الفصل 39


بقر الله في زرع الله

مادام السّرطيّة وبوليسيّة السّيركولاسيون والأمن الجامعي ولاو يفهمو برشة ودوّروها جمهورية الغد و إستفتاء وتحوير دستور قلنا نشاركو معاهم يما تيسّر لا يتّهمونا بتعطيل المجهود التنموي وبعدم المساهمة بالنّهوض بالمواطن التّونسي و أخيه الإنسان وكيما تعرفو في تونس ساهل برشة باش الواحد يلقى روحو متّهم بحاجة معملهاش, عاد من المستحسن يعملها بيدو, ثمّاش ما ربّي يزيدو, خير من اللّي يقعد يعضّ في صوابع ساقيه حين لا ينفع النّدم.
بدون إطالة ندخلو في الموضوع اللّي هو أنّو ثمّة مواطن غير صالح يحبّ يكعبرها لبقيّة المواطنين و يضحّك عليهم بني آدم وبني إسرائيل قال شنوّة "إصلاح دستوري جوهري يؤسّس لجمهوريّة الغد" بينما النّاس الكلّ تعرف أنّها لهقة و نهلة و غطّة و حشية و تكركيرة و تدرويش و تزعبين و بلادة و ركاكة و تجلطيم و ضربان لوغة و دزّان بيدق... و بيما أنّو المواطن هاذا زكرم بكرم وشارب دواء غالط و أبهم من صبّاطي دوّر بيه جماعة ولاد حرام و مهفّات متاع تحوّل و خاصّة متاع تحيّل على القانون منذ نعومة أظفارهم, بنادريّة من الطّراز الرّفيع, شهايدهم شطرها مزوّر والباقي بالفوسكة و المراكز اللّي وصلولها تكلّفتلهم شكاير طحين و قوادة و صبّة... اَما شعلينا فيهم توّا على خاطر الرّهوط اللّي كيف زهير المظفّر و الصّادق شعبان و عياض الودرني و عبد العزيز بن ضياء و غيرهم كيف الذبّان مايتلمّوا كان على خرية و نحنا و مع كامل إحتراماتي ليكم باش نحكيو على الخرية فقط... يا فقط.
التّحوير الدّستوري اللّي يحبّوا يشرّبوهولنا بعابص الكبّار متاع كليّة العقوق والعلوم القالونيّة صباحا مساءا وقبل الصّباح وبعد المساء و يوم الأحد هو نسخة مضرّحة برشة و فوسكة مالتّحوير اللّي عملو سيّئ الذّكر "بينوشي" متاع الشيلى باش الشّعب متاعو ما ينحّيلوش جدّ بوه الكلب ويبهذل بحالو قدّام المحاكم الابتدائية و الثانوية بعد العمايل الزّرقة اللّي عملها في أحفاد ال"إنكا" و ال"أزتاك" و بما أنّو التّاريخ يعيد نفسو هاو زينوشي متاع الشّّهيلي عجبتّو اللّعبة و عرّبها باش يزيد يخرّبها :
الفصل 41 – فقرة 2 : يتمتّع رئيس الجمهوريّة أثناء ممارسة مهامه بحصانة قضائيّة, كما ينتفع بهذه الحصانة القضائيّة بعد إنتهاء مباشرته لمهامه بالنّسبة للأفعال التي قام بها بمناسبة أدائه لمهامه.
بالرّجولية عندي برشة ملاحظات عالعفسة التّحفونة هاذي :
• يا سي زعبع راهي "الحصانة القضائيّة" مقطوعة من نهار 2 فيفري 2002 آما كان تحبّ حصان راهي البلاد معبّية وما عليك كان تختار و كان تحبّ نعاونك هاي بعض الأسماء اللامعة : منصف قوجة, الشّاوش علي, صلاح الدّين العامري, محمّد بوشيحة... آما إذا مصرّ أنّو الحصان يكون قضائي أهوك عندك صطوفة الكعباشي و الجديدي غنيّة و توّا نزيدو نشوفو دوسيّات الأخرين.
• يا سي زعبع التّوانسة ماهمش باش يحاسبوا رئيسهم على "الأفعال التي قام بها بمناسبة أدائه لمهامه" على خاطرك ما عملت شئ للبلاد آما باش يحاسبوك على الأفعال اللّي ماقمتش بيها, مثال : عدم منع الفساد و المحسوبيّة و الرّشوة و التّعذيب...
• يا سي زعبع تنجّم ترقد مطمان على خاطر الموتى و المجانين ما يحاسبهم كان خالقهم.

و الآن سيداتي أوانسي سادتي إليكم مربط الحصانة... عفوا الفرس, الفصل الذي لا يشق له غبار و البحر الذي ليس له قرار و من به المعنويّات سريعا تنهار لأنّه كشف كلّ الخنّار:
الفصل 39 - جديد : ... و يجوز لرئيس الجمهوريّة أن يجدّد ترشّحه.
• ماكمش تحلموا و ماهيّاش غلطة مطبعيّة الفصل 39 يوفى بنكتة وارجع للسّطر و ماعادش يوفى ب"يجوز لرئيس الجمهوريّة أن يجدّد ترشّحه مرّتين" ونكتة... ومعناها بالعربي يزّي مالضّحك.
• واللّه عندي اقتراح للجماعة متاع اللّعب بعشانا و عرفهم زعبع علاش مايزيدوش يبدّلو واحد من فصول العام و يسمّيوه 39 على خاطر من نهار اللّي شدّو الحكم لا رينا لا شتاء لا ربيع و لا صيف وسخشيّا نقترح عليهم التّقسيم الآتي : فصل الخريف 1, فصل الخريف 2, فصل الخريف 3 و الفصل 39.

"و يقولولي بطّل السّبيريتو"
التّونسي متاع التّونيزين


السبت 23 فيفري 2002.

Petite chronique
de l'autre côté

25 - 02 - 2002

Les larmes, c'est comme une rosée qui empêche le cœur de faner,
une rosée qui l'aide à refleurir comme avant. Robert Choquette
(Extrait de Elise Valder)

J'avoue, j'ai un peu failli aux promesses que je m'étais faites d'écrire toutes les semaines.
J'avoue que je suis passée par des moments si difficiles que j'ai bien cru que j'avais perdu la partie. Il a fallu que je me regarde les yeux dans les yeux, les larmes dans les larmes, dans un face à face désespéré. Il a fallu qu'alors que j'étais à terre, je cherche mon armure et mon bouclier, et tous les moyens pouvant me protéger du monde sans m'en éloigner.
Ma digue avait rompu et des flots de sanglots m'inondaient sans relâche. J'ai cherché l'air, je me suis débattue pour garder la tête hors de l'eau, et avec l'aide de mes amis anonymes, j'ai émergé hors de l'eau, essoufflée mais ravie.
L'aube a fini par se lever sur mon âme convalescente et c'est tranquillement que ma journée s'est écoulée. Alors forcément, j'ai eu envie d'écrire de nouveau. Là j'ai hésité longuement. Dois-je leur raconter les péripéties de l'enregistrement de tunezine.com?
Dois-je leur raconter ma rencontre du 7 Novembre 2001 ? Dois-je leur raconter mes tribulations à Jerba ? Mes facéties ? J'ai un large panel d'anecdotes et j'ai envie de rire un peu. Le temps de me donner du temps, je prends des nouvelles de Sahbi El Amri et on rit beaucoup au téléphone. Lui aussi a trouvé sa boîte aux lettres spammée avec un discours de Ben Ali, le Virus Suprême. Je le rassure tout de suite: j'ai eu le même privilège.
Toutefois je préfère de loin le virus populaire au bavardage démultiplié du Virus Suprême. D'ailleurs, j'en profite pour remercier le tout dernier offrant (Achour@prodigy.net.mx) que je n'avais pas encore remercié publiquement. Je lui suis d'ailleurs doublement reconnaissante car je n'avais pas encore la photo de ce virus-là, qui m'a été envoyé pour l'Aïd, geste ô combien délicat s'il en est.
Donc je discute assez longtemps avec Sahbi El Amri avant de raccrocher dans la bonne humeur. On va finir par sympathiser réellement avec le temps; comme j'ai sympathisé avec tous les habitants de la rue Mansouri dont j'avais perdu le chemin mais qu'ettounsi m'a indiquée avec le sourire qui ne le quitte jamais. D'ailleurs, pour être précise, ettounsi ne s'est pas contenté de me l'indiquer, il m'a guidée jusqu'à la rue dont je m'étais éloignée, tellement j'étais aveuglée par mes larmes. Decepticus, Omar Khayyam, Lecteur Assidu et bien d'autres encore m'accompagnaient. Ce week-end, les tuneziniens s'y sont mis à plusieurs pour me ramener à bon port.

À la police politico-électronique : ce port là, vous ne pourrez jamais le bloquer...

Sophie Elwarda
Correspondante permanente
de TUNeZINE à Paris - France

Lundi 25 février 2002.

