Mokhtar Yahyaoui



Tunis le premier janvier 2002 .


Merci Monsieur le Précédent
Merci ZABA

ZABA a gâché l'avant 2001 de notre rêve commun et risque de dilapider l'après 2001 mais des gens incorruptibles que je ne connais que grâce à la dictature refusent d'abdiquer.

À mon voisin du Mansouri I, Omar Khayyâm :

Malgré le froid glacial de l'exil de la solitude et de la précarité (Un jour ou l'autre on parlera ici ou ailleurs du tunezien qui a passé des week-ends avec quelques centimes en poche) tu étais là ce 31 décembre 2001 devant ton écran et le rêve était au bout du fil "téléphonique", entêté comme tu es et comme tu l'a toujours été, automne, hiver comme été.
Désormais de plus en plus de tunisiens déménagent vers ta " Rue Mansouri : La rue qui n'existait pas !" là où il fait toujours beau et où toute l'année est printemps, la rue s'est transformée depuis en quartier " le Mansouri I " où des constructions abusives poussent comme des champignons, la dernière bâtisse en date est baptisée CTIJ et abrite 81 SDF pour le moment.
Ton juge rebelle a quitté tôt, ce samedi 29 décembre 2001, sa demeure à côté du marché central des légumes et des fruits pour s'octroyer une révocation périmée du marché central des valeurs qui date du 6 juillet 2001 !
En quittant furieusement la salle des enchères du souk, où on a toujours vendu au plus offrant, le malheureux juge n'a pas regretté ses 20 ans de loyaux services partis en fumée ni sa robe estivale noire en polyester non plus mais le fait que les négociants étaient des magistrats.
Les habitants du Mansouri I étaient attroupés devant le bazar sous haute surveillance policière, Sihem Bensedrine, la présidente du comité de quartier, a su réconforter le client disgracié depuis la veille en lui offrant dans les locaux exigus du CNLT l'antidote de sa révocation périmée, feu Hachemi Ayari a déjà payé le prix !
Pour O.K. : Je remercie encore la dictature qui m'a fait connaître un ami de ta trempe.

À mon colocataire virtuel, Lecteur assidu :

Le pseudonyme de Lecteur assidu peut induire certains en erreur car ce mansourien inné est loin d'être un simple lecteur et ceux qui le fréquentent savent de quoi je parle, son cadeau de fin d'année il l'a souhaité et les mansouriens ont tout fait pour qu'il se concrétise.
Lecteur assidu qui est le moins anonyme de nous tous est tourmenté par un petit rectangle noir parsemé de chiffres en vert fluo en bas du forum TUNeZINE et à chaque festivité il avance un chiffre, hier il voulait que son compteur fétiche marque 30000 et les anonymes ont fait le reste.
Pour L.A. : Les lecteurs acidulés par la presse tunisienne se comptent désormais par milliers, ton compteur est la preuve.

À notre ambassadrice à Paris, Sophie :

Ici, Sophie, on censure aussi les cadeaux de fin d'année mais la nature morte de Hédi Turki et ta surprise sonore non stéréotypée ont réussi à brûler " vifs " les barreaux invisibles de la prison Tunisie, des gens comme toi m'ont appris a être moins égoïste c'est pourquoi j'ai décidé de partager, sans ton consentement, mes cadeaux avec tout les mansouriens de la planète. Tu es venue en Tunisie avec une seule idée en tête : Ne pas bronzer idiot et tu as réussis ton Paris et ton T'unis aussi car tu as compris avec ton intelligence qu'ettounsi veut dire tunisien ni plus ni moins.
Pour Sophie : La dictature de ZABA que tu as découvert récemment a gâché en quelques jours ton Noël, ton anniversaire et ton réveillon, nous, elle a gâché nos vies pour toujours.

Au rescapé, Decepticus :

Ils sont toujours là où tu les as laissé, mille comme les jours que tu as passé au frais, comme le millénaire qui vient de plier bagage, comme le millénaire qui s'installe et comme eux 1000 qui croupissent dans les geôles insalubres de ZABA. Un jour ou l'autre certains arriveront à faire la différence entre l'amnistie et l'amnésie et arrêteront de distribuer l'invective d'intégriste à tous ceux qui s'opposent à leurs idées.
Pour Decepticus : Toute idée est un échec à la vérité.

