Le Congrès Pour la République


المؤتمر من أجل الجمهورية
Communiqué

Les événements qui sont survenus ces derniers jours appellent les positions suivantes du Congrès Pour la République.

1 - Le projet de " réforme constitutionnelle " annoncé tambour battant par le régime de Ben Ali dévoile un autre des objectifs fondamentaux de la manœuvre : l'intention de Ben Ali d'inscrire l'impunité présidentielle dans la Constitution.
Après le rétablissement de la présidence à vie, voici venue l'immunité présidentielle à vie.
En effet, l'article 41, alinéa 2 (du projet tel qu'il est examiné en ce moment par les députés) stipule que " le président de la République jouit de l'immunité judiciaire pendant et après l'exercice de ses fonctions " (sic).
Ainsi le premier garant du respect de la loi s'inscrit en dehors et au-dessus d'elle.
Etant l'unique bénéficiaire de cette nouvelle loi sur mesure, l'actuel président entend se dérober de ses responsabilités dans les dérives policières et affairistes qui ont jalonné ses quinze ans de pouvoir sans partage.
Faut-il rappeler qu'il n'existe aucune constitution dans le monde, même dans les pires dictatures, où est inscrit une telle aberration politique et législative.
Ben Ali, voudrait jeter un voile de légalité sur une politique qui a été marquée tout le long de son mandat par la corruption, le népotisme, le pillage économique, la torture, l'injustice sociale.
Le CPR qui a rejeté la totalité de la manipulation référendaire, exhorte l'ensemble de la société civile et toutes les forces vives du pays à faire face à ce qui s'apparente de plus en plus à une domestication et un détournement de la Constitution outrageant un attachement bicentenaire (depuis Khaïreddine) des Tunisiens aux principes constitutionnels.

2 - Le CPR apporte son soutien au Forum Démocratique pour les Libertés et le Travail qui vient de recevoir une notification de refus pour sa demande de légalisation.
Cette décision arbitraire et contraire aux lois en vigueur en Tunisie et aux conventions internationales dont notre pays est signataire, ne peut entamer la détermination de nos partenaires de " la Coordination Démocratique " à poursuivre le combat pour les libertés et la démocratie. La société civile tunisienne dont le FDLT est une composante importante doit continuer à exercer ses droits et non seulement à les revendiquer.

3 - Le CPR se solidarise avec Hamma Hammami qui vient d'entamer une grève de la faim protestant contre ses conditions de détention déplorables, exige la libération immédiate du porte-parole du PCOT, de ses compagnons Abdejjabar Maddouri, Ammar Amroussia, Samir Taamallah ainsi que tous les prisonniers politiques et réitère sa détermination à poursuivre le combat afin que soit promulguée une loi d'amnistie générale réhabilitant toutes les victimes de la dictature policière de Ben Ali.

4 - le CPR se démarque des propos tenus par le directeur de la chaîne Almustakillah dimanche dernier dans l'émission du " Grand Maghreb ". Le CPR n'a pas à s'excuser auprès de Ben Ali d'affirmations qu'une majorité de Tunisiens partagent. Il n'a pas l'ambition de " déguster des gâteaux avec l'actuel président dans le palais de Carthage " selon les propos étonnants du directeur de la chaîne.
L'accès à ce haut lieu d'un pouvoir qui pour être légitime doit être délégué librement par un peuple souverain, ne se fera pas aux moyens de flagorneries et de convoitises personnelles.
C'est le peuple tunisien seul qui doit être habilité à en déterminer les locataires.
Le CPR rappelle que le soutien qu'il avait apporté à cette chaîne était et reste conditionné par son indépendance et sa contribution au combat pour les libertés et la démocratie.

Pour le Congrès Pour la République
Le responsable de l'information :
Chokri HAMROUNI
Contacts : + 33 ( 0 ) 1 39 84 24 80
( tél. - fax ) + 33 ( 0 ) 6 10 83 07 44

Paris, mardi 26 février 2002.
Assassinat d'Ali Saïdi

Un ancien opposant récupéré
est mort très bizarrement

La thèse officielle de l'assassinat crapuleux d'Ali Saïdi peine à convaincre.
A Genève, le frère de la victime parle de vengeance du régime de Ben Ali.

