet jubilent, Israël triomphe. Quant aux arabes de Baghadad à Casablanca chauffés à blanc un certain temps par la radio de propagande égyptienne Saout Al Arab, ils découvrent vite à leur dépend qu'ils viennent de subir leur deuxième grande défaite en moins de dix ans.

Pourtant Nasser et sa radio continuent à mentir en faisant croire au monde entier qu'un ultimatum nucléaire lancé par le1 er Ministre soviétique le maréchal Boulganine à Paris et à Londres allait obliger les deux pays agresseurs de se retirer d'Egypte. Même si c'est vrai qu'une lettre menaçante fut envoyée par les Russes aux deux capitales, personne ne croyait que l'Union Soviétique, très en retard sur l'Amérique dans le domaine nucléaire, allait risquer une attaque contre Paris et Londres deux fidèles alliés de l'Amérique au risque de se faire rayer de la carte par une contre attaque nucléaire américaine.

La réalité est tout autre. L'Amérique, qui à l'époque s'opposait farouchement aux empires coloniaux français et anglais par un soutien actif aux peuples en lutte pour leur indépendance, était opposée à la guerre contre l'Egypte. Elle saisit le Conseil de Sécurité et fait condamner avec l'aide des soviétiques l'attaque franco-anglaise. Puis elle a demandé séparément aux deux pays de se retirer immédiatement de la zone du canal. L'homme qui parlait ainsi n'est autre que Dwight Eisenhower président des Etats Unis 1952 - 1960 et surtout ancien commandant en chef des forces alliées durant la deuxième guerre mondiale, l'Europe lui doit sa libération et sa reconstruction.

Et pourtant les deux pays refusent d'obtempérer. Il se trouve qu'en cette année là l'économie anglaise connaissait une forte récession qui conduit la banque d'Angleterre à lancer un grand emprunt avec le soutien de la Réserve Fédérale américaine ( banque centrale). Que fait Eisenhower pour obliger les Anglais à lui obéir ? Il donne l'ordre à la Réserve Fédérale de retirer son soutien ( caution) à la Banque d'Angleterre vers la mi-novembre, ce qui fut fait immédiatement. Le lendemain la bourse d'Angleterre et le Livre sterling chutent et deux cents mille londoniens descendent dans la rue pour exiger la démission d'Antony Eden qui ne tarde pas d'annoncer le retrait des forces britanniques d'Egypte sans même prévenir ses alliés, français qui annoncent à leur tour leur retrait de peur de se retrouver seuls la bas.

Une fois la France et l'Angleterre parties, le président américain téléphone à David Ben Gourion1 er ministre israélien pour le sommer, c'est le mot qui convient, de retirer son armée du Sinaï. Celui-ci s'exécute sans contre partie aucune, ce fut le seul cas. La guerre n'aura duré que trois semaines. L'Egypte retrouve son indépendance et sa souveraineté sur le canal de suez. Savez vous ce qu'à fait Nasser qui savait tout ça ? Au lieu de dire merci à l'Amérique qui lui a sauvé la peau et l'honneur ( car les français voulait l'arrêter et le faire juger) et profiter de l'occasion pour ouvrir la dialogue avec elle, il lui a dit, excusez mot le mot, MERDE. Il lui tourne le dos pour se jeter encore d'avantage dans les bras de la mécréante Union Soviétique. Aux arabes il continue de dire que c'est son ami Boulganine qui a fait partir les trois agresseurs.

Première occasion perdue, et première pierre jetée à l'Amérique qui n'avait jusqu'alors aucun contentieux avec les Arabes, même si elle avait soutenu en 1948 la création d'Israël comme tous les autres pays, Union Soviétique comprise.

Donnez-nous la bombe.

Au début de l'année1957 , débarque en France toujours gouvernée par le socialiste Guy Mollet, pas du tout connu de public nommé Shimon Peres. Il a pour fonction déclarée vice -ministre de la défense israélienne. L'homme est arrivé à Paris à la tête d'une discrète délégation scientifique et militaire ayant pour objectif d'acquérir auprès des amis français la bombe nucléaire, rien que ça. La France qui en construisant le centre de recherches de Saclay, avait déjà maîtrisé le cycle nucléaire, mais n'avait pas encore fabriqué la bombe pour elle-même, elle ne le fera que vers1963 .

Que veut acquérir Israël ? Un réacteur de recherches pouvant servir à la séparation de l'atome pour produire de l'uranium enrichi, matière première de base de la fabrication de la bombe H. La technologie qui va avec notamment par la formation de techniciens israéliens en France puis l'envoi en Israél de techniciens français pour aider à la construction du centre de recherche israélien. La délégation israélienne demande aussi à l'ami Marcel Dassault, fabricant français des avions militaire du même nom quelques centaines d'appareils, dont quelques-uns uns doivent être équipés pour transporter des armes nucléaires.

En présentant sa liste, Shimon Peres avait la trouille de sa vie de peur que sa requête ne soit refusée tout net. Pas du tout, ses interlocuteurs français dont le vice-ministre de la défense et surtout Jacques Soustelle président du Commissariat à l'Energie Atomique, lui répondent qu'il aura tout ce qu'il voudra et mettent même à sa disposition un bureau spécial au siège du ministère, à deux pas du bureau du ministre, où il s'y installera deux ans durant. Fous de joie, M. Peres téléphone à Ben Gourion pour lui dire : Nos amis nous donnent plus que ce nous leur demandons, mais top secret. La coopération s'engage au pas de charge. On fournit le réacteur, on forme les techniciens et on envoi les Français en Israël pour travailler sur le chantier qui est ouvert à Dimona dans le désert du Néguev. Malins et pas du tout bêtes comme certains, les Israéliens décident de construire une grande usine de textile au même endroit pour camoufler le chantier du centre de recherches. A tous ceux qui leur demandaient : mais qu'est ce que vous êtes en train de faire au Néguev, les Israéliens répondent : Une usine de textile. Ah c'est bon.

Pour résumer, quant le général De Gaule retourne au pouvoir au mois de mai1958 , il a eut vite vent de l'accord secret de coopération nucléaire avec l'Etat hébreu. Il demande à voir le dossier de cette affaire, mais on lui cache certaines pièces qui touchent à l'aspect militaire de la coopération. Peu importe le général demande à son ministre des affaires étrangères d'informer officiellement les autorités israéliennes de l'arrêt de cette coopération et le remboursement de l'argent non encore utilisé. On arrête net.

Oui mon général, disent les amis d'Israël chargés de l'exécution des accords conclus deux ans auparavant. Mais M. Soustelle passe outre les ordres de Gaule et continue la pleine coopération en toute illégalité deux ans durant, jusqu'à ce que Israël ait achevé la construction de son réacteur et maîtrise le cycle nucléaire. Il ne lui reste alors qu'à fabriquer la bombe avec une technologie cent pour cent française. Ca sera fait au alentour de1963 -64. Israël a fabriqué sa première bombe H en même temps que la France voire avant. Et De Gaule découvre que ses ordres n'ont pas été respectés ça sera trop tard, Jacques Soustelle a déjà démissionné de son poste de commissaire à l'énergie atomique et Israël n'a plus besoin de l'aide de la France.

Je ne vous laisserez pas fabriquer la bombe

Et l'Amérique dans tout ça ! a l'époque les Etats Unis bien que considérés comme pays ami d'Israël, ne lui vendait pas d'armement du tout suivant le credo américain de l'époque : pas d'armes aux pays en guerre.

Néanmoins, très vite les Américains allaient découvrir que quelque chose de dangereux se tramait entre la France et Israël. Ils soupçonnent les deux pays d'intelligence nucléaire et décident de vérifier eux même ce qui se passent. C'est ainsi que le président américain Eisenhower décide d'envoyer en 1959 l'un des meilleurs spécialistes américains du nucléaire un certain Henri Grumberg en Israël pour vérifier si ce pays n'est en train de fabriquer secrètement la maudite bombe. Les Israéliens lui font visiter le centre de Dimona en prenant le soin de lui cacher les aspects militaires par des subterfuges longs à expliquer. Ils essayent de le convaincre qu'il s'agit de recherches civiles. Une fois sa mission terminée, Grumberg s'envole pour Paris d'où il envoi un télégramme urgent à ses supérieurs leur expliquant que les Israéliens sont bel et bien en train de fabriquer l'arme nucléaire. Il s'en expliquera d'avantage une fois de retour à Washington.

