Cartes sur table avec Mme Faïza Kefi

La tâche la plus ardue n'était pas d'interviewer Mme Kefi, mais d'échapper aux grandes oreilles de Ben Ali. En effet, Paris grouille de flics et d'indicateurs tunisiens. C'est grâce à mon ami Michel, barman à l'hôtel Ritz, que cette interview a pu avoir lieu. C'est lui qui a tout organisé. Le scénario était très simple. J'ai réservé une table dans un resto italien peu fréquenté par les Tunisiens. Je devais y attendre Mme Kefi, le temps que Michel la fasse " disparaître " de l'hôtel Ritz. Elle était sortie discrètement de l'hôtel par la porte de service et c'est Michel qui l'a conduite jusqu'au restaurant italien. J'ai préparé une petite surprise à l'intention de mon invitée. Après les salutations d'usage et les présentations, je lui ai présentée mon modeste cadeau. Il s'agit, en fait, de deux cadeaux : " Notre ami Ben Ali " et " Supplice tunisien. Le Jardin secret du général Ben Ali "(par Ahmed Mannai). Elle était très émue et touchée par ce geste inattendu.

Faiza Kefi (elle avait les larmes aux yeux) : Je ne sais comment vous remercier. J'ai entendu parler de ces deux livres, mais je n'ai jamais eu le courage de les acheter pendant mes précédents voyages à l'étranger. Vous savez que les flics tunisiens me suivent partout à Paris.

Omar Khayyâm : Puisque vous y êtes, parlez-nous de Paris.

F.K : C'est le plus beau cadeau du Président. J'étais à bout des nerfs et je craignais chaque jour de craquer. A Tunis règne une atmosphère malsaine faite de peur, de flagornerie et d'hypocrisie. Le régime est carrément sclérosé, rien ne change sauf pour le pire. Le culte de la personnalité honteux me fait vomir et cette langue de bois utilisée par les médias tunisiens me rend folle de rage. Mais grâce à Dieu et à Ben Ali, je suis enfin a Paris, ville des Lumières ; je sens la liberté dans l'air que je respire, je me sens tellement loin de ce milieu pourri que je fréquentais chaque jour à Tunis.

O.K : Parlez-nous de la vie d'un ministre en Tunisie.

F.K : C'est infernal. Je n'avais plus de vie privée. Je vivais dans la crainte et l'ignorance : La crainte des mouchards et l'ignorance de ce qui se passe dans les domaines des droits de l'homme et de la corruption. Je trouve scandaleux qu'un journaliste comme Ben Brik ou une militante comme Sihem ben Sedrine soient plus informés que certains ministres ! Et vous allez rire si je vous dis que certains ministres sont des indicateurs ! Mon courrier, même le plus personnel, était ouvert par la police politique, mon téléphone, comme celui de tous les responsables, était sur écoutes et la paranoïa sécuritaire de Ben Ali nous a rendus à notre tour paranoïaques. On commence à s'imaginer les micros et les mini-cameras des SS [Services Spéciaux] truffés partout. Ces derniers temps j'ai même pensé aller consulter un psychiatre.

O.K : J'espère que ce n'est rien de grave ?

F.K : Vous allez penser que ce que je vais vous dire est ridicule, mais au fur et à mesure que la paranoïa de Ben Ali augmentait, la mienne augmentait aussi! Je vous donne un exemple : Au début de cette année j'ai commencé à avoir des doutes que Guenzoui [ex-patron de la Sécurité] a placé des cameras cachées dans ma salle de bain. C'est pourquoi je prenais mon bain toujours la nuit dans l'obscurité totale. Mais ma paranoïa ne faisait que progresser. Je me disais : " Et si Guenzoui avait des cameras infra-rouges ? " Car, je sais que ce voyou de Guenzoui et cet obsédé sexuel de G'doura [ El Haj Fraj G'doura est l'ex-patron des SS] sont capables de tout. Vous savez qu'ils sont maîtres dans le porno-montage. Je veux oublier Tunis et ses magouilles. En m'envoyant à Paris, Ben Ali m'a sauvée d'une dépression certaine, peut-être même de la folie.

