Devant l'ambassade à Berlin

Comme c'était prévu un bon nombre de militants de droits de l'homme et d'opposants politiques se sont rassemblés devant l'ambassade tunisienne à Berlin située dans "Lindenallee 16, D-14050 Berlin". L'occasion était un protestation contre les conditions inhumaines dans les prisons tunisiennes ce qui a engendré la mort des deux prisonniers d'opinions feu Abdelwahab Bousaa et feu Lakhdhar Sdiri, ainsi que le déclenchement d'une grève de la faim d'une centaine de prisonniers pour améliorer leur conditions carcérales.

Album de la manif de Berlin

Le contingent policier était inhabituellement important, il paraît que l'ambassade l'a éxigé. Il est à remarquer que pour la première fois à ma connaissance que l'ambassade a organisé une contre action en brandissant une banderole pour Ben Ali et en attachant trois autres sur les murs de l'ambassade. Les agents de ZABA étaient environ 7 personnes. Deux d'entre eux ont joué le rôle de propagandistes, l'un menu d'un mégaphone et qui utilisait surtout le son de la sirène pour gêner les opposants dans leur chants et slogans anti-dictature. Les protestataires étaient très bien équipés ce qui veut dire qu'ils ont bien préparé l'événement. Les banderoles ne manquaient pas, la majorité en langue allemande, les photos des opprimés y en a à gogo surtout des dernières victimes, Bousaa et Sdiri, les drapeaux, les t-shirts…mais le plus marquant des symboles était un tombeau couvert du drapeau tunisien.
Les slogans étaient très variés, je cite quelques uns, "Berrouh beddam Nifdik ya chahid" "Wajib âfou tachri'i" "Tounesna horra horra, Ben Ali ala barra" "Ya chahid la tahtam, al horriyat toufda biddam" "Samidoun samidoun, hatta ifraghi essojoun"… des reporters d'Ezzeitouna TV étaient de la partie, je crois qu'ils ont même interviewé le type de l'ambassade qui nous a gêné tout le temps.
Les agents de ZABA nous ont filmé de plusieurs coins, il est à remarquer que la réaction des autorités par l'intermédiaire de leur agents n'est plus basée sur l'important dispositif des SS, mais plutôt de la documentation électronique pour gêner les protestataires par les films qui vont être transmis dans les consulats en invitant les adhérents des Amicales pour l'identification des activistes, ou bien par l'utilisation de ces films comme preuves accablantes contre ces militants ou contre leurs familles qui sont en Tunisie, mais là c'etait surtout comme un moyen de dissuasion.
Quant à moi personnellement, j'étais très réjoui de rencontrer "Samira Ben Salah" vivante, puisque j'ai vu sa photo dans un rapport d'Amnesty international il y a 5 ans et aussi sur le canal d'Ezzeitouna TV avant deux semaines, mais directement je n'ai pas eu cet honneur. La femme n'est pas seulement une victime qui s'est sauvé de la jungle du général, mais elle est aussi une femme généreuse et décidée à continuer la lutte pour que justice soit faite pour elle et pour toutes les femmes qui croupissent sous les bottes des despotes.
Tout cela a duré aux environ d'une heure, qui s'est terminée par une chanson sur les martyres que je ne connais pas personnellement mais la mélodie et les paroles étaient si jolie à ce que tu penses que c'est peut être une cérémonie de fête, et que les morts sont les noces, où les larmes ont embrassé les joues dans un froid glaciale d'une journée berlinoise, et où les participants qui brandissaient les drapeaux assuraient les victimes qu'ils ne renonceront jamais à continuer le parcours.
La deuxième partie de cette action a commencé à 14:00 au centre ville " Kurfürstendamm" tout à fait devant " Gedächtnis Kirsche ".
C'était un rassemblement, et un essai de communiquer avec le public pour lui expliquer notre cause et rassembler les signatures dans une pétition pour la cause des prisonniers et surtout un dernier contact avec les journalistes.
Il faut rappeler que le vendredi 05.04.2002 après midi, la radio Multi-Kulti de Berlin a annoncé l'événement, et que le 07.04.2002 à 08:00 du soir va y avoir une émission concernant l'action avec une interview faite avec les militants de "SOS Tunesien" qui ont organisé cette action.
Un mot concernant les participants, ils étaient aux environ de 100-110 personnes et ils étaient très disciplinés. Ca fait plaisir de réussir une action de solidarité comme celle là, j'espère qu'elle sera poursuivis d'autres, jusqu'à la libération du dernier prisonnier politique en Tunisie.

