Communiqué n° 4


Comité National de Soutien
à Abdelmoumen Belanes

Neji El Ali

- Protestant contre la persistance des autorités à organiser des procès politiques contre les opposants;
- Participant à la lutte du mouvement démocratique tunisien en vue d'imposer une loi d'amnistie générale;
1 - Le Comité National de Soutien à Abdelmoumen Belanes tient à rappeler que ce militant est victime d'un nouveau procès, et invite à ce propos toutes les composantes du mouvement démocratique à se mobiliser, et à manifester la solidarité avec ce militant, et ce, par la présence à ses côtés lors de l'audience du 5 novembre 2001, au tribunal d'appel de Monastir.
2 - Le Comité exprime ses vifs remerciements à toutes celles et à tous ceux qui ont affirmé leur appui à la juste cause de Abdelmoumen, et annonce, que suite à l'affiliation de nouveaux membres, sa composition, mise à jour devient comme suit :

1 - Arfaoui Adel : Enseignant, comité directeur de la LTDH
2 - Azzouna Jelloul : Universitaire
3 - Baiili Abdellatif : Enseignant, Mouvement des démocrates socialistes
4 - Ben Mrad Fawzi : Avocat, comité directeur - Association des jeunes avocats
5 - Ben Brik Tawfik : Journaliste
6 - Ben Ticha Noureddine : Présidant du Réseau euro-mediterranéen de la Jeunesse citoyenne
7 - Ben Salem Ali : Ancien résistant
8 - Ben younes Fethi : Bureau des droits de l'homme, Parti démocrate progressiste
9 - Bida Jameleddine : Avocat
10 - Chabouni Hatem : Comité directeur LTDH
11 - Chaieb Mohamed Tahar : Universitaire, syndicaliste
12 - Chamekh Raja : Militante féministe
13 - Charni Mondher : Avocat
14 - Derwiche Imen : Secrétaire général du Réseau euro-mediterranéen de la jeunesse citoyenne
15 - Hammami Ayachi : Avocat
16 - Hammami Jilani : Syndicaliste, ex-secrétaire général de la Fédération Nationale PTT
17 - Hamzaoui Salah : Universitaire, président du comité national de soutien à Hamma Hammami
18 - Hedhili Abderrahman : Enseignant, comité directeur de la LTDH
19 - Jellouli Ali : Ex-détenu politique, parti communiste des travailleurs (PCOT)
20 - Jemour Mohamed : Avocat, membre conseil national des avocats
21 - Kachoukh Mounir : Universitaire
22 - Kalai Ahmed : Conseiller d'orientation, comité directeur LTDH
23 - Latif Chokri : Ecrivain
24 - Maali Mohamed : Journaliste
25 - Maaroufi Ahmed : Universitaire syndicaliste
26 - Nasraoui Radhia : Avocate
27 - Najjar Rachid : Syndicaliste
28 - Omrani Sadok : Etudiant / syndicaliste - UGET
29 - Souihli Sami : Médecin section Bizerte LTDH
30 - Zaouia Khalil : Médecin, comité directeur LTDH
31 - Zedini Ali : Ingénieur, comité directeur LTDH
32 - Ziadi Habib : Avocat, comité directeur LTDH
33 - Whitney Anthony : Etudiant / syndicaliste UNEF (France)

TUNIS LE 2 NOVEMBRE 2001
POUR LE COMITE
CHOKRI LATIF

Cette liste n'est toujours pas définitive : tous les militants démocrates et progressistes sont invités à rejoindre les rangs du Comité.