O.K : Je comprends, mais avec votre nationalité italienne vous pouvez aller vivre en Italie ou dans n'importe quel pays européen?

F.K : Je vivais avec l'espoir. L'espoir d'un changement réel. J'attendais un changement politique qui n'est jamais arrivé. Je pensais pouvoir changer le système de l'intérieur, mais un ministre a les mains liées. Savez-vous que Slim Chiboub a plus de pouvoir que le Premier ministre ?

O.K : Oui je le sais. Mais Leila Trabelsi a aussi plus de pouvoir qu'un Premier ministre.

F.K : Surtout ne me parlez pas de cette femme ! Le plus grand supplice était pour moi de devoir rester calme et écouter avec patience ses discours très ennuyeux. Je suis très contente de vivre loin de la Première Coiffeuse de Tunisie. J'étais enragée rien qu'à la voir monter sur une tribune. Comment la Tunisie est-elle descendue si bas !

O.K : Alors, vous profitez de votre liberté a Paris ?

F.K : J'en profite pleinement. La première chose que j'ai faite c'est acheter le Monde diplomatique d'octobre 2001, interdit en Tunisie. L'article de Kamel Jendoubi est très intéressant. J'ai envie de faire toutes les choses que le régime m'interdit de faire en Tunisie : lire " le Monde " chaque jour, naviguer librement sur Internet, lire les livres qui parlent de la Tunisie etc. J'ai, par exemple, visité les sites inaccessibles en Tunisie comme RSF, Amnesty, Kalima, l'Audace, Tunezine etc. J'étais, comme tous les Tunisiens victime de la censure. De quel droit nous empêche-t-on de lire " le Monde " ou " Libération " quotidiennement ? De quel droit ils bloquent-ils certains sites ? Même les ministres sont censurés, c'est incroyable !
Dès mon arrivée a Paris, je me suis abonnée à Tunisnews. Comme ça je peux lire les infos censurées en Tunisie. J'étais surtout choquée par les photos du docteur Amri après l'agression dont il était victime. Je tiens à lui exprimer ma pleine solidarité et ma compassion.

O.K : Je suis sûr que toute la lumière sera faite sur cette agression comme c'était le cas de l'attentat contre Ryadh Ben Fadhel !

F.K : Etes-vous sérieux ? La Tunisie c'est le pays de l'omerta. Et à cause de ce culte du secret et de la paranoïa sécuritaire de Ben Ali, notre pays ressemble aujourd'hui à l'Indonésie du Général Suharto ou au Chili du Général Pinochet.
Mais je suis tout aussi furieuse contre tous ces discours insipides que les ministres doivent prononcer. Cette litanie qu'on répète à chaque occasion une centaine de fois me cause un mal de tête terrible : Changement, 7 novembre, artisan du Changement, Ben Ali, Ere Nouvelle etc. C'est tellement débile et c'est plein d'hypocrisie. Un ministre ne dit jamais ce qu'il pense et il puise toujours dans la langue de bois pour remplir ses discours.
Je vous donne un exemple. J'étais présente pendant une cérémonie organisée par la cellule destourienne de Bab Bhar en l'honneur de Slaheddine Maaoui, qui venait d'être nommé pour la première fois ministre du tourisme. Le pauvre Slah me faisait de la peine, il parlait et parlait pour ne rien dire, il a répété le nom de Ben Ali une centaine de fois et j'étais obligée d'écouter toutes ces balivernes. Et voici le top de l'hypocrisie : A la fin de la cérémonie la cellule de Bab Bhar a offert un cadeau très spécial à notre très aimable Slah une photo encadrée de Ben Ali ! En voyant le très beau cadeau Maaoui a dit : " C'est le meilleur cadeau que je puisse jamais imaginer ! ". Je l'ai regardé dans les yeux et j'ai pu lire sur son visage ce qu'il voulait vraiment dire : " Qu'est-ce que je vais foutre avec cette énième photo ? J'aurais préféré une bouteille de Chivas ou Johnny Walker black label ". C'est ça la politique en Tunisie. Si tu n'es pas hypocrite tu ne réussiras jamais.