Mqas

Berlin, dimanche 7 avril 2002.

De retour de la manif à Paris!

Quel succès mes amis, je ne pensais pas qu'il y aurait autant de monde, c'était incroyable !!
Je suis arrivée à Denfert Rochereau vers 15h20 (ça commençait à 15h00) et j'ai petit à petit remonté le cortège qui était interminable! Quand je regardais au loin devant moi ou derrière moi, je ne voyais pas la fin. Finalement, en remontant groupe après groupe, j'ai fini par tomber sur un groupe très actif, une camionnette, un bon micro, de la musique, de bons slogans, du charisme, un service d'orde impeccable ont fait que je me suis dit : "je vais rester avec ce groupe". Tout à coup, j'ai levé la tête vers le toit de la camionnette où une voix tonitruait des slogans et je l'ai reconnu : Omeyya Seddik, du CSLCPT ! Et là je vois les autres, Jalel, Adel, tous ceux que je vois à chaque rassemblement ("mes Tunisiens" comme je les appelle).
Une fois arrivés sur la place de la Bastille (plus de deux heures après), on nous apprend qu'un nouveau massacre a lieu en Palestine au même moment. L'émotion est perceptible. Omeyya demande une minute de silence. Et là, pendant plusieurs secondes, la place de la Bastille s'est tue. Mes larmes perlaient, beaucoup d'autres pleuraient à l'intérieur. C'était donc possible. Le silence de tant de monde rassemblé, de tous ces gens tellement différents les uns des autres et qui manifestaient pour la même cause.

J'ai trouvé particulièrement importante l'intervention où on nous a lu un message du mouvement pacifiste israëlien.
La présence des "Femmes en Noir" m'a beaucoup impressionnée aussi, ainsi que le fait qu'une manif de cette ampleur, puisse se dérouler dans le calme.
Et vous savez je n'ai aperçu que quelques voitures de police, en repartant. J'étais fière des militants du CSLCPT, de Kaws El Karama et des autres qui étaient là. Et j'étais d'autant plus fière qu'ils n'arboraient pas le drapeau tunisien, ils étaient là pour les Palestiniens, uniquement pour ça. Mais je tiens à le faire savoir ici, aux Tunisiens qui sont empêchés de manifester dans leur pays, ici à Paris, c'est la résistance tunisienne qui a montré à quelle point elle avait des tripes (et du coffre)!

Sophie

 

