1 - 12 - 2001 aprés J.C. (Jacques Chirac et non Jésus Christ)



Samedi premier décembre 2001 aprés J.C.
Centre tunisien pour l'indépendance de la justice



CIJ - Jeudi 29 novembre 2001 .
Levée de l'interdiction de voyager qui frappait Moncef Marzouki

L'interdiction de voyager qui frappait l'opposant tunisien Moncef Marzouki a été levée mercredi par le procureur de la République de la cour d'appel de Tunis, a annoncé vendredi son avocat, Me Samir Ben Amor.
Cette mesure intervient peu avant l'arrivée à Tunis du président français Jacques Chirac qui effectue ce week-end une tournée éclair au Maghreb.
M. Chirac avait été sollicité par des députés européens pour intervenir en faveur du Dr Marzouki auprès du président Zine El Abidine Ben Ali lors de son passage samedi à Tunis.
Ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), M. Marzouki, âgé de 55 ans, avait été condamné en décembre 2000 à un an de prison pour ''appartenance à une association illégale'', le Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT, non reconnu) et ''diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public''. Fin septembre dernier, la cour d'appel de Tunis avait confirmé la peine mais en l'assortissant d'un sursis.
Pour le Dr Marzouki, qui a perdu son poste de professeur à la faculté de médecine de Sousse il y a deux ans pour ''abandon de poste'' selon les autorités, cette mesure n'est qu'une ''petite réparation d'une somme d'injustices dont (il se dit) victime tout comme de nombreux Tunisiens''.
Il a annoncé qu'il envisagerait de se rendre en France la semaine prochaine pour enseigner à la faculté de médecine de Bobigny où un poste de professeur associé lui a été attribué. ''Mais je continuerai mon combat pour la liberté et les droits de l'homme'', a-t-il ajouté.

Associated Press. Tunis, vendredi 30 novembre 2001 .
Lettre à Jacques Chirac


Des députés européens demandent à Jacques Chirac, à l'occasion de sa prochaine visite à Tunis le 1er décembre 2001, d'intervenir en faveur de Moncef Marzouki auprès du Président tunisien.

Monsieur Jacques CHIRAC
Président de la République Française
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris

Bruxelles, le 28 novembre 2001

Monsieur le Président,

Au moment où vous vous apprêtez à rencontrer le Président de la République de Tunisie Monsieur Zine El Abidine Ben Ali, nous souhaitons attirer votre attention sur la situation faite au Docteur Moncef Marzouki.

Le Docteur Marzouki, ancien Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme, la plus ancienne du Monde Arabe, Professeur de santé publique de réputation internationale, est actuellement l'objet d'un incroyable harcèlement des autorités tunisiennes en raison de son combat pour les libertés et les droits de l'Homme en Tunisie. Condamné à un an de prison avec sursis, privé de son poste à l'Université de médecine de Sousse depuis deux ans, suivi dans le moindre de ses déplacements et surveillé à chaque instant par des hommes en civil, le Professeur Marzouki s'est vu refuser le droit de quitter le territoire tunisien et de rejoindre le poste de Professeur associé qui lui a été attribué à la Faculté de médecine de Bobigny.

La situation faite au Docteur Marzouki est à la fois indigne, totalement injustifiable et contraire à tous les engagements internationaux de la Tunisie en matière de respect des libertés individuelles.

Votre déplacement s'inscrit dans le contexte du renforcement de la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme. Pour l'Union européenne et ses Etats membres, celle-ci ne peut être menée qu'au nom des principes démocratiques, du respect des droits des personnes, du refus de l'arbitraire, de la violence et du fanatisme.

C'est parce que toute sa vie militante et professionnelle a été marquée par la défense pacifique et obstinée de ces idéaux que nous avons été nombreux au Parlement européen, par delà les frontières politiques, à parrainer il y a plusieurs mois l'attribution du " Passeport de la Liberté " au Docteur Marzouki. C'est parce qu'il est une figure exemplaire du combat pour les droits de l'Homme et la démocratie dans le Monde Arabe que nous devons être plus que jamais à ses côtés aujourd'hui. Quel insupportable paradoxe si la lutte contre le terrorisme servait dans certains pays à réprimer dans l'indifférence internationale les défenseurs des Droits de l'Homme et des Libertés démocratiques.

C'est pour cela que nous nous tournons vers vous Monsieur le Président, et que nous vous demandons d'intervenir auprès du Président Ben Ali afin que cesse le harcèlement à l'encontre du Docteur Marzouki, que sa liberté de circulation soit rétablie, qu'il puisse rejoindre son poste de Professeur à la faculté de médecine de Bobigny et que la condamnation à un an de prison avec sursis qui a été prononcée contre lui soit abrogée.

Dans cette attente, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre plus haute considération.

Harlem Désir
Thierry Jean-Pierre
Hélène Flautre
Daniel Cohn-Bendit
Astrid Thors
Gianfranco Dell'Alba
Olivier Dupuis
José-Maria Mendiluce
Alain Lipietz
Fodé Sylla
Alima Boumediene-Thiery
Cecilia Malström
Marie-Arlette Carlotti
Françoise Grossetête
François Zimeray
Mario Soares


Bruxelles, vendredi 28 novembre 2001 .
Lettre de RSF à Jacques Chirac

Secrétariat international
Bureau Maghreb et Moyen-Orient
5, rue Geoffroy Marie - 75009 Paris - France
Tél : (33) 1 44 83 84 64
Fax : (33) 1 45 23 11 51
E-mail : moyen-orient@rsf.fr
Web : www.rsf.fr

Lettre ouverte

Monsieur Jacques Chirac
Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris


Paris, le 29 novembre 2001

Monsieur le Président,

A l'occasion de votre prochain voyage au Maghreb les 1er et 2 décembre, nous souhaiterions porter à votre connaissance des éléments sur la situation de la liberté de la presse en Tunisie et au Maroc.

