Plainte contre le secrétaire de l'ère cédée

Me Mohamed
Néjib Hosni

Un collectif d'avocats constitué pour la défense du juge Mokhtar Yahyaoui, suspendu de ses fonctions pour avoir publiquement dénoncé ''la situation catastrophique'' de la magistrature tunisienne, a porté plainte samedi pour diffamation contre Ali Chaouch, secrétaire général du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) au pouvoir. Les huit plaignants, a précisé l'un d'eux, Me Néjib Hosni, considèrent que les propos tenus par le responsable du RCD lors d'un débat télévisé le 17 juillet ''portent gravement atteinte à l'honneur de (leur) client et constituent une infraction à la loi'' en violant le secret de l'instruction. Ali Chaouch a avait défendu la thèse officielle attribuant l'attitude du juge Yahyaoui à la déception d'avoir perdu un procès l'opposant à un ''citoyen ordinaire'' au sujet d'un terrain agricole. Le secrétaire général avait également affirmé que le magistrat était poursuivi pour avoir renversé une personne au volant d'une voiture non assurée. Mokhtar Yahyaoui comparaîtra le 2 août devant le Conseil de discipline de la profession pour avoir, avec sa lettre ouverte au président Zine el Abidine ben Ali, enfreint l'obligation de réserve et ''porté atteinte à la déontologie du corps auquel il appartient''.

Source AP. Tunis, samedi 28 juillet 2001 .
Texte de la plainte



Tunis, samedi 28 juillet 2001 .
HRW : Pressions et harcèlement

Tunisie: Pressions sur le judiciare
et harcèlement des défenseurs des droits de l'homme

D'après les déclarations d'organisations de défense des droits de l'Homme, le contrôle du système judiciaire et la persécution des défenseurs des droits de l'Homme sont deux des piliers de la répression étatique en Tunisie. En publiant leur rapport sur les défenseurs de droits de l'Homme en Tunisie, Human Rights Watch et l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme apportent leur soutien à la courageuse lettre ouverte du juge tunisois Mokhtar Yahyaoui. Dans cette lettre, le juge Yahyaoui déplorait que les juges en Tunisie soient "obligés de rendre des verdicts dictés par les autorités exécutives." Après la publication de cette lettre, le juge Yahyaoui a été immédiatement suspendu de son poste, une décision dénoncée par les associations. L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, est un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Ce rapport est publié à l'occasion d'une conférence de presse organisée par quatre députés du parlement européen - Harlem Desir, Olivier Dupuis, Roselyne Vaschetta, Helene Flautre - qui ont récemment été en Tunisie. Cette conférence aura lieu le 26 juillet à 11 h au Bureau d'information du Parlement européen. Dans le rapport, intitulé "Tunisie: Le procès contre la ligue des droits de l'Homme: un affront à tous les militants", Human Rights Watch et l'Observatoire pour la protection des défenseurs de droits de l'Homme démontrent la manipulation de la justice par le pouvoir tunisien, qui l'instrumentalise pour contrer les activités de défense des droits de l'Homme. Le 21 Juin, la Cour d'appel de Tunis a confirmé la décision du tribunal de première instance annulant les élections du congrès de la ligue tunisienne des droits de l'Homme. Ce congrès avait élu démocratiquement un comité directeur déterminé à dénoncer publiquement les violations des droits de l'Homme. Dans le même jugement et paradoxalement, la Cour d'appel ordonnait à ce même comité d'organiser de nouvelles élections. Depuis la décision de la Cour d'Appel, le comité directeur de la ligue a continué à dénoncer les violations des droits de l'Homme, ce qui lui a valu une convocation du Ministère de l'Intérieur qui lui a interdit toute activité autre que l'organisation de nouvelles élections. Le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), autre organisation phare dans le domaine des droits de l'Homme, demeure illégale et ce suite à une décision de 1999 du Ministère de l'Intérieur rejetant sa demande d'autorisation. Le CNLT a porté cette affaire en justice il y a plus de deux ans. Mais preuve que la justice n'est pas indépendante, la démarche du CNLT est restée sans réponse. Les tribunaux tunisiens continuent de harceler et de condamner les membres du CNLT. Sihem Ben Sedrine, représentante du CNLT a été incarcérée il y a exactement un mois pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles, suite à sa critique du système judiciaire tunisien. La loi tunisienne, en violation du droit à la liberté d'expression, prévoit que ces chefs d'inculpation entraînent des peines de prison. Le juge en charge du dossier a usé de son pouvoir discrétionnaire pour placer Sihem Ben Sedrine en détention provisoire. Membre du CNLT, Moncef Marzouki est également victime de l'arbitraire judiciaire. La peine d'un an de prison à laquelle il a été condamné pour avoir été reconnu coupable de diffamation et d'adhésion à une association illégale, en l'occurrence le CNLT fait l'objet d'une procédure d' appel par le procureur de l'Etat qui la considère trop clémente. Le 24 juin, la Cour d'appel de Tunis a remis l'examen de ce cas au 29 septembre au motif que le verdict du procès de première instance manquait au dossier. Ce report est utilisé par les autorités comme un prétexte pour empêcher Marzouki de quitter le territoire et lui fait courir le risque d'être incarcéré à tout moment. Human rights Watch et l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme considèrent que "la liberté des défenseurs des droits de l'Homme et l'indépendance des juges constituent deux conditions essentielles pour la protection des droits des citoyens" et que "le gouvernement tunisien devrait les garantir plutôt que les réprimer."