دمعة أمام زورق يغرق

لماذا تضيق تونس بأبنائها فيبتلعهم البحر؟
نبأ حزين ذاك الذي سمعناه منذ أيام, ما يزيد عن ستين شابا قضوا نحبهم غرقا في  ليلة عاصفة و هم يحاولون الوصول إلى العدوة الشمالية لبحر الروم أو البحر الأبيض المتوسط كما نسميه في أيامنا هذه. أكثر من ستين حلما ضاع أدراج الرياح أكثر من ستين أب و أم فجعوا في عزيز عليهم تركهم و رحل , رحل و لم يكتب وصيته رحل ولم يلتفت حتى لا يوجعه الحنين ستين كائنا من بني البشر يغرقون و عيون حرس السواحل ترمقهم و لا تبالي و نشرة الأنباء في بلد ينتسبون إليه قسرا لم تعبأ برحيلهم لأن الحاكم بأمره لا يريد سماع ما يفسد عليه عرس ولايته الرابعة أو الخامسة شباب في عمر الزهور يحملون أرواحهم على أكفهم هربا من جنة بن علي التي أصبحت نارا تماما كجنة الدجال الذي سيخرج في آخر الزمان يقال أن جنته نار و ناره جنة و من دخل جنته كان في سقر و من دخل ناره كان في نعيم مستمر.
ألا بديل أمام التونسيين غير الموت غرقا أو قهرا؟
من لم يمت بالسيف مات بغيره
تعددت الاسباب و الموت واحد
تونس اليوم ثكلى تضمد جراحات قلبها الكئيب, تونس اليوم تستغيث و لا من مجيب فكل ابناءها بين سجين أو شريد أو تائه في بحر الظلمات غريق لم يبقى في تونس غير بوم ناعق أو نذل مارق ما أجمل ما قال أبا ذر الغفاري رحمه الله عجبت ممن يبيت ليلته جائعا و لا يخرج على الناس شاهرا سيفه لقد طال ليلنا فهل سيأتي الصباح؟

حسونه

الاثنين 25 مارس 2002.
الطلبة يطالبون بوقف كل أشكال التطبيع مع العدو الصهيوني



 

Petite chronique

Aéroport de Tunis-Carthage, vendredi 29 mars, 19h00. Par chance, n'ayant qu'un bagage de cabine pour trois jours, j'atteins rapidement la douane. Je suis détendue après avoir été terriblement malade pendant plusieurs jours à l'idée de voyager. Je n'ai rien à déclarer, et je souris intérieurement à la pensée du livre que j'ai dans ma valise (La Tunisie de Ben Ali, Cahiers de Confluences). Le douanier fait quelques blagues, puis je le remercie et lui dis au revoir en arabe.
Une fois passé le portique de sortie, je manque de bousculer Radhia Nasraoui portant en badge la photo de Hamma, et j'aperçois Sihem Bensedrine qui accueille quelques observateurs étrangers tout juste arrivés pour le procès qui doit avoir lieu le lendemain.
J'observe autour de moi en faisant mine de chercher quelqu'un. Je ne saurais pas dire si les policiers en civils étaient nombreux mais je le suppose.
Finalement mon hôte vient à ma rencontre et nous montons dans sa voiture.
J'aperçois dès la sortie le Centre de Tri Postal, où la traque de la correspondance se fait avec beaucoup de conscience professionnelle par la police politique.
Après le dîner dans l'avion, je reprends un autre dîner en compagnie de mes hôtes avec beaucoup de plaisir. Je suis très émue de revenir à Tunis après un an de demi. Je dois faire le chemin à l'envers, effacer toutes les vieilles traces de mes souvenirs, reconstruire ma mémoire.
J'avais failli rompre définitivement avec cette ville et il a fallu que je me nourisse de mes amitiés pour trouver la force dont j'avais besoin pour aller jusqu'au bout.
Immédiatement, je réalise que la partie est gagnée, je plaisante, je ris, je souris, et le courant passe. Je me sens bien où je suis et je suis confiante. Je sais déjà que je reviendrais.

