NE ME TOUCHE PAS ! JE NE
SUIS PAS TUNISIEN
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Il était quatre heurs de laprès midi à la station de bus
Habib Thameur quand commença la grande décente de police. Des policiers en
civil et en uniforme ont bouclé tous les points de passage de la station
du Passage. On demanda ses papiers aux jeunes et aux moins jeunes. Soudain
jentendis quelquun crier «Ne me touche pas ! Je ne suis pas tunisien.» A
dix mètres de moi un policier en civil tenait le jeune homme, qui criait,
par sa ceinture. Tout en essayant de se libérer de la poigne du flic, le
jeune homme sortit de la poche arrière de son pantalon un passeport
allemand et le brandit devant les flics qui lentouraient. Un officier en
civil examina le passeport et donna lordre à ses subalternes de lâcher le
jeune homme. Jétais curieux de connaître lhistoire de cet allemand qui
parle notre langue et ose crier à la gueule des flics «ماتمسنيش مانيش تونسي» (ne me touche pas, je ne suis pas
tunisien). Je le saluai en allemand et il me répondit en arabe! En
réalité il ny avait aucun mystère. S. était tout simplement né en
Allemagne de mère et de père allemands, mais, après son divorce, sa mère
avait décidé de quitter lAllemagne pour sinstaller en Tunisie,
précisément à Hammam Sousse, avec ses enfants. S. avait, à lépoque de
lémigration vers la Tunisie, cinq ans. Rien de surprenant sil parle
couramment notre langue.
Depuis cette scène du Passage je navais
plus quun seul rêve : pouvoir crier un jour, comme S., au premier flic
qui ose se frotter à moi NE ME TOUCHE PAS JE NE SUIS PAS TUNISIEN. Je rêve
de devenir citoyen américain, canadien ou australien (ce sont les seuls
pays dimmigration au monde) et de devenir un citoyen du monde de première
classe.
Mon rêve a été brisé par un ami juriste. Il dit que la loi
tunisienne reconnaît la double nationalité mais interdit aux Tunisiens de
quitter leur nationalité. En dautres termes, la nationalité tunisienne te
colle à la peau pour léternité. Cest comme un tatouage, on ne peut
jamais lenlever. Mais, de nos jours même le tatouage peut être enlevé par
la chirurgie esthétique. Aucune chirurgie esthétique au monde ne peut de
te débarrasser de ta «tunisianité». Je connais dailleurs les cas, dun
Français, dun Britannique et dun Suédois, tous dorigine tunisienne, qui
ont subi la torture et lemprisonnement à cause de cette nationalité qui
leur collait à la peau.
AH SI JETAIS TOURISTE !
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Pourquoi Dieu ne ma-t-il pas créé touriste? Mon plus
grand malheur cest dêtre né dans une ville touristique. Je côtoyais
cette race de seigneurs depuis mon jeune age. Tout le monde les accueille
à bras ouverts, on les chouchoute, on les dorlote, on leur fait la cour.
Bref «وين نحطك ياطبق الورد» et privilège des
privilèges, même les policiers sont aimables et serviables avec eux. Les
touristes ont droit aux croissants chauds et au beurre et parfois même aux
faveurs des serveurs beurs! Ils ont droit à des chambres propres avec
salle de bain et à des bus climatisés. Leur plat du jour cest du poisson
frais grillé, du poulet rôti et du vin issu des meilleures caves. Vous
avez bien dit bain? Caves? Poulet rôti? Ne prononcez surtout pas ces mots
devant certains Tunisiens qui «étaient dans le bain». Cest à lage de
18 ans que je fus confronté pour la première fois au racisme tunisien
envers les
Tunisiens. Cétait un jour de juillet du siècle passé. Il
était minuit à Mahdia et je faisais la file devant la boîte de nuit de
lhôtel El Mahdi. Quand vint mon tour je saluai le gorille qui gardait les
lieux et je sortis un billet de 5 dinars pour payer lentrée. Le gorille
se contenta de dire : «تفضل خويا» (traduction mot
à mot bienvenue mon frère ; traduction exacte : que cherches-tu ici tête
de turc? Dégage) Avant que je ne profère le moindre mot il me repoussa en
disant «ماهيش بواطة متاع عرب» (Ce nest pas une
boîte pour Arabes)
Omarino Khayamotto
Ce jour là je pris la ferme décision dapprendre les
langues des seigneurs. Je choisis litalien et lallemand. Javais un plan
secret. Et je lexécuterais le jour où jaurais maîtrisé lune de ces
langues. Je voulais apprendre ces deux langues non pas pour réciter les
vers de Dante :
«Nel mezzo del cammin del nostra vita mi
ritrovai per una selva oscura ché la diritta via era
smarrita.»