O.K : Donc, vive Paris !

F.K : Oui, vive Paris et peut-être demain Viva Roma !

Omar Khayyâm. Samedi 27 octobre 2001 .
Arrêter la machine de la rumeur !


Bonjour,
Que Aziz Miled ait été convoqué à la Brigade économique, ça ne change rien de nos misérables vies quotidiennes. Aziz Miled et sa suite ont siphonné la Tunisie et comme par simple hasard voilà que la Brigade s'intéresse à son cas. Encore une fois, Ils nous prennent pour des CON(NE)S !
"Bull shit", la vérité est que le Système n'a plus besoin de lui et il a décidé de le casser parce qu'il devient menaçant pour la grosse machine du pouvoir.
Arrêtez de voir les choses stupidement.
Ben Miled vole la Tunisie depuis la création de la Loi 1972, il a presque 30 ans d'expérience de détournement de fonds, d'abus de confiance, de faux et usage de faux, de blanchissement d'argent, de proxénétisme (chacun de ses hôtels a plus de 20 prostituées professionnelles et à plein temps), de corruption, et la liste est longue....
Vous me dites si j'ai des preuves ! vous rigolez. Avez-vous besoin de preuves tangibles ! allez enquêter chez ses anciennes employées-femmes. Vous allez découvrir que Ben Miled a mouillé jusqu'au cou dans l'immoralité et l'illégalité.
Alors pourquoi seulement maintenant qu'on découvre que c'est un grand méchant loup ?
Les voies d'Allah sont parfois floues !
Avez-vous remarqué que chaque année, la grosse machine du pouvoir nous présente une grande personnalité mystère du monde des affaires.
Après Ben Ayad maintenant c'est Ben Miled.
Notre Brigade économique n'a jamais eu la colonne vertébrale solide pour s'attaquer à des grands requins. Cette Brigade a été envoyée comme un Scud pour soit faire du chantage ou briser Ben Miled.
Surveillez maintenant le procureur général qui va être nommer dans ce dossier, je parie qu'il sera le même que celui qui a été envoyé à Ben Ayad.
Dommage que nos journalistes dorment sur "le Switch", c'est très malheureux !
Enfin, Kadhafi nous l'avait dit que la Tunisie est le plus riche pays au monde. Elle se fait voler depuis les Phéniciens et nous avons toujours à voler. À qui la prochaine place ?
Une tunisienne qui a fuit cette racaille de "faux tunisiens". Nous les filles de pauvres sommes condamnées à rester toujours pauvres. Alors qu'ils se volent entre eux ces salauds de "faux tunisiens" !
Qu'Allah prend pitié de son âme.

Bahrya Ayari

Source .
Abdelmoumen Belanes

Comité national de soutien à Abdelmoumen Belanes
COMMUNIQUE n°3
CURSUS MILITANT DE ABDELMOUMEN BELANES