Samedi 30 mars, vers 11h00 du matin, je me trouve devant la cathédrale de Tunis, avenue Habib Bourguiba. C'est une véritable émotion de me retrouver à cet endroit après autant de changements dans ma vie. J'avais toujours vu cette cathédrale comme un refuge et lors de mon précédent séjour, chaque fois que mes tripes se serraient en entendant les appels à la prière du haut des minarets, encore plus impressionnants la nuit, j'avais tout à coup envie de m'y rendre pour retrouver le peu de spiritualité qui me restait.
Après que j'aie pris un café au café de Paris, mes pas me conduisent au hasard le long des ruelles de la médina ainsi que dans les rues alentour et c'est avec le coeur battant que mon regard s'accroche à chaque détail qui évoque un souvenir.
Vers 12h00, je passe dans la rue qui longe le tribunal où se tient le procès de Hamma Hammami. Evidemment, ma présence n'est pas un hasard mais je n'ai pas envie de m'attarder. Sans oser sortir mon appareil photo, je passe devant le grand nombre de policiers en civils qui sont répartis sur toute la rue. J'aperçois Mustapha Ben Jaâfar de dos et je continue ma promenade nonchalamment.
Un peu plus tard, mes pas me conduisent Rue du Danemark où je passe rendre visite au juge rebelle Mokhtar Yahyaoui. Je ne l'ai jamais rencontré mais je lui ai déjà parlé au téléphone. Sa femme m'accueille chaleureusement et lui aussi. Je prends place dans le salon pendant qu'il me fait part de la situation et surtout des incidents qui ont eu lieu avant le début du procès. Les partisans du PCOT ont été refoulés à 300 mètres du lieu du procès, et aucun Tunisien n'a pu rentrer. A ce que je comprends, Omar Mestiri aurait peut-être une côte cassée.
Etrangement, je suis de très bonne humeur, et parfois à la limite de l'exubérance. Sans m'en rendre compte, je parsème mes phrases de quelques jurons. Je sais tout à fait contrôler mon langage mais là, je suis détendue à l'extrême (peut-être un peu trop ). Dans la conversation, le juge confie qu'il va tenter de prendre l'avion pour Genève la semaine suivante. Le temps passe, Mustapha Ben Jaâfar se joint à nous et après un moment, je regarde ma montre le plus discrètement possible. Je suis presque persuadée que ça ne s'est pas vu lorsque la voix du juge me prévient qu'on ne va pas tarder à manger !

Après le repas, je me retrouve de nouveau sur l'avenue Bourguiba où décidément, je n'arrive pas à accepter la nouvelle horloge au sommet doré qui est visible au loin. A nouveau je marche le long de l'avenue, puis je me décide à monter au dernier étage de l'hôtel El Hana, sur le toit en fait. Malheureusement il est en travaux et je ne peux rester que quelques minutes à observer la ville alors qu'un hélicoptère la survole.

Plus tard, c'est avec un grand bonheur que je me rends à Sidi Bou Saïd, où j'ai là aussi des souvenirs à effacer. Le parfum des fleurs d'orangers flottant dans l'air est particulièrement enivrant. L'air est un peu brumeux mais la vue sur la mer m'enchante tout autant. Quels sentiments mêlés ! J'ai une impression de sérénité et de tension. L'impression de contempler une toile de maître abîmée dont on cache mal les déchirures.

"Il n'est pire eau que l'eau qui dort" dit le proverbe...

Lundi 1er Avril.

Après un dimanche très agréable où j'ai encore déambulé dans les rues, discuté, et beaucoup ri, je passe la matinée à me déplacer d'un endroit à l'autre en voiture. En passant devant la faculté de droit, je remarque un très grand nombre d'étudiants rassemblés et, connaissant la situation, je me doute immédiatement que quelque chose de particulier est en train de se produire. Les policiers, en tenue ou en civil, sont partout. Je résiste encore une fois à l'envie de sortir mon appareil photo pour ne pas me faire remarquer. Ce sont les motards prêts à démarrer qui observent la scène de loin qui attirent mon attention. Je sais que ce sont ceux-là qui agressent les opposants en pleine rue. Ils n'ont vraiment rien de rassurant, et après deux jours seulement, je me surprends parfois à vérifier que personne ne me suit. La tension est perceptible et un peu plus tard, sur le chemin de retour, des embouteillages monstres se produisent alors qu'une route est coupée. Un hélicoptère nous survole. A ce moment-là, c'est la loi du plus fort, il faut passer coûte que coûte, les automobilistes s'énervent, klaxonnent, tout à coup, c'est l'anarchie la plus totale. A fur et à mesure de la progression, on sent bien qu'il y a du grabuge au niveau du campus, et l'omniprésence policière en témoigne. On nous parle de jets de pierres, de confrontation entre les étudiants et la police. J'aimerais pouvoir prendre des photos mais je m'abstiens une fois encore par prudence. L'agitation me rend un peu nerveuse. La vie quotidienne des Tunissois se trouve tout à coup bloquée et en quelques instants j'ai observé qu'on peut passer du calme à un véritable siège. Les jours qui suivront m'apprendront que ce n'est que le début qu'une vague de manifestations et de répression très importante.
Une fois connectée sur internet, je fais poster rapidement un message sur le forum.

