Témoignage de Paris


Petite chronique
de l'autre côté

23 Janvier 2002


Une fois n'est pas coutume, je prends une demi-journée de congé que je ne passerai pas devant mon écran. Non, cette fois-ci, RER, métro, un peu de marche à pieds. Le lieu de rendez-vous se trouve "Rue de la Procession", M° Volontaires. Je prends place à côté des quelques personnes déjà présentes qui préparent des pancartes qu'on portera autour du cou. La mienne dit : "POUR UNE AMNISTIE GENERALE EN TUNISIE", les autres comportent des slogans contre la dictature en Tunisie, ou en soutien à Hamma Hammami ou à Mohamed Moada. Nous sommes pour l'instant une dizaine devant l'IFRI. J'ai mon appareil photo avec moi et je surveille attentivement tout ce qui se passe. Les CRS arrivent par cars entiers et déjà des barrières sont dressées, qui nous empêchent d'approcher trop près. D'ailleurs on nous fait vite savoir qu'on ne s'approchera pas jusqu'aux barrières. Pourtant certaines personnes stationnent près de la porte. A nos questions, les RG nous répondront que ceux-là ont fait la demande auprès de la préfecture. Ceux-là sont ici pour dérouler le tapis rouge au ministre des affaires étrangères tunisien.
Je commence à me sentir nerveuse, je sens que ça va tomber à l'eau et je ne vois pas du tout comment on pourrait s'y prendre.
Tranquillement on nous repousse sur le trottoir suivant. Je demande à O. s'il pense que je peux prendre quelques photos. A sa réponse, je comprends qu'il n'est pas question qu'on m'en empêche. Je n'ai aucun recul possible et je ne peux plus avancer. J'essaye de photographier les sympathisants de Ben Ali en essayant de cadrer entre deux CRS. L'un deux met sa main en plein dans le champ, je prends la photo quand même et il m'aboie:" je suis dans le champ, pas de photo". Je lui réponds sur le même ton. Sa réaction me semble factice et je suis surprise de découvrir que l'agressivité des CRS fait partie de leur métier.
On nous repousse de plus en plus loin. Impossible de descendre du trottoir, ni de traverser la rue. Nous essayons de nous poster près de la rue où doit passer la voiture ministérielle. Entre temps, j'ai le temps de photographier les 3 ou 4 cars de CRS qui bloquent la rue. Je crois qu'on est une cinquantaine au maximum, probablement moins, c'est très difficile à évaluer. Disons qu'avec les chiffres de la police, on aura la moyenne …
A force d'être poussés, on se retrouve hors de vue du bâtiment de l'IFRI. Personne ne veut avancer et comme je suis à l'arrière, le flic me pousse avec force en aboyant et en me jetant des regards désagréables. Je lui explique, énervée, que je ne veux pas qu'il me pousse et que de toutes façons, je ne peux pas avancer. Il continue de me pousser, et je continue de pester, de me secouer pour lui signifier que je ne veux pas qu'il me touche.

Finalement un des manifestants laisse échapper sa colère, il ne veut plus bouger, et moi je me rends compte tout à coup que la liberté d'expression n'est par moment plus qu'une illusion. O. s'assoit par terre avec quelques autres et se laisse bousculer. Les gens deviennent nerveux, on ne sait plus quoi faire.

Finalement nous sommes encerclés par un nombre impressionnant de CRS et nous restons sur place. Nous n'avons le droit que de rester là. Bref nous sommes en garde à vue.
Les échauffourées reprennent, la violence est latente. Là tout à coup, j'ai honte. Honte de mon pays, de mon gouvernement, de ces CRS que je trouve abrutis, que je ne jugeais pas a priori mais qui sont comme on le dit. J'ai honte et j'ai mal. Une télévision locale animée par de jeunes bénévoles est là avec caméra et micro. La jeune fille qui pose les questions me demande mon avis sur ce qui est train de se passer. Je lui réponds qu'apparemment la diplomatie prime et qu'on veut éviter à tout prix qu'il y ait le moindre grain de sable dans les relations franco-tunisiennes. Finalement mon hyper-sensibilité revient à la charge, et c'est avec des sanglots que je lui dirai que pour la première fois j'ai honte de mon pays et que je trouve tout ça lamentable.