Qu’est-ce qui conduit Abdelmoumen Belanes à être de nouveau victime d’un procés politique,et de comparaître devant le tribunal d’Appel de Monastir le 5 novembre 2001, pour « complicité d’appartenance à une association non reconnue »(Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie-PCOT),et « distribution de tracts hostiles au régime » ?
Abdelmoumen Ben Brahim Ben Hammouda Belanes est né le 3 - 2 - 1956 à Moknine du gouvernorat de Monastir. Il est marié et père de deux filles. Il a suivi les études primaires à Moknine,les études secondaires à Ksar Helal, puis les études supérieures à la Faculté des Lettres de Tunis.
Dès son entrée à l’université en 1975-1976, A. Belanes a rejoint les rangs de la gauche révolutionnaire tunisienne,militant activement au sein du mouvement estudiantin dans le cadre des Structures Syndicales Provisoires de l’UGET(non reconnue par le pouvoir) ,ce qui lui a valu des mesures répressives multiples :harcèlement, arrestations, mise en résidence surveillée durant les mois de fevrier,mars / avril au cours de l’année universitaire 1976-1977, comparution à plusieurs reprises devant des « conseils de disciplines »,interdictions répétées de passages d’examen,privation, depuis 1982,et malgré des demandes successives de son droit à un passeport,interdiction sans appel d’exercer son droit au travail dans tous les établissements d’éducation publique.
Après le déclenchement de la deuxième « guerre du golfe »,et suite à une campagne « un crayon,un cahier »au profit des enfants irakiens , organisée fin 1991,pour briser l’embargo imposé au peuple irakien ;un procés politique eu lieu à Monastir,visant essentiellement un groupe d’élèves et d’étudiants, dont faisait partie A/Belanes.Jugé et condamné par contumace à 1 an et 16 jours de
prison ferme,il fut contraint à se réfugier dans la clandestinité.Il aura à endurer cette épreuve jusqu’au 30 novembre 1995,date à laquelle la police politique parvint à l’arrêter. Conduit aux locaux du ministère de l’interieur,il y passera 17 jours entre les mains de tortionnaires qui se livrèrent sur lui à des actes de tortures abominables,avant de le déférer devant le doyen des juges d’instruction du tribunal de 1ere instance de Tunis,qui prononça à son encontre un mandat de dépôt à la prison civile 9
Avril de Tunis. Sitôt enfermé dans cette prison, ll y déclencha une grève de la faim dès le 5 fevrier 1996,pour protester contre les conditions de son emprisonnement, et pour revendiquer sa libération.En guise de réponse,les autorités pénitencières le transférèrent à la prison civile de Borg ElAmri, ou il fut victime de graves agressions.Mais son courage,ainsi que l’ampleurde l’élan de solidarité,et de mobilisation du mouvement démocratique en sa faveur,obligèrent les autorités à céder, et ainsi il fut libéré provisoirement le 17 avril 1996. Débuta alors pour lui, une période d’intimidations, pour le contraidre à se présenter quotidiennement à un poste de police pour notifier sa présence.
Refusant de se plier à cette exaction, il fut de nouveau arrêté le 6 mars 1997, pour être informé qu’il est poursuivi pour « diffamation de l’ordre publique », « crime », dont il fut « coupable » lors de son emprisonnement à la prison de Borg El Amri !!!,et cela sur la base d’un rapport émant d’un gardien de cet établissement pénitencier ! Protestant contre cette persécution, A. Belanes déclencha lors de cette nouvelle arrestation une grève de la faim qui dura 24 jours.Il fut néanmoins jugé et condamné à 1 an
de prison ferme.Il purgea la moitié de cette peine à la prison civile de Tunis,avant d’être victime d’une mesure de « tranfèrt disciplinaire »à la prison civile d’El Nadhour,ou il eut à subir, un mois durant, les pires tortures,avant d’être réincarcéré à la prison civile de Tunis le 27 mai 1997.
Libéré le 6 mars 1998,les pressions policières reprirent de plus belle,dans le but de l’obliger à signer une notification de présence quotidienne dans un poste de police. Refusant catégoriquement de se conformer à cette mesure,le harcèlement s’intensifia,pour aboutir à une nouvelle arrestation le 21 fevrier 1999,et il fut encore une fois victime de tortures au centre d’arrêt de Bouchoucha,puis dans les locaux du Ministère de l’Interieur. Incarcéré ensuite à la prison civile de Tunis,il y continua le combat pour recouvrer sa liberté,en y déclenchant plusieurs grèves de la faim,dont la derniere, commencée le 8 mai 2000, ne prit fin que lors de sa libération le 10 juin 2000,suite au large mouvement de solidarité que lui manifestèrent les forces et les organisations démocratiques nationales et internationales.
A. Belanes a porté deux plaintes contre ses tortionnaires pour les tortures qu’il a subies :
- En 1997, à la prison d’El Nadhour,
- En1999, dans les locaux du ministère de l’interieur.
Sans aucune suite bien entendu !!!
Pire encore. Portant les graves séquelles de ces tortures,et toujours privé de ses droits civiques et politiques les plus élémentaires, A. Belanes devra subir aujourd’hui,un nouveau procés politique pour les mêmes motifs qui ont conduit dans le passé à le juger et à le condamner.
Jusqu’à quand se poursuivra cette injustice ????
Quand est-ce que Abdelmoumen et ses semblables,pourront-ils jouir pleinement de leurs droits civiques et politiques ?
Quand auront-ils droit aux soins nécessaires pour enrayer les effets de la torture ?
Quand seront-ils indemnisés pour tous les sévices inhumains subis ?