Après avoir rendu quelques visites dans l'après-midi, je passe la soirée en ville avec un ami. Il me fait généreusement la conversation pour me changer les idées lorsqu'il se rend compte que j'ai les yeux rouges et au bord des larmes à cause du sandwich à la harissa que je mange.
Deux jeunes gens se retournent sur moi à plusieurs reprises. Tout ce qui vient d'ailleurs attire le regard. Pour beaucoup de jeunes, l'espoir est dans le départ, enfin pour ceux qui espèrent encore. Je sais bien que certains réussiront leur vie mais je pense à ceux qui s'échoueront sur la côte de Lampedusa, à ceux qui se noient, dans la mer ou dans l'alcool, à ceux qui rêvent encore de devenir quelqu'un et que le régime fait taire.

Le lendemain, avant de passer dans la zone d'embarquement, le contrôle des passeports et des visas des jeunes tunisiens me semble à la limite du harcèlement : tourner et retourner les papiers fournis, vérifier dans l'ordinateur, partir le passeport à la main chercher un collègue, et surtout faire attendre. Je peux presque ressentir de l'angoisse à leur place. Finalement c'est à mon tour, je présente mon passeport puis j'embarque.

Lorsque l'avion s'élève, alors que mon coeur se serre déjà, je murmure ces quelques mots : "A bientôt".

Sophie

 

3, 5 et 7 avril 2002.

INTERVIEW DE
PHILIPPE SEGUIN

OK : M. Seguin, pouvez-vous expliquer aux lecteurs de Tunezine votre engagement en faveur de la dictature tunisienne?

P.S: Le président Ben Ali a toujours été généreux envers moi, il m'a offert un appartement à Tunis, je séjourne en Tunisie toujours aux frais de la princesse, je ne suis pas un ingrat quand même!

OK : Savez-vous qu'il y a au moins mille prisonniers politiques en Tunisie? Deux parmi eux sont morts ces derniers jours, victimes des mauvaises conditions carcérales et des humiliations du personnel pénitencier ?

P.S : La guerre civile en Algérie a fait 100 000 victimes. Vous les Tunisiens vous devez vous estimer heureux. Deux morts en deux mois ce n'est rien, c'est un chiffre politiquement acceptable. Même si les mille prisonniers politiques meurent en prison, Ben Ali restera en dessous du seuil de notre tolérance. Ben Ali n'est ni un Bokassa, ni un Idi Amin Dada. Il reste dans les normes.

OK : Vous avez déclaré que les Tunisiens ne sont pas encore mûrs pour la démocratie Maintenez-vous encore cette position ?

P.S : Oui, je suis convaincu que vous n'êtes pas encore dignes de la démocratie et de l'Etat de droit. Vous ne devez jamais vous comparer à nous les Français ou aux Occidentaux. Pour emprunter le langage de la paléontologie, je dirais que nous sommes des homo sapiens et vous êtes encore au stade des hominidés.

OK : Je suis fier d'être le premier hominidé à avoir réussi à interviewer un homo sapiens!

P.S : Dans quelques milliers d'années vous serez, peut-être, comme nous ou presque. Juste un peu de patience et tout ira bien.

