Enfin le voilà !

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Aors que nous nous engourdissons sous le soleil, que nous savourons ces plaisirs simples que sont un verre d'eau fraiche ou un souffle de vent venant d'une fenêtre ouverte, d'autres ont soif et cherchent de l'air.

Zouhair continue de vivre son calvaire avec courage, celui-ci a été amplifié par ce deuil subit qui l'a frappé, lui et sa famille. Ses amis se sont manifestés sur le forum de TUNeZINE et leurs messages ont été rassemblés dans un fichier que vous pouvez télécharger ici (format pdf) .

Abdallah Zouari a été condamné à quatre mois de prison, sans raison sinon celle de s'être exprimé, d'avoir continué à se battre pour sa liberté après toutes les années qu'il a passé à l'ombre. Il finira par trouver sa place au soleil mais pour cela, il faudra peut-être que la vénération du dieu Ben Râli cesse enfin. Il fait appel de la sentence. Notre soleil à tous (le vrai) ne saurait tolérer qu'un demi-dieu lui fasse de l'ombre !

Les grèves de la faim se poursuivent derrière les barreaux, les coups, la peur, les intimidations, les lignes de téléphone coupées, les inculpations, convocations ... Tout continue pendant que les cédés dansent au congrès sur des mixages du DJ Ben Alee B. Dans la salle on manquait d'air, mais malgré tout, on connaissait bien la musique. Le même disque, un peu rayé maintenant, a été passé et repassé. La Tunisie de demain se prépare.

Dans ces conditions, il ne me reste qu'à vous dire : A demain !


Bonne lecture !
Pour un mot dit, combien de non-dits ... ?

Une journée sous la dictature III

Un bac plus dix et un sac à quat'sous


J'ai dû courir pour attraper le train Tunis-Sfax de 17H 30. Le train était sur le point d'afficher complet et les sièges libres étaient rares. Je me déplaçais de wagon en wagon à la recherche d'une place assise. En cherchant à droite à gauche, j'ai non seulement déniché une place libre, mais aussi retrouvé un ami perdu de vue depuis des années. Ayyoub (ce n'est pas son vrai nom), souriant, de bonne humeur comme toujours m'a accueilli à bras ouverts. Je me suis, tout de suite, assis à côté de lui.

L'endurance humaine est un des phénomènes les plus étonnants de la nature. Malgré tous les malheurs qu'il avait subis, et qu'il continue à subir, Ayyoub opte toujours pour l'insouciance et le rire. Un proverbe tunisien dit : « trop de malheurs fait rire - كثرالهم يضححك  ». C'est ce que nous avons fait pendant les deux heures de trajet entre Tunis de Sousse.

Ayyoub est un bac plus dix. Une belle performance pour une personne à mobilité réduite, qui ne peut se déplacer qu'avec deux béquilles. Son handicap date de sa prime enfance. Originaire de Sfax, il débarque à Tunis après le bac pour poursuivre des études universitaires de quatre ans, dans une grande école de la capitale. Le diplôme en poche, il sera recruté sans tarder par l'Etat. Mais sa carrière de fonctionnaire ne durera pas plus d'un an. Arrêté dans le cadre de l'affaire du Parti de Libération Islamique (حزب التحريرالإسلامي) à Sfax, il est condamné par un tribunal militaire à dix ans de prison ferme.

Ayyoub a la chance d'être condamné pendant le dernier quart d'heure du régime de Bourguiba. Il ne purgera qu'une partie de sa peine et sera relâché à la fin des années 80 suite à une grâce présidentielle. Mais il lui sera impossible de retrouver son poste dans la fonction publique. Lorsqu'on est étiqueté « islamiste », on le reste toute sa vie. Ne pouvant plus supporter l'oisiveté, Ayyoub s'inscrit de nouveau à l'université pour suivre un cours de sociologie.

Le jour de notre rencontre fortuite, il a non seulement réussi sa maîtrise, mais aussi les deux ans de troisième cycle et se préparait à rédiger sa thèse. Depuis le temps où je l'avais connu, Ayyoub a beaucoup changé. Il est devenu fumeur à l'âge de trente ans et, suite à ses études de sociologie, a abandonné ses idées islamistes. Mais cela ne change rien à sa situation. Aux yeux du régime, un islamiste reste un islamiste même s'il devient moine catholique. Il est privé de passeport, d'emploi et de perspectives d'emploi. En outre, il ne peut compter sur un soutien familial, car sa famille a elle-même besoin d'aide sociale ! Dire qu'il est pauvre relèverait de l'euphémisme. Il est tellement démuni que pour transporter ses effets personnels, il utilise un sac en plastique qui ne vaut pas plus de quatre sous.

Je ne sais pas si ça relève du hasard ou de l'humour noir de l'administration tunisienne, mais il m'a dit qu'au foyer universitaire de Hammam Chott, on lui a assigné la chambre numéro…zéro ! Je ne savais comment l'aider à s'en sortir. Je lui ai, donc, donné les coordonnées d'un journaliste que je connais bien et qui venait de créer un journal à Tunis. Par malchance, le journal a été interdit après six mois de sa fondation, avant même qu'Ayyoub ne tente sa chance avec son directeur.

Il m'a dit, en plaisantant : « Avec la misère que je vis je suis prêt à tout, même à devenir un agent du Mossad ! ». Je lui ai répondu : « Trop tard, mon ami ! En ce qui concerne les agents arabes, le Mossad affiche complet ! »


Omar Khayyâm

2 août 2003
Univers parallèle

Confessions d'un dictateur

"Sophie se rappela soudain que sa grand-mère avait dit quelque chose du même genre le jour où elle avait appris par le médecin qu'elle était gravement malade. "Ce n'est que maintenant que je me rends compte à quel point la vie est belle", avait-elle dit.


Jostein Gaarder, le monde de Sophie.

Je m'appelle Zine el-Abidine Ben Ali. J'aurai 67 ans le 3 septembre 2003. Je suis le dictateur d'un petit pays d'Afrique qui s'appelle la Tunisie et je gouverne cette contrée sans partage depuis 1987. Jusqu'à l'année dernière, je n'ai jamais eu de sérieux problèmes de santé. Mon médecin personnel, qui me côtoie plus assidûment que ma propre femme, n'a rien vu venir. Soudain, les médecins m'annoncent une très mauvaise nouvelle : je suis atteint d'un cancer des glandes séminales avec métastases. Les médecins se voulaient rassurants, mais je sais que qu'il ne me reste plus que quelques mois, au mieux une année ou deux, à vivre. Que vais-je faire de ma vie ?

J'ai tout simplement présenté ma démission et quitté toutes mes charges officielles. Avec cette mort qui m'attend au tournant, ma vie a acquis une qualité rare et précieuse. C'est pourquoi j'ai décidé de changer de vie. Je veux me libérer du stress du pouvoir, du fastidieux protocole et surtout de ces hypocrites qui m'entourent jour et nuit.

Je me suis consacré entièrement à ma famille et surtout à mes petits-enfants. Je m'occupe maintenant de mes plantes et de mes fleurs et je redécouvre les plaisirs du jardinage. Je viens d'adopter quelques chiots et chatons orphelins, à qui je donne à manger et à boire. Je trouve un grand plaisir à nourrir non seulement mes pigeons, mais aussi les oiseaux sauvages. Ah ! Qu'elle est belle la vie en dehors de mon bunker de Carthage ! J'étais, en quelque sorte, prisonnier du béton. Maintenant je me re-plonge dans la nature, je fais le plein d'air frais et la nuit je contemple les étoiles pendant des heures et des heures.