En Tunisie, la situation de la liberté de la presse ne fait qu'empirer depuis un an et demi.
Le paysage médiatique demeure inchangé. Même si certains titres osent désormais quelques critiques du régime, la presse dans son ensemble a encouragé la candidature de Zine el-Abidine Ben Ali à l'élection présidentielle de 2004. Sur le plan de la législation, la réforme du Code de la presse, en avril, a déçu de nombreux journalistes qui ont souhaité que soit " mis fin au paradoxe existant entre un discours officiel libéral et la pratique continue de la censure ". Ces mêmes journalistes ont également demandé la levée des restrictions imposées " à un certain nombre " de leurs confrères " interdits d'exercer ". Ces dernières années, de nombreux journalistes ont, en effet, été contraints de travailler pour la presse étrangère, de créer des sites d'information sur Internet ou même de s'exiler, faute de pouvoir exercer dans leur propre pays. Sihem Bensedrine, la directrice de publication du journal en ligne Kalima, a été arrêtée en juin 2001 peu après être intervenue sur Al Mustakillah (chaîne de télévision tunisienne d'opposition basée à Londres). Dans l'émission "Le Grand Maghreb", elle avait notamment évoqué le sujet de la corruption en Tunisie. La journaliste a été libérée le 11 août mais demeure poursuivie pour "diffamation" et "atteinte à l'institution judiciaire". Elle n'a toujours pas été jugée.
Si le journaliste Taoufik Ben Brik, qui avait fait une grève de la faim en avril 2000, n'a pas été directement intimidé en 2001, sa famille, en revanche, a été l'objet de pressions. Dernièrement, le véhicule de son épouse a été saccagé et ses lignes de téléphone et de fax coupées.
Deux journalistes de tendance islamiste, Hamadi Jebali, directeur de l'hebdomadaire Al Fajr, et Abdellah Zouari, journaliste de la même publication, sont emprisonnés depuis 1992. Un troisième, Hamma Hammami, directeur de publication d'El Badil, vit dans la clandestinité depuis 1998.
Enfin, le contrôle des moyens de communication, dont Internet, a encore été renforcé. Une véritable police de l'information agit pour bloquer tout accès aux sites jugés " dangereux ", qu'ils soient tunisiens ou français, que ce soit des sites de journaux ou d'organisations des droits de l'homme.


Au Maroc, la situation de la liberté de la presse s'est lentement dégradée depuis maintenant un an. Malgré la volonté du roi, exprimée en juillet 2000, de garantir les libertés et notamment celle de la presse, l'année qui s'est écoulée a été marquée, en décembre dernier, par l'interdiction, émanant du Premier ministre, de trois journaux indépendants, Le Journal, Assahifa et Demain pour avoir "porté atteinte à la stabilité de l'Etat". Bien que ces journaux aient reçu l'autorisation de reparaître sous de nouveaux noms, Le Journal Hebdomadaire, Assahifa al Ousbouia et Demain Magazine demeurent sous la pression des autorités. Le 1er mars 2001, Aboubakr Jamaï, directeur de la publication du Journal hebdomadaire, et Ali Amar, directeur général, ont été condamnés respectivement à trois et deux mois de prison. Ils étaient poursuivis par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, suite à la parution d'un dossier qui l'accusait de détournements de fonds publics alors qu'il était ambassadeur aux Etats-Unis. Le 21 novembre, Ali Lmrabet, directeur de publication de l'hebdomadaire Demain Magazine et correspondant de Reporters sans frontières, a été condamné à quatre mois de prison par le tribunal de Rabat. Il était poursuivi pour "diffusion de fausses informations portant atteinte à l'ordre public ou susceptibles de lui porter atteinte". Le journaliste, qui a décidé de ne pas faire appel, devrait être emprisonné sous peu. Enfin, depuis le 18 novembre, Nourredine Darif, correspondant de l'hebdomadaire arabophone d'extrême gauche Al Amal Addimocrati, est emprisonné à la prison d'El Aïoun (Sahara occidental). Accusé par le parquet de " collusion avec une partie étrangère ", Nourredine Darif aurait été victime de mauvais traitements. Jusqu'à présent, personne n'a pu lui rendre visite. Enfin, au moins huit publications étrangères ont été censurées en 2001.

Nous vous saurions gré, Monsieur le Président, de bien vouloir aborder ces sujets lors de vos entretiens avec Monsieur Zine el-Abidine Ben Ali et Sa Majesté Mohammed VI.

Connaissant votre attachement à la liberté de la presse, nous ne doutons pas que vous interviendrez auprès de vos hôtes pour défendre ce droit.

Je vous remercie de l'appui que vous voudrez bien apporter à notre demande et je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.

Robert Ménard
Secrétaire général

Virginie Locussol (moyen-orient@rsf.org / middle-east@rsf.org)
Bureau Maghreb et Moyen-orient / North Africa and Middle-East desk

Reporters sans frontières / Reporters Without Borders
5, rue Geoffroy-Marie
75009 Paris - FRANCE
Tél. (33) 1 44 83 84 84
Fax. (33) 1 45 23 11 51

Paris, jeudi 29 novembre 2001 .
Dossier spécial : Ali Lmrabet


Quatre mois ferme

Tandis qu’un journal reparaît à Kaboul, ce qui est une bonne nouvelle, à Rabat, au contraire, le palais, via le parquet, décide de nouveau de frapper la presse. En effet, les responsables du "Journal" et de "Demain Magazine" ont été condamnés à de la prison ferme pour des peccadilles. Si les premiers ont fait appel du jugement, Ali Lmrabet a, lui, décidé de ne pas “jouer avec cette justice servile”. Samedi 1er décembre 2001, le directeur de "Demain" pourrait se retrouver sous les verrous, si le pouvoir marocain, conscient de cette “mauvaise” publicité, ne change pas d’avis. Certes, il existe encore un abîme entre, disons, la Tunisie - où toute presse indépendante est impossible - et le Maroc, où elle est tolérée, menacée, contrôlée. Mais, en regard des espoirs qu’avait suscités le nouveau roi, force est de constater que le bilan est décevant, tant sur le plan des libertés que des droits de l’homme en général.
Il existe souvent, et même presque toujours, une correspondance entre la situation de la presse et le degré de liberté des citoyens. A Mexico, où les difficultés sont encore légion, la satire politique envahit les scènes des théâtres. Alors que du temps de la “dictature” du PRI la censure était totale, on peut aujourd’hui se moquer du président Fox. Ce qui est peut-être un premier pas avant d’autres avancées sociales.