La le président américain se met en colère, car l'Amérique luttait farouchement contre la prolifération des armes nucléaires, et fait de ce principe un des piliers de sa politique étrangère. Il décide de convoquer Ben Gourion de toute urgence à Washington pour lui demander des explications en menaçant durant la rencontre de mettre fin à toute forme d'aide et de coopération entre les deux pays. Israël panique continue à nier les accusations lancées contre lui. Mais à l'approche des élections présidentielles américaines de1960 , la pression américaine se relâche quelque peu.

Mais une fois les élections terminées, le nouveau président John Kennedy encore plus opposé à la prolifération des armes nucléaires que son précédent, réouvre vite le dossier israélien et ordonne une nouvelle enquête en dépêchant une délégation de spécialistes en Israël. Leurs conclusions furent sans équivoque : Israël est bel et bien en train de fabriquer ou essayer de fabriquer l'arme nucléaire. J. Kennedy convoque de nouveau Ben Gourion et lui lance un sévère avertissement : Si vous n'arrêtez pas immédiatement vos tentatives de fabriquer la bombe et si vous n'ouvrez pas vos installations à l'inspection américaine, les Etats Unis suspendent leur coopération avec vous et prendront des sanctions contre votre pays. Ben Gourion est inquiet car la situation est grave, Israël ne pouvait pas tenir sans l'aide économique américaine.

Quelque mois passent après cette mise en garde, l'Amérique de Kennedy n'aura pas le temps ni mener les vérifications nécessaires, ni de mettre ses menaces à exécution.

En effet le 22 octobre 1963 le président Kennedy est assassiné à Dallas par Lee Oswald, un obscur agent double au service des soviétiques ou de la mafia, on ne le saura jamais, car il sera a son tour assassiné le jour même par un policier alcoolique et sans envergure.

Gentils et méchants présidents américains

Le successeur de J. Kennedy fut son vice- président Lindon Johnson, un texan imbécile et inculte dont le chef d'œuvre sera la précipitation de son pays dans la guerre de Vietnam, 000 50 morts américains et une honteuse et cuisante défaite, la seule dans l'histoire des USA.

Mais revenons à nos moutons, que faisait donc le président égyptien Nasser pendant que la France armait Israël et que les Etats luttaient pour l'empêcher de se doter de l'arme nucléaire ? Monsieur continuait sa politique de rapprochement avec le bloc communiste, tout en dénonçant l'impérialisme américain ennemi du mode arabe et blablabla. Il fut rejoint dans sa croisade anti américaine par les deux frères jumeaux, le baath syrien et irakien. Ensemble ils ouvrent un front anti-américain la main dans la main avec les communistes russes, chinois et tiers-mondistes.

L'Amérique de l'époque, au moins jusqu à1963 , n'était ni un ami inconditionnel d'Israël, comme il l'est aujourd'hui, ni un ennemi implacable des Arabes. Elle était presque un pays neutre guidé dans sa politique étrangère par un vieux principe tiré du discours du Président Wilson ( les fameux quatorze points ) lors de la conférence de Versailles1919 , à savoir le droit des peuples colonisés à l'autodétermination. Les Américains disent : nous sommes une nation née d'une guerre d'indépendance (1776 ) contre une puissance coloniale ( l'Angleterre ), nous avons donc le devoir de soutenir les peuples en lutte pour leur indépendance. C'est pourquoi les présidents Eisenhower, puis Kennedy avaient soutenu entre autre la guerre d'indépendance algérienne et l'Egypte durant la campagne de suez. Voilà donc une autre occasion perdue, car les Arabes n'ont pas su profiter à temps de la cassure entre la vieille Europe et les Etats Unis pour cause de lutte contre la colonisation et moins encore des difficultés entre israéliens et américains pour cause d'armes nucléaires.

Il faut le dire, l'Amérique jusqu'à l'assassinat de Kennedy au moins était un pays plus ou moins neutre, un cœur ouvert à gagner. Elle n'a basculé du côté d'Israël que sous le président Johnson 1963 -1968 et d'avantage sous le président Nixon1968 -1974 . Puis l'alignement de sa politique sur celle d'Israël est allé de pire en pire. Pour être plus précis, nous avons eu affaire jusqu à maintenant à deux types de président : Des présidents honnêtes et prestigieux, Eisenhower, Kennedy, Carter, et je dirai même dans une certaine mesure Bill Clinton, qui avaient gagné les élections haut la main sans avoir eu beaucoup besoin du vote juif. Ils ne devaient donc rien à personne, ou presque. Ils étaient de vrais présidents s guidés par l'idéal américain de démocratie, de liberté et de justice. Des présidents gentils quoi.

Puis il y a eu les méchants, c'est à dire tous les autres devenus présidents par accident ou portés à la présidence par quelques milliers de voix de différence seulement, l'inculte Johnson, le méchant et menteur Nixon ami de Golda Meir, obligé de démissionner pour mensonge en1974 , son successeur G. Ford dont un journaliste américain célèbre disait de lui qu'il était incapable de faire deux choses à la fois comme par exemple marcher en mâchant du chwingoom, le cow-boy R. Reagan, l'homme qui encourage Israël à envahir le Liban en 1982 et les deux Bush que vous connaissez bien.

Nous savons maintenant grâce à la publication de nombreux aux archives que les présidents Eisenhower et Kennedy avaient essayé en vain de se rapprocher de l'Egypte de Nasser dans las années 50 et au début des années60 , qu'ils avaient offert l'aide de leur pays à l'Egypte y compris pour financer en partie la construction du barrage d'Assouan en1960 . Malheureusement, l'Egypte de Nasser, parlant quasiment au nom de la nation arabe tout entière, avait décliné l'offre d'amitié, d'aide et de coopération, bref la main tendue de l'Amérique des hommes honnêtes et courageux. Nous voilà aujourd'hui obligés d'accepter à notre corps défendant tout ce que l'Amérique des présidents arrogants et hargneux nous demande de faire sans nous demander notre avis. C'est très regrettable.


Dhiab Al Hilali

18 avril 2003

La plaie béante de la Palestine
Par RENATE FISSELER-SKANDRANI, traduit de l'allemand par Omar Khayyâm

Contre le discours obtus des masses arabes. Les médias allemands ont évoqué la Tunisie lors de leur couverture de l'attentat contre la synagogue de Djerba. Il y a un certain malaise entre Tunisiens et Allemands à propos de l'antisémitisme.

Source : http://www.taz.de/pt/2002/06/03/a0177.nf/text


Je dispense depuis plus de 15 ans aux étudiants germanistes de Tunis des cours d'histoire ancienne et contemporaine des pays de langue allemande. Je suis une médiatrice culturelle, même en ce qui concerne les relations germano-israéliennes. Pendant mes cours, j'essaye d'expliquer à mes étudiant(e)s, que de par son histoire marquée par l'Holocauste et le génocide, dont les victimes se comptent par millions, l'Allemagne doit assumer ses responsabilités et rester vigilante devant les phénomènes de racisme, d'antisémitisme et d'intolérance. Mais ces discussions deviennent de plus en plus empreintes par le doute ou une sorte de malaise. La peur est présente des deux côtés : celui de mes étudiants et du mien. La peur d'être incapable de transmettre le message, d'être incompris. La peur aussi que la compréhension ne signifie que le devoir de comprendre la position de l'autre sans faire soi-même l'effort consenti par l'autre. Mais ce que j'ai surtout senti chez mes étudiants c'est la peur de faire d'un poids deux mesures.

Il n'y a pas longtemps le Centre Culturel Allemand (Goethe-Institut) de Tunis a organisé une semaine cinématographique qui avait pour thème "L'Allemagne vue de l'extérieur". J'ai assiste en compagnie d'étudiants de deuxième et de troisième année à la projection du film de Godard "Neuf zéro" (1991) et du film documentaire d'Alain Resnais "Nuit et brouillard" (1955) qui parlait d'Auschwitz, dix ans après la libération. C'étaient des images que certains étudiants ont vu pour la première fois de leur vie et qui les ont visiblement troublés. Durant la discussion qui a suivi la projection, plusieurs étudiants ont exprime leur sentiment d'horreur, et ont posé la question : „Comment est-ce possible que des êtres humains soient capables de tels actes ; comment peut-on tout simplement réduire à néant la moindre trace d'humanité ? D'autres étudiant(e)s ont gardé un silence impressionnant. Plus tard, je me suis adressé à eux : La Palestine, c'était « la plaie béante de la Palestine » qui a été touchée en eux, ce qui a provoqué une réaction de défense chez certains d'entre eux.