 
Un président manque à l'appel


A president is missing

Honoris causa

On est le mardi 15 octobre 2002. Il est 3 heures du matin. Le ciel est sans nuages et la lune est, depuis trois jours, en phase de décroissance. Une activité anormale agite la base militaire d'El Aouina. Trois avions de la compagnie Tunis Air, deux Airbus A-320 et un Boeing 737 ont déjà les moteurs en marche. Un va-et-vient de Mercedes et de BMW. La tour de contrôle de l'aéroport de Tunis Carthage attend les instructions pour guider ces avions vers leur destination inconnue. A 4 heurs du matin décolle le premier avion suivi, quelques minutes plus tard, par les deux autres.
Tout le pays est plongé dans le sommeil. Une Tunisie paisible et nonchalante est enveloppée dans ses rêves, tandis que quelque chose d'extraordinaire est en train de se passer. A l'aube du 15 octobre 2002 la Tunisie est en train de naviguer sans timonier. Le capitaine vient de quitter le navire sans crier gare !
Tunis ne sait pas encore qu'elle est en train de vivre une journée tout à fait particulière. La ville commence à s'éveiller lentement. Les métros et les bus circulent normalement. Personne n'est encore au courant de ce qui vient de se passer : Le Président, accompagné de sa femme, ses enfants, ses gendres, ses frères, ses sœurs et ses neveux vient de quitter la Tunisie pour toujours.
Le premier bulletin d'informations de la radio parle des activités présidentielles du 14 octobre, comme si rien n'était. Apparemment les médias sont encore dans le noir. A huit heures du matin, rien d'anormal à Tunis. Les fonctionnaires, s'apprêtant à regagner leurs bureaux, sirotent leur premier capucin de la journée ; les banques commencent à servir leurs premiers clients et la titres des journaux sont, comme toujours, à la gloire du président " disparu ".
Le premier média à parler de la " disparition de Ben Ali " est la BBC en anglais. Elle parle d'un " départ à une destination inconnue du président tunisien ". L'information est immédiatement reprise par Al Jazeerah et toutes les chaînes du monde. La nouvelle commence à se répandre comme une traînée de poudre à Tunis. A 10 heures du matin tout le monde ne parle plus que de cette mystérieuse disparition.
La correspondante d'Al Jazeerah en Allemagne, Itidal Salameh, a été la première à révéler que le président tunisien a transité par Francfort. Les trois avions de Tunis Air ont, en effet, atterri à la base militaire américaine de Francfort. Mais, la suite n'est pas encore très claire. D'après certaines sources de l'aéroport international de Francfort, le président et les membres de sa famille auraient pris des vols intercontinentaux en direction de l'Amérique centrale. Certains journalistes parlent du Guatemala, d 'autres du Costa Rica ou du Panama.
Les hauts responsables tunisiens sont dans l'embarras. Ils sont, en effet, devant un casse-tête juridique. Ben Ali n'est ni démissionnaire, ni gravement malade, ni mort. Le scénario d'une fuite du Président de la République n'a jamais été imaginé par les législateurs tunisiens. Que faire ?
La radio et la télé tunisiennes gardent un mutisme total sur la " disparition " du Président. Les bulletins d'info ne parlent que d'actualité internationale. Comme par miracle, les activités présidentielles ont carrément disparu des bulletins d'info!
Pourtant, même sans Président, la Tunisie continue à fonctionner normalement et aucun incident n'a été enregistré. Certes, les forces armées sont en état d'alerte, mais aucun élément visible ne vient perturber la vie quotidienne des Tunisiens. Ils se commencent même à se demander s'ils ont vraiment besoin d'un Président pour vivre normalement.
La presse internationale a été intriguée par cette " disparition programmée ".


Voici les titres des plus importants médias internationaux :

- The New York Times : A president is missing (Un président manque à l'appel).
- Frankfurter Allgemeine Zeitung : Ein Praesident ist verlorengegangen (Un président est porté disparu)
- La Repubblica : Presidente cercasi (Nous sommes à la recherche d'un président)
- El Pais : Un presidente desaparesido (Un président disparu)
- Le Monde : Où est notre ami Ben Ali ? (Où est ZABA ? :-))

Omar Khayyam

 
Dernière invention tunisienne


Les prisons invisibles

Sidi Bou

Un haut fonctionnaire des Nations Unies est en visite officielle en Tunisie pour étudier une invention tunisienne qui a attiré l'attention du Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan. Cette invention est une preuve irréfutable du génie tunisien, qui a fait ses preuves dans plusieurs domaines.
En quoi consiste cette invention unique au monde ? C'est d'avoir des prisonniers sans prisons ! Le Ministère de l'Intérieur a testé cette nouvelle méthode sur plusieurs cobayes. Ces cobayes s'appellent : Radhia Nasraoui, Sihem Bensedrine et Moncef Marzouki. Les résultats ont été très concluants.
L'idée est, apparemment, très simple. Elle consiste à enfermer les prisonniers derrière des barreaux invisibles, constitués seulement par des policiers en civil. On n'a plus besoin d'avoir recours à des cellules ni a des établissements pénitentiaires. Le lecteur peut déjà constater l'avantage économique de cette méthode. Le seul coût économique est constitué par le salaire payé aux policiers. " C'est une grande avancée pour la pensée juridique et économique ", c'est ce qu'a déclaré le fonctionnaire onusien à son arrivée à Tunis.
Prenons le dernier cas testé par le ministère de l'intérieur, celui de M. Moncef Marzouki.
M. Marzouki est gardé par des policiers en civil 24 heures sur 24, mais il peut circuler librement au sein de cette " bulle sécuritaire ". Cette prison est non seulement invisible mais aussi mobile. Le prisonnier peut se balader librement avec sa cellule imaginaire. Rien n'empêche M.Marzouki de passer, par exemple, le lundi à Douz et le mardi à Bizerte. Donc, le côté humaniste de cette méthode n'est plus à démontrer. Même les prisons suédoises ou canadiennes ne peuvent garantir une telle liberté de mouvement.
Les Nations Unies veulent étudier cette méthode carcérale très originale pour deux raisons :
- Son volet humain : Le prisonnier n'est pas enfermé dans une institution pénitentiaire, mais vit chez lui, comme s'il était un homme libre. En plus, il peut se déplacer sans entraves, accompagné bien sûr par ses gardiens. L'autre avantage est la transparence totale. Toutes les organisations de défense des droits humains peuvent constater de visu que le prisonnier n'est ni maltraité ni torturé par ses gardiens, puisque les murs de la prison sont par définition invisibles.
- Son volet économique : Les pays qui ont un excès de main d'œuvre et une pénurie d'espace peuvent profiter de cette idée très originale. La construction de prisons ou leur agrandissement n'auraient plus de sens.