J. est là aussi et me reconnaît. Ca me fait très plaisir, j'apprécie son côté nonchalant. Nous sommes là, debout, à scander des slogans de temps à autre, bien entourés. Je passe un coup de fil à ma mère pour la rassurer, je crois qu'elle est contente de ce que je fais. En fait, je sais que ça lui rappelle des souvenirs et elle serait la dernière à émettre un avis défavorable sur mes démarches. Au bout de quelques temps, nous sommes raccompagnés jusqu'à la station de métro Pasteur. Sur le chemin, O. qui est facétieux arrive à franchir la haie de policiers et joue un peu avec eux. Il fait mine de s'enfuir, se met en position de défense, puisse se fait ramener dans le rang manu-militari. Nous continuons à marcher, avec notre cordon de sécurité.

Arrivés à la station, je prends mon métro puis je rentre vous écrire.

Sophie Elwarda

Paris, mercredi 23 janvier 2002 .

C.R.L.D.H. Tunisie
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie
21 ter rue Voltaire 75011 Paris- France
Tél : (33)321964099 - Fax : (33) 3 21964307
Contact
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membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l'Homme


Communiqué
Le CRLDHT dénonce la partialité
et l'agressivité de la police française

A l'occasion du séjour à Paris du ministre tunisien des affaires étrangères et de la conférence qu'il a tenu à l'institut français des relations internationales ( IFRI), le mercredi 23 janvier 2002, le CRLDHT avait appelé à un rassemblement pacifique devant le siège de l'IFRI, rue de la procession dans le 15e arrondissement à 16 heures[1]. L'objectif du Comité était de protester contre les atteintes aux droits de l'homme en Tunisie, de réclamer la libération de Mohamed Moadda, président du mouvement des démocrates socialistes et de l'ensemble des détenus politiques et d'opinion en Tunisie.

A la grande surprise des participants, un important dispositif policier a été déployé pour empêcher la tenue du rassemblement. Alors qu'une trentaine d'hommes de main des services consulaires et du parti gouvernemental tunisiens bénéficiaient de la mansuétude de la police pour manifester bruyamment, banderoles déployées, devant le siège de l'IFRI, les participants au rassemblement de protestation ont été brutalement repoussés vers la rue Butot où ils ont été encerclés par des agents de police particulièrement agressifs.

A la suite de l'intervention auprès du ministère de l'Intérieur de M. Michel Tubiana, président de la Ligue française des droits de l'homme (LDH) qui avait été alerté par le CRLDHT, les policiers ont décidé de reconduire les personnes encerclées à la station du métro "Pasteur".

Le CRLDHT stigmatise l'attitude agressive de la police à l'égard des participants à ce rassemblement pacifique de protestation et la tolérance dont ont bénéficié les nervis des services de sécurité et du parti gouvernemental tunisiens.

En relation avec les associations françaises de défense des droits humains des initiatives seront prises pour protester énergiquement contre la partialité et la brutalité dont a fait preuve, à cette occasion, la police française.

Paris, le 23 janvier 2002.

[1] En relation, semble-t-il, avec l'ambassade tunisienne, les invitations à la conférence avaient été " verrouillées " par l'IFRI. Le CRLDHT déplore vivement ce comportement qui porte préjudice à l'image de cette prestigieuse institution de recherches.

Paris, mercredi 23 janvier 2002 .
Dommage Professeur !