Proche du régime, puis opposant en exil en France, Ali Saïdi était rentré en Tunisie en 1999.
En 2000, il est même nommé aux Affaires étrangères pour entretenir des contacts avec les organisations non gouvernementales. Il disait vouloir changer les choses de l'intérieur. De toute évidence, il n'en n'a pas eu le temps. Dès le 12 décembre 2001, sa femme à Paris et son jeune frère à Genève n'ont plus de nouvelles de lui. Son ministère parle d'une mission, puis d'une "absence irrégulière" de son poste à Tunis. Le 30 décembre, on annonce que son corps a été retrouvé à Gafsa. Quelques heures à peine après cette découverte, la thèse officielle sur sa mort est déjà ficelée: deux sœurs cupides, dont une aurait agi par dépit amoureux, l'ont assassiné avec la complicité naïve d'un jeune clerc de notaire. Le corps était enterré dans le jardin.
Dans un communiqué du 8 février dernier, l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), basée à Genève, a jeté le doute sur cette version d'un crime crapuleux: "Il semble que dans cette enquête, la personnalité de la victime ne soit pas indifférente, et il est à craindre que les accusés ne soient utilisés comme bouc-émissaires dans une affaire qui paraît bien être de nature politique." L'OMCT précise avoir écrit au gouvernement tunisien sans avoir obtenu de réponse. Elle affirme dans l'intitulé de son communiqué que les deux sœurs soupçonnées sont en "danger de mort". L'organisation genevoise insiste auprès des autorités tunisiennes pour qu'elles garantissent "l'intégrité physique et psychologique de toutes les personnes mêlées à cette affaire", qu'elles libèrent une des femmes "pour des raisons humanitaires" (les autorités ont diagnostiqué chez elle une tumeur cérébrale en phase terminale. Selon sa famille, elle était en parfaite santé avant les faits. Ndlr) Il est également demandé que la famille d'Ali Saïdi puisse avoir accès à toutes les pièces du dossier, qu'elle puisse se porter partie civile, et qu'elle soit "préservée de toute tentative de harcèlement ou d'intimidation". C'est dire si la confiance dans la Justice et le gouvernement tunisiens est grande, bien que l'OMCT précise qu'elle ne tire pas de "conclusions hâtives dans cette affaire complexe."
Crime crapuleux ou règlement de compte politique? Pour Khaled Ben M'Barek, coordinateur en France du Centre d'information et de documentation sur la torture en Tunisie, le doute n'existe pas. Sur la base de procès-verbaux d'interrogatoires de la police et de la justice, il a détaillé un nombre impressionnant de contradictions dans la thèse officielle. Trois membres de la famille d'Ali Saïdi vont porter plainte pour assassinat à Genève, Paris, et aux Etats-Unis, parallèlement à la procédure qu'ils vont tenter de lancer en Tunisie. Ali Sghaier Saïdi, le jeune frère de la victime, qui vit à Genève, est très clair. "La vengeance est un plat qui se mange froid", lâche-t-il après avoir rappelé les nombreuses attaques frontales lancées par son frère contre le président tunisien Ben Ali.

InfoSud
Fabrice Boulé

Journaux suisses - vendredi 15 février 2002.
Salah Karkar

Oh mes chers compatriotes démocrates,
débarrassons-nous de cette culture de dictature…!