1987-2003, quinze ans perdus pour rien ! Je n'ai jamais eu une vraie vie. Je suis devenu un automate, un esclave des formalités et du protocole et l'amour du pouvoir m'a tellement aveuglé que j'ai oublié la substance même de la vie : l'amour. Je pense maintenant surtout à maman. Il y a treize ans, maman est morte à l'hôpital Farhat Hachad de Sousse. Je n'ai pas eu le temps de rester à son chevet, de l'accompagner dans sa souffrance, ni même de partager le deuil avec ma famille.

Je pense aussi à mon frère Moncef, mort dans des conditions tragiques. Je n'ai pas fait son deuil, car je n'avais pas le temps. J'étais toujours l'Absent numéro un lors de ces tristes occasions où ma famille avait besoin d'amour et de sympathie. J'étais un drogué de pouvoir, la drogue la plus dure que j'aie jamais consommée !

Je me rends compte maintenant de la futilité des richesses, de la démesure de l'orgueil humain. Ces palais que j'ai construits, vont-ils m'accompagner dans l'au-delà ? Et mes cheveux vont-ils rester noirs pour l'éternité ? Je ne peux que m'esclaffer en pensant aux rires éclatants des petits vers, qui dévoreront mon corps, lorsqu'ils verront cette chevelure plus noire que la nuit. Oh, mon Dieu ! Que je suis ridicule ! J'étais aveugle et cette maladie m'a guéri de ma cécité. J'étais drogué et le cancer m'a guéri de mon addiction.

Je découvre aussi un autre plaisir que j'ai oublié pendant des décennies : la lecture. Plus jamais sans mon livre ! Pendant mes longues randonnées à la campagne du Kef ou de Béja, j'ai toujours comme unique compagnon un livre de poésie ou de méditations. Je n'ai jamais dévoré autant de livres que pendant ce bref temps qui me reste à vivre. En lisant « l'étranger » de camus, je suis tombé sur cette phrase, que seuls les gens de mon cas peuvent comprendre : « Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et était prête à tout revivre »

Ma femme Leila n'a jamais compris le sens de ma décision. Ses capacités mentales ne lui permettent pas de comprendre. Elle voulait que je m'accroche au pouvoir, que je continue à gouverner comme si rien n'était. Elle n'a jamais espéré, même dans ses rêves, détenir autant de richesses et autant de pouvoir. Ma démission a déjoué ses plans, anéanti ses espoirs, dévoilé ses faiblesses. Sa petite cervelle ne pouvait admettre que l'ancien Zine soit mort et enterré et qu'un autre Zine puisse renaître.

Lorsqu'une fois elle m'a vu en train de lire « Etre ou avoir » d'Erich Fromm, elle, qui n'a jamais lu un seul livre de toute sa vie, a arraché le livre de ma main et m'a dit en criant comme une hystérique : « Tu nous as tous ruinés, sale égoïste ! » Je me suis contenté de répondre, sans perdre mon sang froid : « Etre ou ne pas être, c'est ça la question. »


Omar Khayyâm

2 août 2003
Après la pluie ... le beau temps ?

La saison de la tempête (traduction)

Si longue était la nuit
Noir était l'horizon
Averse tombait la pluie
Sans cesse et à torrents.

Nous buvions à la vie,
Avec appréhension
Nous ruminions assis
La prédestination

La tombe était du pain,
La pierre, le paradis

Jusqu'à ce que les flots
Déferlent, fracassants,
Des eaux suivant des eaux…

Les astres illuminant
La nuit de leur halo
Disparurent, emportant
La lune et ses rayons

Aux vents nos vanités
Et nos débris en ruine
Furent ainsi dispersés.
Même la sente fine
Disparut, inondée

L'épouvante nous ayant
Gagnés s'est suicidée
Son souvenir restant
Du monde la risée

Ne restait dans le noir
Que la prostitution
Bon gré, mal gré, la mer
Se retira profond

Et même les tristes larmes
Qui pleurent nos destinées
S'asséchèrent et la pluie
S'arrêta de tomber

Une saison de tourmente
Commença, préparant
Une terre frémissante
Et tremblante au déluge…


Decepticus

31 juillet 2003

فصل العاصفة

كان الليل طويلا
و فد أظلم الأفق غزيرا منهمر
و كنا نشرب العمر حيارى
ونطعم قضاءا و قدر
و كان القبر رغيفا
و الجنة حجر

حتى أقبل البحر يجر البحر و انفجر
غابت على الليل النجوم الساهرات، سقط القمر
و تناثرت أوهامنا كحطامنا
حتى المسلك اندثر
الذّعر لما تملكنا انتحر
و غدت ذكراه أضحوكة البشر

لم يبقى في الليل إلا الدّعارة
و جلا البحر منصاعا و كاره
حتى الدموع البائسات على أقدارنا نضبت
و إنحبس المطر
ليحل فصل العاصفة
و يعد للطوفان أرضا راجفة


المختار اليحياوي

31 juillet 2003
font size=7pt style=politique couleur=rouge

La police qui n'existe pas !

Je me suis habitué, depuis des années, à entendre parler par-ci par-là d'un corps de police dont la évocation du nom suffit à faire tressaillir le plus vaillant des citoyens. Cette politique serait responsable de filature, de harcèlements, d'intimidation, d'enlèvements et de tabassage de tous les « ennemis de l'Etat » en Tunisie. Les opposants et les militants tunisiens lui ont même donné un nom : Police Politique. Cette police existe-t-elle vraiment ? Ne serait-elle pas le pur produit d'hallucinations militanto-dissidento-oppositionnelles ? Pour avoir le cœur net, j'ai décidé de faire ma propre enquête.

J'ai eu beau fouiller dans tous les annuaires de Tunisie Télécoms, des plus vieux aux plus récents, dans les Pages Jaunes, des plus jeunes aux plus jaunies, le résultat a toujours été le même : zéro info. Aucune direction, aucune sous-direction, aucun service de l'Etat ne porte le nom « Police Politique ».

J'ai décidé, alors, d'appeler l'attaché de presse du ministre de l'intérieur. Heureusement, il était dans son bureau. Sa réponse à ma question était on ne peut plus laconique : « Je ne sais pas si cette police existe ou non et même si elle existe, je ne suis pas habilité à vous le dire. »

Ne sachant à plus à quel saint me vouer pour résoudre l'énigme, j'ai eu l'idée d'appeler le standard du ministère de l'intérieur. En quelques secondes, j'étais en ligne avec le standardiste.


-  Bonjour, je voudrais parler avec le chef de la Police Politique ?

-  Quoi ?

-  Passez-moi la Police Politique, s'il vous plait !

-  Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Nous n'avons aucun service qui s'appelle Police Politique.

-  La Police Politique n'existe pas ?

-  C'est un interrogatoire ou quoi ? Cette blague peut te coûter cher, espèce de (censuré)

-  Ce n'est pas une blague. Je m'appelle Omar Khayyâm, je suis journaliste de TUNeZINE et je mène une enquête.

-  Enquête de mon (censuré) ! Espèce de (censuré) ! Tu vas payer cher ton insolence. Tu es journaliste ? Journaliste de ton (censuré) !

-  Vous osez insulter un citoyen ? Vous êtes un agent public au service des citoyens. Vous êtes censé me renseigner. Je ne vais pas répondre à vos insultes par respect à l'Etat que vous représentez.

-  Je m'excuse. Donnez-nous votre numéro de téléphone, nous allons vous renseigner tout de suite.

-  J'appelle d'un taxiphone.

(le standardiste met du temps à répondre)

-  Veuillez patienter. Surtout ne quittez pas, je vais vous passer dans quelques instants le service de renseignements de notre ministère.