L'implication émotionnelle, voire l'identification avec les Palestinien(ne)s, si proches de leur cœurs, et avec leur vécu fait d'expulsions, de violence et d'injustices persistantes jusqu'à ce jour, font partie de la mémoire collective tunisienne et arabe. La "plaie béante de la Palestine", c'est-à-dire le vœu inébranlable et la réclamation du droit d'existence pour la Palestine, est aussi nourrie par leur propre expérience historique du colonialisme, un passé encore présent dans les esprits, ainsi que par le fait qu'un grand nombre de Palestiniens vivent comme exilés dans plusieurs pays arabes.

La Tunisie elle-même a abrité le quartier général de l'OLP, après l'expulsion de cette organisation du Liban en 1982. En 1984 le siège de l'OLP à Hammam Chott a été bombardé par des chasseurs israéliens et Arafat a failli y laisser la peau. En outre, deux hauts responsables palestiniens ont été assassinés en Tunisie par les services secrets israéliens(1).

Dès qu'on essaye d'ébranler cette implication émotionnelle des Tunisiens par des remarques sur les actes de violence et les erreurs politiques des Palestiniens, on se heurte à mur. Mais cette identification avec la cause palestinienne ne doit pas être interprétée automatiquement comme un souhait d'éliminer l'Etat d'Israël. J'ai mis beaucoup de temps à comprendre qu'à ce point précis que demeurent les malentendus et l'incompréhension.

Durant la semaine où Israël a procédé à l'occupation des Territoires autonomes, des grèves et des manifestations de solidarité ont pris naissance dans les lycées et les universités. A ces mouvements de protestation, le régime a réagi, selon les réflexes qu'on lui connaît, par l'encerclement et la répression violente. J'ai accompagné mes étudiant(e)s durant leur première manifestation dans un quartier populaire (1). C'était une manifestation très correcte, plutôt calme, à part l'entonnement d'un hymne qui remonte à la guerre de libération tunisienne. Des femmes qui se tenaient à l'entrée de leur maison, lançaient des youyous pour saluer la foule de manifestants.

Mon propos n'est pas de maquiller ou de nier les réalités, mais d'évoquer la différence dans la perception de ces mêmes réalités ! Il y a dans les pays arabes des groupuscules politiques islamistes qui prêchent ou pratiquent la violence. L'attentat sanglant contre la synagogue de Djerba, ainsi que deux autres attaques de synagogues, montrent que des tendances antisémites existent même en Tunisie, un pays jouit d'une tradition, vieille de presque deux millénaires, de cohabitation pacifique entre Musulmans et Juifs.

Depuis le 11 septembre, plusieurs médias et commentateurs politiques européens ont pris l'habitude de confondre les citoyens des pays arabes avec la « rue arabe ». Cette dernière aurait, selon eux, « fêté » le 11 septembre, « dansé de joie » par la même occasion et applaudi chaque kamikaze palestinien. Pris sous cet angle, les citoyens arabes ne seraient que des masses étroites d'esprit, sujettes à des accès de colère, manipulables à volonté, mécontentes de la situation de leur pays, opprimées par des régimes accrochés au pouvoir et qui, de ce fait, constitueraient un terrain propice à toute sorte de terrorisme islamiste.

En ces temps de polarisation mondiale, où l'on se résout facilement aux conflits armés et à la cette vieille idéologie selon laquelle « celui qui n'est pas avec nous est avec les terroristes », il y a une tendance accrue vers le nivellement et la simplification. Aussi pratiques soient-elles, ces visions simplistes du monde ne peuvent servir d'outil de compréhension, encore moins de dialogue et de recherche de solutions viables, sans parler du fait qu'elles sapent la base de tous ces efforts.

Y a-t-il encore aujourd'hui quelqu'un qui évoque dans ses écrits l'ex-président tunisien Bourguiba qui, déjà au milieu des années soixante, était le premier chef d'Etat arabe qui s'était déclaré prêt à reconnaître l'Etat d'Israël, s'attirant ainsi les foudres des pays arabes ? Y a-t-il un journal ou un magazine qui parle de la circulation en Tunisie de pétitions qui condamnent sans le moindre bémol les horribles attentats contre les lieux de culte juifs, avec leur lourd bilan de victimes, et appellent la société civile tunisienne à la mobilisation et à la vigilance ? Qui considère que cette question simple posée par mes beaux-parents tunisiens, qui comptaient toujours des Tunisien(ne)s juif(ve)s parmi leurs amis, mérite d'être mentionné : "Pourquoi commettent-ils de tels attentats ? Nous avons toujours cohabité en paix !" Qui prête l'oreille à mes collègues, qui considèrent leur activité comme une « médiation culturelle » et une contribution au dialogue des civilisations, lorsqu'ils déclarent aujourd'hui avec résignation résignés : "En fait, nous ne pouvons plus faire autre chose que nous taire !"

L'auteure vit et travaille à Tunis depuis des années.

1)- Il s'agit de Abou Jihad, „cerveau de l'intifadha", assassiné dans sa villa de Sidi Bou Saïd en 1988 et de Abou Iyad, numéro deux de l'OLP, assassiné le 18 janvier 1991, premier jour de la guerre de „libération" du Koweit. (Ndt)

2)- En français dans le texte. (Ndt)

taz Nr. 6764 vom 3.6.2002, Seite 14, 244 Zeilen (TAZ-Bericht), RENATE FISSELER-SKANDRANI


17 avril 2003

Drôle de diplomatie française !

J'ai suivi, comme d'autres personnes avec intérêt et attention particulière, la tournée au Proche-Orient du ministre français des affaires étrangères qui s'est rendu successivement au Caire, Damas, Beyrouth et Riyad. J'attendais que le ministre parle un langage nouveau face à une nouvelle situation pour relever le double défi diplomatique et économique que les USA viennent de lancer à la France et quelques autres pays européens qui ont refusé la logique de la guerre. Car la situation est grave, la France risque tout simplement de se trouver hors jeu dans la région du Proche-Orient voire dans tout le monde arabe.

En effet les Américains cherchent à lui faire payer sa politique en l'excluant de tout processus diplomatique et économique concernant cette région du monde. Or qu'à fait le ministre ? Rien ou presque. Il s'est contenté de rassurer les pays qu'il a visité du soutien de la France tout en les appelant à réclamer à corps et à cri le retour des Nations Unies en Irak. Les mots LIBERTE, JUSTICE et DEMOCRATIE n'ont pas été prononcés une seule fois.

Les Américains se font acclamer en Irak parce qu'ils ont dit aux irakiens, à tort ou à raison, qu'ils sont venus les libérer de la dictature en leur promettant la démocratie, la liberté, la participation au pouvoir et aux décisions les concernant. Même si ce n'est pas vrai, cela fait plaisir d'entendre ça. Cela de donne de l'espoir. Ce à quoi aspirent leurs voisins syriens victimes aussi de la tyrannie baathiste version soft. Ceux-ci n'ont pas encore oublié que lors du soulèvement populaire de la ville de Hamat (nord de la Syrie) en 1980, les phalanges de la défense, la garde républicaine syrienne, étaient venues à 6000 hommes armés jusqu'aux dents : Avions de combat, chars, hélicoptères, canons pour encercler la ville martyre.

Une semaine durant la cité avait été sauvagement pilonnée et le centre ville complètement détruit. Bilan : entre 10000 et 20000 morts civils selon de nombreuses sources. Soit deux à trois fois plus de victimes, qu'à Halabja en Irak, avec cette différence : les victimes irakiennes sont mortes étouffées par le gaz instantanément, tandis qu'à Hamat la mort était lente et les souffrances terribles.