Philippe Thureau-Dangin

Forum ettounsi
Envoi de JUGURTHA
le 30 Septembre 2001:

A la recherche de la Tunisie nouvelle

Quand j’ai quitté Casablanca et le "faste" marocain pour aller rejoindre le journaliste Taoufik Ben Brik, qui revenait le 7 septembre en Tunisie après un court exil à Paris et une grève de la faim de cinq semaines, je m'attendais à être fraîchement accueilli par les policiers de la petite dictature tunisienne. Un an auparavant, pour avoir écrit un violent réquisitoire contre le président Ben Ali, j'avais eu droit à la visite d'un commis de l'ambassade tunisienne à Rabat, qui m'avait prévenu de ne pas songer à aller bronzer sous les palmiers du pays.
Finalement, la police tunisienne ne fera pas des siennes. Je passe sans encombre. Le lendemain, je repars pour l'aéroport de Tunis, ou une foule bigarrée attend le troublion escorte par trois anges gardien, trois députés européens. Au grand étonnement du petit monde qui attend, Taoufik et ses compagnons passent également sans problème le contrôle de police.

"Nous sommes seuls, et le régime a repris du poil de la bête"

Le soir, comme prévu, je vais à la rencontre des Tunisiens de Taoufik Ben Brik, c'est-à-dire des derniers Gaulois fous qui résistent encore au rouleau compresseur de Ben Ali, le "Combattant minime". Dans le local de la Maison d'édition Aloes, une demeure de style mauresque située dans un quartier populaire, il y a foule. Il y a bien évidemment Sihem Ben Sedrine, la maîtresse des lieux, une petite femme énergique qui, en dépit des interdictions et des menaces, continue de faire son métier d'éditeur, même si le dernier livre de Taoufik Ben Brik en arabe est interdit et bloqué à l'imprimerie. "Je suis un éditeur sans livres", dit-elle en souriant. Il y a aussi Radhia Nasraoui, avocate et épouse de Hamma Hammami, secrétaire général du PCOT. Mme Nasraoui, en larmes, se lance dans un vigoureux plaidoyer pour la démocratisation de son pays. "Nous sommes seuls, et le régime a repris du poil de la bête. Aidez-nous." Plus loin, Mustapha Ben Jaafar, le secrétaire général du Forum Démocratique, un parti illégal, tente d'expliquer aux journalistes français, que le fait qu'il y ait à Tunis une avenue de la Liberté ne signifie nullement qu'il y ait réellement de la liberté. Raisonnement logique.
Vendredi matin, après les salamalecs et les salutations d'usage, je décide de quitter le groupe Ben Brik pour aller à la rencontre du groupe Ben Ali-c'est-à-dire des Tunisiens "qui acquiescent et qui se taisent", comme dit Ben Brik. Mais mon projet de faire parler les Tunisiens fait rire mes hôtes. "Tu te crois où, en France, aux Etats-Unis...à la rigueur au Maroc ?" me lance Jalel, le frère de Taoufik. Tout de même, les gens ne sont pas muets.
Dehors, je commence par le chauffeur de taxi. Comme le monsieur à l 'air sympatique et qu'il s'intéresse à mon accent, je me laisse aller à ma nature méditerranéenne et je commence à lui poser des questions banales et bêtes, si on les relatent dans un contexte marocain."Vivez-vous bien? Pouvez-vous dire ce que vous pensez réellement de ce régime?" Je n'ai pas de réponse. Juste un mutisme soudain du chauffeur et une façon bizarre de me regarder. Je comprends qu'il faut que je descende, sinon le prochain arrêt, ce sera un commissariat de police. Comme je ne suis pas loin de l'avenue Habib Bourguiba, je décide d'aller faire un tour à la Maison du Journaliste.
Au deuxieme étage d'un immeuble sale dont l'ascenseur ne fonctionne pas, je suis chaleureusement accueilli par des confrères. Des "frères confrères" tunisiens, selon la terminologie hypocrite maghrébine. Cette Maison n'est pas à proprement parler un club ou quelque chose du genre. C'est un bar, comme celui que Driss Basri a offert aux journalistes marocains à Rabat afin qu'ils se saoulent pour pas cher et oublient leur métier de journalistes.

"Le journalisme est mort en Tunisie. Mort et enterré"

Alors que je réponds à une question sur M6 [Mohamed VI] et la "nouvelle ère" marocaine, j'aperçois deux "confrères" titubant et marchant difficilement vers la sortie. Je me force à croire que ces deux gaillards sont des irréductibles au régime et qu'ils sont dans cet état à cause de leur opposition acharnée à Ben Ali. En réalité, nos deux amis sont complètement bourrés et, quand ils sortent du bar, le patron les suit des yeux afin de s'assurer qu'ils ne vont pas tomber dans les escaliers. Triste fin, me dis-je, pour cette race de seigneurs de la plume qui a perdu ses plumes.
Je ne reste pas longtemps avec mes nouveaux "amis" journalistes. D'abord, il n'y a rien à dire. Mes questions sont restées sans réponse, et seul un rédacteur d'un quotidien national, sous couvert de l'anonymat (bien entendu), me confiera plus tard ce que je redoutais le plus: " Le journalisme est mort en Tunisie. Mort et enterré."
C'est vrai. Quand je me décide enfin à acheter la presse locale, j'opte pour La Presse et Le Renouveau. C'est un énorme gâchis. Il n'y a ni presse ni renouveau dans les deux torchons. Et c'est pire, je l'avoue, que notre Matin du Sahara national. A la une des deux journaux, on retrouve presque les mêmes photos, les mêmes débilités: "Ben Ali au sommet du millénaire", "Ben Ali propose...", "Ben Ali a conseillé Arafat", "Ben Ali par-ci...", "Ben Ali par-là..." Même le magazine bilingue Réalités n'échappe pas à la règle. Dans la page Confidentiel, une rubrique censée donner à ses lecteurs des informations "confidentielles", on lit au tout début, comme si genre d’information avait sa place dans cette rubrique, « Bon anniversaire, Monsieur le Président. Taieb Zahar [le directeur de l’hebdomadaire] et toute l’équipe de Realites présentent leurs meilleurs vœux au président Zine el-Abidine Ben Ali à l’occasion de son anniversaire. » Franchement, c’est de la rigolade. Seul élément positif dans cette mare de canards boiteux : la publicité. Il y en a un sacré paquet. Partout. Comme l’Etat contrôle le marché de la publicité, elle fait la pluie et le beau temps, distribue les bons et les mauvais points. Le soir, je sors déçu d’un hôtel miteux, le Comodor, plein de contrebandiers algériens et de filles pas trop claires, pour aller faire un tour dans la médina. Devant le café qui est accolé à l’ambassade anglaise, je m’attable et je commence à parler avec un jeune moustachu sympathique. Surprise : il ne mâche pas ses mots. Dès qu’il est arrivé à la certitude que je ne suis pas un flic, il me lâche une phrase, la plus courageuse, je présume, de sa vie, avant de s’éclipser. « Le pouvoir au palais de Carthage, siège du général, se divise en trois factions, le clan de Ben Ali, celui de sa femme et celui de ses gendres. C’est-à-dire le pouvoir de Ben Ali 1, Ben Ali 2 et de Ben Ali 3 .» J’ai tout compris. En me baladant dans la médina, je me rends compte que suis dans la maison particulière de Zine el-Abidine. Il n’y a pas un seul commerce, pas une seule boutique, pas un seul café ou il n'y a pas un minimum de deux ou trois portraits du successeur du Combattant Suprême. Une overdose de photos. Il y en a infiniment plus que de Mohammed V, Hassan II et Mohammed VI réunis. Et pourtant, le Maroc, c’est trois fois la Tunisie en territoire et en population.
En rentrant à l’hôtel, abattu, je comprends ma douleur. A quoi bon essayer de comprendre ce pays ? Je me souvient alors que, lors de la dernière élection présidentielle, en octobre 1999, les deux candidats de l’opposition qui s’étaient présentés contre Ben Ali, MM. Abderrahmane Tlili et Mohamed Belhaj Amor, avaient comme slogan électoral… « Votez Ben Ali ! » Ils avaient tout compris.