J'étais en train de patienter, collé au téléphone, lorsque j'ai vu des types en civil avec des walkies-talkies encercler ma cabine. L'un d'eux a ouvert la porte de la cabine et m'a tiré violemment par le bras. Ces types ont commencé à me tabasser avant même qu'ils ne me poussent dans une voiture banalisée, garée pas loin du taxiphone.

Lorsqu'ils m'ont suspendu par les bras, j'ai su que l'enquête s'est arrêtée là. Mais une question reste encore suspendue dans les airs : La Police Politique existe-t-elle ? Oui ou non ?


Omar Khayyâm

31 juillet 2003
Maux décroisés

Solution des mots croisés

Voici enfin la solution des maux croisés proposés dans le Hors Série 001 !


Horizontalement :

1- Les systèmes qui le sont trop se sclérosent rapidement
2- Monnaie balkane - A aussi sa clé - Quand on est en droit, c'en est un - Bourguiba en a usé pour métamorphoser, en 34, le Destour
3- L'opposition a intérêt à trouver de telles idées
4- Pend d'un arbre - Peut être maligne mais pas forcément intelligente - Pour appeler
5- L'opposition tunisienne donne parfois l'impression de l'être - Même une telle quantité de démocratie nous suffirait
6- Interjection qui se veut intelligente - Prière arabe - Voyelles - Après 16 ans, le pouvoir commence à l'être
7- L'être ne signifie pas impunité, rappelons-le - Peuvent être pectorales ou simplement orales - Etat de ce que pense la plupart des tunisiens
8- Médaille de bronze sur l'échelle des notes - Permettent de bien voir
9- Infatigable bosseuse - L'honneur des arabes ne le sera pas sans lutte de longue haleine - Justement, la leur n'est généralement que feu de paille
10- Peut-être la moins « pire » place - Enlevas des points de strangulation - Espérons que Zouhair ne passera pas le prochain en prison
11- Si Sihem est une lionne, alors c'est un lion - La première association à soutenir Ettounsi
12- Etait sacré chez les égyptiens - Habitent Grenoble
13- Selon les cultures, marque de contentement ou d'impolitesse - On en a besoin quand ça se gâte
14- Te rendis utile par le travail - Comme un certain dinosaure palestinien
15- Passes au tamis - Sophie l'a sûrement été à son refoulement de l'aéroport de Tunis

Verticalement

1- De tels propos risquent de ne pas plaire à S Karkar
2- S'élargit trop vite pour être homogène - Dernièrement, ligué contre l'Iraq - Roua noblement
3- Précipitais vers les soldes - Comme un certain bibliophage d'Omar Khayyam
4- Il n'est pas dans nos coutumes hospitalières de le payer - Spécialisation - Sur certaines plaques d'immatriculation tunisiennes
5- Les méduses en sont - Démonstratif délateur
6- Objet volant non identifié - En matière de politique, acceptera généralement de baisser son froc
7- Certaines ont préféré l'immolation par le feu plutôt que le déshonneur de la reddition
8- La liberté d'expression nous l'est - Sels marins 9- Pseudonyme d'un anonyme du forum TUNeZINE qui ne l'est plus - Au contraire, on n'y trouve pas d'anonymes
10- Habitant de la rue Mansouri - Antilope
11- Comme l'apis mellifera scutellata issue de manipulations génétiques en Amérique latine - Fixai
12- Légumineuse - Son pluriel est une spécialité du juge Yahyaoui
13- Précède les autres - Membre d'une tribu tristement célèbre - Particulièrement gâté du postérieur
14- Tunezine en a deux - Luttera contre la chaleur - Petites bienheureuses
15- Douce moitié de Zouhair - Faut pas en abuser dans la constipation - Quand donc la nouvelle va-t-elle vieillir ?



Solution des mots croisés - 38.9 ko


Decepticus

31 juillet 2003
Khayyâm au sommet de son art

Sofia de Taezz et Souilah de l'Himalaya

Je suis attiré par une théorie cosmologique, qui au fil des années est passée du stade de spéculations de science-fiction à celui d'une théorie scientifique respectable, qui inspire pas mal de chercheurs en astrophysique et physique théorique. Il s'agit de la théorie des univers parallèles.

Selon cette théorie, notre univers fait partie d'une infinité d'univers parallèles qui se côtoient mais ne se rencontrent jamais. Dans chaque univers le scénario du monde est différent de tous les autres. Pour que tous les scénarios possibles soient jouées, il faut que le nombre des univers soit infini.

Donc, rien n'interdit d'imaginer un univers où une fille qui s'appelle Sofia est née dans la petite ville de Taezz au Yémen. Cette fille reçoit une éducation religieuse stricte où les filles sont séparées des garçons, apprend à lire et à écrire le Coran et avec le temps elle devient une bonne musulmane, couverte de la tête jusqu'à la pointe des pieds. Elle fait ses prières cinq fois par jour, jeûne pendant le mois de ramadan (sauf pendant ses règles, bien sûr), rêve d'aller un jour à la Mecque pour tourner comme une toupie autour de la kaâba, lapider le diable par des petites pierres et boire l'eau sacrée de zemzem. Sofia ne regarde jamais un homme dans les yeux, ne sort jamais toute seule dès qu'elle a eu ses premières règles et cache son beau visage des regards concupiscents des hommes yéménites.

Elle se marie à l'âge de 15 ans, met au monde sept belles filles et leur donne une éducation religieuse stricte pour qu'elles ne soient pas, dans le futur, une honte pour leur famille. Les sept filles de Sofia suivront les traces de leur mère, ne déshonoreront jamais l'honneur familial, se marieront à l'âge de 15 à 16 ans et vivront heureuses jusqu'à l'éternité...

Entre-temps, Au Népal dans le Himalaya naît chez la famille Kurkur un joli bébé, que ses parents affectueux appelleront Souilah. Le petit Souilah a une santé robuste, il est un peu agité mais s'assagit avec l'âge. Dès l'âge de cinq ans, ses parents le confient à un moine bouddhiste qui lui inculquera une parfaite éducation dans la religion de l'Harmonie Universelle. Conscients des dons mystiques de leur jeune garçon, les Kurkur le destinent à une carrière de moine.

Souilah Kurkur est maintenant absorbé dans les méditation, entouré des mystérieuses brumes du Himalaya...


Omar Khayyâm

31 juillet 2003
L'alibi était presque parfait.

Le plus beau jour de ma vie

L'événement remonte à quelques années. La Libye était sanctionnée par les USA et la tension était à son comble entre l'Administration américaine et le frère Guide de la Révolution Libyenne Moammer Kadhafi, un leader que je considère comme le plus grand nationaliste arabe depuis le temps d'Imroô al-Kaïs. Il est de notoriété mondiale que Le Frère Guide de la Révolution Libyenne du Grand Premier Septembre 1969, Initiateur de l'Ere des Masses, est le premier leader mondial à avoir osé dire en public : «  طز في أمريكا  » (F… America !). Son courage inouï a forcé mon admiration. Ni Brejnev, ni Khrouchtchev, ni même Staline n'a osé lancé un tel défi à Washington, la Mecque de l'impérialisme mondial.

Depuis cet acte de bravoure, je ne rate plus une seule occasion pour écouter ses discours électrisants. D'ailleurs, la chaîne libyenne captée par satellite est ma chaîne favorite. J'aime surtout ces manifestations à un million de personnes où le Frère Guide de la Révolution prend un bain de foule, tout en brandissant un bras d'honneur vers le ciel. Des manifs qui font trembler la Maison Blanche et le Pentagone et donne des sueurs froides au président US en exercice.