Almustakillah : Hachmi Hamdi
demande à Ben Ali d'envoyer
Moncef Gouja en Corée du Nord

Ceux qui ont vu le programme d'Almustakillah ce Dimanche 24 - 2 - 2002 se sont certainement régalés.
On se rappelle que récemment, sur les colonnes de La Presse, Moncef Gouja, le directeur de ce journal, a qualifié les ouvertures de Mr Hachmi Hamdi sur le régime tunisien de "déculottage". Eh bien, la réaction de Mr Hamdi ne s'est pas fait attendre, et elle venue aujourd'hui, virulente, acerbe : Dans un appel direct au Président Ben Ali, et après avoir souligné les desseins inavoués de Gouja de saboter toute réconciliation entre tunisiens et de vouloir voir tous les journaux tunisiens devenir comme La Presse, fades, mesquins, méprisables, Mr Hamdi a demandé poliment au président "d'augmenter le salaire de "jammat" La Presse" -entendez par cela M. Gouja- et de "les envoyez en Corée du Nord", où ils seront utiles. L'idée est que le contenu de La Presse est similaire a celui de la presse de Pyongyang. Ce qui est vrai, d'ailleurs. Les gens à Tunis achètent La Presse pour voir les annonces, simplement.
Ce qui a sauté aux yeux aujourd'hui c'est d'abord de voir des publicités par Tunisie Télécom, la Cepex (caisse de promotion des exportations), et la Poste Tunisienne sur Almustakillah. Et la question qui se pose est : Y-t-il eu un "deal", un accord secret, entre Mr Hamdi et le régime tunisien en vue d'une réconciliation?? Et si oui, la question est : a quel prix pour Almustakillah, et a quel prix pour le régime, car, une chose est sûre, Mr Hamdi n'est pas homme à faire des concessions pour rien. Enfin attendons voir.
L'invite du jour fut le grand penseur Mr Hichem Djaet. C'était un pur plaisir d'entendre parler cet éminent penseur, un cartésien qui nous honore tous.
Répondant aux questions de Mr Adel Hamdi, et au risque de choquer des auditeurs, il dit qu'il pense que Mr Ben Ali, étant donné son assise et son expérience, son pouvoir actuel, est le mieux placé pour faire gagner du temps, garantir la réalisation des reformes promises par le projet d'amender la constitution, et introduire un changement des mentalités du régime et des gens. Il dit que Le problème c'est la mise en pratique des promesses. L'administration - entendez le régime - a pris l'habitude, depuis avant Bourguiba, de réprimer les gens et de les priver de libertés.
Il dit que cela ne sert a rien de mettre les gens en prison pour avoir critiqué le régime, et qu'il faudrait libérer tous les prisonniers d'opinion. Il demande les libertés d'expression, d'association, de mouvement.
Il dit que l'opposition a joué un rôle important l'année dernière sur la voie vers les libertés, mais qu'elle est actuellement "domestiquée", et l'opinion publique est "anesthésiée". Il faut donner à l'opposition la parole, dit-il, et mettre fin "au despotisme" du parti au pouvoir dans les régions rurales ou ce parti contrôle les votes. On ne doit pas "couper les vivres aux opposants", dit-il.
Il a dit aussi: "l'information en Tunisie n'est pas libre" et "la répression est faiblesse". Il souligne que la télé devrait être un podium pour tout le monde, qu'il faut habituer les gens à la liberté d'expression, car la démocratie est débat et dialogue, et non violence.
Concernant les évènements du 11 Septembre, Mr Djaet dit que beaucoup de gens, y compris lui-même, ne sont pas sûr qu'el Qa'eeda est à l'origine des faits, et que peut être un groupe de personnes est coupable, mais, politiquement, ajoute-t-il, il fallait au gouvernement américain trouver un coupable.
Quant au Maghreb, Mr Djaet dit: " je ne voie pas un réel avenir pour la construction de ce Maghreb".
Mr Hachmi Hamdi parla ensuite. Il félicita le Président Ben Ali et le peuple Tunisien pour l'Aid, rappelant la réconciliation et la tolérance que ce mois signifie. Il se félicita lui-même pour l'échec de ses détracteurs et des ennemis d'Almustakillah qui voulaient la faire fermer, et remercia Mr Gouja pour la publicité gratuite qu'il a faite pour Almustakillah en l'attaquant. Il invita les militants du RCD a venir nombreux prendre part au programme du Dimanche.
Mr Hamdi demanda au président d'augmenter le salaire des "jammat" la Presse, c.a.d Mr Gouja, de les envoyer en Corée du Nord où ils seraient utiles à cause de leur style et idées rétrogrades, et de les remplacer par une équipe nouvelle qui changerait le visage de La Presse.
Mr Hamdi demande au président de faciliter une coopération entre Almustakillah et la télévision Tunisienne.
Enfin Mr Hamdi annonce qu'à partir de Mars, le programme "Le Grand Maghreb" sera mensuel. Il n'a pas donné des raisons, mais peut-être, y a-t-il eu un "deal" avec le régime Tunisien?? On ne sait pas pour le moment. Mais c'est bien dommage de ne plus voir le programme "Le grand Maghreb" tous les Dimanches.

Penseur Libre

Dimanche 24 février 2002.

Canette 7... quelle vulgarité !

Tout d'abord je souhaite à tous les mansouriens et tunEziniens "Aïd mabrouk wa koll am wintom hayyine ebkhir".
Une petite histoire vite fait : hier je suis allé avec ma femme et mes deux enfants l'après midi chez un ami pour lui souhaiter Aïd mabrouk et il se trouve qu'il regardait Canette 7 (TV7 pour les constitutionalistes qui respectent la constitution) et il y avait Hedi Habbouba invité de Hela Rokbi, elle a posé une question (que je n'ai pas écouté car on parlait) et comme par hasard mes antennes se sont dirigés vers la télé... Hedi Habbouba ne trouvait pas le mot qu'il voulait dire et Hela Rokbi l'a aidé ... et qu'est ce que Hedi Habbouba lui dit "errab aalik" (dieu sur toi ... pour Sophie et nos amis non tunisophones : un mot très très très vulgaire... c'est ce que je pense du moins… il se peut que je suis devenu très vieux pour écouter ce genre de chose à la télé).
Du coup je propose à canette 7 d'utiliser les différents sigles utilisés en France exemple :
• Pour le journal de 20 h et les rares émissions politiques : un x violet (interdit à tous les personnes qui pensent avoir un cerveau).
• Pour les émissions culturelles et de divertissement : un carré rouge (seul les gens qui ont été vaccinés contre ce genre d'émission peuvent les regarder).
• Pour les émissions sportives un cercle bleu (accord parental souhaitable pour éviter de regarder la violence des joueurs et les sportifs CRS tunisiens qui ont eu des tenus rouge et blancs avec des casquette et pourtant leurs ventres sont toujours semblables aux vieilles bouteilles de gaz ... ils courent toujours vers les arbitres en fin de mi-temps (les pauvres arbitres qui voient des bêtes sauvages courir vers eux et ils ne peuvent rien faire que de rester fixes) ces CRS déguisés sont aussi toujours en décor des interviews des entraîneurs lors de l'émission du Merzi GUNSoui : Ahad Ryadhi.
• Seuls les émissions pour enfant sont pour tout public !

malla_hala

Lundi 25 février 2002.

Hamma, otage de Ben Ali,
entame une grève de la faim

Depuis 24 jours, mon mari est l'otage de Ben Ali. Hamma est otage parce que de l'avis de tous les observateurs présents au Palais de justice, le 2 février dernier, il n'y a pas eu procès.
Hamma et ses camarades n'ont pas été interrogés par le juge; il n'y a eu ni réquisitoire ni plaidoiries. Le tribunal n'a même pas siégé et les magistrats ne se sont manifestés que pour rendre leur sentence : 9 ans et 3 mois de prison ferme avec exécution d'office.
Dès son incarcération, Hamma a été jeté dans une cellule disciplinaire. Pourtant la loi est claire : les simples détenus ne doivent pas être mêlés aux personnes définitivement condamnés. Ses trois co-détenus, qui purgent de très lourdes peines, sont de grands fumeurs.
Or, Hamma souffre de tachycardie et de sinusite que risque d'aggraver, selon ses médecins, son confinement dans une atmosphère enfumée et dans un espace réduit (2 m x 3 m), dénué de toute aération.
Hamma est contraint de faire sa promenade quotidienne en compagnie des condamnés à mort.
Hamma est otage parce que depuis son arrestation, il n'a pu recevoir ses avocats qu'à trois reprises. Ces visites n'ont été autorisées qu'au terme de difficiles batailles. Moi-même, à ce jour, alors que je me présente quasi-quotidiennement aux greffes et au Parquet, n'ai pu obtenir de permis de visite en tant qu'avocate. Or, là encore, la loi est claire qui interdit expressément de priver un détenu de la visite de ses défenseurs.
Mais est-ce bien étonnant de la part d'un régime qui n'a pas hésité à brutaliser les avocats de Hamma dans l'enceinte même du tribunal?
J'ai refusé, quant à moi, de le voir dans le cadre des visites familiales qui se déroulent dans des conditions moyenâgeuses : Hamma est séparé de ses visiteurs par deux grillages qui forment un couloir où circulent un gardien. Plusieurs autres personnes chargées de la surveillance sont, en outre, présentes tout au long de la visite qui ne dure jamais plus de 20 minutes.
Hamma est otage pour le seul crime d'être le porte-parole d'un parti d'opposition, le PCOT, et d'exprimer un point de vue différent. Hamma entame, aujourd'hui, une grève de la faim illimitée ; il met sa santé en péril, uniquement pour obtenir le droit d'être visité sans restriction par ses avocats comme la loi le prévoit. Il demande à être transféré dans un pavillon réservé aux détenus qui, comme lui, n'ont pas encore été jugés définitivement et où les conditions d'hygiène ne risquent pas d'altérer sa santé. Il demande également à ce que les visites familiales aient lieu dans des conditions humaines sans séparation.
J'appelle toutes les personnalités et les associations concernées par la défense des droits humains à soutenir ses revendications et à exiger sa libération immédiate et inconditionnelle.

Radhia Nasraoui
Épouse de Hamma Hammami
& membre du collectif d'avocats chargés de sa défense.

Tunis, lundi 26 février 2002.

Droits & Libertés des Maghrébins et au Maghreb
Association d'Aide, d'Assistance, de Soutien et de Défense des Droits de l'Homme
B.P. N° 28 - 93161 Noisy-le-Grand Cedex- France - CCP Paris 5 336 77 P

Communiqué
du 18 Février 2002

• UGTT : Indépendance, démocratie et unité sont elles constantes ?
• Le spectre de la présidence à vie en préparation en Tunisie
• Quel changement depuis 1995 en matière des Libertés fondamentales et de lutte contre l'exclusion dans le monde du travail ?
• Pour une loi d'amnistie générale.