ni pour chanter avec Goethe :
«Ich ging im Walde so für mich hin und
nichts zu suchen das zar mein Sinn
».
Non, je voulais seulement me défouler, danser et surtout
être comme eux. Eux, nos précieux et irremplaçables touristes, ceux pour
qui la terre tourne le soleil brille.
Quelques années plus tard
mon plan était fin prêt. Jai fait mon premier essai à lhôtel Al Mansour.
Dès que le portier me dit : « tfadhal khouya », je répondis tout de suite
: «Buona sera!». Mon plan a marché à merveille. Maintenant je parle comme
eux, je suis comme eux Comme par miracle, Dieu ma métamorphosé en
touriste Je peux, même, donner du change au plus malin des portiers. A
lintérieur de la discothèque je ne disais jamais «وحده
سلتيا», mais «Ein Pils, bitte !» ou «Una birra, per favore!»
Faut-il dissoudre le peuple et en élire un
autre?
Si dans certains pays on dissout parfois les parlements,
les assemblées représentatives, quest-ce qui empêche de dissoudre un
peuple?
D après moi, tous les problèmes de la Tunisie proviennent
de son peuple. Ce peuple a failli à sa mission et sest dérobé, depuis des
décennies, à ses responsabilités. Cest pourquoi jopte pour cette
solution radicale : dissoudre le peuple tunisien et en élire un autre.
Je vais démontrer que le premier responsable de la déchéance du
pays nest ni Ben Ali, ni son parti ni les familles mafieuses quil
dirige. Jaccuse le peuple tunisien dêtre linitiateur, le nourrisseur et
le conservateur de la dictature.
Larmada de Ben Ali
De quoi est composée larmada de Ben Ali? De 150 000
policiers, de dizaines de milliers dindicateurs, et dau moins un million
dapplaudisseurs, détenteurs de la carte magique de couleur rouge sang.
Commençons par nos «anges protecteurs», les policiers. Où Ben Ali
a-t-il recruté ses flics, ses barbouzes, ses SS, ses tortionnaires, ses
grands chefs spécialistes du poulet rôti? Les a-t-il importé du Rwanda ou
du Sierra Leone ? Non le sang qui coule dans leurs veines est la même
catégorie que celui qui entache les murs des caves de lhorreur, des
commissariats de lintérieur et des abattoirs de Naassen et de Bouchoucha.
Qui sont ces metteurs en scène, ces scénaristes, ces techniciens de films
X produits et distribués par les laboratoires de linnommable ministère?
Ben Ali les a-t-il fait venir de la San Fernando Valley, la Mecque du
porno US, en Californie? Non leur génie artistique est tunisien à cent
pour cent. Lempereur des caves Bokassa vient-il de Bangui ? Les assassins
du commandant Mansouri ont-ils été recrutés à Bogota ou à San Salvador?
Passons en revue nos fervents militants qui se comptent par
centaines de milliers, pour ne pas dire par millions. Ont-ils été exportés
vers la Tunisie par le camarade Kim Il Sung ou par le génie des Carpates,
le regretté Nicolae Ceausescu? Leur attachement indéfectible à lArtisan
et à son oeuvre, qui na rien cédé aux modes du temps, ne crève t-il pas
les yeux par sa «tunisianité».