Mais le moment à la fois le plus fort et le plus beau de ma vie c'était une manif qui s'est déroulée le siècle dernier à Tripoli. Le Frère Guide de la Révolution était en train de prononcer un discours enflammé adressé surtout au locataire de la Maison Blanche de l'époque, Bill Clinton, lorsque la foule lança un slogan qui glaça mon sang : " كلمة منك يا معمر و الأسطول السادس يتدمر "( Il suffit d'un seul mot de ta part, Moammar, et la Sixième Flotte est anéantie !). C'était un des moments forts de l'Histoire du 20ème siècle, la plus grande menace qui ait jamais pesé sur les Etats-Unis d'Amérique.

Le monde entier retenait son souffle devant cette nouvelle crise mondiale. Les vieux analystes avaient l'impression de revivre la crise de Cuba. La planète Terre était au bord du gouffre. Un mot de plus ou de moins de la part de Kadhafi pouvait déclencher l'Holocauste mondial ! L'Etat-major américain et la Maison Blanche ont passé des nuits blanches pour chercher à répondre à la menace libyenne. La Sixième Flotte était en train de chavirer en Méditerranée et la Marine US avait perdu le nord.

C'étaient des heures et des jours inoubliables pour tout citoyen arabe fier d'appartenir à cette Grande Nation. Le Frère Guide de la Révolution Libyenne du Grand Premier Septembre nous a finalement rendu notre fierté arabe perdue et racheté des siècles d'humiliation. Une chanson de l'époque disait : « We don't need another hero » et moi je répliquais : « Of course, we don't, except my Big Brother Kadhafi ! »

Finalement, Kadhafi n'a pas prononcé le mot fatal et la communauté mondiale a jeté un « Ouf ! » de soulagement. Certes, les Yankees pouvaient enfin dire : « God blessed America ! », mais pour combien temps ?


Omar Khayyâm

29 juillet 2003
Jeu de l'été !

On n'a plus rien à espérer d'eux

C'était donc vendredi 25 juillet qu'a eu lieu le dernier épisode du jeu de TV 7 "Zaba le Tortionnaire©", le but du jeu qui a tenu en haleine de nombreux forumiers consistait à mettre 600 opposants dans une prison, chaque semaine Zaba devait en éliminer un, mais avant les candidats devaient passer toutes sortes d'épreuves : grève de la faim, tortures...

À la fin du jeu, le dernier candidat qui restait et à qui on avait fait miroiter la liberté, ne gagnait évidemment rien...

Zaba, lui, devient millionnaire.

Devant le succès de "Zaba le Tortionnaire©" qui avait fait une audience de 10 millions d'électeurs, TV 7 nous promet encore d'autres jeu dans le même registre avec toujours des mensonges, des trahisons, du sadisme...


HastaSiempre

26 juillet 2003
Vous pensiez vraiment la connaitre ?

So You Think You Know Tunisia ...
Think Again

So You think You Know Tunisia...
"La République démocratique et moderne..."(*)
(* en noir, par "La presse", 25 juillet 2003)

Think again...
"La République dictatoriale et moyenâgeuse..."(*)
(* en rouge, par Astrubal, le 25 juillet 2003)


"La célébration de la fête de la République est un motif de légitime fierté pour tous les Tunisiens. La proclamation de la République était intervenue une année après l'Indépendance, acquise de haute lutte et au prix de sacrifices ininterrompus au fil des générations."

Le 25 juillet, jour anniversaire de la République, est un jour de honte pour les Tunisiens. Acquise au prix de grands sacrifices, la République va être injuriée puis littéralement déchiquetée par salves succéssives.

"Jadis simples sujets, les Tunisiens ont accédé, avec la proclamation de la République, le 25 juillet 1957, à la citoyenneté et ont pris à bras-le-corps le défi de l'édification de la Tunisie souveraine et moderne."

Jadis simples sujets, les Tunisiens devaient accéder, avec la proclamation de la République, le 25 juillet 1957, à une citoyenneté abolissant le règne sans partage d'un monarque gouvernant à vie. Désormais, le président de la République doit être élu par le peuple conformément à l'article 40 de la Constitution -dans sa version de 1959-, lequel limitait également le nombre des mandats du Président à 3 réélections consécutives (nous sommes encore en 1959, chacun appréciera ensuite le chemin parcouru en 2003).

"Certes, le chemin n'a pas été sans difficultés. Le parcours globalement positif des premières décennies de la République a dégagé une volonté manifeste du peuple tunisien d'accéder à un palier supérieur dans l'exercice des règles de la République et de jouir des attributs d'une vie politique évoluée."

Certes, le chemin ne sera pas sans difficultés. De nombreuses tensions surgiront sur le parcours de la jeune République. Tensions qui meneront aux réformes constitutionnelles de 1976 qui confirment, à certains d'égards, le choix Républicain par une redéfinition des rapports entre l'exécutif et la représentation nationale. Des réformes certes imparfaites, mais encourageantes par la place qu'elles accordent aux représentants du peuple. Ceci sans négliger, certes aussi, le gravissime précédent de 1975 relatif à la présidence à vie.

"L'avènement du Changement, à l'aube du 7 novembre 1987, a constitué ainsi un moment fort dans la revitalisation et la consolidation des assises de la République. Grâce à la clairvoyance et à la pertinence des choix du Président Zine El Abidine Ben Ali, l'ère nouvelle a tôt fait d'ériger la souveraineté des institutions de l'Etat de droit, la démocratie et la consécration soutenue des droits de l'homme en choix irréversibles."

Avec l'avènement du changement à la tête de l'Etat (7 novembre 1987), l'on va rapidement assister à l'amorce de la neutralisation, inimaginable à l'époque, des institutions Républicaines. De par les desseins et le non sens des choix de l'ex-général Ben Ali, la nouvelle ère a tôt fait d'ériger le pouvoir absolu et l'Etat de police en attributs de l'Etat tunisien. Dictature et violation des droits de l'homme sont ainsi devenus des choix irrépressibles. Dans une quasi apathie, le JORT du 25 juillet 1988 révèle le premier acte de dépeçage de la République.

"Dès lors, et au fil des réformes politiques, économiques, sociales et culturelles promues par l'ère nouvelle dans son nouveau projet de société, la République Tunisienne a mis en place les ressorts actifs de la libération de l'homme et de la souveraineté populaire."

Dès lors, et au fil des réformes successives dictées par le « nouveau venu », le projet de l'ère nouvelle a consisté dans l'extermination de la République en Tunisie par la mise en place des procédés asservissant l'Homme et réduisant à néant la notion même de souveraineté populaire.

"Le Président Ben Ali a initié une série de réformes législatives et fonctionnelles d'envergure porteuses d'autant d'acquis et de réalisations qui ont achevé de placer la Tunisie dans l'enceinte des pays démocratiques et modernes. Le tout sur fond d'approche consensuelle soucieuse de faire participer toutes les forces vives du pays et toutes les composantes et sensibilités politiques nationales à la gestion des affaires de la Cité."