L'Union générale tunisienne du travail (UGTT, centrale syndicale unique) a ouvert à Djerba (île du sud-est de la Tunisie) un congrès extraordinaire pour lui conférer un nouveau souffle après une longue période de crise. Le secrétaire général de l'UGTT, M. Abdessalem Jrad, depuis qu'il est rentré d'une tournée au Proche-Orient, effectuée à la tête d'une délégation comprenant notamment, le secrétaire général adjoint chargé des relations extérieures M. Mohamed Trabelsi et trois secrétaires généraux de fédérations régionales, à savoir M. Sghaïer Saïdane de Kairouan, M. Mohamed Chaâbane de Sfax et M. Amara Abassi de Gafsa, s'est donné pour tâche de préparer ce congrès pour préserver l'unité de la centrale syndicale. Les travaux ouverts en présence de 600 congressistes venus de toutes les régions du pays, et d'invités représentant notamment la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), l'Union syndicale du Maghreb arabe et la Confédération syndicale arabe.
L'enjeu principal de ce congrès est de conférer une légitimité à l'équipe de M. Jrad, qui a succédé en septembre 2000 à l'ex-patron de la centrale, Ismaïl Sahbani qui a été condamné en octobre 2001 à cinq ans de prison pour mauvaise gestion et détournements de fonds de la centrale qu'il dirigeait depuis 1989. Ce congrès devrait réélire le secrétaire général actuel, Abdessalem Jrad, qui défend le principe d'une liste unitaire de "consensus" parmi 56 candidats, au sein d'un bureau exécutif de 13 membres. M. Jrad a essayé d'assainir le climat syndical en laissant s'exprimer le mécontentement de syndicalistes exclus et de contestataires modérés et une nouvelle tonalité s'est faite jour lors des réunions précédant le congrès de Djerba.
La presse tunisienne a consacré une large place aux assises de ce congrès, insistant sur ses enjeux, pour conférer de nouvelles impulsions à la centrale syndicale en perte de vitesse. Le secrétaire général sortant, Abdessalem Jrad évoque longuement dans le quotidien Le Temps, l'action de redressement entreprise depuis le départ de son prédécesseur. "Indépendance, démocratie, unité sont les constantes de l'UGTT", affirme M. Jrad qui ajoute: "Notre indépendance n'est dirigée ni contre le pouvoir, ni contre les partis. Elle est notre identité, notre raison d'être".
Un groupe animé par un ancien haut responsable de l'UGTT, Ali Romdhane, s'est prononcé pour des réformes radicales au sein de la centrale, tandis qu'un autre groupe, mené par Tahar Chaieb (universitaire), qui a annoncé le 5 décembre 2001, la création d'une "Confédération démocratique du travail" (CDTT) pour garantir la démocratie et l'indépendance à l'égard du pouvoir et des partis politiques.
L'UGTT compte dans ses rangs 500.000 affiliés, encadrés par 50.000 syndicalistes représentant 7.200 syndicats. Les travaux de ce congrès extraordinaire de l'UGTT ont duré trois jours. Dés l'ouverture de congres, Abdessalem Jrad a commencé la lecture d'un télégramme envoyé par Ben Ali, les congressiste ont scandé des slogans appelant à l'indépendance du l'UGTT ce qui a poussé Jrad à se taire. Certains congressistes ont manifesté à l'intérieur de l'hôtel scandant des slogans contre la bureaucratie et appelant à l'unité syndicale, l'indépendance de l'UGTT et son rôle avant-gardiste.
Le congrès a adopté une motion de solidarité avec les avocats en grève pour dénoncer la parodie de justice à laquelle tout le monde en parle, au cours du procès de Hamma Hammami et ses camarades le 2 février 2002. Une Pétition est signée appelant, notamment Au respect des libertés fondamentales, à l'amnistie générale, à la liberté et l indépendance des médias, à l'appui de la LTDH, à l'arrêt de toutes poursuites judiciaires contre les opposants politiques et à la dénonciation des violences que subissent tous les militants des droits de l'HOMME Le congrès extraordinaire de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) marqué par l'affirmation des impératifs d'autonomie et de transparence pour la centrale syndicale.
Le congrès destiné à sortir l'UGTT d'une longue crise a été placé sous le slogan "démocratie, autonomie et transparence", des objectifs réaffirmés à l'ouverture du congrès par le secrétaire général, Abdesslem Jrad, en présence de quelque 600 congressistes et invités parmi lesquels André Kaylombo, représentant de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL).
M. Jrad a insisté sur la nécessité pour l'UGTT de "renouer avec une pratique concrétisant l'autonomie et la liberté de décision" syndicales et affirmé le "souci de traduire dans les faits" ces revendications pour le salut de l'action syndicale.. Il a revendiqué l'indépendance du syndicat aussi bien à l'égard du pouvoir qu'à l'égard de tous les partis politiques et son refus de toute "instrumentalisation". Le secrétaire général de l'UGTT a néanmoins rappelé que son organisation s'était ralliée à l'appel de l'opposition pour appeler à une Amnistie Générale et son soutien à la Ligue de défense des droits de l'Homme (LTDH) dans ses démêlés avec le justice.
Le congrès ouvert jeudi sur l'île de Djerba (sud-est) s'est donné un bureau exécutif de 13 membres parmi une cinquantaine de candidats. Ce congrès, destiné à redonner du souffle à l'UGTT affaiblie ces dernières années, s'est fait l'écho dans ses motions des impératifs d'autonomie et de transparence revendiqués dès l'ouverture par le secrétaire général sortant Abdesslem Jrad réélu, de nouveau, a affirmé l'engagement de l'UGTT en faveur des "libertés individuelles et fondamentales" en Tunisie et réitéré son appui à la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme (LTDH) qui a promis de défendre l'appel à une amnistie générale, soulevé durant les débats mais absent dans les motions finales du congrès en raison de réserves exprimées au sujet des prisonniers appartenant au courant islamiste. "L'UGTT a pâti de la montée de l'islamisme durant les années 1980", devait rappeler M. Jrad à la séance de clôture du congrès.
Dans une motion politique, les délégués représentant un demi-million d'affiliés ont pour leur part insisté sur "l'enracinement de l'indépendance" de l'organisation et affirmé la nécessité pour elle "d'œuvrer avec les forces démocratiques au développement des libertés".
Le texte mentionne en particulier la liberté d'expression en parlant de "la nécessité d'une presse libre et plurielle, loin de toute forme de censure" et en demandant "des garanties légales" pour les journalistes. Avant le congrès, le secrétaire général sortant était monté au créneau pour défendre la liberté de la presse en Tunisie et, s'est abstenu de prendre position sur une éventuelle candidature du président Zine El-Abidine Ben Ali pour 2004.
Côté économique, le congrès a souligné les aspects négatifs de la politique de libéralisation, contesté la répartition des investissements à l'échelle du pays et critiqué l'ouverture du marché agricole prévue par l'accord de libre-échange entre la Tunisie et l'Union européenne. Les délégués ont critiqué la gestion des caisses de sécurité sociale et décidé de créer un fonds de solidarité interne au profit de travailleurs précarisés.
Le congrès a limité l'exercice des membres du bureau exécutif de l'UGTT à deux mandats de cinq ans chacun en amendant son règlement intérieur.

Pour la Vérité sur l'assassinat de Farhat Hached

Farhat Hached né le 02 Février 1914 aux îles de Kerkenah, dans la région de Sfax. C'est lui qui avait engagé le mouvement syndical et le monde du travail dans la lutte pour la libération nationale. L'UGTT créée le 20 janvier 1946, A ce moment là, Habib Bourguiba est déjà, depuis douze ans, le leader du Néo-Destour, qui a été l'aîné de Farhat Hached, et n'a pas eu l'occasion de le connaître, en raison de circonstances objectives et du long séjour effectué par Bourguiba en Orient. Après l'arrestation de Bourguiba en Janvier 1952 des dirigeants politiques nationalistes, Farhat Hached a dirigé la résistance politique et armée contre les autorités coloniales françaises avant d'être assassiné le 05 Décembre 1952, était abattu par balles sur la route de Radès, dans la banlieue sud de Tunis, par l'organisation terroriste ultra-coloniale (la main rouge). Un mouvement de grèves et de protestation a paralysé tout le pays et s'est étendu au reste des pays du Maghreb notamment au Maroc (les émeutes de Casablanca du 07 Décembre 1952).
Un demi-siècle après sa disparition Hached est toujours présent dans l'esprit des Tunisiens, non seulement parce qu'il a servi et sert encore de référence à tous ceux qui lui ont succédé à la tête de l'UGTT mais aussi parce qu'il demeure le symbole et l'artisan d'un syndicalisme national en phase avec les attentes et les revendications du peuple.

Contre la confiscation de la mémoire populaire

Le matin du 5 décembre 1952, Farhat Hached, Secrétaire Général de l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT).
Principale figure du syndicalisme ouvrier et leader des plus populaires de la lutte anti-coloniale, il représentait la convergence entre mouvement ouvrier et mouvement de libération nationale, et exprimait le caractère indissociable de la lutte pour la démocratie politique, de la lutte pour la démocratie sociale et du combat anti-colonial.
L'assassinat de Farhat Hached a été perpétré selon la plupart des indices et des témoignages par l'organisation terroriste La Main Rouge, véritable escadron de la mort composé de policiers et de colons et commanditée par les autorités policières et politiques françaises. L'enquête qui s'ensuivit a consisté, de l'aveu même de l'autorité judiciaire coloniale, en une entreprise de brouillage des pistes et d'obstruction à la recherche de la vérité. Le meurtre de Farhat Hached, dont tout indique que c'est un crime d'Etat, relève de l'assassinat politique, arme privilégiée de toute domination coloniale (Mehdi Ben Barka, Larbi Ben M'hidi, Patrice Lumumba, Khalîl Al-wazîr, Abu Ali Mustapha…) Aujourd'hui encore, ce crime reste non élucidé.
C'est grâce à Farhat HACHED, que Bourguiha et la cause tunisienne ont été connus dans les milieux syndicaux internationaux. Bourguiba qui a fait partie de la délégation tunisienne au Congrès de la CISL à Milan. Cette délégation présidée par Farhat Hached, comprenait Habib Bourguiba, Mahmoud Messadi, Ahmed Tlili, Nouri Boudali et Taïeb Slim est l'occasion pour Bourguiba d'assister au Congrès du puissant syndicat américain l'AFL-CIO à San Francisco.
Le premier syndicat authentiquement tunisien continuait à jouer un rôle déterminant dans l'histoire du pays.
l'UGTT refusée par Habib Bourguiba à travers laquelle il avait senti une menace pour l'hégémonie de son parti- ces rapports sont souvent passés par des périodes de confrontation directe avec le Pouvoir qui ont revêtu parfois un caractère de violence, comme ce fut le cas lors des évènements du 26 janvier 1978.
A travers l'histoire, une question a été souvent posée : quel a été le rôle du Néo Destour dans la création de l'UGTT ? Certains sont tentés de ramener à l'action de Bourguiba l'illuminé, voir le génie qui est derrière toute action en Tunisie, et l'UGTT n'y échappe pas; selon cette lecture, elle fut une création du Néo Destour. A l'opposé, une autre thèse, tout aussi réductrice, avançait que le Parti Destourien n'a joué qu'un rôle mineur dans la formation de la Centrale syndicale. Deux approches réductrices et partielles, car elles occultent plusieurs données qui peuvent aider à évaluer le rôle du Néo Destour, dans la création de l'UGTT. D'après, Habib Achour qui raconte dans son livre : "Ma vie politique et syndicale". "Au congrès de 1944 nous avons assisté à une lutte acharnée entre les socialistes et les communistes pour la direction départementale...
Je ne pouvais pas supporter cette atmosphère que je jugeais anti-tunisienne, moi qui étais responsable destourien à Sfax depuis 1935. Durant le congrès, et après une séance du matin, nous nous sommes rendus, Farhat et moi chez Mohamed Ben Romdhane dans une oukala de la grande mosquée, là j'ai dit à Farhat que je ne retournais pas au congrès. J'ai quitté la CGT, Farhat était de mon avis pour quitter la CGT, mais il voulait continuer à assister jusqu'à la fin du congrès". Ce fut la désaffiliation puis la création des syndicats autonomes du Sud. Le mouvement s'amplifia et Habib Achour raconte dans son livre qu'il était en contact avec Hédi Chaker, ( )membre du Bureau Politique du Néo Destour. Dans le Nord du pays, les syndicats autonomes du Nord étaient créés et c'était la marche vers la constitution de l'UGTT le 20 janvier 1946 à Tunis.
Le 20 octobre 1956, Habib Achour créé une organisation syndicale rivale à l'UGTT qui sera l'UTT (l'Union Tunisienne du Travail) avec le concours des syndicats de Sfax. Quelques mois plus tard, L'UTT cesse d'exister à l'occasion du 1° mai 1957 et l'UGTT retrouve son unité sous la direction d'Ahmed Tlili

