LE COMMANDANT NEFZAOUI
Mohamed Nefzaoui est un citoyen ordinaire. Il ne s'est
jamais intéressé à la politique et la police politique ne s'est jamais
intéressée à lui. Sa fiche numéro deux à la section S du ministère de
l'intérieur n'indique rien de spécial : 47 ans, commandant de bord a Tunis
Air, marié, 3 enfants, non pratiquant, boit occasionnellement, deux
villas, l'une à la Cité la Gazelle, l'autre à Hammamet, deux voitures, une
Mercedes blanche et une BMW noire. Tendance politique : aucune. Vie
sexuelle, rien de spécial. Pas d'aventures extraconjugales depuis
septembre 1995. Pourtant, un petit article changea sa vie. Ce n'était même pas un article, juste un encadré de 22 lignes. C'était un certain jour d'octobre 2001. Le commandant Nefzaoui avait effectué, tôt le matin, un vol régulier Tunis-Paris. Comme d'habitude, avant de quitter son Airbus, il inspecta tous les sièges de l'avion. Un journal plié en deux et ouvert sur la page 7 gisait sur l'un des sièges de la classe économique :
Le commandant Nefzaoui tombait carrément des nues. Il hésita un instant, regarda autour de lui, puis cacha le journal sous sa veste. Avant de rejoindre son copilote qui l'attendait en bas, il regagna la cabine de pilotage pour dissimuler le journal parmi ses cartes de navigation. Il avait hâte de rentrer chez lui. Il voulait lire et
relire la triste histoire de ce collègue qu'il avait connu pour la
première fois à l'Ecole de l'aviation civile de Borj El Amri. Il n'était
pas un ami à lui, mais il le connaissait de vue. Depuis la "disparition"
de Mseddi, aucun de ses collègues n'osa téléphoner à sa femme pour
s'enquérir de l'état de santé de son mari. Pour la première fois de sa
vie, Nefzaoui prit conscience de sa lâcheté. Son sentiment de culpabilité
était d'autant plus grand que Mseddi était son voisin à la cité la
Gazelle. Un changement profond s'opéra aux tréfonds de son âme. Le changement était à peine perceptible. D'ailleurs personne ne le remarqua, à part sa femme qui lui posa la question qu'il attendait depuis sa "métamorphose" : "qu'est-ce qui se passe?". Il se contenta de lui dire qu'il était un peu fatigué et qu'il avait peut être besoin de vacances. Le commandant Nefzaoui, profondément touché par le cas de son collègue, voulait faire quelque chose. Mais quoi? Il n'était qu'un pilote et il avait toujours laissé la politique aux politiciens. Comment pouvait-il concrètement répondre au SOS du commandant de bord Mohamed Mseddi? Il ne sut que faire. Il attendait les signes du ciel. Un jour, en effectuant le vol Tunis-Zurich, le commandant Nefzaoui, profitant du temps mort entre son atterrissage et son prochain décollage, quitta son appareil pour faire une petite promenade à l'intérieur l'aéroport de Zurich. En s'arrêtant devant un kiosque à journaux, un titre de première page du quotidien La Tribune de Genève attira son attention : LE JUGE ZURICHOIS GERLACH EMET UN
MANDAT Il acheta le journal et lut l'article en entier. C'était à peine croyable. Le bourreau de son collègue Mseddi était demandé par la justice suisse suite à une plainte déposée par des réfugiés politiques tunisiens torturés sur les ordres de Ben Ali. Le commandant Nefzaoui n'avait pas encore un plan en tête, mais cette nouvelle lui procura une satisfaction qu'il ne pu partager avec personne. Il savait déjà qu'il avait une mission à accomplir, mais son heure n'était pas encore venue. Le commandant Nefzaoui appartenait à une catégorie privilégiée des commandants de bord, celle des "pilotes présidentiels". Il ne suffit pas d'être un ancien commandant de bord de Tunis Air pour devenir un pilote du Président. La sécurité présidentielle établit périodiquement une liste de pilotes de confiance, seuls habilités à piloter l'avion du Président. De prestigieux commandants de bord figurent sur cette liste : Arfaoui, Bargaoui, Becheikh, Brahem, Youssef et Nefzaoui. A la veille de chaque voyage présidentiel à l'étranger, la Présidence communique, à la dernière minute, au pilote élu son "ordre de mission". Depuis la lecture de l'article de la Tribune de Genève le
commandant Nefzoui avait un plan en tête, mais le plan ne dépendait pas
seulement de lui. D'ailleurs, il n'avait révélé son plan secret à
personne, même pas à sa femme. Ben Ali devait rendre à Alger pour une visite officielle