Le Président Ben Ali a initié une série de réformes législatives et fonctionnelles d'une envergure dictatoriale impensable avant son arrivée au pouvoir. Des réformes qui ont détruit les acquis et réalisations Républicaines et achevé de placer la Tunisie dans l'enceinte des pays tyranniques. Pour réduire la participation des forces vives de la nation dans la gestion de leurs Cités et de leurs pays tout court, celui qui fut triplement élu à près de 100% des voix (en 1989,1994 et1999), ira jusqu'à remettre en question, y compris en droit, la prérogative du peuple de nommer librement ses représentants, ceux-là même qui doivent légiférer pour lui. La dernière réforme constitutionnelle a porté un coup fatal à la souveraineté du peuple en instituant, entre autres, une seconde chambre qui légifère au nom du peuple alors que ses deux tiers sont nommés à la discrétion du Président. Celui qui dans son dernier élan de réforme constitutionnelle fera sauter le verrou de la présidence à vie, prendra même le luxe de constitutionnaliser son immunité judiciaire pendant et après ses mandats présidentiels.

"Aujourd'hui, en fait, la maturation du processus démocratique est telle que la Tunisie se dégage et s'illustre, de l'avis de tous les observateurs, dans le peloton des pays émergents."

Aujourd'hui, en fait, la maturation du processus tyrannique est telle que la Tunisie se dégage et s'illustre, de l'avis de tous les observateurs, dans le peloton des pays les plus répressifs de la planète.

"La République, revigorée par les acquis et les choix précurseurs et avant-gardistes du Changement, constitue désormais le meilleur garant de l'invulnérabilité de la Tunisie, de la souveraineté de ses institutions et du bien-être de son peuple."

La République, déchiquetée par les choix rétrogrades et moyenâgeux du renversement Républicain entamé le 7 novembre 87, constitue désormais la pire atteinte à la vulnérabilité de la Tunisie, à la souveraineté de ses institutions, à l'indépendance de sa justice et au bien-être de son peuple.

"Et c'est tout à l'honneur d'une direction politique éclairée, démocratique et moderniste, profondément convaincue du passionnant et noble objectif qu'elle s'est souverainement assigné : faire accéder la Tunisie au rang des pays développés et faire bénéficier tous les Tunisiens, citoyens libres, des attributs d'une vie politique démocratique et évoluée."

Ceci est à mettre sur le compte du déshonneur d'une direction politique aveuglée et despote, indiscutablement convaincue du vil objectif qu'elle s'est tyranniquement assigné : faire de la Tunisie, -sur la foi des rapports des organisations internationales- un pays des plus décriés de la planète, cantonnant les tunisiens, citoyens castrés, à une vie politique dont les principaux attributs sont la dictature et l'agonie Républicaine.

"Il appartient dès lors à tous les Tunisiens de s'investir pleinement dans la réalisation de ces choix et de redoubler de créativité et d'esprit d'initiative. Pour que la Tunisie demeure toujours invulnérable et agissante dans le concert des nations."

En ce jour anniversaire de la République en Tunisie, il appartient aux tunisiens de s'investir pleinement pour mettre un terme aux choix tyranniques et, ce, en cessant leur passivité et leur manque d'initiative. Pour que la Tunisie ne soit plus vulnérable et rejoigne enfin le concert des nations libres et démocratiques.

Vive la République

Vive la Tunisie


Merci à Sophie d'avoir posté l'article de "La Presse" sur le Forum de TUNeZINE,

j'avoue, depuis longtemps, je ne parcoure plus les articles de "La Paresse".


Astrubal

25 juillet 2003
Pour Saïd Yahyaoui ... et une jeune fille.

Kacem et la mort

C'est qui toi ?

La mort t'es simple et facile. Pas compliquée. Pour moi, tu arrives quand tu voudras ... arrive...

Oui tu peux choisir à midi peut-être. La nuit...c'est mieux, tu me trouves seul à la maison, derrière cette machine...

Écoute, les yeux dans les yeux je n'ai pas peur de toi, mais non, parce que je crois que ma fin est entre tes bras.

Mais laisse-moi te dire une chose, je mourrai la tête haute, je mourrai digne, je mourrai libre, je mourrai en plein jour et je mourrai en pleine rue devant les yeux de nos mères.

Tu peux arriver n'importe quand et n'importe où, mais un jour de démocratie je le survivrai en pleine capitale.

Tu prends les gens comme ça, les bons et les mauvais, sans merci, sans rien demander et sans invitation, tu entres chez nous...t'as le droit et nous n'avons plus de choix.

Fragile toi, comme la neige...froide comme de la glace, tu vides les places comme ça sans rien dire. Tu casses les histoires d'amour, tu casses les vies des oiseaux et celles des hirondelles...

Noire cette nuit, le ciel est gorgé d'oiseaux noirs, les yeux des filles à moitié fermés sont pleins de larmes chaudes... Sans pitié tu agis et sans même le dire, tu arraches les cœurs de leur place pour les faire brûler entre les pierres... Tu viens quand tu veux... Je suis là ... Devant toi... Merci, je t'aime ma mort.

Pourquoi tu sautes d'une maison à l'autre ? Mais ravage ! Vas-y, les champs sont pour toi seule, toi l'invisible et toi seule qui a le droit... Mais ne touche pas cette jeunesse, qui saute vers toi à travers les mers et les bateaux...comme si tu les séduisais.

Arrête ceci s'il te plait n'approche plus de ma belle jeunesse, c'est pour elle que j'écris et c'est à elle de chosir la façon de mourir...

Quitte ce lieu et n'approche plus de nos jardins d'enfance...

Quitte ce lieu et n'approche plus de nos roses de noce.


Kacem

22 juillet 2003
Ci-gît celui qui gît ...

Je suis d'ici (traduction)

Tu me demandes qui je suis
Je te réponds :'je suis d'ici'

Je suis celui qui se dresse
Dans tous les coins
Je suis celui qui arrive
Sans prévenir
Je suis le témoin de ces temps

Je suis celui auquel
On ne réserve pas sa place
Je suis chômeur jusqu'à
La retraite ou que je trépasse
Je suis le chambellan
Je suis l'aide, je suis l'assistant

Je suis celui qui ne monte pas en voiture
Je suis celui qui ne possède pas d'immeubles
Je suis client de la mosquée
De la prison et des gargotes

Je suis l'ignorant paresseux,
L'arriération et la léthargie
Je suis la cause de l'échec
Et la justification de
La vindicte du responsable

Je suis l'adolescent, je suis, à la dérive,
Je suis l'interdit, je suis celui qui
Face à l'oppression ne trouve pas protecteur
Je suis le paria, l'oublié, le réprimé

Je suis le danger que toutes les forces de l'ordre
Surveillent
Je suis celui pour lequel sont entraînés les
Chiens policiers
Je suis l'ennemi et je suis la Cause

Je suis celui auquel
On refuse ses demandes
Je suis celui à qui
On promet monts et merveilles
Je suis celui sur qui sont
Appliqués tous les châtiments

Je suis l'ignoré des droits de l'homme
Je suis celui qui ne sied pas
A la logique des temps
Je suis l'asservi, je suis l'humilié

Je suis l'invendu dans les souks
Je suis l'être humain qui est
Dépossédé de ses droits
Je suis l'ignoré
Je suis l'écrasé

Je suis celui qu'on renvoie
Je suis celui qu'on élève
Par la punition
Je suis celui qui demande
Et auquel on ne répond pas

Je suis celui pour lequel
Sont bâtis les tribunaux et les prisons
Je suis celui pour lequel
Est réformée la constitution
Je suis celui qui représente des millions

Je suis la cause de tous les maux
Je suis le carburant de toutes les dissensions
Je suis le superflu dans ce pays

Je suis la paume des mains applaudissant
Je suis la foule massée des côtés des rues
A moi appartiennent les bulletins
dont sont bourrées les urnes des élections

Je suis le maladroit
Je suis celui que l'on accuse
De légèreté et d'extrémisme
Je suis la cause du despotisme
Et l'excuse de l'arriération

Je suis l'éternel perdant
Je suis le responsable de tous les maux
Je suis le porteur de tous les malheurs

Je suis le citoyen exclu
Je suis l'étranger dans ma patrie
Je suis le déchet du genre humain

Je suis la plaie saignante de ce pays
Je suis son sang qui coule aux bords du temps


Decepticus

19 juillet 2003

أنـــــــــــــــــــــــــا

أنا

أنا لو سألتني من
أنالأجبت أني من هنا

أنا الواقف في كل الأركان
أنا القادم بلا استئذان
أنا الشاهد على هذا الزمان.