Les Syriens n'aspirent qu'a une chose qu'une force terrestre ou céleste vienne les débarrasser de leur despote qui a hérité la république de son papa. Les manifestations que vous verrez demain scander dans les rues de Damas de slogans anti-américains par des hordes baathistes sont du même type que celles organisées par le défunt régime irakien. A la vue du premier soldat américain, si cela devait arriver, les baathistes syriens ne se comporteraient pas autrement que leurs coreligionnaires irakiens.

Bon sang quand est-ce que la France va comprendre que sa politique de soutien aux dictatures arabes est devenue obsolète parce que dépassée par les événements. Qu'à force de continuer sur cette fausse route elle va se retrouver complètement hors jeu. Mais qui conseille ce gouvernement sur sa politique arabe ?

Il suffit de se promener dans quelques pays, notamment au Proche Orient pour se rendre compte que la France a mauvaise presse pour deux raisons : Elle est perçue par ceux qui n'ont pas droit à la parole, c'est à dire le plus nombreux et peut-être les plus influents, comme le plus grand soutien occidental aux dictatures arabes, comme par exemple quant elle s'oppose à leur condamnation au sein des instances de défense des droits de l'homme, d'une part, d'autre part la France est aperçue comme un pays anti-musulman à cause des affaires du foulard islamique dans ses écoles et l'intervention publique dans les affaires interne du culte islamique dans le pays de la séparation de l'Etat et de la religion. Ca, c'est une réalité que les officiels français ne voient jamais.

J'aurais aimé entendre monsieur de Villepin prononcer, ne serait ce qu'une fois les mots LIBERTE et DEMOCRATIE au lieu de dire aux régimes : Continuer comme vous faites, la France est avec vous. Il paraît que le ministre a fait un discours devant des intellectuels arabes au Caire pour leur dire quoi ? Apparemment de se mobiliser pour le retour de la légalité onusienne en Irak. Qu'est-ce que l'ONU fait depuis 12 ans ?

Elle a désarmé l'Irak pour que les Américains l'envahissent sans difficultés ? Elle a refusé de faire un parallèle entre les résolutions condamnant l'Irak qu'il faut appliquer séance tenante et les résolutions condamnant Israel dont il ne faut même pas parler. L'ONU ne vaut plus rien depuis que les Américains se sont arrangés pour les faire diriger par des secrétaires généraux du type Kofi Un âne et avant lui Boutrous Ghali ; c'est à dire des hommes de paille issus de pays pauvres et dictatoriaux qui vivent aux dépens des USA.

Du coup l'ONU a perdu, avec ces hommes-là, faibles, influençables, soumis à leurs pays d'origine, son pouvoir de décision et de critique et son honneur surtout envers les USA. Avec un secrétaire général issu d'un pays européen riche et démocratique capable de dire leurs quatre vérités aux américains, les choses se seraient passées autrement. Si la France voulait réellement faire jouer un rôle efficace à l'ONU, elle aurait dû s'opposer à la nomination de ces SG soumis à la tête de CS. Elle ne l'a pas fait. Non il faut que cette ONU là soit mise hors jeu et je l'espère pour long temps. Il faut désormais discuter et s'entendre avec les maîtres de l'ONU, autrement dit les USA et l'Angleterre. Avec eux au moins on sait où on va.

Je ne sais pas comment la France va faire pour sauver sa politique arabe et ses intérêts dans cette partie du monde, par contre ce n'est pas en soutenant les Assad, les Moubarek, les Qaddafi, les Ben Ali et les Al Saoud et les généraux algériens, sans leur demander de faire la moindre concession sur les sujets du moment : LIBERTE, DEMOCRETIE, JUSTICE qu'elle va occuper la place qui lui revient dans le monde arabe comme grande puissance. Les Américains eux l'ont compris. Ils savent que les régimes arabes sont faibles, contestés, leur pouvoir chancelant, leur crédibilité nulle.

Ils vont les soumettre à des fortes pressions énormes voire des chantages honteux pour obtenir d'eux tout ce qu'ils veulent. Le soutien de la France ne leur sera d'aucun secours. La seule véritable carte à jouer aujourd'hui est la carte des peuples assoiffés de liberté et de justice, mais la jouer contre qui ? Contre les régimes arabes et les Américains. La carte gagnante est la carte du mieux disant démocratique, liberté et justice qu'essayent de jouer sûrement les Anglais, peut être aussi les Américains. Les Français eux jouent la carte du moins disant, c'est toute la différence. Elle est de taille.


Dhiab Al Hilali

14 avril 2003

Regardez le Canal du Dialogue !

Pour plus d'informations, consulter le site de perspectives : http://www.perspectivestunisiennes.net

Emission hebdomadaire : Dimanche de 13h00 à 15h00, heure de Tunis

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14 avril 2003

Barlaman Tounsi !
Pour le respect du suffrage universel et de la souveraineté populaire

Un appel du Conseil national des libertés en Tunisie au sujet des élections

Le Conseil national des libertés en Tunisie

Pour le respect du suffrage universel et de la souveraineté populaire

Le 9 avril 1938 , des hommes et des femmes de tous milieux, de tous âge, ont envahi les rues de Tunis en scandant " Barlaman Tounsi ! Barlaman Tounsi ! ". La foule des manifestants exprimait ainsi la volonté du peuple tunisien de prendre en charge la gestion de ses affaires publiques et de conquérir les conditions de sa souveraineté : le suffrage universel, un parlement représentatif et une constitution démocratique. Ces mots d'ordre, fondateurs du mouvement national, traçaient le chemin de l'indépendance. Aujourd'hui, plus de 60 ans après ces événements et alors que nous venons de commémorer le43 e anniversaire de l'indépendance, force nous est de constater l'immense fossé qui sépare la réalité actuelle des aspirations de notre peuple à une citoyenneté véritable.

A la veille des élections législatives et présidentielles de1999 que les projets d'amendements des lois constitutionnelles et électorales s'apprêtent à en modifier les modalités, des interrogations s'imposent : est-ce que ces amendements ouvrent réellement des perspectives démocratiques ? Ou au contraire, vont-elles conforter la mainmise sur les institutions représentatives du pays et empêcher toute alternance ?

La révision, partielle et transitoire de l'article 40 de la Constitution se propose, par exception à la règle du parrainage, d'ouvrir la candidature aux élections présidentielles, aux présidents et secrétaires généraux des partis à la triple condition qu'ils en occupent le poste au moment de la présentation des candidatures, qu'ils l'occupent depuis au moins cinq ans sans discontinuité et que leur parti soit déjà représenté à la Chambre par un député au moins.

Le système préconisé écarte tous les Tunisiens indépendants du parti au pouvoir, à l'exception de deux, préalablement sélectionnés perpétuant ainsi l'imposture d'un jeu électoral sans enjeu. C'est le pouvoir en place qui désigne les candidats de l'opposition et choisit ainsi ses compétiteurs. Il s'agit, en fait, d'une nouvelle étape dans le processus de verrouillage dont les bases ont été jetées dès la Constitution du1 er juin 1959 et renforcées par le mode de scrutin. De révision transitoire en révision exceptionnelle, des mesures de plus en plus implacables ont été introduites à l'effet de consacrer la concentration des pouvoirs entre les mains d'un exécutif omnipotent.

La règle du parrainage introduite en 1976 se fonde sur le principe de la présentation du candidat par des élus que, sournoisement, le code électoral réserve à 30 députés et/ou présidents de conseils municipaux. Si cette modalité n'est pas, d'apparence, étrangère aux aménagements " ordinaires " de la démocratie représentative en ce qu'elle vise, en principe, ˆ asseoir la crédibilité politique et sociale du candidat aux hautes charges de l'Etat, elle produit ici son exact contraire, en raison même de la nature monolithique du régime où le chef de l'Etat est chef d'un parti unique, détenteur de presque tous les sièges. Le projet de révision constitutionnelle, adopté récemment en première lecture par la chambre des députés, n'abolit en réalité ni la règle du parrainage qui continue de représenter le droit commun constitutionnel opposable au citoyen ordinaire, ni, encore moins, le principe d'exclusivité au pouvoir que d'autres mécanismes, dans leur combinaison les uns aux autres, viennent préserver. Non seulement elle ne change rien à la situation antérieure caractérisée par le verrouillage juridico-institutionnel, mais, plus grave encore, elle déjoue la dynamique de l'opposition en lui assignant d'autorité une place prédéterminée dans ou hors des rouages institutionnels du pouvoir.