Dans l'information publiée le 22 janvier par Chokri Hamrouni (responsable de l'information au sein du Congrès pour la République) sur la rencontre Marzouki-Chevènement, on lit, entre autres que l'entretien "a porté essentiellement sur la situation des droits de l'Homme et des libertés en Tunisie. Les rapports Nord/Sud, les questions liées à l'intégrisme ont été aussi à l'ordre du jour. Les deux parties sont convenues de maintenir les liens et de poursuivre les discussions".
Je constate que ce message ressemble à s'y méprendre aux dépêches de la TAP commentant les rencontres officielles qui s'ont inlassablement ponctuées par ses formules générales, pompeuses voire chiantes (excusez le terme).
Les tunisiens qui ont entendu parler de cet entretien se sont probablement demandé si Pr. Marzouki avait évoqué les dernières déclarations de Chevènement qui décrivait la Tunisie comme "oasis de paix et de stabilité".
Au lieu de ces interrogations légitimes, on a eu droit à un compte rendu, langue de bois, comme notre pays en a pris l'habitude depuis 46 ans.
Dommage Professeur !

Lecteur assidu

Mercredi 23 janvier 2002 .
5/5


CPR : Mise au point

Suite à notre dépêche du 22 janvier 2002 rendant compte d’une rencontre qui a eu lieu la veille entre Jean-Pierre Chevènement, le président du CPR le docteur Moncef Marzouki et le responsable de l’information Chokri HAMROUNI, quelques uns de nos concitoyens se sont plaints des « formules générales » et de l’absence de détails dans le texte de la dépêche.

Notre parti souhaite apporter les précisions suivantes :

• Contrairement à certains représentants de la société civile et politique tunisienne, nous avons fait le pari de la transparence et d’informer nos concitoyens de nos activités et démarches…Rappelons à cet égard que l’absence d’information chez nos amis ne veut pas toujours dire absence d’activités !

• Les formulations employées dans la dépêche relèvent plutôt d’une technique d’information communément utilisées dans ce type de texte. Le régime en a fait usage pour sous informer et mentir. Nous, c’est pour dire la vérité et informer.

• Notre devoir de responsabilité nous appelle à faire preuve de retenue et de faire attention au dérapage et à l’interversion de la réalité. Il y va de notre crédibilité;

• Nous n’avons pas voulu paraître bavards et euphoriques au moment où le régime continue à martyriser nos amis.

• Nous ne sommes pas allés voir monsieur Chevènement pour demander appui et réconfort. Nous sommes partis lui rappeler quelques vérités sur la Tunisie : la répression au quotidien, la torture, les procès politiques, la corruption qui gangrène notre société…Nous lui avons dit que notre pays est menacé dans sa stabilité par une dictature qui produira de plus en plus de désespérés…que les responsables politiques étrangers ne doivent pas soutenir un régime dont le peuple ne veut plus…que ce régime dictatorial ne fait pas la guerre à l’islamisme (une composante modérée et pacifique à l’image de notre société acquise à la modération), mais à tous ceux qui s’opposent à son règne absolu…Nous avons réitéré notre position quant aux conditions de sortie de cette crise : l’amnistie générale, le départ de l’actuel président et la réforme du code électoral pour permettre à notre peuple de choisir ses représentants à travers des élections libres et démocratiques…

Nous n’avions aucunement l’intention de cacher quoi que ce soit. Il s’agissait tout simplement d’une répartition des tâches. Chacun était dans son rôle : le responsable de l’information informait, le président du parti expliquait.

Notre combat contre la dictature nous le mènerons tout en restant fidèles à nos valeurs et principes de départ, à savoir : moraliser l’action politique ; rendre la dignité aux citoyens ( leur dire la vérité, entre autres ) ; rendre la souveraineté au peuple source, objet et objectif de tout changement.