أنا الذي لا تحجز له المقاعد

أنا العاطل إلى سن التقاعد
أنا الحاجب أنا العون أنا المساعد.

أنا الذي لا يركب السيارة
أنا الذي لا يملك عمارة
أنا حريف المسجد أو السجن أو الخمارة

أنا الجاهل الكسول
أنا التخلف و الخمول
أنا سبب الفشل و تعلة نقمة المسؤول.

أنا المراهق أنا المنساق أنا المحجور
أنا الذي لا يجد من يرد عليه الجور
أنا الزائد أنا المنسي أنا المقهور

أنا الخطر الذي تحاصره التدابير الأمنية
أنا الذي تدرب من أجله الكلاب البوليسية
أنا العدو و أنا القضية

أنا صاحب المطلب المردود
أنا الذي تبذل له كل الوعود
أنا الذي تطبق عليه كل الحدود

أنا الساقط من حقوق الإنسان
أنا الذي لا ينسجم مع منطق الزمان
أنا المستعبد و المهان

أنا الرافض لحرية التعبير
أنا الخارق لقواعد الحوار و التدبير
أنا المستخف بالمصير.

أنا البضاعة الكاسدة في السوق
أنا الإنسان المجرد من الحقوق
أنا المهمش أنا الممحوق.

أنا الذي يرد على الأعقاب
أنا الذي يربى بالعقاب
أنا الذي يسأل و لا يجاب.

أنا الذي تشيد من أجله المحاكم و السجون
أنا الذي يحور من أجله الدستور و القانون
أنا الذي يعد بالمليون

أنا سبب كل المحن
أنا مؤجج كل الفتن
أنا الزائد في هذا الوطن.

أنا كف التصفيق
أنا الجموع التي ترصف على جوانب الطريق
أنا صاحب الأوراق التي تحشى بها الصناديق.

أنا الذي لا يحسن التصرف
أنا المرمي بالإنفعال و التطرف
أنا سبب الإستبداد و حجة التخلف

أنا الخاسر في كل القضايا
أنا المسؤول عن كل الخطايا
أنا المتحمل بكل الرزايا.

أنا المواطن المقصي
أنا الغريب في وطني
أنا حثالة الجنس البشري

أنا
أنا جرح هذا الوطن
أنا دمه المهدور على قارعة الزمن


المختار اليحياوي

18 juillet 2003

Takriz m'a donné la foi, TUNeZINE m'a rendu la voix

J'ai grandi en silence. Comme tout "bon" tunisien je mangeais, j'étudiais, je jouais, je dormais. J'essayais de profiter du peu d'activités intéressantes que je trouvais, et je regardais la télé à défaut. Mais quelque chose me manquait, je ne savais pas quoi exactement mais je le ressentais, un vide présent. Je n'étais pas satisfait de ma situation de parfait mouton dans le troupeau, alors je m'isolais dans ma solitude, et j'interrogeais les nuages.
Les années passaient.

Hormis quelques légers hobbies, toute chose était pour moi vide d'intérêt. Et je désespérais.

Dans un pastiche d'Umberto Eco, ce dernier explique que pour apprécier la vie il faut se convaincre qu'elle est pleine de grands vaillants qui valent la peine d'être connus et côtoyés, et pour se préparer à la mort il faut se convaincre que tout le monde est minable et qu'il n'y a rien à tirer de l'existence.

J'étais persuadé que les grands vaillants existaient. Mais je ne les trouvais pas, pas autour de moi. Ou ils étaient là mais se faisaient discrets, ils s'enterraient vivants dans un pays réprimé. Alors je continuais à tracer mon chemin seul, en fuyant dans mes passions, dans mes rêves. Je me désintéressais de plus en plus de tout ce qui est tunisien, sauf de l'amour de la patrie.

Jusqu'au jour où j'entendis courir des bruits concernant un site web tunisien pas comme les autres. Il s'appelait "Takriz.org" paraît-il. Pppff me dis-je, encore du ridicule tunisien. Quelle erreur de préjugé ! Nature tunisienne ?
Vint une période pendant laquelle je dûs rester enfermé dans ma chambre. Je n'arrivais à m'évader qu'à travers internet. A force d'ennui je fis un tour par ce Takriz. Ce fut presque une révélation. C'était l'oeuvre de grands vaillants, mais ces derniers n'étaient plus là. Le site n'était plus qu'un cadavre. Je l'ai lu et tourné dans tous les sens. Mais il était inanimé. Puis il a fini par disparaître en se désintégrant complètement.

Depuis je suis parti à la chasse dans les espaces tunisiens sur le web. Ceux que je cherche ne trouvent-ils pas vie que dans cet univers ? Takriz m'a donné la foi.
Mais à chaque fois que je passe sur un site, je ne trouve que des cendres dans des ruines désertes, ou alors des insectes qui mordillent des déchets. Les espaces de discussion que je visitais s'efforçaient à ne discuter que la couleur de la robe d'Hillary ou alors affichaient sur leur porte "forum fermé pour cause de dérapages". Comme si on avait ouvert une cocotte sous pression et voyant que le bouillon giclait avec force on s'empressait de la refermer aussitôt.

Alors j'ai laissé tomber cette quête. La vie n'est pas sur internet me dis-je.
Je retournai dans mes nuages et je me renoyais dans un silence assourdissant.

Après quelque temps, j'entendis parler d'un nouveau phénomène qui brûlait l'actualité des médias clandestins : TUNeZINE. Cette fois ça ne m'intéressait plus.

Mais...

Une fois en passant, j'ai jeté un coup d'oeil sur le forum du site. Rien d'exaltant à première vue. Encore un panier à crabes ?
En regardant d'un peu plus près, en m'avançant un peu plus, j'entrevis une lueur. Ils étaient là ! Assis tranquillement à l'arrière-boutique, ils ne parlaient que quand il fallait, avec ce qu'il fallait. Je reste pour les observer. Oui ce sont eux !

Je patiente, je les écoute. Les sages de la maison. On se fait rapidement disciple de ces maîtres du savoir et de la pensée. On veille à percevoir leur parole entre le bavardage du reste de la classe. Quelle joie ! Joie néanmoins poivrée par un chagrin, le chagrin d'une absence qui se fait ressentir.

En découvrant cette maison aux portes ouvertes on apprend à apprécier les autres hôtes et à les côtoyer.

Certains y voient une université. Moi j'y vois une rue. Une rue où on a déchiré le bâillon, une rue libre de circulation, une rue où on trouve tous les tunisiens avec leurs différents états d'esprit, leurs différentes facettes.

Une rue que survolent les colombes, et je ne me lasse pas de les regarder planer. Des colombes élancées sous la bienveillance d'une rose, La Rose, El Warda. Il ne sert à rien de mettre à terre celui qui les a lâchées, car désormais elles volent. Elles volent dans les @irs.

Une rue où on est écouté quand on parle, où on est compris quand on explique, où on est corrigé quand on se trompe. TUNeZINE m'a rendu la voix.
La rue, on l'appelle aussi la troisième école. Malheureusement c'est une rue exilée dans le virtuel et j'espère la voir un jour jaillir dans le réel.