Omar Khayyam

 
Les enfants de Béchir et Saïda

LE MONDE

Que pense des événements une famille d'origine tunisienne comme tant d'autres, installée depuis trente ans dans une petite ville de la France profonde ? D'Afif le pratiquant à Salma la rebelle, les sept enfants Abderrahman témoignent de leurs espoirs, de leurs difficultés et de leurs contradictions.
Mon nom ? Pas de problème, à part que c'est long à écrire ! " : Naël Abderrahman, quatorze ans, ne semble pas préoccupé par son statut d'enfant d'un couple mixte. Français, il est déçu quand l'équipe de Tunisie de football perd un match, il "mange de tout", manière de dire qu'il n'est pas religieux, et reproche à son père de ne pas lui avoir appris l'arabe. A côté de lui, son cousin Yacine, "Diego Maradona" pour ses amis, paraît tout aussi serein pourvu qu'il ait un ballon à la main. Naël et Yacine sont deux des douze petits-enfants de "Papa Béchir" et de "Maman Saïda". Arrivé de Monastir en 1967, ce couple de Tunisiens s'est installé en 1970 aux Abrets, une petite ville de 2 800 habitants, entre Grenoble et Lyon.

Mouldia, la fille aînée, avait quinze ans à son arrivée aux Abrets. Après une année d'école, elle est embauchée chez Bourgeat, la principale entreprise de la région, où travaille déjà son père, peintre en bâtiment. Mouldia, qui va recevoir sa médaille de trente ans d'ancienneté chez Bourgeat, vient d'aménager dans une ancienne maison, "une ruine", que son mari, artisan maçon, lui aussi d'origine tunisienne, a totalement retapée. Sa principale fierté, avec ses six enfants ! Elle qui parle, sans complexe et avec une chaleur communicative, un français parfois approximatif, énumère les langues apprises par ses enfants : le français, l'arabe, l'italien, l'anglais, l'espagnol. "Ah, j'oubliais le latin."

Comment parler de l'histoire des Abderrahman, et de toutes les autres familles d'immigrés des Abrets sans évoquer l'importance que l'école, déclinée sous toutes ses formes - collège, lycée, CEG - a eue dans leur évolution ! L'école et les dizaines d'associations sportives, culturelles, dont certaines sont d'ailleurs animées par des enfants de l'immigration, et qui forment un formidable creuset d'intégration. Mouldia se sent bien aimée aux Abrets, et n'a pas souvenir d'y avoir subi quelque forme de racisme. Pas plus depuis le 11 septembre qu'avant. Mouldia pense qu'elle ne s'en serait pas sortie aussi bien dans une plus grande ville. "J'aurais eu trop peur pour les enfants, avec la drogue, la délinquance !" Elle comprend pourtant ses plus grandes filles qui trouvent Les Abrets "morts"et aiment sortir à Lyon ou Grenoble. "Vous savez, la jeunesse d'aujourd'hui !"

C'est précisément pour finir ses études primaires en Tunisie que Mounir, le frère aîné, né en 1958, est arrivé un peu plus tard, en 1974, aux Abrets. Il a seize ans. Le directeur du collège lui donne un coup de pouce. "Il m'a dit qu'il ne me demanderait pas de miracle pour certaines matières littéraires, mais que je devrais être très bon en math." Pari tenu. Mounir décrochera ensuite un BEP de mécanique générale, un BTS d'électronique et un DUT d'informatique. Il suivra des cours du soir, galérera quelques années entre petits boulots et différentes bourses, se mariera en 1988 avec une Grenobloise, dont il aura un enfant, Naël.

Après avoir testé les gâteaux de sa mère sur les marchés de la région, en 1998, avec ses deux frères et deux copains, il crée Traditions au pluriel, une entreprise de pâtisserie orientale. Lauréate de "Rhône-Alpes entreprendre", l'entreprise a déjà atteint une petite vitesse de croisière. "Un immigré doit être deux fois meilleur pour être égal à l'autre", dit Mounir. "Croyant mais pas pratiquant", il promène encore ses rêves. "Ce que j'aimerais bâtir, ce serait une fontaine, au milieu du village, où tout le monde viendrait chercher son eau."

Il partira d'un immense éclat de rire si son interlocuteur lui rétorque que cette eau se mélangera bien au pastis, qu'il boit allègrement. Pour lui, le racisme peut intervenir à tout moment, sans qu'on y prenne garde. "Pas plus tard qu'hier, une copine espagnole me propose d'aller boire un verre dans une boîte. On m'a refusé l'entrée sous prétexte que je n'étais pas assez convenablement habillé ! Cela m'a fait peut-être plus mal pour elle que pour moi." S'il condamne sans aucune restriction les attentats contre les tours de New York, Mounir, "antiaméricain de toujours", estime que "les Etats-Unis ont un peu recueilli ce qu'ils ont semé". "Comme toute association musulmane de France et de par le monde, nous condamnons ces attentats qui ont fait beaucoup de victimes de nationalités et de religions différentes, notamment des centaines de musulmans ; alors que Dieu dit dans le saint Coran : "Celui qui tue une âme innocente, c'est comme s'il avait tué l'humanité entière et celui qui sauve une âme, c'est comme s'il avait sauvé l'humanité entière." Il nous reste à espérer qu'une paix juste et durable s'installe et que le monde sache éviter la vengeance, l'engrenage et la spirale de la violence." Le troisième enfant, Afif, trente-cinq ans, a prononcé ces quelques mots le 4 octobre lors d'une veillée œcuménique organisée à l'église des Abrets. Singulier parcours que le sien. Il a dix ans en 1972 quand il arrive aux Abrets avec Mounir. Souvenirs : "A l'époque, nous avions une grande nostalgie. On demandait toujours aux parents : quand est-ce qu'on rentre ? Ma mère répondait : attendez qu'on construise la maison en Tunisie. D'année en année, le projet s'est éloigné."