Paris, le 24 - 01 - 2002

Chokri HAMROUNI
Responsable de l’information

Paris, jeudi 24 janvier 2002 .
العفيف لخضر و فن التسول الفكري


العفيف لخضر
و فن التسول الفكري

هناك رهط من "المثقفين" غريبي الأطوار هلاميي التكوين زئبقيي التفكير يتعبونك كثيرا عندما تحاول فهم مقاصدهم يجعلونك تستعين بآخر ما توصل اليه علم النفس التحليلي علك تحيط بمكنون سرائرهم يتقنون فن الشحاذة الفكرية و القفز من اليسار الى اليمين و من الستالينية الى الليبرالية المتوحشة بعد أن خرج من تحت أنقاض جدار برلين و قد علاه الغبار. منذأيام كتب منظر ما بعد الحداثة مقالة "عصماء" نشرتها ما يسمى جريدة "الحياة" و نقلها أصدقائنا في "تونس نيوس" في العدد رقم 613 مشكورين لأنني ما كنت لأنتبه لتلك المقالة لولاهم فقد أخذت عهدا على نفسي بأن لا أطالع الجرائد الصفراء منذ ما يقارب أربعة سنوات.
لا جدال في أن لكل الحق في ابداء رأيه بحرية و لكن الجدال يبدأ عندما يدعو مفكرنا الهمام الى التدخل الأمريكي المباشر وغير المباشر من أجل مساعدتنا على اصلاح التعليم على حد زعمه و لا يقف الأمر عند هذا الحد بل يدعوهم صراحة الى التدخل دبلوماسيا و اعلاميا و انسانيا و بريا و بحريا و من فوق و من تحت من أجل ماذا من أجل "مساعدتنا على تجديد مؤسساتنا التعليمية الموميائية" كما يحدد طبيعة المساعدة بما يلي "مساعدات مالية حقيقية (لم يحدد هل يريد مساعدات بالدولار أم بالأورو!) لتجديد البنية التحتية و تحسين دخول الكادر التعليمي المتدين و مساعدة فقراء التلاميذ و الطلبة و انتداب المدرسين بأعداد كافية ..) الى آخره من الهذيان العصابي المدعوم بشواهد تاريخية لا نعلم أين اطلع عليها مفكرنا النحرير كقوله " هارون الرشيد تحالف مع شارلمان ضد الأندلس المسلمة و سليمان القانوني اعتبر فرنسا دار صلاح! و الفقيه الشاطبي دعا الى فصل الدين عن الدولة و اقامة كهنوت رسمي يعطي لبن علي ما لبن علي و يعطي لله ما لله على طريقة شيخ الأزهر الطنطاوي الذي لا يخجل من معانقة سدنة الكنيسة الصهيونية و الكنيسة الأنجليكانية تلك التي تأمن بأن اليهود هم البشر وما عداهم "غوييم" كائنات دنيا لا تستحق الهواء الذي تتنفسه ان كان هذا مشروع العفيف الأخضر النهضوي فعلى تونس أو ما تبقى منها بعد ثلاثين سنة من الاغتراب و ما خلفه وراءه بن علي من ركام و أطلال السلام هكذا و بمجرد مقال يريد مثقفنا النابغة محو كل الموروث الثقافي الذي يميزنا عن غيرنا من البهائم و السوائم و الحشرات لا لشيء الا لترضى عنا أمريكا بعد 11 سبتمبر هو الذي ملأ الدنيا ضجيجا و تصدية في حقبة السبعينات و الثمانينات من القرن المنصرم عن مآمرات الامبريالية و الرأسمال المتوحش محذرا من اغراءات البرجوازية و أدوات التمييع الكمبرادورية و الغزو الثقافي الغربي تلك المآمرة التي انقلبت اليوم على لسانه الى مشروع نهضة لا بديل عنه لبلادنا فسبحان مغير الأحوال . لا نعلم ما الذي تغير في طبيعة الرأسمالية حتى يغير العفيف لحضر رأيه فيها اللهم الا سقوط المعسكر الاشتراكي الذي جعل العفيف يبحث عن آلهة أخرى يحتمي بها حتى لو كانت العدو اللدود مثله في ذلك مثل الآلاف من المنتمين الى اليسار في العالم و اللذين كفروا بالاشتراكية و اعتنقوا الرأسمالية المنتصرة في الحرب الباردة كذلك هو المغلوب دائما مولع بتقليد الغالب حتى و لو كان بن علي اللذي أشاد العفيف ببرنامجه الطموح اللذي مسخ فيه ما يسمى بالجامعة الزيتونية و التعليم الديني الى مايشبه خلية لحزب الدستور تخرج أنصاف الأميين و وعاظ السلاطين و حارقي البخور فوق رأس الوثن. العفيف لخضر لا يستحي من مغالطة أصحاب العقول أو أنصاف العقول على السواء حين يربط بين التعليم الديني و التخلف التقني بربك قلي أين درس البيروني الكيمياء و بن سينا الطب و ابن رشد الفلسفة و ابن معشر الفلك و ابن طفيل الأحياء أين تعلم الكواكبي فن السياسة حين دون كتابه الشهير "طبائع الاستبداد"و غيرهم كثير أعطني اسما واحدا أو عالما مشهودا له أضاف الى الفكر الانساني ممن تخرج في عهد بورقيبة و بن علي من اللذين بقوا في تونس و لم يختاروا الهجرة القسرية و المنفى الاختياري ألم تتحول سياسة تجفيف المنابع التي لطالما روجت لها الى سيف مشرع فوق رؤوس الشرفاء من أبناء تونس يقطع لسان كل من يتجرأ على دولة الاستبداد.
لماذا بلغ السجال الفكري في القرن الرابع للهجرة مستوا لا نحلم بواحد من المليون منه في يومنا هذا و في تونسنا تلك ؟