Ahmed TLILI

Le 26 décembre1956 , au moment où Ben Salah est à Casablanca au Maroc, Bourguiba a fait destituer celui-ci par le Bureau exécutif de l'UGTT et le remplacé par Ahmed Tlili.. Bourguiba s'est servi d'Ahmed Tlili pour écarter Ahmed Ben Salah en nommant ce dernier en tant que secrétaire d'Etat aux affaires sociales(travail et santé).
Un congrès extraordinaire de l'UGTT, le 22 septembre 1957 confirme Ahmed Tlili dans son poste de secrétaire général de l'UGTT. Le 25 janvier 1966, de son exil à l'étranger, écrit une lettre ouverte de 30 pages à Bourguiba, pour lui faire part de son inquiétude de la dérive de la politique suivie par Ben Salah après le 8° congrès du parti de Bizerte en 1964 qui s'est transformé en Parti Socialiste Destourien PSD( ).
Ahmed Tlili qui s'est opposé aux cellules professionnelles du parti. Qui mèneront à vider les syndicats de toute combativité. Le 8° congrès d'avril 1960 qui confirme Ahmed Tlili comme secrétaire général pour être remplacé par Habib Achour en mars 1963. Le 31juillet 1965, un congrès extraordinaire se réunit à Tunis, Habib Achour demis de ses fonctions, exclu du parti et condamné à une peine de prison ferme pour une affaire de droit commun. En même temps c'est Ahmed Tlili qui est lui aussi exclu du parti et de l'UGTT, déchu de ses privilèges de vice-président de l'Assemblée Nationale et forcé à l'exil. Il ne regagnera le pays qu'en 1967, quelques avant sa mort en juin 1967.

Ahmed Ben SALAH

Lors du 6° Congrès de l'UGTT qui s'est tenu à Tunis (du 20 au 23 septembre 1956) qui cache une rivalité entre Ben Salah et Habib Achour, par un rapport signé par Ahmed Ben Salah qui voulait prendre de vitesse les partisans d'une orientation libérale. Ce rapport a eu un effet d'une bombe. Un rapport économique très élaboré intitulé " Notre Doctrine "qui est devenu une référence durant les années soixante et soixante-dix pour la gauche non communiste. "Nous croyons que notre société, qui s'est libérée d'un régime politique colonialiste, ne sera véritablement libre que si elle détruit l'appareil économique et social créé par ce régime"( ).
Au cours de ce congrès Ahmed Ben Salah déclara, dès l'ouverture du congrès "Il ne nous est pas permis aujourd'hui d'accepter le raccommodage et le replâtrage (économique) qui ne feraient que prolonger l'exploitation. Au contraire, nous devons opter délibérément pour une révolution continue, seule capable de balayer les anciennes structures"( ). La motion finale du congrès fût adoptée et les résultats de vote donnent un écart très large entre le 1° pour Ben Salah avec 1278 voix et le 20° et dernier Habib Achour avec 537 voix, tandis que Ahmed Tlili, n'a récolté que 1060 voix au 5° rang.
Bourguiba a mis la main sur le mouvement ouvrier, pour faire de l'UGTT, une antenne du parti. Sur conseil de Mongi Slim, Taieb Mhiri, Ahmed Mestiri et Ferjani Belhaj Ammar, entre autres, qui ont mis en garde Bourguiba contre une dérive " communiste " des syndicalistes. Cette expérience libérale du parti de Bourguiba va durer jusqu'à 1961. Le 26 décembre 1956 , au moment où Ben Salah est à Casablanca au Maroc, Bourguiba a fait destitué celui-ci par le Bureau exécutif de l'UGTT et le remplacé par Ahmed Tlili.
Le 20 octobre 1956, Habib Achour créé une organisation syndicale rivale à l'UGTT qui sera l'UTT (l'Union Tunisienne du Travail) avec le concours des syndicats de Sfax. Quelques mois plus tard, L'UTT cesse d'exister à l'occasion du 1° mai 1957 et l'UGTT retrouve son unité sous la direction d'Ahmed Tlili. Bourguiba s'est servi d'Ahmed Tlili pour écarter Ahmed Ben Salah en nommant ce dernier en tant que secrétaire d'Etat aux affaires sociales(travail et santé), puis Secrétaire d'Etat au Plan avant de devenir le super Secrétaire d'Etat au Plan, aux finances et à l'Economie nationale.
Le 17 novembre 1961, Ben Salah devient membre du bureau politique du parti, Bourguiba dans un discours se dit personnellement responsable du Plan et qu'il couvre de son autorité. Le Conseil national du Plan créé fin 19961, prend à son compte les propositions du "programme économique de l'UGTT de 1956", sauf que c'est Bourguiba qui signe. Les mesures prises par Ben Salah ont été approuvées par le Conseil National du Parti de mars 1963. En attendant le Congrès de Bizerte en octobre 1964, qui va opérer aux ajustements idéologiques et structurels nécessaires.
En septembre 1969, Ben Salah déchargé de ses responsabilités sauf celle de l'Education nationale jusqu'à novembre1969 date à laquelle, il est exclu du comité central du PSD et mis en résidence surveillée, en attendant son arrestation, en mars 1970 et son inculpation pour Haute trahison en avril de la même année, avant d'être jugé et condamné à dix ans de travaux forcés, en mai 1970. Ben Salah a fait de l'UGTT, une courroie de transmission du parti au pouvoir, jusqu'en avril 1972, date à laquelle il a créé son propre mouvement de l'Unité populaire MUP qui n'est jamais reconnu à ce jour. Le 3 février 1973, Ben Salah s'évade de la prison civile de Tunis.

Béchir BELLAGHA

En juillet 1965, Bourguiba écarte tout simplement Ahmed Tlili et Habib Achour pour les remplacer par Bechir Bellagha. En octobre 1968, Habib Achour fut limogé pour être remplacé par Béchir Bellagha. Qui resta à la tête de l'UGTT, et membre du bureau politique du PSD jusqu'en mai 1970 où il sera remplacé par Habib Achour.
En mai 1970, un congrès extraordinaire ramène Habib Achour à la tête de l'UGTT pour remplacer Béchir Bellagha qui a accepté le 15 décembre 1966 un code de travail répressif qui interdit de facto le droit de grève, à la tête de l'UGTT, tout en étant membre du bureau politique du PSD.

Habib ACHOUR

De peur des ambitions visées d'Ahmed Ben Salah, Bourguiba pousse Habib Achour le 20 octobre 1956 a créé une organisation syndicale rivale à l'UGTT qui sera l'UTT (l'Union Tunisienne du Travail) avec le concours des syndicats de Sfax. Quelques mois plus tard, L'UTT cesse d'exister à l'occasion du 1° mai 1957 et l'UGTT retrouve son unité sous la direction d'Ahmed Tlili. En mars 1963, 9° congrès du PSD avec Habib Achour comme secrétaire général, jusqu'en avril 1964 où le Dinar Tunisien fût dévalué, Habib Achour dénonce publiquement le 1° mai 1965, la politique du gouvernement du blocage des salaires et demande compensation pour les salariés.
Le 31 juillet 1965, un congrès extraordinaire se réunit à Tunis, Habib Achour demis de ses fonctions, exclu du parti et condamné à une peine de prison ferme pour une affaire de droit commun. En même temps c'est Ahmed Tlili qui est lui aussi exclu du parti et de l'UGTT, déchu de ses privilèges de vice-président de l'Assemblée Nationale et forcé à l'exil. Il ne regagnera le pays qu'en 1967, quelques avant sa mort en juin 1967.
En mai 1970, un congrès extraordinaire ramène Habib Achour à la tête de l'UGTT tout en étant membre du bureau politique du PSD. Après une lutte entre Habib Achour et le gouvernement M'zali en 1981, qui a fini par écarter Habib Achour et le condamner à une peine de prison ferme pour une affaire de droit commun.
En novembre 1981, un conseil national ramène Habib Achour à la tête de l'UGTT, réélu par le congrès du 15, 16, 17 et 18 décembre 1984, qui y restera jusqu'à l'arrivée de Ismaïl Sahbani, par un congrès du 17, 18 et 19 avril 1989, préparé et orchestré par le nouveau chef d'Etat.