Afif, qui affirme "ne jamais avoir eu le sentiment d'être en marge", obtient son CAP de mécanicien. Il s'installe à Paris en 1981. "Influencé par mon père, qui avait été militant syndicaliste, je voulais participer aux luttes." La journée, il travaille dans un garage, près de la République, le soir, il milite. "Je bouillonnais, je dévorais l'information, je n'avais jamais une minute de libre." Défilent dans ses souvenirs : la cité internationale de la Fête de L'Huma, les manifestations, les discussions jusqu'aux petites heures du matin. Sous la houlette d'un dissident du Parti communiste tunisien, il apprend à être "un vrai communiste arabo-musulman". C'est à un cours sur l'islam qu'il est subjugué par la personnalité de Mahomet.

COMPLÈTEMENT athée, il devient de plus en plus religieux, rompt avec ses amis, et décide, par exemple, de cesser toute relation physique avec des femmes. Jamais il n'adhérera à une organisation religieuse. Il revient "au berceau", c'est-à-dire aux Abrets. En 1989, il se marie avec une Tunisienne, dont il aura quatre enfants. Après avoir travaillé quelques années dans la mécanique, il monte un restaurant rapide, Saveurs d'Orient, en plein centre des Abrets. Il œuvre, avec succès, pour l'ouverture d'une mosquée dans la ville voisine de Pont-de-Beauvoisin. Afif organise des activités pour intégrer les jeunes, comme une sortie à EuroDisney. "On fait la police chez nous mieux que la police", ironise-t-il. Ce n'est pas toujours du goût de tout le monde, notamment de jeunes, issus aussi de l'immigration maghrébine, qui n'apprécient pas beaucoup d'être tancés pour des cheveux teints en blond ou une boucle d'oreille ! Aux jeunes filles qui risquent de se faire expulser pour le port du foulard au collège, il explique : "Ton éducation est plus importante que ton foulard !"

Si sa grande sœur, Imtinane, quitte rarement Dijon, Mouez, né en 1966, est le voyageur de la famille. Après un DUT de statistiques à Grenoble, il part trois ans en Angleterre pour un post-graduate en économie, passe une année à Bordeaux, débute un doctorat à Grenoble avant de travailler cinq ans en Espagne dans l'immobilier. Là, il rencontre une Néerlandaise, qu'il épouse en 1998. Une fille, Ginger, naîtra de cette union cosmopolite. Vivant actuellement entre Paris et Anvers, Mouez l'élégant gardera toujours la nostalgie des Abrets. "C'est ma ville, tout simplement, là où j'ai vécu une enfance heureuse. Si, plus tard, j'ai parfois eu maille à partir avec des gens racistes, cela ne m'est jamais arrivé aux Abrets." Très religieux durant ses premières années à l'université, Mouez est toujours croyant mais plus pratiquant. Chez lui, on fête Noël et l'Aïd.

"Je me sens à part de cette immigration qui pose problème" : Majda, né aux Abrets en 1973, n'y va pas par quatre chemins. Bonne élève, déléguée de classe, elle s'est toujours sentie "totalement intégrée dans la masse d'enfants". "Il y avait bien sûr une césure entre l'école et la maison, où la tradition a davantage pesé sur nous, les petites, que sur les aînés. J'ai beaucoup pleuré quand je voyais mes copines aller en boîte et que j'étais obligée de rester chez moi." Majda comprend alors que, pour elle, "les études étaient le seul moyen d'être libres". Après un bac scientifique, elle poursuit des études de droit et de sciences politiques à Grenoble puis à Aix-en-Provence. "Des années formidables." Sa religion lui crée-t-elle des difficultés ? "Non, c'est intérieur à moi. Je fais le ramadan, mais la question du voile ne se pose pas." Majda, qui veut gagner sa vie rapidement, passe le concours d'attachée territoriale et entre au service juridique du conseil général de l'Isère. Elle vit à Voiron, une ville de 20 000 habitants entre Grenoble et Les Abrets. "Juste ce qu'il faut : ni trop près ni trop loin de la famille." Cette famille dont elle parle encore avec un infini respect. "Je mène ma vie comme je l'entends sans heurter les valeurs familiales, comme tout individu avec son libre arbitre", explique Majda, qui évoque aussi ses "discussions enrichissantes" avec Afif le religieux sur le statut des femmes dans la religion. "Je le modère."

Majda, qui, comme toute sa famille, condamne évidemment le terrorisme, n'a senti aucun changement à son égard depuis le 11 septembre. "Avec recul et prudence", elle en a "encore plus discuté" avec ses amis. "On parle surtout du problème israélo-palestinien." "J'ai une aversion pour le racisme, mais j'en ai autant pour le communautarisme. Il y a bien sûr des choses à régler dans la société française, mais je me sens éloignée de ces jeunes que l'on dit perdus, mais qui n'ont pas mis beaucoup du leur pour s'en sortir." "Je suis un enfant de l'Etat, dira encore Majda, j'ai bénéficié de l'école publique, des bourses, et j'épouse aujourd'hui totalement l'histoire française. Je dis naturellement et spontanément "nous" quand je parle d'un point de l'histoire de France et j'interdis à quiconque de me retirer ce droit." Elle décoiffe, Majda !