أخيرا أطمئنك أن أمريكا لن تجعل منك "قرضاوي" ثاني اذا ما فكرت يوما أن تغير الأوضاع في تونس و لسبب بسيط هو طبيعة الأمريكان التي لا تثق في الأشخاص اللذين يكثرون من اللغط و الجدل العقيم خاصة من ذوي السوابق الاشتراكية مهما حسن ايمانهم بالرأسمالية و الفكر اللبرالي.
فعلا ان التسول لا يمارس على مستوى الاجتماعي فقط بل يتعداه ليصبح محل تنظير و مشروع بناء دولة تعيش على مساعدة فاعلي الخير من دول العالم حتى لو تبع ذلك منا وأذا و دوس للكرامة الوطنية رحم الله الشيخ امام عندما غنى "الثوري النوري الكلمنجي هلاب الدين الشفطنجي يتمركس بعض الأيام يتمسلم بعض الأيام و يصاحب كل الحكام و فسطاش ان ملة" اذا كان هذا حال مثقفينا في الخارج فلما نعجب من أمثال منصف قوجة و نور الدين معاوية ومن لف لفهم و حذا حذوهم من المغلوبين و المهزومين قيميا و فكريا.

ذات يوم جاء احدهم الى أمير المؤمنين علي بن أبي طالب متعجبا و سائلا لماذا لم يختلف الناس أيام عمر بن الخطاب و اختلفوا اليوم في عهدك و منهم طلحة و الزبير فأجابه قائلا لأن الرعية في عهده كانت مثلي أنا و أمثال طلحة و الزبير أما الرعية اليوم فهم من أمثالك أنت.

أخيرا نقول للشيخ العلامة و البحر الفهامة الذي لا يشق له غبار ولا يعرف له قرار اذا لم تستح فاكتب ما شأت.

حسونه
24 - 1 - 2002


 

Au journal Frankfurter Allgemeine Zeitung S.A.R.L.
Service du courrier des lecteurs 60267 Frankfurt
le 8 janvier 2002

Au journal Frankfurter Allgemeine Zeitung. Prière de publier cette lettre sous la rubrique "courrier des lecteurs"
Réaction à la lettre de M. Anouar Berraies, ambassadeur de la République Tunisienne, datée du 19 décembre 2001, publiée parmi le courrier des lecteurs et intitulée "La Tunisie peut être considérée comme un pays modèle":

La Tunisie ne tient
pas ses promesses

Monsieur l’ambassadeur,

Dans votre lettre publiée sous la rubrique « courrier des lecteurs » du Frankfurter Allgemeine Zeitung le 19 décembre 2001, vous décrivez la Tunisie non seulement comme un pays modèle en matière de stabilité et de succès économiques, mais aussi comme un paradis de démocratie régie par un Etat de droit. Nous ne voulons pas discuter du premier volet, bien que dans le cadre de la "mise à niveau" de l’économie tunisienne le taux de chômage et la répartition de la richesse locale soulèvent des points d’interrogation. Cependant, l’on ne peut s’empêcher de contredire ce que vous avancez dans votre lettre à propos de la démocratie et l’Etat de droit.