Si Omar Shabou est, certainement, l'un des journalistes les plus compétents de notre pays. Il est aussi un homme politique d'une intelligence et d'un flaire exceptionnels. Mais il reste toujours, en tant qu'être humain, faillible. À une question, concernant les islamistes, qui lui a été posée par Nadia Omrane, journaliste d'Alternatives citoyennes, la réponse d'Omar, selon notre avis, a raté sa cible objective. Nous reprenons dans ce qui suit, aussi bien, la question que la réponse :

N. O. : A votre avis, y a-t-il contradiction, voire danger, à ce que certaines tendances de l'opposition recherchent un renfort auprès des formations islamistes (et vice-versa) dans une même synergie dite démocratique?
O. S. : Si la démarche est d'opposition au pouvoir en place, alors les islamistes ont leur place et leur rôle, mais si la démarche est de préparer une alternative de gouvernement et de pouvoir, les islamistes n'y ont ni place ni rôle. Mais ils ont toujours droit à l'existence et à la jouissance de tous les droits reconnus à n'importe quel mouvement politique, même non laïc comme Ennahdha.

Je remercie Si Omar d'avoir reconnu, au moins, aux islamistes les droits d'exister et de militer politiquement contre la dictature en place. Bien que ces droits soient naturels, Si Omar mérite le remerciement, surtout que d'autres dans le pays ne les reconnaissent pas en tant que tel et en privent les islamistes. Comme si les droits de ce genre se donnent par n'importe qui, autre que le peuple souverain.
Mais la chose que je n'ai pas bien comprise c'est pourquoi Si Omar s'est contredit, juste après ce qu'il a reconnu aux islamistes, et leur a interdit toute sorte de participation au pouvoir. Sur quel critère s'est-il basé et de quel droit? Peut-on être des demis démocrates ou des tiers de démocrates? A-t-on le droit d'insulter le peuple tunisien de cette façon humiliante en lui confiscant sa souveraineté?
Mon cher Omar, et je sais très bien que vous êtes un homme sage, la démocratie est une et elle est indivisible. Si on est un vrai démocrate, on doit y aller jusqu'au bout. Si non on ne l'est pas du tout. C'est simple. D'autant plus que, il n'y a que le peuple, souverain par sa nature, qui détient le vrai pouvoir. C'est lui, et lui seul, qui est capable d'accorder sa confiance et la légitimité à qui il veut. Débarrassons-nous du dictateur en puissance qui se cache en même et qui pousse chacun parmi nous à prendre la place du peuple et de décider en son nom, exactement comme le fait tous les dictateurs dans le monde.
Je n'arrive pas à croire qu'il y en a, encore dans notre pays, des gens qui parlent des islamistes comme s'ils sont des mineurs qui n'ont pas le droit d'agir que par l'intermédiaire d'un tuteur ou comme s'ils sont des tunisiens de second ordre, alors qu'ils sont des patriotes jusqu'au moelle pour ne pas dire, concernant ce point, encore plus. Ce comportement traduit, me semble-t-il, un manque de pudeur et de respect, aussi bien pour le peuple tout entier, que pour l'autre d'une façon générale.
Alors que nous sommes en train de combattre l'une des dictatures les plus sauvages dans le monde, il est de notre devoir, à tous, d'éviter de nous comporter d'une façon qui ne donne pas, du tout, espoir à un avenir démocratique authentique dans notre pays.
Soyons sérieux, laissons au peuple ce que lui appartient, limitons-nous à nos prérogatives et combattons à l'intérieur de nous-même cette volonté dictatoriale et d'exclusion de l'autre, avant de combattre la dictature effective en place. Personnellement, je crains une dictature en puissance plus qu'une dictature effective. Car cette dernière est démasquée, connue et détestée par tous, alors que la première est très dangereuse car elle est bien masquée par un emballage qui se veut démocratique.
Les islamistes, comme n'importe quel autre mouvement politique dans notre pays, ont le droit d'exister, de militer, de participer au pouvoir et même de gouverner seuls s'il le faut, à la seule condition que le peuple souverain leur accorde la confiance nécessaire. C'est notre conviction immuable sur cette question.
Par ces lignes, je n'ai pas voulu prendre la défense des islamistes, car ils sont capables de se défendre par eux-mêmes. Mais j'ai voulu défendre un principe général, en la matière, qui peut intéresser tout le monde dans notre pays ou même ailleurs.

Salah Karker
Porte parole de l'Espace de Débat pour
Les Libertés et la Démocratie en Tunisie (EDLDT)

Mardi 26 février 2002.