DANS cette histoire presque trop parfaite, il fallait une brisure. Ce sera Salma, la plus jeune. Cette si jolie fille de vingt-six ans, pourtant très brillante à l'école, a arrêté ses études à dix-huit ans, et souffre depuis de troubles psychologiques qui l'empêchent de se réaliser. Elle en parle avec une étonnante lucidité : "Je pense avoir mal supporté le choc des cultures. Je voulais tout et tout de suite. Je savais bien pourtant que seules les études me permettraient d'être libre, mais ma maladie ne m'a pas permis de passer le bac. Depuis, je n'ai pas encore fait le deuil de ces études envolées." D'une voix douce, elle met le doigt sur ses contradictions, par exemple entre sa "rébellion" et la fierté d'avoir été bien éduquée par ses parents. Elle reconnaît son manque de diplomatie, voire d'hypocrisie, sa volonté de ne pas tricher. "Je n'ai pas su concilier l'autorité de ma mère et les études pour prendre mon envol." D'où sa révolte : "Sortir le soir, je ne voyais pas où était le mal ! Pourquoi me reprochait-on cela et pas à mes frères ?" La contradiction s'est exacerbée lorsque Salma a rencontré un garçon non musulman. "Il faudra peut-être que je choisisse : ma famille ou lui. Pour que tout soit harmonieux autour de moi, j'aimerais qu'il se convertisse à l'islam. Mais l'entreprise est difficile. En tout état de cause, je respecterai ma famille. Pour rien au monde, je ne voudrais faire de mal à mes parents." "Je me sens quand même musulmane, ajoute-t-elle, mais je veux prendre ce qui me convient dans la culture tunisienne et la culture française. Si j'ai des enfants, je les éduquerai d'une manière différente. J'aimerais qu'ils croient en Dieu, sans plus."

Salma aura un très beau mot de conclusion : "Ma famille n'a pas le droit à l'erreur." Pour cela, et pour tout le reste, on peut tirer un grand coup de chapeau à "Papa Béchir" et "Maman Saïda".

José-Alain Fralon.

LE MONDE. Mercredi 31 octobre 2001 .
On ne change pas une équipe qui gagne…


S.O.N.E.D.E. d'alarme

(sonnette d'alarme)


Chez les véreux de la société nationale d'exploitation et de distribution de l'eau (SONEDE) existe un service chargé de l'exploitation du porte-monnaie du tunisien dirigé par des énarques qui manient l'art de l'escroquerie à la tunisienne.
Ce service ne prend jamais la peine de nous annoncer les surcroîts annuels de prix qui sont souvent de l'ordre de 7%, exemple, faites une comparaison entre vos 2 premières factures trimestrielles de 2001 ( augmentation de 7.5%)
Mais la ruse la plus maligne concerne la facture du troisième trimestre juillet, août et septembre, très peu de foyers échappent à cette arnaque qui autorise a arrondir le volume de votre consommation ou a différer la date de prélèvement de votre compteur ou bien a vous escroquer en bonne et due forme.
Sous le prétexte fallacieux de l'économie de l'énergie votre facture devient tout simplement une amende salée, comment ça ?
Prenons l'exemple d'un foyer représentatif de la population ( Pas de jardin, pas de voiture, 2 douches par semaine et par persona non grata, pas d'éléphant au jardin qui n'existe pas, …) ce dernier consomme en moyenne entre 50 et 60 m3 d'eau par trimestre, les premiers 40 m3 sont facturés à 215 millimes l'un et le reste à 430 millimes le m3. Durant le troisième trimestre l'exécutant qui retire le chiffre marqué sur le compteur inscrit une consommation toujours supérieure à votre consommation réelle.
Constater 70 m3 n'est pas une mince affaire même si vous consommez exactement 69 m3 ! Pourquoi ?
Car le prix des 40 premiers m3 va passer de 215 à 430 soit une augmentation de 100% et les m3 au delà de 70 sont facturés à 650 millimes l'un.
Si l'agent honnête et de bonne foi inscrit 69 m3 vous payez : 40x215 + 19x430 = 16770.
Si le malhonnête, le retardataire ou le filou inscrit 71 m3 vous payez : 70x430 + 1x650 = 30750. Votre misérable facture est tout simplement majorée de 83.36% !!!!
Ce cas de figure n'est pas une fiction mais la facture du foyer ou j'habite et où j'ai pris le soin de marquer le montant de la consommation car cette arnaque se répète chaque été et la SONEDE refuse de signaler le jour où le bonhomme a pris le compteur. Ce malhonnête a marqué 78 au lieu de 68, cette fois faites le calcul tout seuls pour apprendre dans un futur proche a défendre vos droits, concernant cette facture la réponse de la SONEDE à ma réclamation est toujours la même : " Payez, ensuite dénoncez ".
Conclusion simple et simpliste : Supposons que la Tunisie comporte 2.000.000 de foyers identiques (Consommation trimestrielle réelle de 69 m3) et que l'arnaque est appliqué à tout ce beau monde (Consommation trimestrielle prélevée 71 m3) le montant du butin va s'élever à 30750 - 16770 = 27.960.000.000 !!! La SONEDE va réaliser donc une plus value annuelle de 111.84 millions de dinars hors taxes soit 100 millions de $ TTC.
Le tunisien moyen est vraiment une vache à lait extraordinaire au profit de la cellule destourienne de la SONEDE qui est vachement d'accord avec un nième mandat du führer et pour la préservation de leurs " acquis ".

ettounsi . Vendredi 2 novembre 2001 .