Ali Lmrabet
DEMAIN
Magazine marocain de Casablanca.

Source : Courrierinternational .
Maroc Hebdo international : Profil de Ali Mrabet

Profil d’un journaliste controversé
QU'EST-CE QUI FAIT COURIR ALI LMRABET ?

Ali Lmrabet, directeur de la publication de Demain, est chargé de tous les mots. Agent du Mossad, pour les uns, à la solde des services français et espagnols pour les autres. Journaliste excessif, ce Rifain n’est pas du genre à avoir sa langue dans la poche. C’est peut-être pour cela qu’il a suscité des animosités partout…

Par Abdellatif EL AZIZI

Source : Maroc Hebdo international

Selon les Islamistes du Parti de la justice et du développement, Ali Lmrabet serait un agent du Mossad. Avec une titraille musclée, Al Asr et Attajdid, deux hebdomadaires islamistes, ont fait leurs choux gras de l’entretien accordé par le directeur de l’hebdomadaire Demain à la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera, il y a trois semaines de cela.
Sur le plateau de l’émission "Les Ciseaux de la censure ", M. Lmrabet aurait affirmé qu’il " existe une activité de l’appareil du Mossad sur le territoire du Maroc, avec un soutien et une coordination de la part du gouvernement".
Les deux publications des islamistes modérées ne se dépêchent pas moins de rapporter les paroles du journaliste qatari, un peu interloqué par ces propos, voire même inquiet : " Nous voulions convenir d’un rendez-vous avec M. le Premier ministre. Nous avons contacté son conseiller de presse… Cette fois, tous les responsables marocains se sont excusés de ne pouvoir organiser de rendez-vous : je n’en connais pas la raison. Nous avions l’intention de demander au Premier ministre de rediffuser l’émission en y ajoutant sa réponse, à des déclarations inquiétantes, comme celle d’Ali Lmrabet qui dit s’attendre à un retour du bureau de liaison , mais sous la forme d’une ambassade "… Il est du Mossad ou il accuse le Mossad d’investir le Maroc ?

Accusations
Le problème, c’est que Ali Lmrabet n’est pas uniquement un agent du Mossad, on dit également que c’est une taupe des services espagnols qui roule aussi pour les renseignements français. Et au rythme où vont les choses, on lui découvrira bientôt une fibre KGB. Sur l’origine du financement de sa publication, il balaie les accusations diverses en invitant quiconque le désire à fouiller dans sa comptabilité. " Mes comptes sont les plus clairs de la profession. Ce qu’on colporte à ce sujet n’est ni plus ni moins que la preuve que Demain est un journal qui dérange. On raconte même que je suis prêt à mettre la clé sous le paillasson, alors que nous jouissons d’une santé financière à toute épreuve ".
D. Jekill et M. Hyde, il est plus souvent M. Hyde, l’iconoclaste patron de Demain dérange forcément. Son passage à l’hebdomadaire Le Journal n’est pas passé inaperçu. Sur des sorties intempestives, les dérapages ne sont jamais bien loin, mais notre confrère s’en est toujours sorti sans trop de casse. De jolis coups qui ont fait de cet hebdomadaire à peine naissant une publication au lectorat avide de révélations. Redresseur de torts pour les uns, tête brûlée pour les autres, carrément timbré pour les victimes de ses écrits sulfureux, M. Lmrabet est sans conteste un personnage atypique.

Goût
Venu au journalisme par accident, il s’est vite pris au jeu : " J’avais écrit un papier dans la tribune populaire pour dépanner un copain. Par la suite, j’ai travaillé au Quotidien du Maroc. Après trois mois, j’ai claqué la porte parce qu’on m’avait refusé la publication d’un article sur les enjeux politiques et économiques de l’après Ali Yata ".
Il explique pourtant qu’il s’agit là certes d’un trait de caractère évident mais, " c’est avant tout une façon de voir ce métier ". Une façon de voir qui n’est pas du goût de tout le monde puisque M. Lmrabet compte peut-être autant d’amis que d’ennemis. La position de "ses détracteurs", il fait mine de ne pas la comprendre " Nous respectons les trois champs qui méritent respect, à savoir, la religion, la monarchie et l’intégrité territoriale, pour le reste le champ est libre. Dans les limites de la loi, bien entendu.
La législation en la matière est déjà assez lourde pour qu’on ait besoin d’en rajouter ". Dans ce style baroudeur, on pourrait voir un trait rifain mais plus qu’un Maroc mythique, M. Lmrabet cherche à mettre son grain de sel dans une vie politique en parfaite déliquescence.

Excès
Lorsqu’il trouve les hommes politiques désespérément "lourds", inintéressants, lorsque la situation politique est bloquée par ces mêmes hommes politiques, il revendique le droit de le clamer haut et fort " on dit que je suis excessif, ce n’est pas moi qui est excessif, c’est la situation politique et sociale du pays qui l’est ! "
Quant aux " quelques plumes fameuses " qui l'ont moqué, il n’hésite pas à les remercier tant cette publicité gratuite le ravit. Pour ce fils d’une famille très modeste, son père était chaouch, le secret de la vie réside dans la capacité à se moquer des choses, dans la parodie des grands de ce monde. Vision forcément peu orthodoxe mais quelqu’un disait que " rien ne se connaît que par la différence".