Au disque dur du Mansouri I, Hsouna :

Le jour où les terroristes de l'ère cédée arrêteront de commettre des attaques virales contre ton arme redoutable made in Taiwan n'est pas loin selon Omar Khayyâm alors formate le et rend leur la monnaie avec tes redoutables poésies qui font très mal à nos gouverneurs qui sont des anciennes victimes des sévices sexuels subis lors de leurs innombrables séjours aux colonies de vacances du RCD.
Pour Hsouna : C'est le fils de Municef Goujat qui converse avec Halima la fille de ZABA :
- Mon père m'a toujours dit de me méfier des loups.
- Ah, il était chasseur ?
- Non, zoophile.

Bonne année 2002 à tous mes amis anonymes
ettounsi de tunezine


Tunis, le premier janvier 2002 .


Lettre à Si Mokhtar

Cher Mokhtar,

En apprenant votre révocation, j’ai pensé tout de suite:”Voilà un opposant de plus!”. En effet, comme vous le savez, la dictature benalienne est une machine à fabriquer des opposants. Combien de Tunisiens connaissaient Ben Brik avant sa fameuse grève de la faim? C’est en la harcelant et en confisquant son passeport que le régime a ”recruté” toute une tribu d’opposants: les Ben Brik, les Zoghlami etc. Mohamed Talbi, un universitaire qui ne s’est jamais intéressé à la politique, est devenu opposant lorsque la politique commençait à s’intéresser à lui!
Mehdi Zouagh, le Franco-Tunisien apolitique, n’est-il pas devenu opposant malgré lui, après avoir subi la torture et les prisons de Ben Ali?
La liste est longue. Ils sont des dizaines de Tunisiens à avoir été convertis “par force” à l’opposition. Vous êtes la dernière recrue de l’an 2001!

Votre révocation n’est qu’un avant-goût de la nouvelle Ere Nouvelle, celle du énième mandat ou la «déchéance 2004 ». Je n’aime pas le terme “quatrième mandat”, car sous la dictature le temps devient une éternité. Les jours, les mois, les années perdent toute signification.

Cher Mokhtar,

Dès que les bulldozers New Yorkais ont commencé à déblayer le terrain, Ben Ali ouvert son propre chantier. Les bulldozers de Ben Ali sont en train de faire table rase de tous les “édifices” qui résistent ou peuvent avoir la tentation de résister. Il veut faire savoir à tout le monde qu’il n’y a ni deuxième ni troisième pouvoir (oublions le quatrième pouvoir, il est déjà mort!) mais un seul Pouvoir, unique, indivisible sans partage. Avant qu’il ne se réinstalle confortablement sur le trône, le dernier bey veut avoir la tranquillité. Un pays calme et silencieux. Comme un cimetière. Vous avez attiré les regards sur son jardin secret et maintenant vous en récoltez les fruits !

Cher Mokhtar,

Vous ne vouliez rien d’autre que la force de la loi et voilà qu’on vous répond par la loi de la force. Votre crime c’est d’avoir oublié que vous n’êtes qu’un des serviteurs de Sidna, affecté par sa Haute Bienveillance à son domaine judiciaire. Sidna est jaloux et ça vous l’avez aussi oublié, circonstances aggravantes!

Si Mokhtar, bienvenu parmi les têtus!

Omar Khayyâm

29 décembre 2001 .


On attend la goutte qui
fait déborder le vase

Mon cher ami,
On n'est pas loin du bout du tunnel. La lumière est plus proche que tu ne le crois. Bientôt Khayyâm va se recycler. La dictature sera dans un avenir très proche un cadavre puant. Je ne suis pas un médecin légiste qui dissèque les cadavres.
Un ZABA réfugié en Amérique latine ou derrière les barreaux ne m'intéresse plus. Je ne vais quand même pas fouiller dans les poubelles de l'Histoire !
Bientôt on va parler du bon vieux temps où ZABA était notre clown préféré. Nous parlerons aussi du conservateur du musée de la langue de bois, notre Goujat le pornographe, du temps de l'anonymat, de nos rêves et de nos cauchemars, de nos espoirs et désespoirs.
La fin du cauchemar est proche, mon ami, le temps du rêve va commencer.
J'ai l'intention, après la chute de la dictature, de revenir à mon jardin secret, la littérature. Je laisserai les femmes et les hommes de bonne volonté (Sihem, Moncef, Radhia, Mokhtar, Nejib etc.) sauver ce qui peut être sauvé et reconstruire ce qui a été détruit par 15 ans d'horreur, de vulgarité, de médiocrité et de presque cinquante ans de parti unique.
Je sens un vent de liberté dans l'air. Le cauchemar a trop duré, mon vieux. Il faut achever la bête agonisante, ne serait-ce que par pitié.

Omar Khayyâm

31 décembre 2001 .