La même logique appliquée aux élections législatives et municipales va conduire à installer au compte-gouttes un pluralisme de façade. Des années durant, le mode de scrutin de liste majoritaire à un tour fonctionne au profit du parti au pouvoir. Transformées en un rite formel dont la seule tenue périodique va parer un régime autoritaire d'un semblant de légitimité démocratique, les élections ne se conçoivent que comme l'expression d'un plébiscite réalisant des scores de99 , ...% des suffrages.

Les élections législatives disputées en 1981 illustrent à souhait cette dérive. Elles ont vu l'entrée en scène de plusieurs partis d'opposition et, avec elles, l'espoir de voir renaître une vie politique saine, reflétant la réalité plurielle de la société tunisienne. Espoir tout aussitôt brisé par des fraudes massives avérées et, plus tard, reconnues par leurs auteurs, perpétuant au mépris total des suffrages exprimés, l'hégémonie du parti unique. L'imagerie populaire stigmatisera avec humour cette fraude par la célèbre sentence : " les élections sont comme le henné : appliqué vert le jour, il vire au rouge le lendemain " (allusion à la couleur verte des bulletins du MDS et rouge du parti au pouvoir). Les frustrations nées du choc de 1981marqueront durablement la vie politique.

Le second rendez-vous manqué est celui de1989 . En dépit d'un dispositif législatif encore plus contraignant (art91-5), le climat d'" état de grâce " qui prévalait alors a poussé massivement la société tunisienne vers les urnes. Là encore, les espoirs sont déçus et la Tunisie découvre désabusée que ces élections n'avaient d'autres objectifs que de réorganiser l'échiquier politique en fonction des " nouveaux " équilibres favorables au " nouveau " pouvoir et reconduisant un "nouveau " monolithisme politique !

Ce bricolage connaîtra d'autres avatars que consacre, en1994 , la réforme du code électoral : un soupçon de proportionnelle vient prétendument corriger le caractère monolithique du système. L'amendement n'a d'autre but que d'instrumentaliser l'opposition en la confinant au rôle de figurant. Sur les 163 sièges, 19 sont octroyés à une opposition affaiblie, minée de l'intérieur et bridée, elle réservera cependant des surprises et dans une assemblée habituée à l'unanimisme, certains de ses députés oseront se faire l'écho de la société démocratique malgré un black-out médiatique.

En1995 , les élections municipales vont reconduire la même logique et une opposition figurante se verra attribuer le score humiliant de6 sièges municipaux sur plus de000 4 . Là encore la volonté de tout accaparer induira l'effet inverse et les craquelures se multiplient dans le décor dévoilant davantage la rigidité du système.

Une fois encore, le " droit " est détourné pour enchaîner la liberté. Et, comme si cela ne suffisait pas, cette sophistication législative est doublée de pratiques attentatoires à l'exercice effectif par le citoyen de ses droits fondamentaux.

Un dispositif bien huilé ferme efficacement l'accès à toute velléité d'oxygénation du système. De l'inscription sur les listes électorales au dépouillement final, en passant par toutes les étapes du processus électoral, toutes les ficelles sont directement ou indirectement rattachées par un fil à un grand démiurge : le ministre de l'Intérieur qui décidera en fin de parcours qui aura l'insigne honneur de figurer dans la loge de " l'opposition " sensée représenter la pluralité de la société aux yeux du monde.

En effet :

1 - l'inscription sur les listes électorales est souvent perçue comme une faveur accordée par une administration partisane à ceux des citoyens qui ont compris qu'il fallait faire acte d'allégeance pour continuer à bénéficier de ses services. Ainsi, des centaines de milliers de citoyens en âge de voter ne sont pas inscrits. Les cartes d'électeur ne parviennent pas tous à leurs destinataires et sont parfois distribuées par les soins des cellules de base du RCD.

2 - la commission de mise à jour des listes électorales (art.8) la commission de révision (art.14) et la commission du contentieux (art.29) sont constituées de personnes désignées par les pouvoirs publics. L'administration est juge et partie. Les représentants des partis n'apparaissent que dans la commission des réclamations concernant la distribution des cartes, mais à ce stade les jeux sont déjà faits.

3 - la campagne électorale est une courte parenthèse rompant avec cinq années de propagande méthodiquement organisée en faveur du parti au pouvoir. Un temps dérisoire est accordé à l'opposition dans les médias audiovisuels tandis qu'une presse muselée ne donnera aucun écho à tout discours qui sorte du rang.

4 - le jour du vote va couronner le simulacre. La multiplication de bureaux de vote va constituer le premier obstacle pour les listes concurrentes. L'isoloir n'est pas obligatoire et la carte d'identité n'est pas exigible (art.44) ouvrant ainsi largement la voie au vote indirect (préjudiciable à l'expression des voix féminines) (cf. rapport de l'observatoire de la LTDH : IV-2).

5 - le dépouillement se déroule à huis-clos en infraction au principe de publicité du recensement des voix. Les observateurs et représentants des partis en lice seront carrément évacués des bureaux de vote, offrant l'opportunité ˆ toute forme de manipulation des urnes aux divers stades (bureaux locaux, centres de collecte des urnes ... et même durant le transport des urnes). (cf. rapport de l'observatoire de la LTDH : III-8). Le détournement des suffrages exprimés prendra au fur et ˆ mesure la couleur du monopole et sera consacré officiellement au ministère de l'intérieur ;

6 - la sanction de la fraude est formelle, elle ne concerne que le citoyen qui aura tenté d'effectuer une fausse inscription ou l'agent municipal qui aura facilité une telle opération. Les peines sont d'ailleurs légères (art57 -58-59-60), mais en aucun cas il n'est prévu de sanctions à l'encontre des premiers responsables de la fraude à l'échelle nationale.

Comment dès lors s'étonner des scores de98 % et plus, obtenus par les listes du parti au pouvoir ? Comment dans ces conditions ne pas douter sérieusement de la validité du système, des garanties qu'il offre ˆ l'exercice d'une citoyenneté effective, des intentions des gouvernements de se soumettre réellement à la sanction populaire ?

A ce jour, le pluralisme, slogan constant du discours officiel, s'est limité à une parenthèse de 15 jours tous les 5 ans pendant lesquels une gesticulation programmée aboutit à des résultats prédéterminés.

Face à cette situation totalement anachronique, la solution n'est évidemment pas d'ordre technique. Les meilleurs textes seront inopérants s'ils ne sont assortis au préalable d'une volonté politique de respecter effectivement les libertés fondamentales collectives et individuelles.

Certaines mesures urgentes pourraient traduire cette volonté :

1- Etablir les règles d'une compétition sincère

-  Liberté de candidature aux élections, présidentielles.

-  Egalité des chances entre les candidats des partis et les candidats indépendants aux élections législatives.

-  Séparation des élections présidentielles des législatives.

-  Séparation de l'Etat et du parti au pouvoir et garantie de la neutralité de l'administration.

2- Consacrer le droit de vote, la liberté de choisir

-  Inscription automatique des citoyens en âge de voter.

-  Instauration du vote avec la Carte d'identité.

-  Instauration de l'obligation de passer par l'isoloir.

-  Adoption du bulletin unique sur lequel figurent toutes les listes en compétition.

-  Garantie d'une réelle participation des femmes au scrutin et adoption de mesures susceptibles de favoriser la représentativité des femmes dans toutes les instances élues.

3- Garantir l'égalité des chances pour les candidats

-  Intégration de leurs représentants dans les bureaux de vote et dans les différents commissions de contrôle.

-  limitation du nombre de bureaux de vote à1 / 1000électeurs sans séparation selon le sexe.

-  Distribution équitable par tirage au sort des lieux de meetings électoraux et des temps de passages radio télévisés entre les différents candidats.

-  Accorder à chaque candidat ou liste un temps d'antenne suffisant pour exposer son programme électoral.

4- Instituer un organisme national de contrôle qui supervise les élections et en garantit la transparence.

-  Sa composition doit offrir des garanties de neutralité.

-  Ses décisions doivent être susceptibles d'appel devant le tribunal administratif.

5- Pénaliser sévèrement la fraude

-  La fraude en matière électoral doit faire l'objet d'une sanction pénale dont la sévérité est proportionnelle au niveau de responsabilité du délinquant, et elle doit être accompagnée d'une privation des droits civiques et politiques.