C’est le président Ben Ali et son parti au pouvoir, le RCD, qui détiennent aujourd’hui entre leurs mains le pouvoir absolu et exclusif au sein de l’Etat tunisien, s’appuyant sur un appareil policier hypertrophié qui leur assure le contrôle rigoureux et la mise sous tutelle de la société tunisienne, avec des méthodes répressives dignes d’une dictature. L’opposition, quelle que soit sa tendance politique, est inexistante et n’a pas le droit d’exister. La poignée de siéges parlementaires accordés, indépendamment des résultats électoraux, à quelques partis insignifiants ne sont qu’un alibi pour un soi-disant pluralisme politique. Toute déclaration critique est étouffée dans l’œuf, c’est-à-dire considérée comme un acte hostile à l’Etat et réprimée comme tel. Ainsi la presse tunisienne est-elle complètement mise au pas et censurée. C’est pour cette raison que la Tunisie a été exclue de l’Organisation Mondiale des Editeurs de Journaux, dont elle était membre depuis 1987.

La triste réalité est que les droits politiques et civils fondamentaux, que la Tunisie s’est engagée à respecter en vertu de son adhésion aux conventions internationales en matière des droits humains, sont bafoués chaque jour de façon flagrante. Il n’y a aucune liberté d’opinion, d’statement, de réunion ou d’association. Ceux qui revendiquent ces droits, doivent s’attendre à des poursuites judiciaires. Ces poursuites touchent surtout les hommes, les femmes et les organisations qui militent pour le respect des droits humains et pour la démocratie. Ils risquent toujours d’être arrêtés et traduits en justice. Ils sont surveillés jour et nuit par la police et harcelés par les méthodes les plus diverses. Pour les intimider, les forces de l’ordre n’hésitent pas à saccager leurs bureaux, à endommager leurs voitures ou même à les agresser physiquement en pleine rue. Pour compléter le tableau de cette répression, il faut noter qu’aucune de ces agressions n’a jamais fait l’objet d’une enquête judiciaire.

A la mi-octobre de l’année écoulée neuf importantes organisations opérant dans le domaine des droits humains, entre autres Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters Sans Frontières et la Ligue Internationale des Droits Humains, ont publié un document collectif, intitulé „ Dégradation persistante de la situation des droits humains en Tunisie“, décrivant en détail les graves et persistantes atteintes aux droits humains en Tunisie. Ce Document constituait l’annexe d’une lettre ouverte adressée par ces organisations au président de l’Union européenne et par laquelle elles appelaient le président de l’Union, à presser la Tunisie de respecter la clause contraignante concernant les droits humains, contenue dans l’accord d’association signée entre la Tunisie et l’Union européenne en 1995 ( Ce document, qui sera très prochainement disponible en allemand, peut être demandé à Tunesienkoordination par l’intermédiaire d’amnesty international/ 53108 Bonn.)

L’une des graves atteintes aux droits humains consiste dans l’incarcération de plus de 1000 prisonniers politiques, un problème que vous avez, Monsieur l’ambassadeur, essayé de contourner dans votre lettre. Ces hommes purgent des peines de prison uniquement à cause de leurs convictions politiques. Ils endurent des conditions carcérales très difficiles et vivent sous la menace de la torture et des mauvais traitements. La majorité de ces prisonniers appartient à la mouvance islamiste. Au début des années 90 le parti islamiste Ennahdha, qui représentait à l’époque l’unique force d’opposition réelle et qui n’a jamais bénéficié d’une reconnaissance légale, a été mis hors la loi, durement réprimé et complètement éradiqué. Des membres, et même des sympathisants, de ce mouvement ont été jugés en 1992 et condamnés à de longues peines de prison allant jusqu’à la perpétuité, durant deux procès séparés, considérés comme inéquitables par les observateurs internationaux présents; des procès qui ne respectaient ni de près ni de loin les normes internationales pour un procès équitable et durant lesquels des aveux extorqués sous la torture ont été acceptées comme pièces à conviction.