Le terminus de la Mafia
ou la septième ligne de discrédit


Les tunisiens sont fiers de leur métro allemand !!! Ce dernier fabriqué par la Siemens ne tombe jamais en panne, consomme peu d'énergie et nécessite un minimum d'entretien.
Mais le malheureux PDG et sa direction générale ont un avis contraire car cette situation les empêche de rejoindre rapidement le club privé des zabbatistes (Jilani, Ben Ayad, Bousbiâa, Chiboub, Letaïef, Trabelsi et consœurs) et de s'adonner à cœur joie aux bassesses et ignominies de la bande mafieuse du commissaire aux décomptes, le général bac-7.
Pour escroquer les contribuables et toucher des commissions juteuses il faut des appels d'offres fréquents mais les wagons sont solides comme les grottes du Kandahar et refusent d'abdiquer après 15 ans de loyaux services et de chargement massif de bétail, alors la direction de la S.M.L.T. a eu une idée géniale qui consiste à relooker le tracé du métro, voie ferrée, plancher et stations comprises, tous les 3 ans avec tout ce que cela implique comme perturbations aux passagers et à la circulation automobile et de dépenses oiseuses.
Le reste du personnel à inventer une autre forme de métro-friponnerie et elle est pratiquée par les vendeurs de tickets aux stations, ces derniers n'ont jamais la monnaie qu'il faut, avant le ticket était à 390 millimes et on vous le file souvent à 400 millimes mais rarement à 500 millimes comme au marché noir. Maintenant il est de 410 millimes et on ne sait jamais la bakchich que va toucher le receveur, il varie entre 10 et 90 millimes !!!
Un conseil aux dirigeants de l'ère cédée (RCD) : " Ne changez jamais une équipe qui gagne bien sa vie " Nous la vache à lait on continue a assumer pleinement notre rôle historique au sein du miracle économique tunisien " Payer, ensuite dénoncer ".