Tunis, le 26 - 10 - 2001
POUR LE COMITE
CHOKRI LATIF


 
Brêves du journal Le Monde du 22 octobre 2001

Un opposant tunisien, le docteur Sabhi Amri, a été roué de coups dans une rue de Tunis, tandis que les documents qu'il transportait (écrits politiques, disquette, carnet d'adresses, etc.) lui étaient arrachés. L'opposition accuse la police politique du président Ben Ali d'être l'auteur de ce passage à tabac intervenu mardi, et destiné à intimider ce médecin multipliant depuis deux mois les déclarations sur la torture en Tunisie, impliquant notamment le général Habib Ammar, président des Jeux méditerranéens de Tunis, le mois dernier.

Lecteur Assidu . Lundi 22 octobre 2001 .
le cul entre deux chaises

Qu'il est difficile d'être né en France de père tunisien et de ne pouvoir trouver un endroit où s'exprimer librement sur la Tunisie. De retrouver des personnes qui comme moi ont le cœur, le cul entre deux chaises.
Mon côté " beur " (made in France) ne me pose aucun problème d'identité. Juste les habituelles tracasseries administratives quand je prends l'avion. Français ici, Tunisien là bas serait si simple. Mais non, en France tu es l'arabe et en Tunisie, le français. Et chaque fois, le même mépris à peine voilé. Comme si je devais encore " m'intégrer " … mais bon, ce n'est de moi dont il s'agit.
Ici, en France on a des idées sur tout. (surtout des idées, dirait l'autre). On parle beaucoup. De tout et de rien et rarement avec retenu. On peut crier ses colères, ses envies, ses rêves comme son amour ou sa haine. Une liberté de parole et de penser, qui pourtant se retrouve mise entre parenthèse des qu'il s'agit de la Tunisie. Et pourtant la liberté a un goût incomparable. Dès qu'un propos un peu critique à l'égard du régime sort de ta bouche, tu entends de toutes parts : chuuuttttt, chuuuttttt, …. Avec tout ce silence imposé, tu commences à comprendre pourquoi la Tunisie est un pays d'apparence si calme et un havre pour les touristes. Même dans les cafés, on entend les mouches voler.
Pourquoi est on capable de militer vivement ici et d'avoir la lâcheté de se taire là bas ? on a peur des conséquences pour soi, pour sa famille, … sommes nous tous des lâches ? non ! quand tu lis et relis, complètement effaré certains témoignages, notamment sur ce site, de personnes qui malgré les tortures, les humiliations continuent de parler et d'agir, tu te rassures : oui, le courage est présent en Tunisie.
Mais parfois, ça boue en dedans. Tu te dis " zut " (oui c'est parce que je suis poli) le monde bouge, évolue, créait de plus en plus vite. Et toi, tu te demandes si tout le monde dort ou si tout le monde a peur ou encore si ils attendent un autre guide, un libérateur pour le suivre, … mais tout en se disant de toutes façons, la première tête coupée et celle qui dépasse…
Cruel dilemme. Le Tunisien ne s'exprime pas. Pas de bulletin de vote, pas de journaux, pas de radios, pas de TV qui n'est l'empreinte du régime. Et pourtant, il y a tant à dire ou plutôt si peu et tout à faire. Mais comment faire ?
Parfois, de France, tu ressens un frisson quand tel journaliste réussit à sortir des griffes du régime et sous les caméras du monde entier. Tu te dis " chouette ", une occasion à ne pas rater. Enfin quelqu'un qui va dire haut et fort ce que pensent beaucoup qui se taisent, il va profiter de cette notoriété subite pour aider à soulever la chape de plomb. Mais non, il rate l'occasion en t'expliquant qu'il ne faut pas confondre un combat personnel et une démarche politique. Au moins, là bas aussi, l'individualisme est une notion bien acquise.
Tiens ? je me mets à critiquer sans proposer quoi que ce soit.
Bien sur, tu aimerais te référer à un leader d'opinion mais ceux ci soit s'étripent entre eux, soit pratiquent avec excellence l'art de la critique du régime, et il est plus que critiquable, mais ne proposent rien, ou si peu. Elles et ils ont le courage de sortir de l'ombre et aideront sans aucun doute la peur a changé de camps mais où sont les idées, où sont les projets d'avenir pour la Tunisie ?