Ces méthodes du régime sont d’autant plus déconcertantes que la Tunisie est, de loin, le pays arabe qui a la mouvance islamiste la plus prête à la démocratie au dialogue. Ennahda n’a jamais prêché ni pratiqué la violence. Ainsi Radhia Nasraoui, avocate et militante des droits humains, de tendance plutôt gauche, affirme-t-elle que l’Etat n’a jamais été déstabilisé par ce mouvement.

A propos de ce type de méthodes employées envers les islamistes, nous aimerions donner la parole à Graham Fuller, ancien expert régional de la CIA et spécialiste des affaires du Proche-Orient. Cette citation est extraite du NZZ (Neue Zürcher Zeitung) du 7 février 1998: „ Une majorité de régimes autoritaires au Proche-Orient considère que les mouvements islamistes présentent la menace la plus sérieuse pour leur pouvoir, car ces mouvements mettent à nu leur caractère anti-démocratique, leur non-respect des droits humains, leur répression des citoyens, leur corruption, leur incompétence et leur positions pro-américaines (ou pro-occidentales). C’est pourquoi ces régimes maintiennent une position très hostile aux mouvements islamistes. Ils qualifient cette opposition carrément de „terroriste“. Certes, la violence politique existe au Proche-Orient, mais la plupart de ces régimes préfère induire l’opposition au terrorisme pour pouvoir lui coller le label terroriste. Ils préfèrent mieux avoir affaire à des „terroristes“ que de s’engager dans la voie du dialogue politique.“

Si les méthodes employées par le président Ben Ali contre les islamistes sont saluées aussi bien par Jacques Chirac que par George W. Bush comme la soi-disant première victoire sur le terrorisme, cette position nous choque profondément. Pour nous il ne s’agissait pas d’une lutte contre les terroristes, mais contre la démocratie et les droits humains.

Helga Lindenmaier
Amnesty international
Tunesienkoordination
(Coordination Tunisie)

Traduit de l’allemand par
Omar Khayyâm

Publié le 8 et traduit le 23 janvier 2002 .


Solutions Pratiques pour une meilleure
application de la liberté d'expression

A la veille du passage à l'an 2002, j'ai essayé de faire le point sur la situation de notre pays : la Tunisie, qu'avons-nous achevé, ou est-ce nous en sommes et ou voulons nous aller?

• Hier :
La plus importante réalisation, de la Tunisie, achevée durant ce siècle est indiscutablement l'indépendance. On a réussi à se délester d'un colonisateur qui a occupé nos terres pendant plusieurs années et décidé de notre quotidien. Je ne suis pas de cette génération. Je ne peux donc pas comprendre ce que nos parents et grands-parents ont ressenti pendant cette période. Mais si je peux aujourd'hui crier tout haut mon appartenance à un pays libre, c'est grâce à des tunisiens et des tunisiennes pour qui j'ai le plus haut respect. Bourguiba a été un vrai leader contribuant de façon significative à la dynamique générale, mais c'est au peuple tunisien que j'attribue la décolonisation. Depuis, les tunisiens ont travaillé dur pour construire notre pays, produire des richesses de leur propre mains (agriculture, tourisme, textile) avec un apport limité des ressources naturelles. Même si durant cette période, nos leaders politiques se sont, sans relâche, attribuées tous les mérites pour mieux nous convaincre de la justification d'une présidence à vie. De Bourguiba à Ben Ali, c'est toujours un seul homme par qui tous les succès arrivent. Quant aux échecs, ils sont toujours le fruit d'une force étrangère. Je n'arrive pas à me souvenir d'une seule occasion où Ben Ali (je ne suis pas de la génération Bourguiba, il m'est difficile d'en témoigner) a pris la responsabilité d'un échec, d'un mauvais résultat. C'est toujours la faute à quelques éléments. En réalité, si la Tunisie est dans la situation où elle est aujourd'hui, avec ses succès et échecs, c'est seulement grâce à nous, tunisiens et tunisiennes. A chacun des citoyens et citoyennes de notre pays, du nord au sud, de l'est à l'ouest. C'est nous qui travaillons, et c'est le président qui s'adjuge tous les mérites. Et le plus insupportable, c'est qu'il nous le répète incessamment chaque jour, à travers les journaux, la télévision, la radio, Internet.