C'est le pluralisme pratiqué au quotidien qui donne aux élections leur véritable signification. C'est la liberté d'association et d'expression, c'est l'égal accès aux médias et aux sources de financement des acteurs de la vie politique, syndicale et associative qui donneront à la compétition sens et crédibilité. C'est également le respect des pactes internationaux, ratifiés par la Tunisie et en particulier le Pacte relatif aux droits civils et politiques (art.25) qui peut garantir la souveraineté populaire.

La réalisation d'un tel objectif exige une ferme volonté politique de changement sous-tendue par la conviction que la démocratie est une nécessité et que seul un citoyen libre et responsable est en mesure de relever les défis de demain.

Tunis le 22 avril 1999

Pour le Conseil

Le Comité de liaison.


9 avril 2003

Diplomactive versus diplomassise ...

Aller de l'avant toujours et encore !

Avis contraire

Le texte que j'ai publié hier sur le Forum répond dans mon sens à une obligation de transparence même si l'objet ne dépasse pas une rencontre de solidarité. Je revendique ma liberté d'opinion, ma liberté d'appréciation et ma liberté d'action suivant ma conscience étant indépendant de tout parti et n'ayant aucune obligation envers des prises de positions collectivement établie. Par contre je crois que je suis obligé envers tous ceux qui me font confiance par leur encouragement et leur solidarité de faire preuve de la franchise et de la transparence auxquelles je me maintiens et auxquelles je continuerai à m'astreindre tant que je continuerai à exprimer des positions publiques et à participer au débat sur l'avenir de notre société

Pourtant, et personne ne peut le nier la situation fait de cette rencontre plus qu'une visite de solidarité. La contradiction que plusieurs ont souligné : solidarité avec les démocrates tunisiens / agression et occupation de l'Irak / soutien de la féroce de répression du peuple palestinien est bien là et on est tenu de lui trouver une solution.

L'Amérique a exercé son droit de puissant pour occuper un pays tenu par un régime qu'elle n'a jamais caché sa volonté de l'éliminer. Elle veut procéder à des opérations d'investigations à la recherche d'armement non conventionnel qu'elle le soupçonnait de cacher. Cela va de ces intérêts vitaux, je ne suis pas là ni en mesure de les évaluer ou de la convaincre qu'elles ne sont pas fondées. Son comportement a le mérite d'être franc et elle n'a jamais exprimé une volonté d'initier une entreprise de colonisation et je ne crois pas qu'elle manque d'audace et de capacité de l'affirmer publiquement si elle le voulait vraiment.

A tous ceux qui pleurnichaient sur la perte de notre trésor pétrolier, je n'ai qu'un mot : depuis quand le pétrole arabe a profité à la nation ou même aux populations des pays où se trouvent ses gisements. Marchandise il était et marchandise il restera, la seule chose qui a changé est qu'il ne restera plus jamais un pécule des tyrans et un fond de corruption et de financement de la répression ni en Arabie ni en Algérie.

On est confronté aux nouvelles réalités, à procéder à de pénibles et déchirantes révisions en partant des intérêts supérieurs de notre société tunisienne et aussi Arabo-musulmane. L'occident et l'Amérique en particulier n'ont jamais eu de plus fidèles alliés que les dictatures qui nous gouvernaient pourquoi auraient-il soudain envie de les repousser et de changer d'alliés ?

Nous sommes en train d'assister à l'écroulement de l'ancien ordre néo-colonial et l'émergence d'un nouvel ordre international, un ordre impérial "pax americana" on peut le qualifier comme on veut, l'essentiel est qu'on est en phase de mutation et d'établissement d'un ordre mondial nouveau essentiellement pour notre région. Notre avenir dépend de notre assimilation de la situation et de nos réactions face aux événements passés et qui risque de continuer à se dérouler.

Ces dictatures qui ont été installées par les colonisateurs qui les ont choisi pour héritiers et qui les a maintenues pour servir ses intérêts et qui n'ont jamais reconnu notre indépendance et notre souveraineté de citoyen, qui n'ont jamais réussi à avoir la moindre légitimité que par la répression et la fraude et la corruption semblent être au bout de leur mission contrainte et non de leur propre volonté, elles n'ont plus rien à faire que négocier leur départs ou s'évertuer à prouver leur indispensabilité.

C'est à l'intérieur même du camp des puissants que l'équilibre ancien à basculer au détriment des puissances mineures qui ont fait le pari de l'ordre néo colonial qui bloquait la situation dans notre région depuis la décolonisation. La perte de leur zone d'influence exclusive nous ouvre une chance de nous libérer des dictatures qu'ils nous ont collées.

Le véritable choix qui va partager nos rangs à partir de maintenant est de s'aligner derrière nos dictatures sur la base d'un nationalisme chauviniste primaire abreuvé de l'élixir qu'il sont entrain de nous servir par leur moyens de propagande sectaire sous forme d'un anti-américanisme viscéral et cette théorie du complot planétaire contre le pétrole et l'islam alors qu'il ne font que se plier avec plus d'humiliations et sans dignité à ces ennemis qu'ils dénonçaient dans le seul espoir d'obtenir d'eux une prolongation de mandat pour nous réprimer.

Le choix qui nous parait meilleur est de ne pas se replier sur les usurpateurs de notre souveraineté partant du principe : "que pire que la dictature ne peut jamais exister" et miser sur l'ouverture sans préjugés ni faux procès pour se préparer à défendre les intérêts vitaux et nationaux de notre société. Personne ne peut mieux connaître ses intérêts que ceux qui ont rompu avec la dictature et se sont engagés à défendre ses droits et ses libertés.

La stratégie de la rupture et du repli n'est que l'illustration de l'incapacité de faire face aux défis. On ne choisit pas nos interlocuteurs, on ne choisit pas leur discours, on ne choisit pas nos ennemis et on ne choisit pas leur stratégie. Pour se libérer on ne peut que choisir la démocratie et la liberté et par ce choix le camp de nos amis est préétabli.

Ce n'est pas un avenir de tout repos qui nous attend avec tous ses défis, il va de notre destin présent et à venir de faire parvenir notre société aux succès et pour ce faire on a plus besoin d'amis que d'ennemis.

Pour avancer il faut savoir dépasser.


Mokhtar Yahyaoui

30 avril 2003
La république de deux mains : la droite ... et la gauche !

La main gauche du diable a encore frappé

Certains événements survenus en Tunisie cette semaine méritent d'être commentés, si ce n'est déjà fait. Je voudrais apporter ma contribution, franche, directe et critique.

1-Visite au juge Yahyaoui

Je voudrai commencer par saluer la courageuse initiative de ces diplomates honnêtes, que le faux discours du régime tunisien sur les droits de l'homme et sa mauvaise foi quant à leur respect sur le sol tunisien, n'ont pas trompé. Ils ont voulu aller voir de près et vérifier eux-même dans quelle condition vit et se débat un homme qui se dresse presque tout seul, contre une dictature policière à multiples visages. Leur présence conforte le juge dans son combat et lui assure une certaine protection contre une éventuelle bavure policière du régime tunisien.

On ne peut rien leur reprocher, car ils ne sont pas obligés de faire ce geste. Ce rôle est dévolu normalement à des diplomates arabes et musulmans si le monde ne tournait pas à l'envers. J'ajoute, que quoi que disent certains nationalistes arabes plus ou moins baathisés et islamistes de gauche tentés par la voie de la politique et rien d'autre, quoi que disent ces deux groupes de personnes toujours prompts à dénoncer l'impérialisme anglo-saxon, il convient de rappeler quelques vérités : Le soutien des pays anglo-saxons, notamment USA et GB à la démocratie et les droits de l'homme partout dans le monde est une réalité que ne nient que les gens animés d'une mauvaise foi quasi maladive.

Cela se vérifie tous les jours dans les faits. Je rappelle qu'il n'y a pas un seul opposant tunisien connu et qui n'ait pas bénéficié d'une manière ou d'une autre de cette bienveillance diplomatique anglo-américaine, suisse, belge et maintenant finlandaise, contre les ardeurs répressives du régime tunisien. Cette bienveillance, certes insuffisante, empêche le régime de Ben Ali de basculer dans une répression totale à la Saddam Hussain avec son lot d'exécutions sommaires et collectives des opposants politiques, comme l'attestent les images en provenance de Baghdad.