Taïeb BACCOUCHE

Un congrès extraordinaire se réunit les 28, 29 et 30 avril 1981, ramène Taëb Baccouche à la tête de la centrale syndicale après une lutte entre Habib Achour et le gouvernement M'zali qui a fini par écarter Habib Achour et le condamner à une peine de prison ferme pour une affaire de droit commun. Taëb Baccouche est resté jusqu'au mois de Nov. 1981, date du retour de Habib Achour à la tête de la centrale syndicale.

Ismaïl SAHBANI

L'arrivée de Ismaïl Sahbani, par un congrès du 17, 18 et 19 avril 1989, préparé et orchestré par le nouveau chef d'Etat, qui a pris soin d'écarter Habib Achour et ses partisans de la course. Sous la direction de M. Sahbani et ses camarades depuis le Congrès de Sousse en avril 1989, avec l'appui et le soutien du pouvoir, les destinées de la centrale syndicale qui s'est alignée totalement sur les choix du gouvernement de Ben Ali faisant de la Centrale syndicale, comme une administration au service de l'Etat bureaucratique à tous les niveaux (exécutif, unions régionales, fédérations et syndicats nationaux). L'attitude de la centrale syndicale à l'égard des grandes orientations économiques et sociales qui ont cours depuis une dizaine d'années laisse perplexe.
Le libéralisme, le désengagement de l'État, les privatisations, la libéralisation des importations, l'instauration progressive d'une nouvelle législation du travail et des dispositions d'ordre social quant au système de couverture sociale, de retraite, etc., tout cela constitue incontestablement une atteinte aux droits des travailleurs, à la stabilité de l'emploi, aux acquis sociaux, aux acquis syndicaux, etc.
L'alignement total de l'UGTT depuis 1989, un soutien total apporté durant 12 ans l'UGTT au chef de l'État et à son pouvoir. Le journal Ech-Chaab fait le black-out, ..., sur les informations concernant la répression, les procès, les atteintes aux libertés, sur les activités des associations indépendantes telles que la Ligue tunisienne des droits de l'homme, etc.
Par delà tout cela, la direction syndicale, en 1994 et en 1999, a cru bon de s'impliquer dans les élections présidentielles et d'appuyer haut et fort la candidature de Ben Ali, même en 1999 lorsqu'il y avait trois candidats à cette élection, même si les deux concurrents de Ben Ali n'étaient pas des figurants de surcroît, désignés à l'avance par le pouvoir lui-même ( )".
Ismaïl Sahbani forcé à démissionner du poste de secrétaire Général de l'UGTT le 24 septembre 2000 pour se faire remplacer par Abdessalem Jerad avant d'être écroué et condamné à 13 ans de prison par le Tribunal de première instance de Tunis en Juin 2001, poursuivi pour " détournement de fond " et pour "faux et usage de faux" dans deux affaires distinctes, celle de l'UGTT et celle des Assurances El Ittihad. Il a été condamné à 7 ans de prison dans la première affaire, et à 6 ans de prison dans l'autre. Il a en outre été condamné à de fortes amendes.

Abdessalem JERAD

Le 24 septembre 2000, Abdessalem Jerad remplace Ismaïl Sahbani, forcé à démissionner de son poste de secrétaire Général de l'UGTT. A l'occasion du congrès extraordinaire de Djerba du 7 au 9 Février 2002, il est légitime de se demander si certaines méthodes vont changer à l'occasion des derniers congrès d'un certain nombre de structures syndicales, notamment les unions régionales, semblent signifier qui conservent les mêmes personnes avec les mêmes méthodes ce qui installe une certaine bureaucratie.
Un constat consistant que plusieurs secrétaires généraux d'unions régionales ou de fédérations ou de syndicats nationaux (donc des membres de la Commission administrative de la centrale) se maintiennent à leurs postes pendant 10, 15 ou même 20 ans, ces méthodes vont-elles changer dans la réalité, même après à l'occasion du congrès qui a limité l'exercice des membres du bureau exécutif de l'UGTT à deux mandats de cinq ans chacun.
Depuis plus de cinquante ans que l'UGTT a été marquée par les rapports que l'organisation syndicale a eu avec le Pouvoir du Néo Destour puis celui du Parti Socialiste Destourien et enfin le RCD . Les rapports que l'UGTT ont connu des évolutions souvent contradictoires; du soutien inconditionnel à la volonté d'une fusion organique.

Confédération Démocratique du Travail en Tunisie (CDTT)

Un groupe, mené par Tahar Chaieb (universitaire), a annoncé le 5 décembre 2001, la création d'une "Confédération démocratique du travail" (CDTT) pour garantir la démocratie et l'indépendance à l'égard du pouvoir et des partis politiques. Un scénario similaire a été utilisé auparavant par l'ancien président Bourguiba qui a fait créer le 20 octobre 1956, par Habib Achour une organisation syndicale rivale à l'UGTT, l'UTT (l'Union Tunisienne du Travail) qui a cessé d'exister quelques mois plus tard, cette dernière va t-elle tenir longtemps, seul l'avenir nous le dira.

Le spectre de la présidence à vie en préparation

Vingt-sept ans après, les Tunisiens se voient confrontés à nouveau au spectre de la présidence à vie. Le 13 Février 2002, en conseil de ministre extra-ordinaire consacré à l'examen du projet de réforme constitutionnelle.
Par ce fait, le Président Ben Ali vient de lancer le processus d'organisation d'un référendum, dont les résultats sont connus d'avance, pour l'approbation d'un viol prémédité de la constitution lui permettant vingt-deux ans de règne sans partage, en Tunisie.
DLMM partant de son attachement aux principes universels des droits de l'Homme etconvaincue que les droits individuels et collectifs, constituent une unité indissociable et indivisible qui conditionne la viabilité d'une citoyenneté effective, de la souveraineté populaire, de l'immunité de la nation et de la dignité humaine dans le respect de la justice indépendante, de son authenticité et son attachement aux valeurs arabo-musulmanes.
Le procès d'opinion de Hamma HAMMAMI, dirigeant du P.C.O.T., Parti Communiste Ouvrier de Tunisie, et de trois de ses camarades, qui s'est déroulé le 2 février 2002 fut un exemple supplémentaire de la justice tunisienne de son asservissement du Ministère de l'Intérieur : des observateurs internationaux, envoyés par des associations de Droits de l'homme et par le Syndicat de la Magistrature, ont assisté, dans le tribunal de Tunis, à des violences policières envers les journalistes et les prévenus, à des confiscations d'enregistrements et, surtout, à une parodie d'audience lors de laquelle les avocats de la défense et les prévenus ont été évacués de la salle, dès qu'ils ont réclamé un procès équitable.
Les policiers ont totalement investi le prétoire, et ont rapidement emmené les prévenus pour les molester, sans que les juges y voient à redire. Bilan : des peines de 9 ans et 11 ans de prison, pour simple appartenance à une organisation interdite, sans même que les prévenus ou leurs avocats n'aient été entendus.
En signe de protestation, le Conseil National Tunisien de l'Ordre des Avocats décidait d'une grève générale du Barreau le 7 Février 2002, suivie à plus de 90 %. Cette grève fut un succès malgré les intimidations des responsables locaux du R.C.D. (le parti au pouvoir), qui convoquèrent certains avocats pour les menacer de représailles s'ils la suivaient.
La mise à sac du cabinet de l'avocat Mokhtar TRIFI, Président de la L.T.D.H. (Ligue Tunisienne des droits de l'homme ), le 6 Février 2002, la veille de la grève, était à l'évidence un signe de la nervosité du pouvoir vis à vis du barreau.
Ces derniers mois, le président Ben Ali a en effet cherché à réaffirmer sa mainmise sur la justice, comme l'a montré la révocation fin décembre 2001 d'un haut magistrat tunisien, le juge Mokhtar YAHIAOUI qui avait osé écrire l'été dernier une lettre ouverte au Président BEN ALI, dans laquelle il décrivait une situation de "verrouillage et de corruption de la Justice", sur laquelle ce dernier souhaite maintenir la tutelle absolue du pouvoir exécutif.
DLMM qui continue à œuvrer pour l'assainissement du climat politique et milite pour l'instauration d'une vie publique pluraliste et démocratique afin de garantir à chaque citoyen de jouir de ses droits et des libertés énoncés dans la déclaration universelle et garantis par la constitution, ce demande pour combien de temps une partie de la population qui a participé aux élections en 1989 et qui représentent 20% du corps électoral soit ignorée et exclue de la participation de la vie publique de leur pays.
Partant du principe que les Droits de l'Homme sont universelles et indivisibles qui est la Défense et le soutien de la personne humaine en faisant abstraction de ses idées politiques ou idéologiques et à plus forte raison lorsqu'il refuse la violence comme moyen de changement politique de la société.
Nous réaffirmons notre attachement à la concertation, au dialogue et à la négociation comme seul et unique moyen pour mettre un terme à ce climat de démission collective pour la chose publique et qui ne peut servir la démocratisation du pays où la question sécuritaire a pris le pas sur la concertation et la liberté de penser selon les règles démocratiques, la matraque qui a pris le pas sur l'urne et où les journalistes sont priés de changer de profession et les partis d'(opposition) se sont contentés d'applaudir les bienfaits du système en place.
Deux journalistes demeurent emprisonnés dans des conditions difficiles et qui sont souvent transférés d'une prison à une autre, il s'agit bien entendu de Hamadi JEBALI, directeur de l'hebdomadaire d'opposition Al Fajr (L'Aube), organe du mouvement interdit Ennahdha (Renaissance), arrêté le 31 janvier 1991, condamné le 28 août 1992 à seize ans de prison, pour "agression dans l'intention de changer la nature de l'Etat " et "appartenance à une organisation illégale " alors qu'il lui a été déjà infligé un an de détention le 31 janvier 1991 pour un article paru le 27 octobre 1990 sur "l'inconstitutionnalité des cours militaires dans une société démocratique " et Abdallah ZOUARI, collaborateur au même journal, arrêté depuis le 12 avril 1991 et condamné à 11 ans de prison pour "appartenance à une organisation illégale ".