J'y vois aussi une arche. Une arche construite par un Ettounsi inspiré par Noé pour maintenir en vie les esprits, où n'embarquent que ceux qui gardent la foi, pour repeupler un pays après le déluge.

TUNeZINE est l'incarnation d'une Tunisie confisquée.

Aujourd'hui le forum TUNeZINE a deux bougies, mais des dizaines de coeurs, peut-être des centaines et bientôt, je l'espère, des milliers. Tous ces coeurs portent des bougies, qui maintiennent une lueur, et qui en se rassemblant petit à petit, éclaireront les ténèbres.

TUNeZINE c'est aussi un Café. Un Café qui a ses habitués, ses occasionnels, ses passants. Un Café avec ses cultivés, ses intelligents, ses polis, mais aussi ses impolis, ses idiots, ses imbéciles. Un Café avec des bavards, des réservés, des chamailleurs, des éloquents...et des indics !

Mais ce n'est pas un Café où on n'entretient que le discours des stades. C'est un Café où on discute, on débat, on lit, on échange. C'est un Café où on s'énerve, on se console, on énonce, on dénonce, on se moque, on se heurte, on partage, on ricane, on apprend, on s'instruit, on s'enrichit, on délire, on s'informe, on crie, on pleure, on rit...on vit !
Et ce ne sont pas des boissons conventionnelles qu'on y sert, mais des substances qu'on consomme volontiers jusqu'à l'overdose, qui créent des dépendances fortes, et qui ne manqueront pas d'attirer l'attention des brigades des stups.

C'est grave docteur ?

Dédicace à Ettounsi.


Walid [eFighter]

11 juillet 2003
Clap !

Stop... Silence ... Je tourne la Cassation

Debout (le juge entre, il s'assoit tranquillement, ouvre le dossier)

Oui ou non ? - 12.3 ko
Oui ou non ?

La cour est ouverrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrte

Juge (vers ZY) : Nom et Prénom.
ZY : Ettounsi wild ettounsi wi Ettounsia (affaibli... il se tient mal debout)
Juge (vers ZY) : Ton âge.
ZY : 305 mois et 2 jours.
Juge (avec calculatrice) : Ton âge en ans.
ZY : 1 an de prison + 14 de chômage+ 20 d'études.
Juge (avec la calculatrice) : Je ne trouve pas le même résultat... Tu est marié ?
ZY : Oui...............
Juge : Ta femme d'où vient-elle ?
ZY (il trouve un peu d'énergie) : des îles ; des montagnes lointaines.
Juge : Est-elle belle ?
ZY :..................(Silence)......(il s'assoit)...(perd de l'énergie).
Avocat : Monsieur le président ; Sophie est belle et elle a 200 mois.
Juge (Vers Zouhair) : Tu l'aimes ou non ?
ZY (n'a rien compris de cette cassation) : Oui... mais quoi, c'est une cassation ou un mariage ?

L'assistant se penche vers le juge, mais il se retire brusquement (le Juge est encore ivre).

Le juge (à l'assistant) : 17 bières et 1 Mornag … c'était trop bien.
Juge (vers la cour) : Mariage in the first... .T'as invité les musiciens ?
ZY (tient sa tête entre les mains) : Oui... Vous voulez quoi au juste ?
Avocats : Toute l'équipe est là : TIZ avec le violon ; Omar El Khayyâm avec le saxophone apparaît...

Le deuxième assistant chuchote à l'oreille du Juge : tu fais quoi au juste ?
Le juge : 17 bières et 1 Mornag hier, quand j'ai reçu le dossier de ZY. Comment tu veux que je puisse tenir cette cours en totale conscience ?
Le juge (vers la cour) : Où est-elle ?

Sophie se faufile entre les journalistes et s'adresse devant la cour.

Le Juge : Maaaaaaachaa Allah` ; Machaaaaaaaachaa Allah
ZY : Arrête cette cour et arrête de draguer ma femme.
Abdel Wahab Hani (chuchote à ZY) : Calme-toi ; le juge est ivre et il veut se sortir de ce dossier le plus vite possible........

Les yeux de ZY bougent comme dans les dessins animés......

Les soeurs de Zouhair entrent avec des plateaux de gâteaux....elles les placent devant le juge ; le juge commence à goûter les baklawas....il mange ; l'assistant à gauche fait de même tout en cachant ses intentions ; les journalistes commencent à chuchoter entre eux, un peu de bruit dans la salle.......

Le Juge : Silence, je tourne la cassation... pardon le mariage...
Alllllllfathihaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

Tout le monde les mains de devant commence à lire la FATIHA avec le juge ; l'assistant de droite du juge a déjà terminé le contrat de mariage et le passe au juge...

Le procureur : C'est impossible ; c'est anormal c'est irresponsable ; mais qu'est-ce que vous faites monsieur le président ?
Juge (très fort) : Ta gueule salopard, ou bien tu quittes immédiatement la cour ; c'est moi le juge… Assied-toi immédiatement ; ne parle plus, tout ceci est à cause de vous...(le juge prend un verre d'eau).

Abdel Wahab Hani a une bouteille de Whisky sous sa robe ; il s'approche de la tribune et montre la bouteille au juge ; le juge fait entrer sa tête sous l'épaule de l'avocat et prend une bonne gorgée... cette gorgée est fatale pour le procureur... AWH se retire en arrière ; le juge se met debout.

Juge : Ehhhhhhhhhhh toi, procureur, Go out... immediately... fuck you... and the fucking judgement.........(il commence à parler en anglais).

Le juge : Où sommes-nous arrivés ?..........
AWHani : Nous avons lu la Fatiha... distribué le gâteau ; reste votre déclaration finale monsieur le juge.....
Le Juge (s'assoit frotte son visage ; chuchote avec ces assistants).

Le monde à la cour reste bouche bée ; voilà que TBH entre avec la caméra... et commence à tourner le visage de Sophie.

Sophie (énervée) : Tu fais quoi toi ? C'est pas maintenant.
TBH (la caméra encore sur l'épaule) : Sophie que sentez vous ?.....
Sophie : arrête-moi tout ça ; je n'ai rien compris.

Le juge se met débout ; comme s'il a envie de pisser...
Il fait des grimaces ; comme s'il veut sortir de la cour et laisser tomber tout le monde.

AW Hani, l'avocat le plus vigilant de toute l'histoire de la Tunisie comprend très vite les choses et s'approche du juge avec un sac de plastique.Sur la tribune la gueule du juge est sur l'épaule de AWH, les deux hommes sont complètement collés l'un à l'autre. Le juge est entrain de pisser dans le sac de l'avocat. TBH tourne la scène et le visage du juge comment il redevient normal, donc ivre... .La délivrance s'est bien terminée ; le juge s'assoit tranquillement et AWH passe le petit sac à son assistant pour le faire sortir à la vidange.

LA CASSATION EN DIRECT...ACHETEZ VOS BILLETS !

La cour recommence

Le Juge (vers ZY) : Veux-tu avoir Sophie Elwarda comme épouse ?
ZY (les mains sur la tête) : OUI... monsieur le président.
Le Juge (vers Sophie) : Veux-tu avoir Zouhair comme mari ?
Sophie : Oui, monsieur le président

Le juge : Embrasse ta femme devant tout le monde ; Restez dans la position bouche-à-bouche jusqu'à nouvel ordre.

ZY et Sophie bouche-à-bouche : le juge avec le marteau compte et frappe sur le bureau... tout le monde avec lui...1 - 2 -3 -4 - 5 -6 -7 -8 -9 -10.