• Aujourd'hui :
On commence l'année 2002 et je me pose la question : Où en sommes-nous aujourd'hui? Il reste deux ans avant l'échéance 2004. On a été gouverné durant 14 ans par Ben Ali. Quand il est arrivé au pouvoir, Il a aboli la présidence à vie. C'est ce qui nous a donné de l'espoir et convaincu qu'on était enfin devenu une démocratie, une vraie. Il a changé la constitution pour limiter les mandats présidentiels à trois consécutifs. Cela nous a réconforté dans nos convictions. Aujourd'hui, on nous prépare à une modification de la constitution pour un mandat supplémentaire. On nous dit qu'on supporte unanimement ce choix. Comble de l'ironie, c'est les députés qui affirment que Ben Ali est un acquis national. Les représentants du peuple, nos propres représentants! Que faisons nous? Que voulons nous vraiment? Comment arrivons nous à nous mettre aussi unanimement d'accord sur des questions aussi essentielles et complexes que les choix relatifs à notre avenir et à l'avenir de nos enfants, alors que notre quotidien est remplie de discussions, de négociations, de conflits. En fait, on est juste des spectateurs passifs d'une véritable confiscation des décisions politiques. La politique en Tunisie est tabou. On ne parle plus de politique en famille, ni dans la rue. On a échangé notre sécurité contre l'abstinence politique. On n'a même pas négocié, on a accepté.

• Demain :
Même si chacun est libre de ses choix, on a chacun de nous individuellement une obligation envers notre pays. On ne peut échapper à la vraie question qui se pose aujourd'hui : Que voulons-nous pour nous-mêmes, nos enfants et notre pays : La Tunisie. On est souvent tenté de simplifier un problème pour mieux l'appréhender. Dans ce cas, la situation est simple d'elle-même. On est confronté à deux choix. Soit, on se laisse gouverner, en nous soustrayant à nos obligations de citoyens, en acceptant la fatalité qu'on est un pays arabe, musulman, maghrébin, africain, en voie développement, éternellement condamné à subir la dictature, à vivre dans la peur de nos propres gouvernants.
Soit, on décide d'agir, de bouger, de contribuer, de refuser d'être la Génération " Ben Ali ", celle par qui tous les malheurs sont arrivés, celle qui restera dans les livres d'histoire comme la génération la plus passive de l'histoire de la Tunisie. L'action commence dans la tête de chacun. Il faut qu'on prenne conscience de la vrai situation, de nos droits ainsi que nos responsabilités envers ce pays (et non envers son président), de l'importance de s'impliquer politiquement à tous les niveaux (local, régional et national).
Concrètement, il existe quelques moyens fort simples. Si vous possédez un ordinateur, il vous suffit d'une carte (aussi grande qu'une carte vidéo) pour le transformer en émetteur FM. A ce moment là, vous mettez en application les " réalisations de la Tunisie du Changement en termes de liberté d'expression " et vous créez votre propre espace de libre expression. Une carte comme celle présentée dans le site pcs-electronics peut donner à chaque tunisien le moyen de s'exprimer, de contribuer et de récupérer sa citoyenneté.
Un autre moyen, plus discret et ayant autant d'impact, est la contestation silencieuse. Si toute personne insatisfaite du régime en place s'habille de façon particulière (disons en vert par exemple) et un certain jour de la semaine (le lundi), un mouvement pourrait se créer, permettant à chacun de vérifier quel proportion de la population est atteinte du sentiment de ras-le-bol général. Le risque est limité car on voit mal les flics arrêter toute personne portant une chemise ou un t-shirt vert, le lundi.
Pour conclure, je dirais que notre avenir est entre nos mains, nous tunisiens. Les argentins, les roumains, les serbes ainsi que d'autres peules ont montré l'exemple. A nous de choisir le camp dont nous voulons faire partie : le camp des citoyens à part entière ou le camp des éternels soumis.
Que la force soit avec les tunisiens.

Anonyme Tunisien

Posté le jeudi 24 janvier 2002 .