DLMM rappelle son attachement au Droit de circulation pour tout citoyen et la lutte contre les préjugés politiques ou idéologiques, et par l'acceptation de l'autre avec ses différences et lui donner sa place dans la société, dans le respect des valeurs identitaires et républicaines.

DLMM appelle et continue à appeler à une amnistie générale( ) qui se concrétisera par :

• La libération de tous les prisonniers politiques d'opinion.
• La reconnaissance de toutes les organisations populaires et syndicales et estudiantines
• L'abolition des privilèges du parti au pouvoir en faisant du chef de l'Etat, le Président de tous les Tunisiens.
• L'ouverture d'une enquête publique sur la mort dans des conditions mystérieuses et responsabiliser les tortionnaires et leurs commanditaires, et engager des réparations des préjudices causés aux victimes de la torture.
• Le retour des exilés dans la dignité.
• Rassembler tous ceux et celles qui refusent la violence comme moyen de changement de la société autour d'un projet de réconciliation pour la Tunisie du 21° siècle.

Le Président de D.L.M.M.
BOUCHADEKH Abdessalem


Noisy-Le-Grand, le 18 Février 2002.

RAID Attac Tunisie - PERSECUTIONS

Rapport sur les persécutions
subies par le Raid depuis sa constitution
Septembre 99 / Février 02

 

Présentation générale de la situation "policière" dans le pays

Selon les organismes de défense des droits humains, la Tunisie compte environ 130 000 policiers pour une population de 9 millions et demi d'habitants. A ces policiers, il faut ajouter le dense réseau de " cellules " et autres structures du Rassemblement Constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir depuis l'Indépendance en 1956. Il y aurait aujourd'hui plusieurs centaines voire près d'un millier de prisonniers d'opinion. Certains croupissent dans des cellules surpeuplées depuis de nombreuses années (le dirigeant islamistes Ali Laaridh est, quant à lui, dans l'isolement depuis la fin du mois de décembre 1990) ; d'autres viennent d'être incarcérés comme le porte-parole du Parti ouvrier communiste tunisien (POCT), Hamma el Hamami qui a été condamné le 2 février dernier à plus de 9 années de prison. En janvier, le tribunal militaire a condamné à de très lourdes peines des tunisiens suspectés d'appartenance à une prétendue " organisation terroriste opérant à l'étranger " qui serait d'obédience islamiste. Tous ces prisonniers d'opinion ont été condamnés au terme de procédures judiciaires qui n'ont rien à voir avec les règles d'un procès équitable et après avoir subis, pour la plupart, les pires tortures (depuis le début des années 90, des dizaines de prévenus sont morts des violences dont ils ont été l'objet après leur arrestation). Dans toutes ces affaires comme dans l'ensemble des procès politiques, l'appareil judiciaire tunisien a suivi docilement les consignes de la police politique.
Depuis le 7 novembre 1987 , date du renversement de l'ancien président de la république, Habib Bourguiba, la Tunisie est dirigée, en effet, d'une main de fer par Zine el Abidine Ben Ali, élu à trois reprises (et dans les conditions que l'on imagine…) à plus de 99% des voix. Ben Ali s'apprête aujourd'hui à faire sauter, par voie de référendum, le verrou constitutionnel qui lui interdit de briguer un quatrième mandat en 2004.
Le pouvoir tunisien s'est donné une batterie de lois liberticides (code de la presse, loi sur les associations, les partis, etc.) contraire à la Constitution et aux conventions internationales qu'il a pourtant ratifié. Ces lois, elles-mêmes, ne sont pas respectées. La faible marge de liberté qu'elles reconnaissent est constamment anéantie par l'arbitraire policier. En dehors du RCD, il n'existe que 6 partis légaux dont un seul, le Parti démocratique progressiste (PDP), s'affirme réellement comme un parti d'opposition. C'est le seul, de ce fait, à ne disposer d'aucun siège à la Chambre des députés. Les autres partis d'opposition n'ont pas d'existence légale ; ils sont réprimés ou, à peine tolérée, et ne disposent d'aucun moyen d'action légal. En dehors du journal El Mawkaf, organe du PDP, qui paraît tant bien que mal, malgré les multiples pressions policières, il n'existe aucune publication légale qui soit véritablement indépendante du pouvoir. La censure concerne également internet : tous les sites critiques à l'égard des autorités tunisiennes sont inaccessibles à partir de la Tunisie. Le pouvoir se félicite des 7000 associations qui constituent le tissu associatif tunisien, mais, sur cet ensemble, une poignée d'associations légales sont réellement autonomes : l'Association tunisienne des femmes démocrates, la Ligue tunisienne des droits de l'homme, l'Association tunisienne des jeunes avocats, la section locale d'Amnistie Internationale, l'ATURD, la Fédération des ciné-clubs. Elles sont soumises cependant à des pressions de toute sorte pour entraver leur action, les empêcher de s'exprimer ou permettre aux agents du pouvoir d'en prendre le contrôle. Les autres associations autonomes partagent la situation des partis d'opposition ; ils sont sévèrement réprimées ou à peine tolérées, constamment persécutées et sans possibilité d'action : le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), le Comité pour une justice indépendante, le RAID etc.
L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) est la seule véritable organisation de masse du pays, en dehors des structures corporatives directement constitutives du régime comme l'UTICA (patronat), l'UNA (agriculteurs) et l'UNFT (femmes). Tenue en laisse pendant plus de 10 ans par un appareil bureaucratique soumis aux diktats du pouvoir, le dernier Congrès (7/8/9 février 02) de la Centrale des travailleurs a cependant confirmé une forte poussée de l'opposition syndicale dont l'objectif premier est le rétablissement de l'autonomie et de la démocratie syndicale. Par ailleurs, quelques syndicalistes ont quitté l'UGTT pour constituer la Confédération démocratique du travail (CDT) que le pouvoir refuse de reconnaître.

Le mince espace de liberté qui existe aujourd'hui a été arrachée de haute lutte ces trois dernières années mais il continue d'être payé au prix fort : emprisonnements, violences, persécutions policières de toutes sortes.
Le présent rapport se donne pour objet faire le point sur l'ensemble des pratiques répressives dont le Raid et ses militants ont été les victimes.
Une remarque s'impose, ici, pour dire la difficulté de démêler les persécutions que subissent les membres du RAID pour leurs activités en rapport avec notre association des persécutions qu'occasionnent leurs autres activités dans le mouvement des droits humains, les syndicats, les partis d'opposition, dont ils sont bien souvent également partie prenante. Aussi, nous ne pourrons évoquer dans ce rapport la répression subie par tant de nos adhérents - présents ou passés - et amis, plus particulièrement actifs dans d'autres sphères de notre combat commun pour la liberté et la dignité. Pour n'en citer que quelques uns : Ali Ben Salem (Président du Comité des anciens résistants, non reconnu) Sihem Ben Sedrine (porte-parole du CNLT, non reconnu), Moncef Marzouki (président du CPR, non reconnu), Jalel Zoghlami (directeur de Kaws el Karama, non reconnu), Néjib el Hosni (avocat et membre fondateur du CNLT), Taoufik Ben Brik (journaliste), Salah Hamzaoui (président du comité de défense de Hamma Hammami, non reconnu), Abdelmoumen Belanes (ancien prisonnier politique, POCT, non reconnu).
Qu'on ne se trompe donc pas; la situation du RAID telle que nous la décrivons dans les pages qui suivent, pour pénible qu'elle soit, ne donne qu'une idée partielle de l'ampleur de la répression benalienne. Nous renvoyons les lecteurs intéressés aux rapports établis par le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), par la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), par le Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie (CRLDHT ainsi que par les principaux organismes de défense des droits humains de par le monde : Amnesty International, la FIDH, HRW et RSF. Aussi précise soit-elle, la simple description des faits de répression ne donne qu'une vue bien incomplète des conditions dans lesquelles militent les dissidents tunisiens, toute tendance confondue. Peut-être même masque-t-elle l'essentiel. Car, il faut savoir, qu'entre deux arrestations, entre deux passages à tabac, il y a toujours l'attente.

Le problème de la reconnaissance légale du RAID

Notre association a été constituée dans le cadre de la préparation des " Rencontres internationales " organisées par Attac-France à Saint-Denis, en juin 1999. Quelques mois plus tard, le 9 septembre 1999, les membres fondateur du RAID ont déposé au Gouvernorat (l'équivalent d'une préfecture) de Tunis les statuts de l'association conformément à la réglementation stipulée dans la loi tunisienne. Celle-ci prévoit que les autorités du ministère de l'Intérieur ont trois mois pour s'opposer à la constitution d'une association, une fois déposés les statuts. Le refus et leurs motivations légales précises doivent être signifiés par un courrier ministériel. Le silence des autorités, une fois ces délais dépassés, autorise les membres fondateurs de l'association à faire enregistrer celle-ci au Journal officiel. Or, une pratique courante du ministère de l'Intérieur pour interdire la constitution des associations consiste à refuser de remettre le récépissé administratif qui atteste du dépôt des statuts. Ce scénario est celui auquel a été confronté le RAID qui a tenté en vain de multiples démarches pour obtenir ce récépissé (par exemple, un fax, en date du 14/10/1999, a été envoyé au Ministre de l'Intérieur). Le 9 décembre 1999, se considérant dans son bon droit, le délai légal de trois mois étant écoulé sans réaction des autorités concernées, le RAID a annoncé publiquement sa constitution et sa détermination à poursuivre ses activités.
Plusieurs campagnes ont été menées depuis cette date pour que les autorités fournissent le récépissé nécessaire à l'enregistrement de l'association au Journal officiel, toujours sans résultat. Si du point de vue de ses militants, convaincus d'avoir respecté la lettre de la loi sur les associations, la Constitution ainsi que les conventions internationales ratifiées par la Tunisie, le RAID est une association pleinement légale ; du point de vue des autorités, il n'en va évidemment pas de même. Cette situation expose donc le RAID et ses adhérents à la répression.
Mais avant d'en venir là ; il est nécessaire de souligner que le seul fait de la non-reconnaissance légale du RAID constitue une entrave permanente à ces activités :
- Le Raid n'est pas autorisé à disposer de locaux officiels qui serviraient notamment de lieux de rencontres et de réunions, d'espaces de travail, d'archivage, de documentation, de secrétariat, etc.
- Le Raid ne peut obtenir de subventions, lancer des souscriptions, récolter régulièrement les cotisations de ses adhérents ou réaliser des opérations destinées à financer le fonctionnement et les activités de l'association. A fortiori, le Raid ne peut avoir de permanents salariés.
- le Raid ne peut éditer aucune sorte de publications ni les diffuser : livres, journal, tracts, autocollants, etc., ni avoir accès aux médias tunisiens contrôlés, à l'exception près mentionnée plus haut, par le pouvoir.
- Le Raid a des difficultés énormes à organiser la communication interne : outre l'absence d'espace de rencontres et de réunions, les outils de base de la communication (courrier, courriel, téléphone, etc.) sont contrôlés et ne peuvent être utilisés de manière rationnelle.
- Le Raid ne peut organiser d'initiatives publiques en son nom propre : conférences, meetings, rassemblements ou marches pacifiques, etc.