OK : Que pensez-vous du massacre quotidien de dizaines de Palestiniens ?

P.S : Eux aussi ne sont pas encore prêt à rejoindre la civilisation. Un Palestinien de plus ou de moins qu'est-ce que ça change en fin d compte ? Les Israéliens sont comme nous des êtres évolués, leur vie est plus précieuse que celle des Tunisiens ou des Palestiniens. Vous devez essayer de comprendre ça.

OK : Mon petit cerveau d'Australopithèque m'empêche malheureusement de comprendre votre raisonnement. Ne pensez-vous pas qu'un hominidé évolué comme Moncef Marzouki est plus compétent que le Neandertal Ben Ali ?

P.S : Votre Marzouki ne fait que nous singer, nous les maîtres. Il n'a pas encore réussi à me convaincre qu'il est bien dressé pour jouer le jeu. Ben Ali n'a jamais écrit un seul livre ni même un article de journal. Il a au moins le mérite de la modestie. Mais votre Marzouki est un mégalomane qui se prend pour un Claude Bernard ou un Georges Duhamel. Il doit savoir qu'il n'est qu'un Arabe et il le restera toute sa vie.

OK : Dernier mot pour les Tuneziens ?

P.S : J'aime votre ojja au merguez. Pour moi, la Tunisie c'est ça : un brik au citron et une ojja bien épicée. Un pays qui a possède ces délices a-t-il vraiment besoin de démocratie ? Un brik au thon avec un peu de citron, c'est mille fois plus délicieux que mille démocraties.

Omar Khayyam

Lundi 8 avril 2002.

Solidarité Pro-Palestinienne
Un millier de personnes
manifestent à Québec

Sylvain Trépanier

A l'instar de Paris, Tokyo, Sydney et plusieurs autres villes de la planète, Québec a connu, hier, sa deuxième marche de solidarité au peuple palestinien en autant de semaines. Cette fois, il y avait plus d'un millier de marcheurs à y prendre part.

"On marchera chaque fois qu'il le faudra", a annoncé, aux marcheurs réunis au Musée du Québec, l'un des organisateurs de la marche, Taïeb Moalla, de l'Association pour les droits de la personne au Maghreb.

"On voit bien que les populations bougent, que les gouvernants d'un peu partout ont des intentions de principe, mais il faudra plus que ça pour que cesse le massacre qui a cours, actuellement, en Palestine". a-t-il ajouté.

Les trois principaux objectifs poursuivis par les marcheurs sont :
1) le retrait des troupes israéliennes des territoires autonomes palestiniens,
2) le respect des résolutions adoptées par les Nations Unies, et
3) l'envoi d'observateurs internationaux indépendants en Israël.

Après avoir participé à la marche d'il y a quelques semaines, la députée bloquiste Christiane Gagnon a de nouveau pris part à celle d'hier. Pour elle, le silence est une forme d'acquiescement à ce qui se passe au Moyen-Orient. Elle mentionne aussi que le Bloc québécois entend demander un débat d'urgence à la Chambre des communes, dans les prochains jours. Une pétition signée par plusieurs milliers de personnes de la région de Québec sera d'ailleurs remise par Mme Gagnon à la Chambre des communes.

Pour Rezeq Faraj, coprésident de l'organisme Palestiniens et Juifs unis, il ne suffit plus de demander l'arrêt de l'offensive israélienne et le retrait total des troupes d'Ariel Sharon ne constitue que les prémisses de véritables négociations de paix.

Après avoir emprunté le chemin Sait-Louis, la rue Cartier et la rue Saint-Jean, le cortège des marcheurs a fait escale avant de se rendre au consulat américain, derrière le Château Frontenac.