Petite chronique de l'autre côté
29 décembre 2001

" J'ai rêvé d'un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus "
Léopold Sédar Senghor

Hier, le rallye Paris-Dakar est parti à la conquête des déserts africains. Le reg coupant et l'erg mouvant seront livrés à ces motards aux yeux fixés, à ces voitures aux moteurs brisant le silence, abandonnant la tôle accidentée en des endroits désolés. Le bruit du défi couvrira les pleurs de quelques enfants parfois fascinés jusqu'à la mort.
Aujourd'hui, Léopold Sédar Senghor, parti discrètement, est déjà à Dakar pour son dernier voyage. Son prénom Sédar signifie paraît-il "celui qui n'aura jamais honte". Il avait les yeux ouverts sur le monde, et regardait autour de lui, tranquillement. Il n'a pas eu honte d'être d'Afrique et d'Europe, pour une "civilisation de l'universel". Celle de tous ces hommes qui doivent naître libres et égaux en droits. Celle de la justice.
Aujourd'hui, le magistrat Mokhtar Yahyaoui, comparaît devant l'injustice de son pays. Il est accusé d'avoir enfreint, entre autres, ''l'obligation de neutralité'' alors qu'il n'a demandé qu'à pouvoir l'exercer! Le chantier du site du Centre Tunisien pour l'Indépendance de la Justice progresse, et plus la liberté virtuelle gagne du terrain, plus elle est niée par ceux-là même qui la rendent possible! C'est tout le paradoxe de la Tunisie, qui distribue et développe les moyens de communication, et cherche dans le même temps, à les contrôler, et même à les supprimer!
Aujourd'hui, je me sens prisonnière. Prisonnière à l'extérieur de la Tunisie et de ses barreaux invisibles. C'est un jour particulier où j'aurais voulu trinquer dans l'amitié. J'aurais voulu partager quelques instants avec ettounsi, mon anonyme ami.
Parce qu'aujourd'hui je célèbre un nombre pair d'années de jachère. Un nombre pair d'années à me retourner, me retourner encore, à creuser mes sillons sans semer. Un nombre pair d'années depuis que je suis née, et pas encore de destinée. Juste une pluie de mots recueillie en Tunisie, ruisselante sur la peau de ceux qui crèvent de l'amour pour le pays qui les trahit. Juste cette pluie qui m'a fait germer.
Il est grand temps que je me laisse pousser.

Sophie

Samedi 29 décembre 2001 .


NOIR C'EST NOIR,
IL N'Y A PAS D'ESPOIR

Que les internautes optimistes comme Khayyam m'excusent de perturber leurs reves diurnes, mais je veux exprimer ce que je pense sur ce forum libre. Moi je pense que:
1. Noir c'est noir, il n'y a pas d'espoir de voir la democratie chez nous pendant ce siecle, une democratie avec des elections vraiment libres, une presse libre, des partis politiques qui agissent librement.
2. Le president actuel, tout comme son predecesseur, va rester au pouvoir jusqu'a ce que la vieillesse our le trepas l'en empecheront. Pourquoi?
- Eh bien, parce qu'il n'a pas interet a garder le statu quo. Comme tous les gouvernants du tiers monde, il ne cherche pas a ce que le peuple l'aime, mais a le craindre. Machiavelisme pur et dur. C'est d'ailleurs la politique des dirigeants Arabe a travers l'histoire, depuis la mort du prophete. Rappelez-vous: Mouaouya, Yazid, al-Hajjaj, Nasser, etc..
- Les grandes puissances l'aident, surtout apres le 11 Septembre, et pour ces puissances toute opposition democratique dans le tiers monde est devenue suspecte, donc a decourager.
- Le peuple Tunisien, meme la grande majorite des instruits, est fondamentalement khobsiste. "Akhta rassi woudhroub". L'ideal des jeunes c'est un bon emploi dans la fonction publique, une voiture et une belle femme. On s'en fout du regime qui gouverne. D'ailleurs, depuis Mzali, on enseigne le philosophie en Arabe, evitant Hegel, Nietzche, Voltaire, Rousseau, et les jeunes ne lisent plus. Ils voient du football et les Mousalsalat, Ils chantent et dansent.
- La minorite de militants vont continuer a souffrir et les prisonniers vont rester dans les prisons.
- La police est omnipresente, les mouchards pullulent, les gros malabars des quartiers chauds, des brutes incultes, sont recrutes comme gardiens du regime et tabasseurs des opposants malheureux, et tortionnaires.
Results: En bien, encore un siecle de servitude pour ceux qui donnent de l'importance a la democratie.
Desole les gars, c'est la realite. Si vous n'etent pas d'accord, eh bien, allez-y, revez......