Et que dire de nos goujats de la
plume? Sont ils des coopérants formées à lécole de Udaï Saddam Hussein?
Des Tripolitains animés par lesprit du Frère Guide de La Révolution? Ou
encore des rescapés de lacadémie journalistique de notre ami Enver Xoja?
Non, ils sont tunisiens et fiers de lêtre!
Si la médiocrité avait
une nationalité, elle ne serait que tunisienne.
Voici la solution
que je propose : Il faut dissoudre le peuple tunisien et en élire un
autre!
Omar
Khayyâm
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PETITE CHRONIQUE 2 MAI
2002
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Ça fait maintenant plusieurs jours que je suis à Tunis et
cette ville commence déjà à me museler et me lier les mains. Je m'y sens à
l'aise pourtant, et je m'habitue à toutes ses vicissitudes, depuis les
poubelles étalées sur le trottoir (quand il y en a un), au bruit
ininterrompu, en passant par les regards inquisiteurs de certaines
personnes. Je ne sais pas si ce qui me choque le plus, est l'omniprésence
policière ou bien l'absence de plus en plus manifeste d'accès à
l'information. A part pour ceux qui en ont les moyens, ainsi que pour ceux
qui ne s'en rendent pas compte, la Tunisie est un genre de prison. La
liberté ici est un accident, pour ne pas dire un attentat. Dès la
passerelle d'accès à l'aéroport à la sortie de l'avion, la police était
là. De toutes façons elle est partout, et on m'a raconté qu'il y avait
toujours deux policiers armés dans les vols Tunisair. Depuis dimanche,
je passe beaucoup de temps à vadrouiller, et m'arrêter régulièrement à la
terrasse d'un café pour boire quelque chose. Le soleil me remonte le moral
et j'observe avec avidité tout ce qui se passe autour de moi. La sérénité
qui règne sur l'avenue Habib Bourguiba est particulièrement trompeuse, et
si j'étais une vraie touriste, venue d'Hammamet pour quelques heures, je
ne remarquerais rien. Comment ceux-ci peuvent-ils imaginer qu'au moment
même où ils longent la Dakhilia, des fonctionnaires de police font dans
les sous-sol leur sale boulot. D'après ce qu'on me raconte, la posture du
"poulet rôti" où on vous frappe la plante des pieds jusqu'à ce qu'elle
saigne abondamment est la plus couramment pratiquée. Ces fonctionnaires
zélés ont des ordres : "obtenir un renseignement par n'importe quel
moyen". Alors ils font tout pour en obtenir un. Ils doivent nourrir leur
famille et ne se posent plus de question. Dans le même temps, les
agents de la circulation tuent l'ennui en verbalisant dès qu'ils peuvent.
Ils harcèlent les taxis ou les voitures individuelles, prennent les
permis, et les palabres peuvent durer des heures. Comment remarquer que
cet homme qui se dirige en courant vers la moto chevauchée par deux hommes
à l'air peu avenants et qui s'est arrêtée au milieu de la rue est en
réalité un mouchard. Il court dire quelques mots aux deux flics et revient
vers son point de départ en se secouant les épaules, comme pour se
débarrasser d'une gêne persistante. Il a l'air extrêmement mal à l'aise.
Ce boulot se fait sans fierté. La police est partout sous diverse
forme et j'ai de plus en plus de mal à comprendre comment font les gens
pour supporter cette pression continuelle, cette épée de Damoclès visible
en permanence. Moi-même je fais attention, je prends des précautions, en
particulier avec le téléphone et les gens que je rencontre. Je trouve ça
pénible mais je dois le faire, par égard pour mes hôtes au moins. En ce
qui me concerne, je ne crains rien pour moi-même. C'est peut-être
déraisonnable mais c'est ainsi, je ne suis pas très impressionnée. Juste
terriblement affligée et compatissante puisque je comprends mieux
désormais la situation. Plus le temps passe, plus je découvre que je
m'en sors beaucoup mieux que prévu. Mon séjour est loin d'être terminé et
j'espère encore découvrir de belles choses et faire des rencontres
intéressantes. J'ai une longue liste de numéro de téléphone, mais je ne
suis même pas sûre d'en composer un seul avant de mon retour à Paris. La
vie est ainsi faite, je me sens parfois comme une barque ballottée par la
houle, et je ne sais pas si je vais une fois de plus me briser sur le
rivage tunisois ou si je serai capable de contourner les obstacles. Tunis
m'appelle et me rejette. Les deux en même temps. Je ne suis peut-être
qu'une bouteille à la mer, qui n'attend que d'être trouvée. Quel est mon
message? Peut-être tout simplement celui-ci : vivez!