Le journal de Québec, dimanche 7 avril 2002, page 14

 

Lettre du goulag

Je vous écris pour vous remercier de votre aimable invitation ainsi que tous ceux qui se sont investis par solidarité pour me faire sortir de cet isolement et de cette séquestration de fait qu'on veut m'imposer. Mon absence ne tient pas de ma volonté car rien ne m'est aussi cher que de me ranger et être du coté de tous ceux qui luttent pour une justice libre et émancipée et travaillent à promouvoir une meilleure perception du rôle de la justice partout dans le monde aujourd'hui.
Depuis ma prise de position en faveur d'une réforme de la justice en Tunisie en conformité avec le principe de séparation des pouvoirs consacré par la constitution dans ma lettre du 6 juillet 2001 adressée au président de la république président du C.S.M. je suis interdit de quitter la Tunisie. C'est notre constitution qui vient d'être amendée pour consacrer un pouvoir totalitaire unique et absolu à la mesure de la tyrannie.
Avant ma révocation j'ai été déjà interdit de sortie par décision du ministre de la justice en date du 23/11/2001 alors que j'avais dix jours de congé et je devais assister au congrès du syndicat des Magistrats Français. Le 13 janvier dernier je me suis présenté au départ vers Paris à l'aéroport de Tunis-Carthage. Au contrôle d'accès un agent de police politique est venu prendre mon passeport et mon billet et m'a prié de le suivre vers des bureaux à coté pour m'informer au bout d'une heure d'attente que je suis interdit de sortir. J'ai protesté pour demander le fondement légal de cette discrimination, mais en vain. Le chef de cabinet du ministère qui a pu être joint par téléphone m'a expliqué que je devais changer de passeport ou présenter une autorisation de sortie avec le justificatif de recours contre la décision de ma révocation.

Jeudi dernier 4 avril 2002 j'avais à rencontrer au siège des Nations Unis à Genève Mr. Param Camuswary rapporteur spécial sur l'indépendance des juges et des avocats auprès de la commission des droits de l'homme des Nations Unis qui n'a pu venir à Tunis malgré ses correspondances répétées au gouvernement Tunisien. J'avais au préalable fait déposer par mon Avocat une demande d'autorisation de sortie comme il m'a été indiqué; Au dernier moment je me suis rendu personnellement m'enquérir auprès du ministère de la justice et partout où j'ai été j'ai rencontré la même courtoisie hypocrite qui cherche à me tromper sans se justifier. Le lendemain je me suis présenté à l'aéroport sans illusion et le même agent secret qui me suivait est venu dés mon arrivée au guichet de contrôle de police se saisir de mes papiers et m'a demandé avec arrogance de le suivre à coté pour empêcher mon départ avec le même arbitraire.

En tant que magistrat je peux vous affirmer que seule une décision judiciaire justifiée prise par un juge d'instruction ou un tribunal peut restreindre la liberté de voyager. Je suis frappé d'une discrimination arbitraire qui m'impose une poursuite permanente et serrée, la confiscation de mon courrier, l'écoute téléphonique et les coupures répétées et prolongées. Je suis interdit de toute activité, interdit d'assister à tout séminaire ou manifestation associative jusqu'a m'interdire l'accès des villes où elles se tenaient. Je ne suis pas admis à assister aux procès ni en tant qu'observateur en ma qualité de président du centre Tunisien pour l'indépendance de la justice ni à titre privé. Jusqu'à me séquestrer et m'interdire de voyager.

Le vendredi 5 avril 2002 vers16 heure alors que je me promenais a une centaine de mètre de chez moi avec quelques avocats après la dissipation de notre manifestation pour la Palestine. J'ai été injurié en pleine avenue par des policiers, trois d'entre eux sont venus m'arrêter ils m'ont confisqué mon téléphone et m'ont traîné en me bousculant et me traitant avec vulgarité sur une cinquantaine de mètre à la recherche d'une voiture de police. J'étais engouffré au milieu de cinq policiers excités qui se sont arrêté devant le ministère de l'intérieur pour prendre des instructions avant de m'amener à une vingtaine de kilomètres de Tunis pour me laisser après deux heures de séquestration dans un terrain vague et désert du côté du bac de Rades sans la moindre raison ni justification ni moyen de locomotion.