Ces difficultés sont, bien entendue, considérablement aggravées par les persécutions et les menaces policières qui constituent le quotidien des adhérents du Raid comme celui de toutes les volontés indépendantes de ce pays.

Procès

Le 8 avril 2000, Fathi Chamkhi, universitaire, porte-parole du RAID et Mohamed Chourabi, enseignant, membre du RAID, ont été arrêtés par la police à Soliman (30 km de Tunis) alors qu'ils s'apprêtaient à récupérer des photocopies de documents du RAID et du CNLT. Iheb HENI, le gérant de l'unité de reprographie, a également été arrêté. Tous les trois ont été immédiatement jetés en prison.
Ils ont comparu les 15 et 20 avril devant le juge d'instruction qui a refusé leur mise en liberté provisoire et les a inculpé de :
- diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public ;
- outrage à l'ordre public ;
- maintien d'une organisation non reconnue ;
- incitation à la rébellion.

Ce sont là les chefs d'inculpations " classiques " des procès politiques. Pour ces délits, le total des peines encourues est de 13 années de prison ferme.
Suite à une forte mobilisation en Tunisie et à l'étranger des organismes de défense des droits humains et du réseau Attac, tous les trois ont été libérés au terme de quatre semaine d'emprisonnement. Les charges retenues contre eux ont été réduites. Ils restent inculpés de "diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public" ; Fathi Chamkhi et Mohamed Chourabi sont, en outre, accusés de "maintien d'une organisation non reconnue". Ils risquent neuf années d'emprisonnement. Fixée initialement pour le 27 juin, la date du procès est soudainement avancée d'une semaine pour contrecarrer la campagne de solidarité et notamment la constitution d'une forte délégation internationale d'avocats et d'observateurs qui devaient assister au procès. Ainsi, le 16 juin, les prévenus reçoivent une convocation devant le tribunal pour le 20 juin. Le jour du procès, les avocats ont demandé le report pour une période suffisante mais le juge n'a consenti qu'un délai de quatre jours, choisissant, comme par hasard, une date coïncidant avec l'Assemblée Générale annuelle du Conseil de l'Ordre des avocats. Une seconde tentative de report a essuyé le même refus.
Le 24 juin 2000, après un procès (affaire n°2000/5084/1160) qui a duré six heures dont près de 4 heures de plaidoiries des 11 avocats présents (sur les 53 qui se sont constitués et dont plusieurs ont été retenus à l'AG de leur Ordre), le juge a annoncé le verdict : Fathi Chamkhi, et Mohamed Chourabi, ont été condamnés à un mois de prison ferme pour "maintien d'une association non autorisée". Fathi Chamkhi a écopé en plus d'une amende de 100 dinars (500 FFR, 400 euros) pour "diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public". Les deux inculpés ont fait appel. Quant à Iheb El Heni le juge l'a acquitté. De son côté, le procureur de la République a fait appel en demandant les peines maximales. Malgré cela et bien que les condamnations soient totalement injustes, il a été possible d'interpréter ces peines comme exprimant un recul du pouvoir face au mouvement de solidarité qui s'est exprimé en Tunisie et ailleurs en faveur du RAID.
Toutefois, la possibilité d'un procès en appel dont la date n'avait pas été fixée constituait une épée de Damoclès destinée à jouer un rôle dissuasif. Ainsi quelques heures avant la tenue du Congrès constitutif du RAID, le 1er juillet 2001, Fathi Chamkhi et Mohamed Chourabi sont convoqués devant le tribunal de Nabeul (60 km au sud est de Tunis) pour le 9 juillet 2001. La rapidité des réactions de solidarité expliquent que les peines du procès en première instance n'aient pas été aggravées mais simplement reconduites.

Témoignages de prison

Comme celles de tous les prisonniers en Tunisie, les conditions de détention de nos amis étaient particulièrement pénibles. Fathi Chamkhi, incarcéré à la prison de Mornag, dans une cellule étroite et surpeuplée, dormait à même le sol, la tête quasiment dans le coin toilette. Il devait constamment supporter les tracasseries du " cabran " de la cellule qui de toute évidence obéissait aux consignes des autorités pénitentiaires. Dans un texte qu'il a rédigé à sa libération, Fathi Chamkhi décrit ainsi la déshumanisation des détenus : " Nous cessions d'être des êtres humains, désormais nous n'étions plus que des bêtes qu'on enferme. Dans la prison où nous étions détenus, les bêtes étaient parquées par dizaines dans des cellules de 50 m2. Le pavillon 4 où je fus emprisonné en comptait 85. En prison, j'ai vu des bêtes pleurer à chaudes larmes pour avoir tout simplement trop souffert. En prison, j'ai vu d'autres bêtes mettre leurs vies en danger soit en s'abstenant totalement de toute nourriture et de toute boisson jusqu'à l'écroulement, tout en le cachant de peur d'en être empêchés par l'administration de la prison, soit en s'ouvrant les veines. Mohamed (Chourabi, détenu à la prison du Mornag) a vu de ses propres yeux un prisonnier qui s'est ouvert les veines et s'est taillé les genoux avec un bout de lame à raser qu'il avait auparavant soigneusement emballé et avalé pour le récupérer par la suite dans les toilettes. "

Harcèlement

L'inefficacité des menaces d'emprisonnement, la puissance des mobilisations que suscitent les procès, ont incité les autorités à recourir de plus en plus souvent à des formes de harcèlement plus insidieuses destinées à saper le moral des militants.
Ainsi, en juillet 2000, Mohamed Chourabi s'est vu notifier le retrait d'un mois de salaire pour "service non effectué" ; c'est-à-dire pour absence injustifiée (durant cette période, il était arbitrairement détenu !).
Des pressions sont exercées sur les enfants des militants. Ainsi, Khouloud, la fille (lycéenne, 15 ans) de Chouikha Abdelhak et Tarak Mahdhaoui, enseignants, membres actifs du RAID, a été convoquée par le proviseur de son établissement au mois de janvier 2002 et accusée d'avoir écrit des graffitis hostiles au régime ; le proviseur a voulu également la contraindre à adhérer à la "jeunesse destourienne " (organisation du RCD). Par la suite, elle a été l'objet d'une filature rapprochée.
Quelques mois auparavant, alors qu'il rentrait de l'école, le fils de Fathi Chamkhi, âgé alors de 8 ans, a été agrippé par deux individus qui lui ont tenu les mains de force et tenu des propos menaçant concernant son père. Cette scène s'est déroulée en mai 2001, alors qu'avait commencé la préparation du Congrès constitutif du RAID. Le 2 mai, Fathi Chamkhi est lui-même pris à partie devant son domicile par trois policiers en civil, présents quasiment en permanence sur les lieux.

La surveillance et les filatures rapprochées font également partie du dispositif dissuasif du régime. Pendant plusieurs jours et parfois quelques semaines, des policiers en civil stationnent devant le domicile ou le lieu de travail du militant-cible où suivent leur proie dans tous ses déplacements, à pied, en voiture ou en moto.
Durant un temps, au lendemain de sa libération, Fathi Chamkhi a vécu sous une surveillance policière constante; trois équipes d'agents des renseignements généraux se relayaient devant chez-lui jour et nuit, terrorisant ainsi les voisins et intimidant les proches et les amis qui ne craignaient pas de lui rendre visite, allant jusqu'à les interroger en pleine rue. Un agent a même proposé de l'argent à une personne en échange de renseignements sur ses faits et gestes.
Sadri Khiari (artiste-peintre, membre fondateur du CNLT et du RAID) est régulièrement victime de ce type de pratiques. L'appartement situé sur le même palier que le sien a été occupé pendant quelques temps par la police au cours de l'année 2001. Nizar Amami (responsable syndical - PTT - et membre du secrétariat du RAID) a également été l'objet de filatures rapprochées.

Le harcèlement et les mesures destinés à contrôler ou empêcher les activités des militants du RAID, c'est aussi l'interruption et la perturbation des lignes téléphoniques, fort probablement sur écoutes le reste du temps. Ces interruptions (moins courantes cette dernière année) peuvent durer plusieurs jours voire plusieurs semaines, être totales ou partielles (à l'appel ou à la réception), occasionnelles ou périodiques. Ainsi, depuis le mois d'août 2001, tous les dimanches, généralement entre 13h et 17h, parfois plus, les téléphones du domicile de Sadri Khiari ainsi que celui de sa mère Gilda Khiari, sont coupés (uniquement dans le sens de la réception). De nombreux dissidents tunisiens sont soumis à ce même traitement dominical qui a pour but de les empêcher de participer par téléphone à l'émission TV consacrée à la Tunisie que diffuse à partir de Londres la chaîne satellitaire El Mustakillah.

Le courrier postal est également contrôlé et parfois intercepté. C'est le cas également du courrier électronique. Ainsi, dans la phase de préparation d'une conférence qui a finalement pu se tenir le Premier avril 2000 et portant sur "la dette extérieure et les problèmes de développement dans les pays du Sud à l'ère de la mondialiberalisation"(voir infra), les services tunisiens de surveillance et de contrôle du courrier électronique ont réussi à intercepter trois courriels adressés par le président du RAID dans la nuit du 28 mars au secrétariat d'Attac à Paris, au président d'Attac Rhône et à Susan George, vice-présidente d'Attac-France, empêchant ainsi l'organisation de sa venue.
D'autres techniques sont utilisées : bourrage de boites de courriel, blocage de la connexion internet, diffusion de faux messages et désinformation, diffusion de virus. Par ailleurs, le site Attac.org est interdit d'accès à partir de la Tunisie depuis décembre 1999.