Après ce long bouche-à-bouche ; Zouhair tombe dans un coma... TBH a toujours dans sa poche une petite bouteille de parfum... mais la caméra étant lourde, il cherche la bouteille en tournant la scène et blesse Sophie au niveau de son oreille gauche ; AWH, avec sa bouteille de Whisky sauve Zouhair de la mort.

Sophie blessée tient son oreille gauche ; sachant que cette fille n'écoute pas avec son oreille droite... elle ne peut plus écouter le jugement. AWH, l'avocat terrible, derrière l'ivresse du juge l'a convaincue de dire toujours oui quelque soit la question.

TBH veut avoir une interview du juge : il s'approche de la tribune en face du et pose la question.

TBH : Monsieur le président comment vous voyez la fin de la cour en cours.
Le Juge : La fin de la cour est connue par tout le monde, ça passe ou ça casse.

À cet instant-là, TBH comprend que le juge est ivre, mais AWH est trop vigilant et s'approche de deux hommes en s'adressant a TBH.

AWH : Casse-toi avec cette merde de caméra.....
TBH : Monsieur AWH, comment vous.........
AWH : Je n'ai pas de réponse...

La foule s'occupe de Zouhair et Sophie ; AWH Hani passe la bouteille au juge ; deux gorgées encore ; le juge appelle TBH pour poursuivre l'interview.

Le juge est devenu trop ivre et il ne comprend plus la suite du programme de AWH ; TBH n'a rien compris du plan ; comme journaliste, il veut tout savoir et transmettre l'information au peuple Tunisien ; l'homme est dédié totalement à son métier... .Sophie a compris les intentions de AWH et s'approche de TBH, lui proposant de transmettre le nouveau clip de RT parlant de l'immigration clandestine de poisons ; TBH ne veut rien savoir ; la question pour lui est de mort ou de vie pour le canal du dialogue : transmission en direct... .Sophie coupe les câbles des caméras et arrache la perche de TBH.Le juge n'a rien compris ; AWH Hani le place à sa place tranquillement.

Le juge frappe avec force sur son bureau ; tout le monde se tranquillise ; le juge ouvre de nouveau le dossier :

Le juge : Où sommes-nous arrivés ?
AWH : Le bouche-à-bouche est terminé.
Le juge : Je veux encore qu'ils répètent le bouche-à-bouche.

1-2-3-4-5-6-7-8-9-10............................... Le monde applaudit et en rythme.

Cette fois-ci la Française Sophie n'a rien compris et sa tête commence à avoir mal de la situation et surtout ZY a mal aux lèvres... elle tombe par terre, mais les yeux encore ouverts... elle demande d'accélérer le jugement.

Le Juge (vers Sophie) : Débout... vite, ou bien tu sortiras d'ici sans mari.

La fille cherche les forces restantes et à l'aide des soeurs de Zouhair elle se met débout.

La mère de Zouhair apporte une jolie robe blanche et fait déshabiller Sophie (pas totalement bien sûr) Sophie porte déjà la robe de noce, mais elle n'écoute rien autour d'elle.....................

Le Juge (frappe sur la tribune) : Je déclare... je déclare (tout le monde débout et en silence) que Sophie Elwarda et Zouhair Yahayoui......

Ici AWHani coupe : Monsieur le Juge ; c'est pas Sophie Elwarda c'est Sophie Scaniesse..............

Le Juge (à son assistant) : il faut refaire le contrat vite... Où sont les musiciens ?..........
TIZ et OK : Tan tran tan... tan tran... Trafffffffl Taf taf taf tafat......

La Cassation par la libération de ZY marié.

Epilogue (Omar Khayyâm)

Mystère : pourquoi Zouhair est-il tombé dans le coma après avoir embrassé Sophie ? Est-il allergique au chewing-gum de Sophie ? À sa marque de dentifrice ? Ou bien Sophie a-t-elle serré tellement fort qu'elle a étranglé le bien-aimé ? Le réalisateur n'a jamais voulu expliquer le mystère. C'est aux cinéphiles et téléspectateurs d'imaginer une explication.


Kacem

11 juillet 2003

Des pensées pour Zouhair

C'est à priori une journée ordinaire qui commence. En effet rien ne l'annonce comme une journée spéciale. Je me lève, j'assouvis mes tâches quotidiennes.

J'ai besoin de descendre à la cave pour une petite affaire.

Le bruit rauque que dégage la porte qui me sépare du gouffre me met déjà mal à l'aise. Je l'ouvre, je descends les marches comme si j'abordais l'enfer. Je suis en bas.

Je retiens mon souffle pour ne pas aspirer l'air humide et puant qui règne. J'esquive les toiles d'araignées. La probable présence d'insectes et autres bestioles immondes met en avant ma phobie qui paralyse mes pas. La faible lumière accentue l'aspect terne de l'endroit que j'ai envie de quitter au plus vite.

Et là je m'arrête, pensant à Zouhair, et à l'endroit qui l'enferme. J'essaye d'imaginer comment il peut vivre sa situation. Je libère ma respiration pour sentir l'atmosphère dégoûtante. J'ai du mal à m'en emplir les poumons. J'essaye d'imaginer la petite pièce toute noire, je n'ai pas le courage d'éteindre la lumière pour le vivre.

Je m'empresse de finir ce que j'ai à faire et je retourne vers les escaliers que j'enjambe quatre à quatre. Je sors et je referme la porte derrière moi en espérant barricader cet endroit fantômatique et sorcier. Je reste là, immobile. Ca n'a duré que quelques secondes. Qu'est-ce que cela donnerait si ça devait durer une heure ? Une nuit ? Des jours sans interruption ? Deux ans ? ? ! !

Comment prétendre comprendre ? Comment prétendre pouvoir imaginer ?

Je reprends ma marche. Ce n'était pas l'expérience d'un supplicié de l'injustice, mais un cauchemar, un tout petit cauchemar qu'on chasse en ouvrant les yeux.

Je prends mon vélo pour aller faire un petit tour. Je sillonne les rues en regardant les gens dans leurs différents états, je regarde la vie suivre son cours. Je passe à côté d'une place où des enfants jouent, je vole le son de leurs rires et de leurs cris pour les garder dans mon coeur, pour qu'ils m'accompagnent dans ma ballade. J'apprécie le vent qui souffle sur mon visage et les rayons de soleils qui caressent ma peau. L'air ! Le soleil !

Je m'éloigne des environs urbains. J'approche un cours d'eau qui traverse un champ de verdure, je tends l'ouïe pour capturer les chants des oiseaux qui se cachent dans les arbres.

Et je pense à Zouhair.

Comme pris par une peine, je porte un dernier regard sur l'horizon et fais demi-tour pour rejoindre mon logis.

Pour m'enfermer.

Je rentre. Je me sers de l'eau fraîche qui tue ma soif sans pitié.
Je m'allonge. Je mets un peu de musique.
Et j'apprécie, en pensant à Zouhair.

Des gestes simples qui font la beauté de la vie, pas la beauté illusoire et éphémère, mais la vraie beauté et joie de vivre.

Tous ces instants je les dédie à Zouhair. Je les redéroule dans ma tête pour que ma pensée les lui envoie, en espérant qu'elle pourra percer la cage de Faraday morale qui l'isole.
Ou peut-être que sa pensée à lui passera les prendre. Ils peuvent toujours enfermer son corps, ils ne pourront jamais encager son esprit, et ses rêves.

Que puisse un ange les lui porter dans un songe. S'il peut encore y avoir des songes.

Paix à toi Zouhair.


Walid [eFighter]

8 juillet 2003