hasni .Jeudi 25 Octobre 2001 .
Ben Ali 4ever !

All Tunisians that are living abroad peaceful Tunisia, the country of serinity, got a message from the rescuer of Tunisian humanity.
Ben Ali is seeking for people who would support his campain for a 4th period of presidency, in order to guaranteing or continuing democracy in future in LA BELLE TUNISIE!!!
All Tunisians that are living the „Ghorba“, should support him, because almost all other reliable opponents are being held in custody, most of them won’t be out before 2005. (What a pity that intelligent opponents are during the same time also criminals).
Oh Tunisia.... What should we do without a good president ? Yes, we should make an exception by extending Ben Ali’s presidency, though it’s prohibited in the statute book (15 years is the maximum), but the circumstances are forcing us to take such measures!
To my surprise, members of RCD wakened me up by telling me that I also had the same opinion like Mr. President Zine el Abidinne Ben Ali.... YES OF COURSE! I didn’t notice that I have the same kind of idea in my mind! Thanks for reminding me !
We all want this extension, Because Ben Ali told us that we all wanted it! This will is of course as natural as breathing in and breathing out!
The job of a president is comparable with the job of a coach: Why should we replace a successful person by another one ?
We all should sign the petition for Ben Ali’s interest.... Oh, I’m sorry for repeating this mistake again.... It’s a petition which lies in our own interest, of course...

NoName 2nisian . Mardi 23 Octobre 2001 .
La rue qui n'existe pas.

" Viele Gruesse aus der Strasse, die es nicht gibt ! " (Meilleures salutations de la rue qui n'existe pas !) C'est par là que le scandale est arrivé. Cette petite phrase en allemand a été envoyée, écrite sur une jolie carte postale, par une touriste allemande de l'Hôtel Lido à Dar Chaabane El Fehri au quotidien berlinois Berliner Zeitung, qui a alerté la presse et l'opinion publique mondiales.