Maroc Hebdo international n°440 page 33 .
Lettre de TBB à son collégue


Lettre à Ali Lmrabet,
ce chien enragé.


L'article incriminé, source : RSF

Ali, si un jour il n'y a plus d'emmerdes, tu seras dans la merde, tu t'emmerderas comme un poux et tu emmerderas le monde. Ils se gourent les bougres en te menaçant de te mettre au trou. C'est une cage qu'il te faut. Ils ne savent pas que c'est justement ce que tu cherches, et pan, ils sont tombés dans le panneau. T'incarcérer, la belle affaire : comme si ton Maroc n'est pas déjà une immense prison sans barreaux.
En fait, qu'est-ce qu'ils te reprochent ces cons ? D'avoir divulgué au conditionnel qu'un palais sera vendu ? Entre nous, ils ont raison.
Quelle mouche t'a piqué de foutre ton nez là où il ne faut pas ? Les quatre mois, tu les a bien cherchés. Où est-ce que tu te crois pour ébruiter de telles insanités ? Tu oublies toujours que tu as affaire à l'exception des despotes arabes. Ali, je crois qu'il te manque une case pour continuer à exercer ce métier de chien qui est le mien, dans des pays où ça ne rigole pas. Ali mon ami, quand est-ce qu'on s'occupera des petites choses de la vie : boire, draguer, danser, chanter ? Dans une autre vie, peut-être, quand les M6, les Ben Ali, les Ibn Seoud, ne nous gâchent plus le paysage.
Hasta la vista, ombre !

Taoufik Ben Brik
Tunis, le 26 novembre 2001 .

Envoi de Kawselkarama. Samedi premier décembre 2001 .
Lassad Ben Ali Zitouni

Voici quelques pages de ma jeunesse tunisienne …

Après m'avoir interdit d'exercer ma liberté d'expression et d'association, au même titre que mes collègues les militants du Parti Social Libéral (PSL) - Direction Légitime -, le régime tunisien s'en est pris à ma liberté de circulation. Ainsi successivement le 14 mai et le 16 septembre 2001, j'ai été arbitrairement empêché d'embarquer, respectivement pour la Turquie et la France, où je devais me rendre, à l'invitation d'organisations de jeunesse oeuvrant pour le dialogue entre les cultures la tolérance et la paix. En m'appliquant ces méthodes liberticides l'Etat Parti voulait en vain, étouffer à jamais l'aspiration pour la réforme du PSL, portée notamment par les militantes de et les militants de l'Organisation de la Jeunesse Sociale Libérale (OJSL).

Dans ce cadre je voudrais signaler le cas du président légitime du PSL, le professeur Mondher THABET, objet d'un harcèlement caractérisé depuis le 27 février 1999. La police politique lui a demandé en plus de la suspension de ses contacts avec l'Internationale Libérale de rendre publique sa démission du PSL, en tant que militant de base et ce afin de le jeter irréversiblement dans l'isolement et le discrédit. Il paye désormais le prix de son intégrité, après avoir refusé de souscrire aux compromissions qui lui ont été proposées depuis le déclenchement du mouvement de réforme du PSL.

Les membres de la direction légitime du PSL auraient même été menacés de poursuites judiciaires s'ils persistaient à afficher publiquement leurs qualités partisanes. Moi-même je fut arrêté le 27 février 1999 par la police politique qui m'imposa au terme d'une pénible séance de mauvais traitement de rendre publique ma démission de la vie politique en général(1) faute d'avoir accepté la réintégration du PSL, sous la direction illégitime de l'amie du général ben ali.

Les circonstances dans lesquelles mes collègues du bureau légitime de l'OJSL et moi-même avons été privés de notre organisation, étaient d'une gravité telle, que nous ne puissions nous y opposer frontalement sans encourir les pires représailles. C'est pourquoi après avoir recouvert mon droit à la libre circulation et ma liberté d'expression, grâce à un élan soutenu de solidarité citoyenne, plus que jamais, je suis déterminé à faire connaître davantage, au monde libre, la réalité alarmante de la jeunesse tunisienne.

Après le putsch du 27 février 1999

Trois mois après en avoir formulé la demande aux autorités compétentes j'ai obtenu un titre de voyage. Via le Maroc j'allais me rendre au Sénégal où mes homologues les militants de l'Union de la Jeunesse Libérale Travailliste (UJTL) devaient m'attendre (selon une lettre de M.Djibril SAMBO*), Or arrivé le 20 août 1999 au Maroc, j'y suis resté à l'insu de mon gré, arbitrairement bloqué, jusqu'au 20 octobre 1999, après avoir été injustement refoulé de Malte.

La coopération entre les services de police politique tunisienne et marocaine (le tortionnaire Driss El BASSRI était encore Ministre de l'Intérieur au Maroc) s'est soldée par mon blocage au Maroc où je fut à deux reprises empêcher de franchir la frontière Maroc-Mauritanie (Dakhla) alors que j'ai été porteur d'une lettre de recommandation pour prise en charge, adressée de la part de M.Djibril SAMBOU au président de l'organisation des jeunesses libérales Africaines (OJLA) membre de l'IFLRY, le député Modou Diagne FADA. Au cours de mon séjour au Maroc, la police politique m'a informé que j'étais indésirable sur le sol du Royaume. Cette attitude m'a été signifiée sous de multiples formes : violations répétitives de mon domicile (chambre d'hôtel) à Rabat, fouilles et vols de mes effets et documents personnels, agressions physiques au Commissariat de Rabat, injonctions aux tenanciers des deux hôtels que j'ai fréquentés de ne plus m'accueillir etc... .
Dans ces circonstances, j'ai quitté le Maroc pour Malte en date du 11octobre 1999 où de nouvelles connivences entre services de police tunisiens marocains et maltais m'attendaient: Pourtant muni d'un titre de transport valable, d'un passeport et de devises, je me suis retrouvé séquestré à mon arrivée à l'aéroport (LUKA)de Malte dans les locaux du Commissariat- zone internationale, puis arbitrairement renvoyé vers le Maroc dans les 24 heures suivant mon arrivée, alors même que la mention de l'entrée légale sur le territoire de Malte n'avait pas été portée par cachet sur mon passeport !.