Nostradamus x

Le premier janvier 2002 .
Réponse à Nostradamus x

L’irrésistible déclin
du système Parti-Etat

Depuis les premières ébauches d’une science sociale, avec les Prolégomènes d’Ibn Khaldoun, l’on a observé que les phénomènes et les mouvements sociaux sont indépendants des volontés individuelles. Certes, ni l’histoire ni la sociologie ne sont des sciences exactes et même les meilleurs spécialistes ne peuvent prédire la date ou la forme du prochain soubresaut social que connaîtra la Tunisie. Si l’effondrement de l’Etat policier instauré par Ben Ali, entraînant dans sa chute l’ensemble du système Parti-Etat, est prévisible, il est peu probable que cette débâcle sera le résultat d’un complot ou d’un coup d’Etat.

La fin de l’ère de la revendication !

Depuis que Ben Ali a opté pour la « solution finale », c’est-à-dire l’éradication pure et simple du mouvement islamiste en 1991 et l’instauration d’un vrai Etat policier dont « les performances techniques » n’aurait pu être imaginées même par un écrivain comme George Orwell, d’aucuns ont pensé à la fin de toute opposition et de toute contestation. Le patron des l’UGTT parlait de « la fin de l’ère de la revendication », il devenait en même temps difficile de distinguer le discours du RCD de celui du MDS ou du Parti Communiste (rebaptisé Ettajdid) et Ben Ali, comme Hitler victorieux en 1940, pensait pouvoir régner jusqu'à la fin des temps. Or, malgré la gigantesque machine de propagande de notre Goebbels tunisien, Abdelawhab Abdallah, malgré la vaine tentative de bloquer à la frontière toute « littérature subversive », malgré le recrutement massif d’RCDistes et surtout malgré le climat de terreur instauré depuis la « sale guerre » (1991-1992), la société tunisienne, comme tout corps vivant, résiste à la mort et à la stagnation.

Les graines de l’espoir

Dans ma fiction « le cauchemar de Khayyâm », j’ai imaginé pendant quelques secondes, la durée moyenne d’un rêve, une société où disparaît toute forme de contestation et où le Pouvoir se trouve seul sans le moindre contre-pouvoir. Heureusement pour moi et pour les lecteurs, dans aucune société humaine ne s’est vérifié le cauchemar de l’uniformité absolue. Même au sein des régimes les plus totalitaires et les plus sanguinaires, une poignée de gens intègres a toujours gardé avec hargne et détermination, au risque de leur propre vie, «la flamme sacrée», celle de la résistance, bref celle de la vie. Claude Bernard n’a-t-il pas défini la vie comme «l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort» ? Les sociétés humaines sont aussi des organismes vivants, qui résistent à toute tentative d’étouffement.

L’on a remarqué dans le monde botanique un phénomène extraordinaire : des plantes qui, dans les conditions climatiques extrêmes, telles que la sécheresse ou le froid polaire, conservent, étant elles-mêmes mortes, des graines qui attendent des temps meilleurs pour pouvoir se reproduire et propager la vie.

Ces poches de résistance que le régime a été incapable d’annihiler durant « les années de plomb » ont porté en elles les graines de l’espoir contre vents et marées. Ces graines, fertilisées par de bons engrais (Notre ami Ben Ali, Une si douce dictature etc.), ne cessaient depuis deux ans de se propager et de se transformer en de jeunes plantes, certes encore fragiles, mais porteuses de tant de promesses. La récolte sera bonne.

Les porte-parole des sans-parole

La constitution du CNLT en 1998 n’aurait pas eu lieu sans la combinaison de quelques volontés individuelles, celles de ses membres fondateurs. Mais ceci n’explique pas tout. Ces militants ne sont-ils pas les porte-parole d’une société privée de parole, les hérauts de la naissance d’une ”lame de fond” qui va balayer le système Parti-Etat quelques années plus tard? La lettre de Mouaada à Ben Ali (1994) est écrite par un seul homme, son auteur, mais ne dénote-t-elle pas les premiers signes de l’exaspération sociale? Des journalistes comme Ben Brik, Bensedrine et Jourchi, des politiques comme Marzouki et Ben Jaafar, des militants comme Hosni et Trifi, le juge Yahiaoui, des ONG comme le RAID ou l’ATFD, les cyber-magazines comme Kalima, Kaws El Karama ou Tunezine ne sont-ils pas, en fin de compte, des thermomètres d’une société en ébullition, malgré le calme apparent? Ou, en d’autres termes, des canaux d’évacuation d’une sourde révolte sociale ?

Omar Khayyâm
(A SUIVRE)

Le premier janvier 2002 .