Agressions physiques

Les passages à tabac en pleine rue font partie des méthodes qui semblent procurer de plus en plus de satisfaction à la police politique. Le 9 octobre 2000, Fathi Chamkhi a du être transporté d'urgence à l'hôpital Charles Nicolle où on lui a accordé 18 jours d'arrêt de travail après avoir été battu par des policiers en civil, en plein centre de Tunis où il participait à un rassemblement en faveur de la Palestine organisé par l'ATFD.
Dans la soirée du 26 décembre 2001, alors qu'il rentrait chez lui, Nizar Amami, a été sauvagement agressé par trois policiers en civil qui l'ont insulté et frappé à coup de pied au visage avant de s'enfuir dans une voiture qui les attendait à quelques mètres de là. Les médecins ont relevé une ecchymose de la paupière inférieure de l'œil droit avec un œdème entraînant une occlusion partielle de l'œil, une plaie de la lèvre supérieure et des contusions ecchymosiques de la gencive. Il a obtenu 15 jours d'arrêt de travail.

Mercredi 30 janvier, aux alentours de 20h, Lumumba Mohseni, membre du RAID et responsable de la communication de la revue Kaws el Karama, a été intercepté à quelques centaines de mètres de chez lui à la Marsa (18km de Tunis) par deux individus qui l'ont jeté à terre et violemment frappé au visage et sur la tête avant de s'enfuir à moto.

Interdictions arbitraires de quitter le territoire et privations de passeport

La privation de passeport et l'interdiction arbitraire de quitter le territoire constitue un moyen, moins courant depuis une année mais néanmoins toujours réel de menacer, sanctionner ou entraver les activités des militants tunisiens de l'opposition. Les membres du RAID sont également victimes de ces pratiques.
En novembre 2000, Mohamed Chourabi, demande de renouvellement de son passeport au commissariat de Soliman. En juin 2000, Sadri Khiari, entreprend la même démarche à Tunis. Mohamed Jelassi (chercheur) dépose également une demande de renouvellement à Soliman en mars 2001. Cela avait été le cas, en décembre 98 (avant la constitution du RAID) de Abbès Hanachi, instituteur et responsable syndical, actuellement secrétaire général du RAID.
Tous les quatre n'ont pu obtenir leurs passeports qu'à la suite d'une grève de la faim entamée le 14 juin 2001.

Cependant, bien qu'ayant récupéré son passeport, Sadri Khiari demeure sous le coup d'une interdiction de quitter le territoire " décidée " par le doyen des juges d'instruction de Tunis. Il serait l'objet de poursuites judiciaires relatives à des affaires remontant à mars 97 et mars 2000 dont il n'avait jamais été informé officiellement. Les poursuites judiciaires de mars 2000 pourraient être en rapport avec la conférence de presse qu'il a donné à Paris le 16 mars de cette année-là pour présenter le premier rapport annuel du CNLT dont il était alors responsable des relations extérieures. Un policier s'était, en effet, présenté les jours suivants à son domicile à Tunis avec, selon ses dires, une convocation du juge d'instruction pour le 3 avril. Ayant constaté l'absence de Sadri Khiari, il a cependant refusé de remettre la convocation dont il n'a plus jamais été question. A ce jour, il n'a toujours pas été possible d'obtenir la moindre information sur ces deux affaires. Son avocate, Maître Radhia Nasraoui, a tenté à de multiples reprises d'en savoir plus en contactant le doyen des juges d'instruction, sans résultat. Au prétexte de ces poursuites judiciaires, Sadri Khiari a été refoulé à quatre reprises de l'aéroport de Tunis-Carthage. La privation de passeport lui interdit notamment d'aller soutenir une thèse de science politique (achevée en avril 2001) à l'Université de Paris VIII où il est inscrit.

Vols et tentatives de vol

La police politique n'hésite pas non plus à commettre des actes de brigandage. De nombreux opposants, défenseurs des droits humains et, en particulier, des avocats, en ont été victimes.

Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2001, la maison en travaux de Fathi Chamkhi a été cambriolée : les portes extérieures et intérieures fracturées, tout l'équipement de plomberie/sanitaire et d'électricité a été emporté ainsi que plusieurs machines outils. Quelques jours plus tard, une voiture anonyme s'est arrêtée en pleine nuit devant cette même maison ; des " inconnus " en sont descendus pour jeter des pierres contre les fenêtres et menacer le gardien.
La veille, aux alentours de 17h, la porte du domicile familiale de Sadri Khiari, a été fracturé, les montants et le chambranle détruits. Rien n'a cependant été volé.
Ces faits, qui ont été précédés 24h plus tôt par l'agression physique de Nizar Amami, sont, comme par hasard, intervenus alors qu'était annoncée pour les 5 et 6 janvier la seconde session du Congrès constitutif du RAID. Le mobile est évidemment transparent.

Interdictions et tentatives d'interdiction de réunion

N'étant pas reconnu par les autorités, le RAID ne peut donc organiser de réunions publiques sinon en s'associant à d'autres partenaires qui acceptent de prendre le risque d'accueillir l'association. Cette solution, pratiquement impossible aujourd'hui, a permis l'organisation de 3 séminaires abrités par l'ONG internationale d'éducation et de développement El Taller malgré les pressions policières dont elle a été l'objet. Ainsi, le RAID a organisé sa première réunion publique destinée à faire connaître son projet, en présence de Jean-Luc Cipière, président d'Attac-Rhone ; il a pu également tenir, le 01 avril 2000, un colloque portant sur "La dette extérieure et les problèmes de développement dans les pays du Sud à l'ère de la mondialiberalisation" avec la participation d'Eric Toussaint (Président du CADTM) et Abdeljelil Bedoui (professeur d'économie et alors membre du RAID).
Le pouvoir a également toléré une réunion publique sur les privatisations (12 juillet 2000) organisée au domicile d'un membre du RAID, une réunion sur les problèmes des rapports entre la mondialisation et les droits humains, animé par l'économiste Mahmoud Ben Romdhane, le 28 février 2000, et une réunion d'information sur le procès du RAID, le 7 juillet 2001 au siège de la maison d'édition (désormais dissoute) de Sihem Ben Sedrine à Tunis.
D'autres initiatives et réunions publiques n'ont pu se tenir qu'en bravant les menaces du pouvoir mais dans des conditions encore plus difficiles Ainsi, malgré toutes les mesures de dissuasion prises par les autorités tunisiennes (convocation de Sadri Khiari au commissariat pour lui signifier que la réunion était illégale, présence policière, refus de délivrer le visa d'entrée à 2 syndicalistes égyptiens), le RAID a organisé les 7 et 8 Octobre 2000 à Tunis une rencontre de coordination inter-arabe visant la préparation du Sommet alternatif de Marseille (9 novembre 2000).
Le 30 Juin 2001, malgré de multiples tentatives d'intimidation et une énorme pression policière, une importante conférence de presse s'est tenue au domicile de Sadri Khiari, alors en grève de la faim pour recouvrer sa liberté de circulation. Cette conférence de presse s'est tenue à la veille du Congrès constitutif du RAID (le 1er juillet) annoncée depuis plusieurs semaines. Le 29 juin, dans la matinée, Sadri Khiari a reçu la visite du Commissaire de police de la Cité el Khadra qui l'a prévenu que si une autorisation légale n'était pas délivrée pour la tenue de la conférence de presse, lui et ses hommes se donneraient les moyens de l'interdire. Une autorisation bien sur impossible à obtenir. Peu après, sans même attendre l'éventuelle autorisation, l'immeuble a été cerné par des dizaines de policiers en civil qui avait pour ordre de ne laisser entrer personne. Paul Renty (80 ans), l'un des membres de la délégation d'Attac Marseille présente sur place, a été bloqué par la police durant plusieurs heures, en plein soleil, avant de pouvoir retourner dans l'appartement. Jusqu'au lendemain aux environ de 13h30, non seulement l'immeuble mais tout le quartier était assiégé et toutes les personnes venues exprimer leur solidarité ont été refoulées sans ménagement ou brutalisées, comme l'avocat Néjib el Hosni et les étudiants membres du RAID, Nabil Akache et Ramzi Bedhiafi. Le sénateur italien, Sandro Tomazo, a également été refoulé (il faut signaler qu'il a protesté le lendemain auprès de son ambassade qui lui a signifié explicitement que trop d'intérêts économiques liaient la Tunisie à l'Italie pour se soucier des droits humains). Cependant, la forte solidarité exprimée par les défenseurs tunisiens des droits humains et la présence d'une forte délégation étrangère venue assister à la conférence de presse et au Congrès constitutif du RAID, expliquent probablement la levée de l'état de siège qui a permis au RAID de poursuivre les activités prévues.
Dans ces conditions de tensions et d'urgence, les débats du Congrès n'ont pu être menés à terme et les congressistes ont décidé de tenir une séance complémentaire ultérieurement. Cette séance s'est tenue les 5/6 février 2002. Quelques jours plus tôt, comme nous l'avons mentionné plus haut, Nizar Amami a été passé à tabac et les domiciles de deux autres membres ont subi des effractions. Le jour du Congrès, certains domiciles étaient l'objet d'une surveillance étroite en particulier le lieu de la réunion. La police n'est cependant pas intervenue ; ce qui pourrait, cette fois encore, s'expliquer par la présence de nombreux observateurs étrangers.

Pour conclure, nous tenons à souligner encore une fois que ce tableau que nous décrivons ne représente qu'une vue partielle de la répression en Tunisie qui a pris et qui continue de prendre des formes encore plus dramatiques que le RAID n'a heureusement pas eu à subir jusqu'à présent. La mobilisation du mouvement démocratique tunisien et la solidarité active des organisations de défense des droits humains, des mouvements anti-mondialisation libérale et de toutes les forces progressistes de par le monde constituent notre défense la plus efficace contre le système policier instauré par Ben Ali. L'exemple tunisien rappelle, s'il en était besoin, que la lutte contre la mondialisation libérale et l'anarchie capitaliste est indissociable du combat pour les libertés et la démocratie.

RAID Attac-Tunisie
Février 2002