A cette époque, aucun visa d'entrée n'était exigé pour les ressortissants tunisiens voulant se rendre à Malte. Contrairement aux justifications écrites produites par les autorités de Malte auprès de la section parisienne du HCR. Ces mêmes autorités se sont défaussées de toute responsabilité en prétendant n'avoir pas été saisi de ma part, de quelque demande de protection que ce soit. Pourtant, la section du HCR de l'Italie chargée du suivi des demandes de protection Malte est intervenue à plusieurs reprises à mon sujet, faisant ainsi suite aux messages d'alerte qui lui ont été envoyés par mon frère exilé en France(Membre de la direction légitime du PSL). Un haut fonctionnaire de la PAF maltaise m'avait confié que l'Etat tunisien et la police politique du Maroc étaient les commanditaires des mesures draconiennes que les autorités de son pays m'avaient assénées.

A mon retour obligé au Maroc le 12 octobre 1999, j'ai été séquestré arbitrairement dans le Commissariat (la zone internationale de l'aéroport) de Casablanca jusqu'au 21 octobre 1999 où j'allais être soumis à deux tentatives d'embarquement forcé vers la Tunisie, accompagnées d'agressions physiques et verbales et de tentatives d'administration de somnifères par voie intraveineuse. Mon départ en détresse vers Algérie m'a épargné aux traitements cyniques des autorités de l'aéroport de Casablanca. A partir de la Tunisie ma famille m'a financé un billet d'avion pour l'Algérie, contrairement aux déclarations de M.Mohammed MJID, le représentant du HCR de Casablanca, transmise par écrit à la section parisienne du HCR, selon lesquelles il m'aurait aidé au financement partiel de l'achat de mon billet Casablanca-Alger !

Les interventions de mon frère et collègue exilé en France, auprès du HCR, section- Casablanca n'ont eu aucun effet, prouvant par-là à quel point cette section est inféodée au pouvoir local. Après l'absence de réactions et d'initiatives pour me mettre sous sa protection, la dite section s'est montrée intéressée par mon cas, vu les prémices d'une mobilisation internationale.

Ce calvaire m'a conduit à chercher refuge en Algérie, pays qui m'a profondément ému par l'hospitalité que son peuple réserve encore à ses visiteurs, malgré la rude épreuve qu'il connaît depuis 1991. En Algérie la collaboration policière pernicieuse tripartite (tunisienne, marocaine et maltaise) s'est estompée. Après un séjour d'une quinzaine de jours en Algérie où j'ai été spontanément accueilli par une famille à Tizi-Ouzou, je me suis retrouvé obligé de reprendre le chemin du retour vers l'enfer qu'est devenue la Tunisie.


Franchissant la frontière algéro-tunisienne le 04 novembre 1999, au point frontalier de " Bouchebka ", j'ai été immédiatement arrêté par une unité de la police politique qui me conduisit directement au Ministère de l'Intérieur à bord d'une " Land-Rover ". Reçu par le service de la DST je fut violenté psychologiquement, torturé et soumis pendant quelques mois à des interrogatoires successifs donnant lieu à la signature de plus de 70 procès verbaux sur : Les raisons de l'appel à la tenue d'un congrès extra-ordinaire le 27 septembre 1997, les raisons " réelles " de mon départ le 20/08/1999, les contacts et les correspondances établis, le contenu de mes communications avec mon frère exilé en France, les relations de mon frère avec l'opposition tunisienne en exil, notamment Kamel JENDOUBI Khemaïs CHAMMARI et Ahmed El MANNAI etc. Au terme de ce calvaire, mes tortionnaires m'ont restitué mon passeport accompagné du commentaire: " Nous avons le couteau approprié pour chaque coq ".

Depuis ce retour forcé, j'ai été interdit de facto de quitter la Tunisie. Mon droit à la libre circulation a été totalement bafoué puisque cette fois-ci, même à l'intérieur de la Tunisie, je faisais l'objet d'une surveillance policière très rapprochée se manifestant surtout par des interpellations informelles quasi quotidiennes. La dernière de ces interpellations eue lieu la veille du 2 mars 2001. Kidnappé vers 22 heures dans la localité du Bardo, je ne fut relâché que vers 5 heures du matin, passant la nuit à bord d'une voiture de police banalisée où il m'était sans cesse demander de fournir des informations sur les éléments évoqués ci-dessus, ainsi que mes projets personnels pour l'avenir.

A chaque promesse d'embauche, des pressions s'exercent sur mes employeurs potentiels, afin que leurs promesses restent sans suites. En représailles à l'opposition affichée par mon frère exilé en France contre le régime en place (participation à des manifestations et rencontres, débats, publications d'articles), doublée de sa qualité de Porte-parole officiel de la Direction légitime du PSL, le 26 avril 2001, un appel téléphonique de la " Mintaka " district de police de Carthage informa ma mère, septuagénaire, asthmatique et diabétique, que son fils soi-disant " soupçonné de vol " (sic) devait se présenter dans leurs locaux où elle pouvait éventuellement l'accompagner.

En début de matinée le lundi 14 mai 2001, je m'apprêtais à prendre le vol Tunis-Istanbul à l'aéroport international de Tunis-Carthage. Les autorités de l'aéroport m'ont empêché d'embarquer au motif que j'aurais " des problèmes à régler avec le Ministère de l'intérieur-DST- (sic)". Dans les locaux du dit ministère j'apprends de la bouche des fonctionnaires qui m'ont reçu, qu'aucune directive portant restriction à ma liberté de circulation n'a été-officiellement- ordonnée. Œuvres des tribunaux selon la loi en Tunisie, il était claire que ces restrictions, prises en l'absence d'un jugement rendu en bonne et due forme, renfermait une manœuvre politicienne.

En plein centre ville de Tunis, après avoir quitté les locaux du ministère de l'intérieure, et au moment où j'ai été en train d'informer l'un des membres de ma famille par téléphone des péripéties de mon calvaire, j'ai été embarqué de force dans une voiture par une équipe spéciale de la D.S.T chargée de me ramener à la case départ dans les locaux du Ministère de l'intérieur où j'ai été maintenu illégalement pendant 48 heures.

Suite à cet enchaînement de faits, je me suis retrouvé contraint à vivre l'isolement et l'exil dans mon propre pays, étant depuis ma réapparition l'objet d'intimidations et de vexations de la part d'agents de la police politique dont je détiens les identités. Un isolement et un exil, se traduisant par l'impossibilité de pouvoir se déplacer librement, sans risquer ma dignité et mon intégrité physique à l'intérieur même de la Tunisie.