J'ai pris du
retard avec ma chronique et tous les détails se bousculent. Comment faire
pour tout dire, pour restituer mes impressions et mes pensées, pour ne pas
tout mélanger. J'ai pris quelques notes bien sûr mais ce n'est pas
pareil.
Mercredi 1er mai
Presque par hasard mais pas tout à fait, je passe devant
le siège de l'UGTT où se tient la manifestation de soutien au peuple
Palestinien (parmi d'autres mots d'ordre). Où que j'aille, je finis
toujours par trouver ceux que j'appelle "mes Tunisiens". Là j'aperçois
Jalel et Omeyya que j'embrasse chaleureusement. Je me fais prendre en
photo malgré la présence policière évidente, bien qu'en civil. Omeyya me
glisse à l'oreille que c'est très surveillé et je trouve plus prudent de
ne pas m'attarder. Il est probable que j'ai été prise en photo sous toutes
les coutures mais que devais-je faire? Ne pas les saluer ? Plus tard
alors que je passe dans une rue adjacente, j'assiste au déploiement de la
BOP qui bloque les rues menant au siège. Ils sont prêts à intervenir,
matraque à la main, casque, tout de noir vêtu. Tout le quartier est
quadrillé et ceci me semble tout à fait disproportionné. Encore une fois,
je n'ai fait que passer et j'apprendrai beaucoup plus tard que des
violences ont eu lieu. Je suis là en vacances, et pourtant je suis sous
tension. Je ne peux pas rencontrer n'importe qui et j'ai parfois envie de
jeter cette liste de numéro de téléphone pour retourner dans un reposant
aveuglement touristique. Ce tiraillement, que vivent certainement beaucoup
de tunisiens me pèse beaucoup et je ne sais pas trop comment m'y prendre.
Peut-être que je devrais renoncer. Peut-être que je devrais laisser tomber
et oublier ce qui se passe. Ou alors me brandir comme un étendard portant
cette inscription : "Vivez !".
Sophie
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Droit de parole, Journal communautaire du centre-ville de
Québec fondé en 1974. Volume 29, N° 3, avril 2002 (15.000
exemplaires).
Brève rencontre avec Taïeb
Moalla militant de lAssociation pour les Droits de la Personne au
Maghreb
"Qui sommes nous pour condamner -ou pas- les attentats
suicide?" par Gilles Simard
Dimanche, le 6 avril dernier, alors quavaient lieu un
peu partout dans le monde dimportantes manifestations de solidarité avec
le peuple palestinien, D. de P. rencontrait brièvement M. Taïeb Moalla,
ardent défenseur de la cause palestienne et aussi lun des porte-parole de
la coalition qui avait organisé une manifestation en guise dappui, au
peuple de la Palestine. M.Moalla, 24 ans, Tunisien dorigine, est aussi
étudiant à la maîtrise, à lUniversité Laval.
"Qui suis-je pour
condamner -ou pas- les attentats suicide en Palestine", sinsurge Taïeb
Moalla, quand on lui demande de se prononcer sur la question. "Qui
sommes-nous pour juger du geste dune adolescente qui va aller se faire
exploser parmi des civils ou des soldats israéliens ? Quest-ce que je
connais de ses motivations, sinon quil sagit là, comme des milliers
dautres dailleurs, dune enfant-de-la-guerre... Une enfant, quelquun
dont toute la culture est imprégnée dun désespoir sans nom, généré par
des générations de haine et de violence au
quotidien..."