Le 13 octobre 2001 le Conseil Municipal de la ville de Dar Chaabane El Fehri a pris une décision qui a été, tout de suite, interprétée par Carthage comme un acte de rébellion. Le Conseil Municipal a tout simplement décidé de rebaptiser l'Avenue du 7 novembre 1987. Elle portera désormais le nom du Commandant Mohamed Mansouri (Mohamed Mansouri, a succombé à la torture quatre semaines après le coup d'Etat du 7 novembre 1987). Un conseiller municipal a proposé l'appellation " Avenue du martyr Mohamed Mansouri ", mais ses collègues ont rejeté cette proposition. Ajouter le mot " martyr " serait considérée par Carthage comme une provocation. Dès que la décision a été votée à la majorité absolue et signée par le maire, le délégué de Dar Chaabane donna l'alerte aux autorités. Les foudres de Carthage ne se sont pas fait attendre. Il a été décidé de dissoudre le Conseil Municipal de Dar Chaabane et de nommer un conseil provisoire en attendant les prochaines élections. Mais l'affaire ne s'est pas arrêtée là. Apprenant la nouvelle de la destitution de leur conseil municipal, certains Chaabanis décidèrent d'agir. A l'aube du 15 octobre 2001 certains individus ont pris l'initiative d'effacer toutes les plaques de l'Avenue du 7 novembre 1987. On a collé sur toutes ces plaques des affiches portant le nom " Avenue du Commandant Mohamed Mansouri ". Le gouverneur de Nabeul a décidé, sans attendre les instructions, de faire enlever les affiches et repeindre toutes les plaques endommagées. Les plaques de l'avenue du 7 novembre sont désormais gardées, 24 heures sur 24, par des policiers armés. Des voitures appartenant à tous les corps de la police patrouillent la ville à la recherche des provocateurs. Mais les provocateurs ont changé de tactique. Ils ont posté des centaines de lettres adressées à l'avenue du Commandant Mohamed Mansouri. Le Receveur Régional des Postes de Nabeul alerta le Ministère de l'intérieur. Le Ministre de l'intérieur a ordonné la saisie de toutes ces lettres. Ces lettres seront examinées par tous les services spécialisés, espérant ainsi retrouver des indices pouvant mener aux provocateurs.

Les habitants de Dar Chaabaane persistent et signent. Désormais dès qu'un touriste leur demande une adresse, qu'elle soit celle du Magasin Général, de l'hôtel Lido ou de la pharmacie la plus proche, ils lui disent que sa destination se trouve à l'avenue du Commandant Mohamed Mansouri. Ainsi, dès qu'un touriste met les pieds dans un taxi, il dit au chauffeur de le conduire à l'avenue Mohamed Mansouri. Les chauffeurs de taxi informèrent la police de cette nouvelle forme de provocation. D'ailleurs, les chauffeurs de taxi n'étaient pas les seuls à avoir affaire à des touristes intoxiqués par les provocateurs. Les réceptionnistes des hôtels passent leurs journées à expliquer à leurs clients que l'avenue Mansouri n'existe pas. L'Office du Tourisme a décidé de placer des affiches en gros caracteres dans tous les hôtels de Dar Chaabane :

Es gibt keine Mansouri Strasse
There is no Mansouri Street
La via Mansouri non esiste
L'avenue Mansouri n'existe pas
Niet Ulitsii Mansouri
Nincs Utca Mansouri
No hay la calle Mansouri

 

Cette affiche est devenue une attraction touristique. Tous les touristes en quête d'exotisme voulaient prendre une photo à coté d'elle. Les plus curieux parmi eux voulaient visiter cette rue qui n'existe pas. D'ailleurs elle était facile à repérer. C'est la seule rue dont les plaques sont gardées par des policiers armés jusqu'aux dents. Ils voulaient tous prendre la photo de la rue inexistante. La police a décidé d'interdire la prise de photos dans tout ce secteur " sensible ". La plaque INTERDIT DE PHOTOGRAPHIER n'a fait qu'augmenter le nombre des touristes curieux. Le comble c'est que certains policiers ont commencé à parler de cette rue fictive. Il n'est pas rare qu'un policier dise à ses collègues ou à sa famille : " Demain je vais garder les plaques de l'avenue Mansouri ". Le Ministre de l'intérieur était fou de rage. Il a donné un ordre très strict : Tout policier qui prononce le mot Mansouri passera devant le conseil de discipline.

Dorénavant il est interdit de mettre les pieds dans cette avenue sans un laissez-passer spécial.

Omar Khayyâm. Jeudi 25 octobre 2001 .