Quelques mois plus tard, le 16 septembre 2001, je devais embarquer pour la France dans le cadre d'un projet de coopération euro-méditerranéen auquel j'ai été convié par le Comité pour les relations Nationales et internationales des Associations de Jeunesse et d'Education Populaire(CNAJEP).D'autres associations ont manifesté un intérêt particulier aux thématiques qui devaient être au cœur de ce temps d'échange international, j'en citerais notamment la Fédération des Associations de Recherche et d'Education à la Paix (FAREP). Admis à l'embarquement, une heure plus tard, des policiers sont venus me chercher pour m'informer de l'impossibilité de mon départ. Leur argumentaire était une reproduction du subterfuge initial, que l'on m'a opposé le 14/05/2001, mais cette fois-ci avec un détail en plus : L'annulation du cachet humide constatant mon admission à l'embarquement !.

Toutes les conditions se sont alors réunies pour que j'entame la phase judiciaire. Le CNAJEP s'est adressé par courrier à la présidence de la république, lui exprimant ses préoccupations et inquiétudes, face au raidissement que rien ne justifie, dans l'attitude de l'administration à mon égard. Une diligente attention a été accordée à mon dossier par les soins de Maître Alia CHERIF CHAMMARI qui choisie comme premier terrain pour ma défense, la voix du référé devant le tribunal administratif. Après un mois d'attente, le tribunal administratif, présidé par M.Taïeb ELLOUMI, s'est prononcé dans le sens du rejet de l'action, au motif qu'elle était dépourvue de cause. Ce qui signifie juridiquement que le ministère de l'intérieur, partie défenderesse à l'action, s'est purement et simplement disculpé de la responsabilité des bavures constitutives de mon calvaire !

Mes premières impressions à Paris…

Par ailleurs je demeure persuadé que les libertés que je viens de recouvrir doivent servir la résistance de ceux qui en sont encore privés. Parmi ceux-là, j'en cite le millier de prisonnier qui croupissent depuis 11 ans dans des conditions inhumaines et à cause de leurs opinions derrière les barreaux de l " 'ère nouvelle ", les oubliés de la croissance économique à cause de leurs appartenances régionales, sociales ou autres…etc. Si nous admettons que la crise qui s'abat sur la Tunisie depuis l'avènement du régime de la déclaration du 7 novembre est principalement une crise de libertés, il devrait s'en suivre qu'une sortie de cette crise passerait nécessairement par la libéralisation du climat politique qui règne dans le pays.

A travers la publication de ce (premier) document je voudrais éclairer l'opinion publique sur l'un des dossiers politiques les plus gardés au secret par le régime du 7 novembre et ses comparses objectifs, je souhaiterais aussi exprimer mes remerciements et ma reconnaissance aux démocrates qui m'ont soutenu et défendu. A tous ceux qui ont pris part à l'organisation de ma venue en France, mon accueil et les temps d'échange et de coopération qui me tiennent à cœur, j'exprime ma reconnaissance. Ma chaleureuse gratitude et ma reconnaissance vont particulièrement à la section fédérale d'Amnistie Internationale (Londres), au Comité National et international des Associations de Jeunesse et d'Education Populaire (CNAJEP), à la Fédération des Associations de Recherche et d'Education à la Paix (FAREP) au Collectif de la Communauté tunisienne en Europe, au Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie (CRLDHT) à ma très chère avocate Maître Alia CHERIF CHAMMARI à la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme (LTDH-direction légitime) et mes collègues du bureau exécutif de l'IFLRY à Bruxelles.

En fin, je reste perplexe face à l'attitude, pour le moins confuse et regrettable, avec laquelle le Parti Démocratique Progressiste (PDP) de Ahmed Nejib Chebbi s'est interdit de signaler ma situation et mon calvaire, dans les colonnes de son organe de presse dit indépendant !. Pourtant les membres du bureau politique (du PDP) qui m'ont reçu (Issam Chebbi et maya Jéribi) à trois reprises après le 16 septembre 2001 (deuxième interdiction d'embarquer) se sont déclarés " préoccupés " par mon cas !!!


Lassad BEN ALI ZITOUNI
Membre de la Direction Légitime du PSL

Lassad BEN ALI ZITOUNI. Samedi premier décembre 2001 .
Plainte des tunisiens en France

C.R.L.D.H. Tunisie
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie
21 ter rue Voltaire 75011 Paris- France
Tél : (33)321964099 - Fax : (33) 3 21964307
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membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l'Homme


Communiqué
Une brèche importante dans la lutte contre l'impunité
La plainte déposée en France contre des tortionnaires tunisiens est jugée recevable


Le CRLDHT apprécie positivement la portée de la décision qui vient d'être prise par les autorités judiciaires françaises qui ont décidé de donner suite à la plainte déposée le 7 novembre 2001 auprès du Procureur de la République de Paris par six victimes tunisiennes pour faits de torture. Cette plainte présentée par Maître William Bourdon a été soutenue par RSF, le réseau Damoclès, la FIDH, Human Rights Watch, la section française d'Amnesty et le CRLDHT lors de la conférence de presse tenue dans les locaux de RSF le 9 novembre 2001. La procédure ainsi engagée est fondée sur le principe de la compétence universelle prévue par l'article 5 de la Convention internationale de 1984 contre la torture. Estimant que la preuve de la présence sur le territoire français des tortionnaires présumés ne saurait, en aucun cas, incomber aux victimes, la plainte du 7 novembre 2001 a en définitive été jugée recevable.
Cela autorise a présent l'ouverture d'une enquête visant l'ensemble des responsables et des agents de la sûreté nationale et du ministère de l'intérieur mis en cause par les plaignants et notamment Mohamed Ali Ganzoui, secrétaire d'Etat à la sûreté auprès du ministre de l'intérieur, Ali Mansour, directeur général de la sûreté et Mohamed Ennaceur, chef de la brigade du renseignement, et précisant que l'enquête pouvait être élargie " à la liste des tortionnaires figurant dans l'ouvrage intitulé la torture en Tunisie comportant plus de 100 noms ". Il s'agit du livre édité l'année dernière par le CRLDHT aux éditions " le Temps des cerises " à Paris. Le CRLDHT se félicite de l'importance de cette étape dans la lutte contre l'usage systématique de la torture par les pouvoirs publics tunisiens et contre le régime d'impunité institutionnalisé qui prévaut en Tunisie. Cet évènement avait été précédé le 20 novembre 1998 par la présentation d'un rapport alternatif au deuxième rapport périodique de la Tunisie au Comité contre la Torture de l'ONU. Ce rapport avait été présenté par la FIDH en relation avec la LTDH et le CRLDHT. Il y avait eu ensuite le premier rapport du CNLT élargissant la liste des agents et responsables mis en cause puis le livre du CRLDHT. Enfin, il y a eu la procédure engagée en Suisse contre Abdallah Kallel et l'action notamment de l'AVTT.
La plainte du 7 novembre 2001 et la suite qui vient de lui être donnée consacrent ainsi la conjugaison des efforts tendant à obtenir l'application, sur le terrain judiciaire, des engagements internationaux auxquels le gouvernement tunisien a souscrit en matière de protection des droits humains et de lutte contre la torture. S'inscrivant dans le cadre de la mobilisation contre l'impunité cette plainte constitue une avancée importante au niveau du droit en admettant que la charge de la preuve de la présence sur le territoire français des tortionnaires mis en cause n'incombe pas aux victimes mais qu'elle est du ressort des autorités judiciaires françaises. C'est dans ces conditions que les dispositions de la Convention internationale de 1984 contre la torture peuvent pratiquement être appliquées par le juge français " quels que soient la nationalité de l'auteur, celle des victimes ou le lieu où les crimes ont été commis ", la localisation sur le territoire français des auteurs de ces violations incombant aux autorités judiciaires françaises.