ettounsi . Vendredi 2 novembre 2001 .
La politique de la terre brûlée

Il est intéressant de noter les effets corrupteurs du pouvoir, spécialement dans les sociétés ou tous les contre feux ont été liquidés systématiquement. Prenez au hasard Ben Ali, arrivé au pouvoir par un hasard insensé en 87, nous le voyons dans sa première allocution télévisée gauche, encore anesthésié par la peur, relativement mince, traits tirés, cheveux grisonnants et ivre de la Tunisie nouvelle et des lendemains prometteurs qu'il annonce à un peuple naïvement ravi.
Abolition de la présidence à vie, interdiction de flagorner, plus de visas, plus de guerre de sérail, de chasse aux sorcières, une transition vers la liberté d'expression, la liberté de création voire la liberté de médisance bref une démocratie que le peuple Tunisien mérite sans conteste.
Le " putsch " du 7 novembre fut donc plutôt bien accueilli par la majorité d'une population trop heureuse de voir un mythe qui avait sombré dans l'Elsheimer déposé délicatement et sans effusion, toujours inutile, de sang. Ben Ali avait donc tous les atouts en main et surtout une certaine légitimité et assise populaire à cette époque.
Illustre inconnu, il aurait été élu au suffrage universel sans conteste s'il avait eu la délicate intelligence de prendre un risque calculé, il commence par rater ce premier tournant important.
Tous les espoirs furent placés en ce monsieur, plutôt discret avec une vie familiale sans histoires, n'affichant pas d'appartenance politique tranchée et modéré dans ses propos (publics du moins) .
3 mandats plus tard et 20 kilos en plus, cheveux gominés et noirs, divorcé et très mal remarié, à l'origine du surpeuplement des prisons dans le pays du jasmin et de la liquidation en bonne et due forme de la société civile tunisoise et tunisienne, " le despotaillon " fait toujours et encore molester les représentants d'Amnesty International et emprisonne à tours de bras ceux qui osent protester.
Comment en si peu de temps s'est il aliéné l'intelligentsia Tunisoise et Tunisienne ? Comment a-t il isolé de la scène mondiale un pays aussi prometteur ? Comment ce président plénipotentiaire, en charge de tous les ministères, de toutes les mairies a méthodiquement liquidé la critique, la créativité, le loisir et la vie sociale tout court au profit de l'affairisme de bas étage ?
Par la politique de le terre brûlée !
1 - L'intellectuel tunisien, espèce en voie de disparition, avait toutes les raisons d'espérer une ouverture à l'avènement du nouveau régime : cercle de putschistes jeunes et issus de couches sociales non privilégiées, fermeture de la saison de la chasse aux sorcières, déclarations promettant la démocratie, l'ouverture, la liberté·
Pacifiste à outrance le Tunisien, à plus forte raison l'intellectuel, s'est déclaré satisfait de ce changement et l'a acclamé. Pourtant, insidieusement, les choses tournent au vinaigre : un article pourtant élogieux sur le despote paru sur JAM intitulé " Lazrag Hjar El oued " l'énerve, dépité par l'étalement de son arbre généalogique ·qui le fait rougir, il fait retirer et mettre au pilon le magazine en question.
L'intellectuel s'improvise alors journaliste et s'adonne, très peu, à la plume pamphlétaire, le seul journal, non encore totalement noyauté par le régime, " Réalités " publie des embryons de protestations sous forme d'appels au civisme. Las ! menaces ,suspensions ont vite fait de l'amener au droit chemin de la langue de bois, puis de la flagornerie.
L'écrivain, rare, hésite entre le roman historique et l'autobiographie essoufflée auto censurée et s'obligeant à ne jamais évoquer le " Césarillon " national et la détresse intellectuelle dans laquelle la Tunisie vit désormais.
Ecœuré, dans le besoin, de plus en plus isolé dans une société ou le business prime avant tout, notre intellectuel se retrouve en rase campagne !
Les alternatives sont alors peu nombreuses :
a. Le business : facilité si lien de parenté même au dixième degré avec l'empereur.
b. L'exil : encouragé, applaudi ! Nul besoin de cerveaux véreux en Tunisie.
c. La résistance : par l'écrit ( suicidaire), par la grève de la faim (hasardeuse), par la flagornerie à outrance (trop subtile)
d. La collaboration : Adhérer au parti, comme les presque 2 millions de tunisiens, jackpot social (naufrage intellectuel pour ceux qui justifient d'un reliquat de conscience).
e. L'attente d'un changement, qui jamais ne surviendra par enchantement ou plutôt par désenchantement.
Pour ces raisons, et d'autres d'ailleurs le Benali est devenu l'objet de l'opprobre de cette petite
communauté qui n'avait pas de grandes ambitions de contestation ou de résistance au demeurant juste le SMIC en matière de liberté d'expression.
2 - L'isolement de la Tunisie, résulte en partie de l'affairisme mafieux que protège le premier homme de ce pays et de sa communication lamentable en matière de politique étrangère, deux exemples pour illustrer mes propos :
a. L'affaire Moncef Ben Ali : Nous nous sommes mis la France sur le dos pour faire échapper par la valise diplomatique un homme accusé de trafic de drogue ! Qui dit mieux ? Pis encore, la chaîne télévisée France 2, qui vaut ce qu'elle vaut, est interdite d'émission
pour propagation de nouvelles visant à déstabiliser la Tunisie ! La guerre avec un pays ami commence et dure jusqu'à ce jour :
b. Depuis six mois la Tunisie n'a pas d'ambassadeur à Paris !Mme Kéfi devait occuper ces fonctions mais elle n'est toujours pas nommée. Qui a dit que nous avions besoin des autres ?
Un détail qui en dit long sur l'état de santé mentale de ce régime qui confond prise en charge de l'avenir d'un pays et gestion d'une PME ·très familiale : Un Président qui préside le conseil d'administration de l'UTICA ! Imaginez Chirac présidant le CA du MEDEF !!
Et encore, Sellière n'est pas le gendre de Chirac. Quelle hérésie !!
3 - On a la désagréable sensation que l'objectif premier est d'isoler les individus les uns des autres afin d'étouffer cette flamme sacrée qu'est la créativité puis de mettre sous haute surveillance les quelques activités sociales qui auraient survécu :
a. Passons sur le centre culturel Sophonisbe fermé et sa directrice mise à la retraite pour sédition, les auteurs tunisiens interdits de publication et qui s'adressent à des maisons d'édition Marocaines ! Les maisons d'édition qui se font redresser fiscalement pour avoir oser dire que la tenaille était par trop serrée.
Dans un pays ou l'art se doit d'être critique pour aborder une renaissance trop attendue, la littérature quand elle existe n'explore jamais le social ou alors avec une neutralité extrême, le théâtre à force d'utiliser des métaphores est devenu un domaine réservé à une poignée d'acteurs du milieu donc sans aucun impact social.
Nous permettons à Fellag de critiquer l'Algérie sur nos planches, nous refusons ce même droit à nos propres concitoyens : l'art de l'humiliation.
Les centres d'intérêt communs, ciment communautaire, sont donc laminés et l'individu se recroqueville de plus en plus dans son petit monde et contribue au génocide de la pensée et de la connaissance en Tunisie.
b. La surveillance classique à part les lignes téléphoniques (acquisition de matériel traitant 22.000 communications/minute), Internet (Planet Tunisie est gérée par ses proches), a pris une forme encore plus pernicieuse.
En effet, fort de ses innombrables adhérents, le RCD infiltre les quelques associations qui luttent encore telle la ligue des droits de l'homme qui n'est plus que l'ombre d'elle même voire un satellite, à l'insu de son plein gré, du RCD.
Le football ?Exutoire du public tenu en laisse ? Qu'à cela ne tienne le gendre prendra les rênes du club le plus populaire, histoire de museler le gradin.
Je vais arrêter cette énumération harassante, la question qui se pose aujourd'hui est : doit on laisser ce monsieur présider aux destinées des Tunisiens encore ? Que peut on faire pour l'en empêcher sans compter sur une aide extérieure ?
La réponse à la première question devrait faire l'unanimité, même les admirateurs les plus fervents du B(a)nalisme ne sont plus dupes, ce monsieur doit quitter l'arène du pouvoir.
Il ne doit point le faire comme il a présidé c'est à dire comme un voleur mais en mettant en place la structure qui doit permettre sa destitution.
En ré-ouvrant l'ère sociale de la contestation et l'opposition, en finançant, par les deniers du
contribuable, les partis opposants et en mettant fin au feuilleton Benali et les 400 voleurs. Le peuple Tunisien qui en a vu d'autres fera le reste et ce ne sera pas une sinécure.
Pourquoi le ferait il ?
En nous referant à l'histoire, nous constatons qu'aucun dictateur n'a réussi à briser la volonté populaire, aucun. Voyez donc la Roumanie, la Yougoslavie·
Un vent de liberté souffle sur le monde, la Tunisie a toujours été un pays d'avant garde pourquoi s'embarrasser d'un médiocre tyran à la tête d'un pays à la civilisation pluri-millénaire ?
Tunisiens, prenez votre avenir en main, nul ne le fera à votre place ! Il vous appartient de changer l'orientation de votre vie et de celle de ce merveilleux pays otage, il suffit de si peu de choses.