"Évidemment, poursuit le jeune homme, je napprouve
pas la violence contre des civils. Mais quel choix donne-t-on aux
Palestiniens ? Peut-on empêcher un peuple de ne pas se laisser mourir ?"
Ici, Moalla, ne peut sempêcher de faire le lien avec la France occupée,
en 39-45. "Bien sûr, on va me dire que la France libre sen prenait aux
soldats, aux Nazis seulement... Nempêche, ces gens-là ne se sont pas
laissés mourir, que je sache. "
Une solution au conflit israélo-arabe
En fait, pour lui, il ny a pas trente-six solutions au
conflit israélo-arabe. "Ça passe dabord par le retrait des troupes des
territoires occupés. Ça passe nécessairement, donc, par larrêt des
massacres... Après, pour commencer, avec de la bonne foi et aussi à laide
de la communauté internationale, on va étudier le plan de paix saoudien,
et se recentrer à partir des accords dOslo. À partir des accords déjà
signés." Parlant de la communauté internationale, Taïeb Moalla ne tarit
pas déloges. "Cest extraordinaire, cette solidarité dun peu partout à
travers le monde. Enfin, les gens commencent à se mobiliser massivement.
Enfin, la société civile se fait entendre haut et fort... Cétait
tellement attendu. Cest inespéré. Ça me fait beaucoup penser aux grands
soulèvements contre la guerre au Viet-Nam, dans les années soixante". "Je
crois, poursuit Taïeb, que tous les hommes libres se reconnaissent, dans
la juste cause du peuple en Palestine. La société civile naccepte pas que
la huitième armée du monde soit en train de massacrer un adversaire qui
na pas du tout les moyens de se défendre".
Un peu dans le même
ordre didées, le militant sourit à propos des pacifistes venus de France
et dailleurs (avec José Bové en tête), et qui sont encore dans
différentes régions, pour servir de bouclier humain. "Cest génial,
sexclame Taïeb. Ça nous sort de lisolement. Cest un appui
extraordinaire. Si cest cela que ça prenait, ça permet de mettre en
perspective les limites de gros organismes comme lO.N.U. Ça permet de
mettre en relief leurs faiblesses, leurs tiraillements. Laction des
pacifistes à Ramallah, à Naplouse, Bethléem, ça nous montre quon peut
peut avoir de la prise sur des événements. Ça démontre quon nest pas
toujours obligé dêtre en butte aux caprices et aux pièges de la
diplomatie ou de la politique étrangère comme telle, pour avancer, pour
parvenir à quelque chose."
Appuis étrangers
"En plus, ajoute Moalla, ce que très peu de gens savent,
cest que cet appui de pacifistes étrangers, ça fait plus de dix-huit mois
que ça dure. Et il y a des Américain-es, parmi les gens qui sont venus.
Ça, on ne trouve pas ça dans le discours du président Bush. Pas plus que
dans les journaux du pays", lance-t-il.
Parlant des médias
états-uniens, Taïeb, qui fut correspondant dun quotidien belge pendant
quil était en Tunisie, nest pas très tendre. Il trouve la situation
catastrophique. "Déjà, dit-il, que la population est très centrée sur
elle-même, et quon nest pas très porté, aux États-Unis, à regarder ce
qui vient dailleurs. Cest dommage de voir que les médias jouent la carte
de la propagande. Faut voir quune guerre physique, ça saccompagne aussi
dune guerre économique et idéologique".
Remplacer Arafat?
De même, quand on lui demande de commenter cet hypothèse
- que lon pourrait tout aussi bien "remplacer" Yasser Arafat par
quelquun de plus "jeune", M. Moalla hoche la tête. "Ben voyons !... Mais
qui dautre pourrait le remplacer, au stade où on en est ?... Qui aurait
la même légitimité ? Même si ça na pas toujours été le cas, Arafat na
jamais été aussi populaire que maintenant, dans lopinion publique arabe."