Rapport Mondial 2001 - la Tunisie

Source : HRW. New York, jeudi 26 juillet 2001 .
CIMAT : Déclaration de constitution

Centre pour l'Indépendance
des Avocats et de la Magistrature en Tunisie

Présidence d'honneur : Me Mohamed Chakroun et Mme Sihem Bensedrine
Adresse : 33, rue Mokhtar Attia, Tunis
Téléphone : (01) 256 647 - (01) 340860 Fax : (01) 351851
ymonour@hotmail.com


Considérant la législation tunisienne telle qu'elle est définie par les dispositions de la Constitution tunisienne et le code régissant la profession d'avocat, dans volonté d'instaurer l'indépendance de la magistrature et des avocats et considérant les principes fondamentaux des Nations-Unies relatifs à l'indépendance du pouvoir judiciaire et de l'avocat en tant que garants d'une justice équitable, s'opposant à l'injustice et aux atteintes aux droits et aux libertés,
Répondant aux demandes répétées émanant du Comité national des Avocats, de l'Association des Magistrats Tunisiens, et de l'Association des Jeunes avocats appelant à l'indépendance de la magistrature et des avocats, y compris à travers leurs pétitions, leurs communiqués et les appels émanant des forces vives du pays et des activistes des droits de l'homme afin de garantir les conditions d'une justice équitable et ce après avoir enregistré des atteintes graves dans l'exercice de la magistrature durant les dernières années.
Convaincus que le problème de la magistrature et des avocats n'est pas circonstanciel mais fondamental et essentiel, étant donné qu'il est lié à la garantie de la justice. La solution qui devrait en être apportée doit être recherchée de façon sérieuse et profonde, loin des réactions ponctuelles vu surtout la situation dans laquelle se trouve l'institution judiciaire et celle des avocats dans notre pays, une situation qui a fait perdre au citoyen toute confiance dans la justice et dans la garantie de sa vie, sa liberté et ses droits et sa propriété.
La question de l'indépendance de la magistrature et des avocats est devenue un des dossiers nationaux qui ont préoccupé les hommes de barreau et de la magistrature, les universitaires et toutes les forces de la société et de ses composantes. C'est ce qui exige la coopération de tous pour traiter cette question sur des bases scientifiques et méthodologiques
Nous les soussignés, déclarons la fondation d'un Centre pour l'Indépendance de la Magistrature et des Avocats en Tunisie (CIMAT). Il s'agit d'un centre spécialisé qui s'emploie à unifier les actions de tous les juristes qu'ils soient des magistrats, des universitaires ou des avocats, désirant entreprendre des études et des recherches dans les questions relatives à la magistrature et du barreau. Il s'emploie aussi à encourager les vocations qui veulent s'investir dans ce domaine, en leur assurant leur formation et leur promotion selon les méthodes scientifiques et techniques les plus avancées. Il s'emploie aussi à défendre le pouvoir judiciaire et des juristes et à leur promotion conformément à la Constitution du pays et aux normes et aux règles internationales, et ce en vue de consolider les droits de l'homme, d'assurer leur protection, d'instaurer la justice et l'état de droit dans notre pays, et ce en coopération avec les institutions nationales et internationales concernées.

Le Coordinateur : Mohamed Néjib Hosni

Tunis, jeudi 26 juillet 2001 .
Ce n'est qu'un début !

A l'occasion de la journée de solidarité avec Sihem ben Sedrine, deux cent personnes ont répondu à l'appel au rassemblement devant la prison civile des femmes de La Mannouba. Ce sont pour la plupart des défenseurs des droits de l'homme ainsi que nombre de personnalités ce la société civile qui se sont rassemblés appelant à la libération de cette grande militante porte-parole du CNLT, à l'élargissement de tous les prisonniers politiques et à la proclamation d'une loi d'amnistie générale. Empêchés de tenir leur rassemblement, ils ont été pris à partie par un nombre impressionnant de policiers zélés et faisant montre d'un acharnement sans précédent. Parmi les manifestants se on a noté la présence de Mohamed Talbi, Khédija Cherif, Naziha R'jiba ( Oum Ziad ), Me Saïda Akermi, Moncef Marzouki, Omar Mestiri, qui ont été, parmi tant d'autres insultés et tabassés. Les motards de la police ont ensuite engagé une chasse à l'homme contre les manifestants n'hésitant pas à les bousculer et à les jeter par terre sous les regards étonnés des passants. Cette opération de répression et d'intimidation n'a pas réussi à entamer la détermination et le courage des amis de Sihem qui ont continué à défier les services ce sécurité et scander l'hymne national. Pour Moncef Marzouki, la démocratie a réussi une avancée en investissant et occupant cet espace public primordial qu'est la rue. Ce n'est qu'un début.

Chokri Hamrouni. Paris, vendredi 27 juillet 01 .