Les opposants tunisiens les plus connus qui ont eu à affronter le régime à l'intérieur du pays le savent très bien. On sait tous que les diplomates de 4 ou 5 pays dont les USA et GB accompagnent ces mêmes opposants jusqu'à l'aéroport au moment où ils quittent le pays et les y accueillent à leur retour en les accompagnant chez eux pour empêcher la police politique de les kidnapper chemin faisant. Ce fut le cas de Ben Brik, Ben Sedrine, Nasraoui pour ne citer que quelques-uns. Ces mêmes diplomates assistent régulièrement aux procès dits politiques même quand ils se déroulent à Gafsa ou au Kef.

Leur présence un peu partout dans le vie publique gêne le régime et le rend moins féroce. Il faut leur dire merci et leur montrer un peu de gratitude comparés à ceux qui peuvent et se doivent de faire plus mais qui ne font rien.

Par contre les diplomates d'un grand pays nommé la France, qui se targue d'être la patrie des droits de l'homme, brillent par leur absence. On ne les voit pas, on ne les entend pas. Ils ne rendent pas visite aux opposants chez eux pour s'enquérir de leur situation de damnés et parias persécutés jusqu'à dans leur chambre à coucher par la police politique d'un régime qui a fait de la haine de l'adversaire une méthode de gouvernement. Ils n'assistent que rarement à un procès inique. Ils n'accompagnent pas les opposants, qui réussissent à se soustraire momentanément aux griffes du régime jusqu'à l'aéroport.

Voilà le vrai problème dont il faut se saisir et en débattre car le destin du pays et plus encore le destin du régime tunisien est intimement lié au type de rapports qui le lient à la France, pays qui attire à lui seul plus de la moitié de l'ensemble des échanges extérieurs de la Tunisie. Sans ce soutien total, exclusif, inconditionnel et irrévocable au régime de Ben Ali, celui-ci s'écroulerait comme un château de sable. On ne peut pas comprendre ce qui se passe quand on lit qu'hier au moment où le jeune Maher Othmani est mort sous la torture après seulement deux jours de garde à vue, la police française cherchait à renvoyer dans ce même pays hors la loi, un autre jeune qui a réussi à sauver sa peau en se réfugiant dans ce qu'il croit être encore la patrie des droits de l'homme.

Mais pourquoi donc cette complicité ? Qui en France protège encore ce régime policier odieux et infâme qui presque machinalement opprime le peuple tunisien ? Cela fait maintenant plusieurs mois que personne en France ne parle plus du calvaire du peuple tunisien : ni journaux, ni hommes politiques, ni responsables gouvernementaux, ni intellectuels. C'est le silence total. Même un journal comme le Monde a semble-t-il tourné la page de la Tunisie, ni correspondant ni articles. Quant aux 4 à 5 lignes que ce journal consacre de temps à autre à un fait devenu tellement voyant qu'il devient honteux de ne pas en parler, c'est pour soulager sa conscience qu'un journaliste anonyme trace à contre-coeur ces lignes insignifiantes.

Quand vous leur posez la question suivante : mais pourquoi vous ne parlez plus de la Tunisie ? Ils vous répondent : y en marre de la Tunisie, c'est toujours les mêmes histoires. Ces bonnes consciences appellent « histoires » les arrestations arbitraires, la torture suivie de mort entre les mains des bourreaux, la privation des droits élémentaires, la persécution d'un être humain jusqu'à ce qu'il perde son honneur et sa dignité.

Pour illustrer cette politique incompréhensible de la France dans son ensemble, citons deux exemples datant de la semaine dernière : M. De Villepin ministre français des affaires étrangères en visite en Iran soulève avec force la question des espions juifs iraniens emprisonnés dans ce lointain pays et obtient même leur libération. M. le Premier Ministre Raffarin en visite en Chine a dans ses bagages une liste d'opposants dont il a demandé la libération à la très lointaine Chine communiste. Tout ça c'est bien.

Mais quand les membres du gouvernement français se rendent en Tunisie, et ils sont nombreux à le faire, ils s'interdisent, oui c'est bien le mot, d'évoquer ne serait-ce que verbalement la question des droits de l'homme. Que dit l'opinion publique française en voyant cela ? Nos courageux ministres parlent des droits de l'homme en Chine et en Iran parce que ces droits y sont violés, mais ils n'en parlent pas quant ils visitent la très proche Tunisie, ou 1 million de français passent leurs vacances, parce que ces droits ne sont pas violés. Partons donc en Tunisie la conscience tranquille. Résultat Ben Ali peut continuer son œuvre destructive du pays tant que le premier partenaire politique, économique, culturel, sécuritaire européen de la Tunisie, c'est à dire la France ferme les yeux et ne dit rien.

Cette situation convient parfaitement au régime tunisien qui a tout fait pour en arriver là. Autrement dit réussir à détourner l'attention du monde d'évènements à répétition par lassitude ou complicité. Pour réussir cette diabolique stratégie il ne faut être ni intelligent, ni même malin, mais malhonnête sans scrupules. Quels sont les groupes de pression qui soutiennent le régime tunisien ? Qui sont-t-ils ? Comment fonctionnent -t-ils ? Quels sont leurs motivations et objectifs, leurs forces et leurs faiblesses ? Jusqu'où iraient-t-ils dans leur entreprise abjecte ?

Des réponses à donner à ces questions dépendrait peut être l'avenir rose ou encore plus sombres de la Tunisie. Car il faut savoir une chose : Les pouvoirs politiques n'ont pas tous les pouvoirs. Pire encore ils partagent leur pouvoir avec les groupes de pression dits lobbies qui agissent dans l'ombre du pouvoir politique. Les hommes politiques passent et disparaissent, les lobbies demeurent puissants, s'adaptant à chaque situation et s'accommodant avec chaque circonstance. Ils sont la main invisible qui souffle les bonnes et les mauvaises idées, qui dirige, oriente, manipule cache ou dévoile faits et méfaits, qui frappe et casse quand il le faut, se tend ou se replie pour secourir ou abandonner. Bref c'est la main gauche du diable dans toute sa splendeur machiavélique. Gare à ceux qui n'ont pas encore compris comment fonctionne et tourne le monde.

C'est pourquoi à chaque fois que quelqu'un dénonce même cent fois par jour le régime tunisien et ses méfaits se doit de dénoncer en même temps ses soutiens sans desquels dépend sa survie politique et économique.

A suivre...

2-Château de sable

La Tunisie n'est ni la Corée du Nord ni l'Irak ni même la Tasmanie. C'est un pays sans richesses naturelles, sans potentiel économique, sans stratégie à long et à moyen terme, et je dis même sans foi ni loi. Sa dette extérieure dépassent les 16 milliards de dollars, le taux le plus élevé au monde comparé au nombre d'habitants, au PNB et aux richesses naturelles du pays. Sa soit-disant croissance économique et le doublement du volume des investissements extérieurs proviennent de la vente ( dilapidation du capital) de ses meilleures entreprises publiques aux plus offrants, des prêts et aides financières obtenus les larmes aux yeux grâce aux complicités des milieux bancaires européens et américains, des rééchelonnements de ses dettes sans cesse renouvelé. Quand elle n'aura plus rien vendre, tout ce mirage se dissipera et le pays sera mis à nu.

La Tunisie ressemble en réalité à une mère célibataire qui élève 7 ou 8 enfants, sans travail fixe qui fait des petits boulots par-ci et par-là pour nourrir ses enfants. Elle est obligée de faire la manche pour boucler ses fins de mois difficiles tout en faisant croire à ses enfants, ses voisines et amies qu'elle travaille et qu'elle gagne honnêtement sa vie. Quand elle rentre à la maison les mains vides et que ses enfants râlent de faim et de privations, elle se met à les frapper pour les faire taire de peur que les voisins ne découvrent ce que cette pauvre femme, qui se fait passer pour une femme du monde, est en réalité. On dit d'un pays faussement présenté comme une redoutable puissance militaire qu'il n'est rien d'autre qu'un tigre en papier. Un pays faussement présenté comme une puissance économique naissante, est un château de sable.

A suivre...