Ce que je suis en train de subir n'est qu'un exemple de dissuasion qu'on veut montrer à mes collègues dépouillés de leur dignité dans un système qui leur fait subir le chantage d'être affamés et persécutés. Vendus à un salaire de misère dans des conditions de travail qui ne peuvent leur assurer aucune autonomie ni stabilité, aucune liberté ni dignité. Il subissent la sélection par la dégradation. Les mieux promus sont ceux qui se sont le plus distingués par leur insertion dans ce système d'oppression et de soumission. Leur carrière n'est qu'une série infinie de défaites devant le droit. Qu'on soit trompé, manipulé, influencé ou pressé de tous les cotés et poussé à l'excès un magistrat qui perd sa liberté fini abominablement isolé et réduit à cautionner une véritable conspiration contre la justice et la liberté.

Cela ne diffère pas autant ici en Tunisie qu'ailleurs dans n'importe quel autre pays. La justice ne peut s'exprimer que dans l'indépendance et la liberté. Les spécificités de Droits ne sont que des commodités pour mieux exprimer les mêmes idées...

Quand les pouvoirs sont confisqués au profit d'une minorité les magistrats sont susceptibles de devenir les bourreaux de leurs sociétés, bon grés ou malgré par zèle ou par excès c'est la manipulation qui finit par triompher pour justifier l'illégalité , la torture, les exécutions, les lourdes peines de prison et la destruction d'hommes et de générations. C'est le lot commun de tous les systèmes judiciaires des tyrans qui ne manqueront jamais d'intérêts supérieurs et de destinées nationales pour camoufler leurs crimes contre l'humanité.

Mon intime conviction est que la justice doit être cernée dans sa globalité et son universalité pour s'acquitter de son rôle protecteur de l'humanité et de ses libertés.

Je vous remercie et vous exprime ma gratitude et mon amitié. Si c'est au prix de privations et de séquestration que je mène le combat pour la justice en Tunisie avec tous mes amis en projets de procès et de condamnations, seule votre solidarité nous permet encore cette semi-liberté contrôlée.

Tunis le 07/04/2002
Yahyaoui Mokhtar - Magistrat
Président du centre Tunisien
pour l'indépendance de la justice


TUNISNEWS 690 - Lundi 8 avril 2002.

Hamma aura-t-il droit
au couscous de Karker?

TNA (Tunezine News Agency) - Le parlement tunisien a connu l’une des séances les plus agitées depuis son élection en octobre 2004. Le sujet du débat était l’adoption une proposition de loi visant instaurer l’égalité totale entre l’homme et la femme dans tous les domaines. C’est surtout l’article de l’égalité entre l’homme et femme en matière d’héritage qui a donné lieu à un des débats les plus chauds de l’année parlementaire 2004/ 2005. Les députés Salah Karker et Hamma Hammami étaient à un doigt d’en arriver aux mains. Ce qui a fait sortir Salah Karker des ses gonds était la qualification d’ «obscurantiste» que lui a attribuée le député du PCOT, favorable à la loi controversée . Malgré la réticence des députés islamistes et conservateurs, la loi a été adoptée avec une majorité de voix avoisinant les 60%. A la fin de la séance, la députée Bochra Bel Haj H’mida a insisté pour que Hammami et Karker se serrent la main. Karker est sorti perdant, mais les islamistes ont passé avec succès leur examen de passage à la démocratie. Avant de clôturer la séance, la présidente de la chambre des députés, Mme Sanaa Ben Achour s’est adressée à Karker et lui a dit en plaisantant : «J’espère que Hamma aura droit à ton couscous comme Alain Gresh !».

(Dépêche datée du 8 mars 2005)

Omar Khayyâm - Mardi 26 mars 2002.