En fait, la hantise de Taïeb, cest dapprendre que Yasser Arafat soit tué
-ou plutôt assassiné- par les soldats dÀriel Sharon. "Si ça arrivait, ce
serait le commencement de la fin. Ça mettrait le feu aux poudres, au
Moyen-orient. Ce serait une guerre régionale. Et pourtant, ajoute-t-il du
même souffle, à voir toutes les tactiques déloyales de Sharon, toute cette
capacité de haine, on a le goût de crier au miracle, du simple fait quil
soit encore vivant".
Enfin, quand D.de P. lui souligne que la cause des
Palestiniens serait encore beaucoup plus populaire, chez tous les "libres
penseurs" de ce monde, si leur modèle dorganisation sociale et politique
était différent, plus permissif, le jeune militant précise: "cest évident
que cest loin dêtre la joie à bien des égards dit-il. Comme en Tunisie,
dailleurs. Et comme dans tous les pays arabes. Cest certain, aussi,
quil faut dénoncer les arrestations abusives et les lynchages quon sest
permis, en Palestine. Il faut dénoncer ça au même titre que la peine de
mort qui existe toujours dans cette région. Nempêche... Ça ne devrait pas
nous faire perdre de vue lurgence dintervenir en faveur des
Palestinien-es. Nayons pas peur des mots: on assiste à un génocide. Ariel
Sharon est un criminel, et les États-Unis, plus que dautres, sont
complices. Il faut que ça cesse!".

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"Prix de la
Méditerranée" des droits de l'Homme Démarche marginale, fractionnelle et
dénuée de sens selon la F.I.D.H.
La FIDH exprime sa consternation à l'annonce de la remise
d'un "prix de la Méditerranée" des droits de l'Homme au Président tunisien
Ben Ali par des responsables des ligues italienne et espagnole. Cette
initiative clandestine n'engage en rien la FIDH et les 125 Autres ligues
membres ou en voie d'affiliation qui la composent. La FIDH ne peut à
l'évidence se retrouver dans une telle démarche marginale, fractionnelle
et dénuée de sens. Celle-ci place ipso facto les deux associations
concernées hors de la communauté de la FIDH et, au-delà, des ONG
indépendantes de défense des droits de l'Homme. Il est indigne et
révoltant de voir ainsi récompensé le Président tunisien, alors que, ainsi
que l'ont souligné, non seulement les ONG internationales de défense des
droits de l'Homme et les médias indépendants, mais aussi les mécanismes
intergouvernementaux de protection de ces droits, le régime tunisien est
coupable de violations flagrantes et systématiques des libertés
fondamentales. Les pratiques arbitraires caricaturales du régime
tunisien sont régulièrement stigmatisées par les mécanismes
d'enquête indépendants de la Commission des droits de l'Homme des
Nations unies, comme par le Parlement européen, s'agissant en particulier
des violations systématiques du droit à l'intégrité physique, à un process
équitable, des libertés d'opinion, d'expression, d'association, de
circulation et de la liberté d'agir en Tunisie pour le respect des normes
universelles de protection des droits de l'Homme. Mr Ben Ali, en tant
que chef de l'Etat, en porte la responsabilité première. L'initiative
des ligues italienne et espagnole relève soit de l'aveuglement coupable,
soit d'une duplicité scandaleuse. Elle est en tout état de cause
parfaitement contraire aux principes élémentaires de la FIDH qui annonce à
leur égard l'ouverture d'une procedure disciplinaire. La FIDH réitère
sa totale solidarité avec ses organisations membres en Tunisie et
l'ensemble des défenseurs des droits de l'Homme et des démocrates
tunisiens. La FIDH sait combien ils payent au prix fort leur engagement
pour le seul respect des normes internationales. Elle salue leur courage
et les assure une nouvelle fois de son entier soutien.
Contact presse +33 1 43 55 25
18
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