3-Sauvageries ordinaires bien de chez nous

L'histoire de ce jeune Maher Osmani est vraiment boulersante, sauf pour les bonnes consciences qui disent "la Tunisie y en marre". Voilà un homme dans la force de l'âge, qui a peut être contrevenu à des lois iniques qui ne sont pas faites pour être respectées mais dénoncées, enlevé dans la rue, amené on ne sait où puis rendu mort à sa famille juste pour voir son visage inanimé avant d'être enterré par la police, le tout en 24 heures top chrono. A part en Irak du maudit régime de Saddam Hussain qui vient de tomber (merci l'Amérique), aucun autre pays au monde ne tolère ce genre de pratiques sauvages qui relèvent de l'antiquité. Alors que les traqueurs professionnels de l'ennemi impérialiste se lèvent pour répondre aux questions suivantes :

Vaudrait-t-il mieux être palestinien arrêté par le Shin Beit israélien ou tunisien par la police politique de Ben Ali ou n'importe quelle autre police arabe ?

Vaudrait-t-il mieux être en prison à Guantanamo ou dans une sinistre prison arabe ?

Ce que l'on sait c'est que les talibans, combattants ou pas, arrêtés par les forces américaines dans les montagnes de ToraBora, considérés comme des combattants illégaux ne pouvant bénéficier d'aucune protection de quelque convention internationale que ce soit, sont généralement conduits à l'aéroport de Bagram au nord de Kaboul. Là ils sont durement interrogés selon le témoignage de ceux qui furent libérés au début de cette année. Cela veut dire sans violence physique manifeste, avec beaucoup de privations( boire, manger, dormir) mais sans être torturés.

Ensuite ils sont amenés à Guantanamo où ils sont placés en cellule individuelle pas confortable du tout, avec la possibilité de pratiquer la prière individuelle, de manger halal, de se laver deux fois par semaine, de changer de vêtements, de recevoir la visite de la Croix Rouge et pour certains les diplomates de leur pays. Voilà comment est traité un combattant illégal ne pouvant prétendre à aucune protection légale.

On peut évidemment contester le fait même que ces prisonniers soient là. Mais ils y sont et on n'y peut rien, partons donc du fait qu'ils sont là pour voir comment ils sont traités c'est ça qui m'importe. Ceux qui leur appliquent (on peut même dire leur infligent) ce traitement appartiennent aux pays dont les diplomates ont rendu visite chez lui au juge Yahyaoui. Sans commentaire supplémentaire ;

En Israël, en un an d'Intifada dure la police israélienne a arrêté 1200 palestiniens qu'elle soupçonne d'être des « terroristes ». Leurs conditions de détention sont très dures. La cour constitutionnelle israélienne a autorisé la police de pratiquer certaines violences physiques sur les prisonniers, mais sous contrôle de la justice. Cette violence se pratique sous forme de privations diverses et le maintien du prisonnier dans des positions inconfortables très éprouvantes. Mais pas de torture physique au sens propre du terme. Les droits élémentaires sont plus ou moins assurés : pratiques religieuses, hygiène, manger, boire, dormir, visite de la Croix Rouge et communication, avec beaucoup de difficultés, des nouvelles aux parents. Bref le service minimum pour des gens considérés comme des « terroristes » par leurs geôliers.

Je considère que tout cela est illégal car sans l'occupation des territoires palestiniens par Israël, rien de tout ça ne serait arrivé. Mais partons encore une fois des faits.

Voyons maintenant comment cela se passe chez nous. Je ne vous parle pas de l'Irak, le paradis laïco-baathiste de papa Saddam maudit soit-il dans les deux mondes, car les faits sont devant vos yeux : Disparitions, exécutions, tombes numérotées, interdiction absolue, sous peine d'emprisonnement, de demander des nouvelles d'un membre de la famille arrêté il y a un jour, une semaine, un an, dix, ou vingt, la cruauté à l'état sauvage quoi.

Dans n'importe quel Etat arabe les 645 prisonniers considérés comme des combattants illégaux, islamistes de surcoit seraient en grande déjà majorité morts sous la torture ou exécutés après un simulacre de procès. D'autres l'ont été pour moins que ça dont Maher Othmani, dernière victime de la barbarie à visage humain.

Quant au 1200 prisonniers palestiniens, s'ils étaient ressortissants d'un autre pays arabe, arrêtés pour les mêmes motifs par la police politique de leur pays, notamment, tunisienne, syrienne, algérienne, libyenne, voire saoudienne ou jordanienne, le taux de morts sous la torture aurait atteint les 20% tandis que les condamnations à mort, suite à des jugements expéditifs, aurait enlevé la vie à 30%, soit une perte en vie humaine à 50%.

Enfin à supposer que les 54 personnalités irakiennes recherchées par les américains le sont par le régime baathiste irakien suite à une tentative de coup d'état ou même pour avoir manifesté brouillement leur mécontentement envers les injustices du régime, que peut -t-il leur arriver une fois arrêtés ? Exécutés sans jugement jusqu'au dernier après avoir été sauvagement torturés. Rien ne tel ne leur arrivera entre les mains des « affreux ennemis » impérialistes ou mécréants selon la terminologie en vogue. Ca c'est la réalité qu'on le veuille ou pas. Les impérialistes, comme certains disent sont certes les adversaires des arabes et des musulmans. Les régimes arabes, leurs partis uniques et iniques, leurs polices politiques, leurs tortionnaires, leurs bourreaux, leurs agents corrompus et corrupteurs, leurs soutiens de l'ombre sont les ennemis des peuples. Contre un adversaire, on mène un combat loyal, des fois inégal voir malsain, on peut gagner comme on peut perdre plus ou moins dans l'honneur et le respect de l'adversaire battu sans trop d'humiliation. Mais contre l'ennemi, on mène un combat mortel, sans merci et sans pitié, où l'on doit tout perdre ou tout gagner. Maintenant que les choses sont dites que chacun choisisse son ennemi ou adversaire et le type de combat à mener.


Dhiab Al Hilali

30 avril 2003
Contre l'isolement ...

Visite de solidarité d'une délégation diplomatique

J'ai reçu aujourd'hui mardi 29 avril 2003 une délégation diplomatique d'ambassades occidentales à Tunis qui a effectué une visite de solidarité pour s'enquérir de ma situation et des conditions de détentions de mon neveu Zouhair Yahyaoui emprisonné depuis le 4 juin 2002 et qui vient de rompre une grève de la faim pour protester contre les persécutions qu'il a subies en prison.

On a évoqué de l'affaire pendante devant le tribunal administratif concernant mon recours contre la décision de ma révocation et des deux recours que j'ai récemment intenté contre une décision du maire de Tunis de fermeture d'un local commercial qui assure la subsistance de toute notre famille.

Je les ai informés que la cour de cassation n'a toujours pas désigné une date pour statuer sur les recours concernant les deux jugements dont Zouhair est en train de purger les peines.

Je les ai informés aussi que je continue d'être interdit de voyager et que je suis invité pour une réunion de l'Euromed sur la justice à Paris en début du moi de mai et il ont pu constater que je détiens un passeport en cours de validité.

On a abordé aussi les restrictions imposées à toute action associative indépendante et j'ai pu leur expliquer les difficultés qu'on rencontre au sein du centre Tunisien d'indépendance de la justice et l'association internationale de soutien aux prisonniers politiques dont je suis membre de leurs bureaux de direction. Ainsi que les tentatives de déstabiliser le barreau de Tunisie l'une des dernière et la plus ancienne organisation démocratique du pays.

J'ai expliqué que le monopole qu'exerce sur la vie publique un seul parti qui ne s'est encore jamais départi de ses traditions et de ses pratiques de parti unique continue à constituer la principale entrave devant toute tentative d'ouverture politique en Tunisie et la cause de toutes les pratiques de répression et des atteintes aux droits et au mépris de loi que connaît la Tunisie actuellement et qui hypothèque son avenir et entache son image à l'étranger et particulièrement en occident et que les meilleurs amis de la Tunisie sont ceux qui peuvent l'aider à dépasser ce blocage maintenant.

La délégation étaient composée des représentants des ambassades des Etats-Unis, de la Royaume uni, de Suisse, des Pays Bas, de la Finlande et de la Belgique.


Mokhtar Yahyaoui

29 avril 2003