Paris, mercredi 28 novembre 2001 .
Tournée de Khedija Cherif au Canada

" Violence, menace et représailles en Tunisie "
Par : Journaliste tunisien, collaboration spéciale.

Deux revendications semblent faire l'unanimité de la société civile tunisienne. La première étant le refus de permettre au président sortant Ben Ali de briguer un quatrième mandat présidentiel en 2004. " La constitution, qu'il a modifié, en 1988, fait que ce mandat est son dernier. On lui demande tout simplement de respecter ce qu'il a lui-même annoncé ", rappelle Khédija Chérif.

Il est 18 h 30 ce mercredi 7 novembre 2001. Dans un restaurant du centre-ville de Québec, la sociologue Khédija Chérif parle d'une voix aussi douce que déterminée. Certes, elle est pâle et fatiguée par une semaine de conférences-débats et d'interviews qui l'ont menée d'Ottawa à Québec, en passant par Montréal. Mais elle est toujours aussi énergique dès qu'on évoque les droits de l'Homme en Tunisie.

En ce début de soirée plutôt fraîche, Khédija Chérif s'apprête à se rendre à une conférence-débat organisée par un collectif d'associations de défense des droits humains, organisée à l'Université Laval, et au cours de laquelle elle doit lancer le dernier rapport en date de Human Rights Internet (une ONG basée à Ottawa et dont elle est membre du bureau exécutif) ayant pour titre" Violence, menaces et représailles en Tunisie. La chasse aux défenseurs ". Un titre tellement " dérangeant " qu'il n'a été dévoilé publiquement qu'au moment où les organisateurs de la tournée ont eu la confirmation que Mme Chérif avait déjà quitté l'aéroport de Tunis-Carthage.

La " vendue "

La veille, à Montréal, Khédija Chérif avait eu un auditoire agressif, constitué, pour l'essentiel, d'étudiants téléguidés par le pouvoir et posant des questions déconcertantes. " Si vous dites qu'il n'y a pas de liberté en Tunisie, comment expliquez-vous que vous ayez pu vous rendre jusqu'ici ? " lance fièrement une étudiante qui pense ainsi coincer la " vendue aux puissances étrangères " qu'est censée représenter Mme Chérif. Celle-ci, un peu exaspérée, a simplement répondu : " Il est dommage pour la sociologue que je suis de constater que des étudiants supposés être l'élite du pays mesurent la liberté par la seule liberté de circulation... Sachez par ailleurs, que mon passeport était arbitrairement confisqué depuis des années et que je ne l'ai récupéré que ces derniers temps. Sachez aussi que Moncef Marzouki (défenseur des droits humains tunisien) a été jugé pour des propos qu'il a tenus à l'étranger et que Sihem Ben Sedrine (défenseur des droits humains tunisien) a été emprisonnée pendant six semaines, cet été, à son retour de Londres et ce pour avoir parlé des droits de l'Homme sur une chaîne de télévision ! "

Mais Khédija Chérif insiste pour dire qu'ils sont relativement " chanceux " en comparaison de la répression " dont sont victimes des centaines de détenus politiques qui moisissent depuis une décennie dans les prisons tunisiennes ". Par pudeur, elle évite d'évoquer les agressions policières dont, elle-même a été victime à deux reprises cette année. Mais pour l'anecdote, elle note qu'une de ces agressions s'est déroulée à la sortie du Palais de justice de Tunis.

Lors de la conférence du 7 novembre, Mme Chérif a orienté son discours autour de deux revendications qui semblent faire l'unanimité de la société civile tunisienne. La première étant le refus de permettre au président sortant Ben Ali de briguer un quatrième mandat présidentiel en 2004. " La constitution, qu'il a modifié, en 1988, fait que ce mandat est son dernier. On lui demande tout simplement de respecter ce qu'il a lui-même annoncé ", rappelle t'elle.

L'autre revendication est l'amnistie générale en faveur du millier de prisonniers d'opinion (islamistes essentiellement). Mme Chérif dit être " très à l'aise de revendiquer cette amnistie car, étant profondément laïque, on peut difficilement m'accuser d'éprouver une quelconque sympathie pour le projet politique des islamistes. N'empêche, il s'agit, pour l'écrasante majorité d'entre eux, de prisonniers d'opinion qu'il faut absolument sortir des cachots où ils se trouvent. "

Beau rôle

Khédija Chérif n'oublie pas de parler du contexte international. Elle souligne que " les dictateurs ont le beau rôle. Chez nous, le régime prétend avoir réglé tous les problèmes et tout le monde lui fait la cour pour qu'il joue un rôle déterminant dans l'alliance avec les États-Unis. Cela conforte sa position, mais le terrorisme se nourrit justement de la frustration, de la marginalisation et de la pauvreté créées par ces régimes. "

C'est un étudiant tunisien qui conclut le débat, lançant courageusement que " les festivités du 7 novembre [date de l'accession au pouvoir du président Ben Ali en 1987], avec leur lot de langue de bois dans la presse tunisienne, [lui] rappellent [qu'il est] issu d'un pays du tiers monde ". Les étudiants membres du RCD (le parti au pouvoir) présents n'ont pas manqué de noter le nom de cet imprudent !

Alternatives du 29 novembre au 5 décembre 2001.