Tounes El Hourra .
INTERVIEW DE ZABA - Seconde partie

Mister Been Ali

Incroyable mais vrai: Le jour où j’avais un rendez-vous avec ZABA pour l’interviewer a coïncidé avec la publication, par le journal Le Monde, d’un article relatant la rupture entre Kamel Letaief et le Président.
OK : Alors Zaba, ton ami Kamel n’a pas été très tendre avec toi ?
ZABA : Le salaud, le traître, l’ingrat, je vais le couper en morceaux et le dissoudre dans un bain d’acide…(ZABA était tellement en colère qu’il ne pouvait plus parler).
OK : Mais c’est grâce à lui que tu es présidant aujourd’hui. C’est lui qui t’a monté de toutes pièces. Ce n’est pas par hasard si on l’a appelé le « président bis » après le 7 novembre ?
ZABA : Il t’a montré ses dossiers secrets ?
OK : Ses dossiers secrets sont gardés chez un avocat en Suisse, mais j’ai lu « Notre ami Ben Ali ».
ZABA : Lorsque j’ai lu cet article du « Monde » j’étais tellement furieux contre lui que j’ai vidé toute une bouteille de whisky en moins d’une heure.
OK : Tu es en train de perdre tes amis un à un : Baccouche, Sahbani, Charfi, Hechemi Hamedi et maintenant c’est ton « manager » que te quitte.
ZABA : Oui, t’as raison. J’ai l’impression que tout mon passé m’est jeté à la figure en ce moment. Je n’ai plus d’amis, les RG [Renseignements Généraux] me disent que je suis de plus en plus impopulaire et mes proches sont en train de vider le pays de ses richesses.
Je sais tout. Je suis l’homme le plus renseigné en Tunisie. Hélas, c’est trop tard !
OK : Tu me fais parfois pitié. On t’a mis sur scène pour jouer un rôle trop fort pour toi. Gilles Perrault t’a comparé à un « voyou de sous-préfecture ». Es-tu conscient de ta nullité ?
ZABA : J’en suis conscient en j’en souffre aussi. Mais si je quitte le pouvoir maintenant, on va me jeter en prison. Je dois le garder par tous les moyens. Je n’ai pas de choix.
OK : En plus c’est toute la base qui te réclame Président pour l’éternité.
ZABA : Tu as été intoxiqué par ma propagande ou quoi ? De quelle base parles-tu ? Si demain je tombe, cette même base va me lyncher.
OK : En tout cas moi je suis contre le lynchage, même d’un bourreau comme toi. D’ailleurs je suis contre la peine de mort par principe.
ZABA : Je ne veux pas mourir. Je suis encore jeune, je veux profiter de la vie, je veux savourer ma liberté, mais…
OK : Mais quoi ?
ZABA : Je souffre d’insomnie, d’agitation, mon sommeil est perturbé par des cauchemars terribles…
OK : Ce sont des esprits agités qui réclament justice.
ZABA : Quels esprits ?
OK : Mansouri, Barakat, Ben Zineb et des dizaines d’autres.
ZABA : Si seulement je pouvais oublier tout ça. Je ne les ai pas tués.
OK : Non, tu ne les as pas tués, mais torturés à mort. Je vois des taches de sang sur tes mains.
ZABA( très agité) : Tu me mets dans l’obligation d’ouvrir une seconde bouteille.
OK : Je vois que tu as un point commun avec tes prisonniers politiques : Vous souffrez tous du mal de la bouteille, bien que de façons très différentes !
ZABA : Il n’y a pas de prisonniers politiques en Tunisie.
OK : Voilà un autre intoxiqué par la propagande benaliste !
ZABA : Changeons de sujet.
OK : Tes projets après la retraite ?
ZABA : Quelle retraite ? C’est trop tôt pour parler de ce sujet. Je prendrai ma retraite le jour oû j’aurai des cheveux blancs.
OK : Qui choisirais-tu comme successeur ?
ZABA (l’alcool commence à avoir de l’effet) : Je n’ai pas de successeur, j’y suis j’y reste. Je suis immortel, je suis éternel…
OK ( filant à l’anglaise) : Je dois déguerpir tout de suite. Je suis, encore une fois, tombé sur un adepte fanatique de la secte benalo-alaouite !

Omar Khayyâm .
La LTDH et Mouadda



Mokhtar Trifi - LTDH : Jeudi 25 octobre 2001 .