de deux jours. Un Airbus A-320 avait été déjà réquisitionné par la
Présidence et la police présidentielle tenait l'appareil sous son contrôle
24 heures avant l'heure prévue du décollage. Dès que l'avion présidentiel décolla de la piste A2 de l'aéroport de Tunis Carthage, le commandant Nefzaoui emprunta le couloir aérien qui longe le Cap Bon et passe par Kélibia. Les aiguilleurs du ciel à Tunis n'avaient rien compris à la manuvre du pilote et demandèrent des explications au commandant de bord. Celui-ci se contenta de dire que, pour des raisons inconnues, les services de sécurité de la présidence lui avaient demandé de faire un long détour avant de mettre le cap sur Alger. Pour réaliser son plan secret, le commandant Nefzaoui avait dû mentir non seulement aux aiguilleurs du ciel tunisiens mais aussi à son copilote, surpris par le brusque changement du plan de vol. Il ne lui révéla son plan que lorsque l'avion pénétra l'espace aérien italien. Lorsqu'il entra en contact avec les contrôleurs aériens italiens, il s'identifia comme le pilote du vol régulier Tunis-Zurich et continua sans problèmes son chemin à travers la péninsule italienne. C'est seulement en franchissant l'espace aérien helvétique qu'il révéla aux aiguilleurs du ciel suisses l'identité de l'avion et la nature de sa cargaison. Les contrôleurs aériens alertèrent, sans tarder, les autorités de l'aéroport de Zurich. Les policiers de l'aéroport informèrent, tout de suite, le juge Gerlach qui donna l'ordre d'arrêter le dictateur dès sa descente d'avion. En descendant de l'avion, Ben Ali s'attendait à voir les
bras ouverts de son ami Boutef en bas de la passerelle. En fait, c'était
des policiers zurichois qui se préparaient à lui enfiler des menottes
suisses, de loin plus confortables que celles tunisiennes. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Mardi 7 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Un clan puissant dirige Beat Stauffer
Ce n'est pas uniquement dans le domaine des droits de l'homme que la Tunisie a mauvaise réputation. Des accusations émanant de l'opposition à l'étranger se font de plus en plus nombreuses, laissant entendre que le pays souffre de la domination économique et du pillage systématique des familles liées directement au président Ben Ali. Le sujet lui-même est tabou en Tunisie et ceux qui violent ce tabou peuvent s'attendre à de graves sanctions. Mais les médias qui échappent au contrôle direct des autorités tunisiennes sont friands de ce sujet sensible: corruption à grande échelle, népotisme, fraudes fiscales et douanières. C'est surtout "L'Audace", un mensuel basé à Paris, qui essayait de prouver depuis des années que la Tunisie n'est pas seulement un Etat policier, mais aussi un pays économiquement dominé et pillé par des familles influentes faisant partie du cercle restreint qui entoure président Zine el-Abidine Ben Ali. Dans sa rubrique spéciale intitulée "Le jeu des sept familles," le directeur du journal Slim Bagga publie périodiquement des informations détaillées touchant ce sujet explosif, qui préoccupe le public tunisien en général et le passionne comme aucun autre. Expropriation Les histoires rapportées dans cette rubrique du journal sont si extravagantes qu'elles sont à peine croyables. Par exemple, cette histoire, racontée dans le moindre détail, d'un propriétaire d'une carrière de marbre qui, après son retour d'un bref voyage à l'étranger, trouve confortablement installé dans son propre bureau un membre du fameux clan Trabelsi qui lui dit qu'il n'a plus rien à avoir avec ce lieu. On rapporte que de telles expropriations, qui se font du jour au lendemain, sont devenues monnaie courante en Tunisie. En tout cas, Slim Bagga possède un stock inépuisable de ces histoires. Selon ses articles, il est pratiquement impossible de porter plainte contre ces appropriations "beylicales", car le pouvoir judiciaire tunisien a totalement perdu son indépendance et il est maintenant au service des puissants clans qui dirigent les affaires du pays. En réalité, ce sont 60 et non sept familles qui se sont partagé entre elles l'économie du pays, d'après les allégations de Slim Bagga. Au centre de l'édifice se trouve le clan du président Ben Ali, de sa femme Leila Trabelsi et des Chiboub, une famille extrêmement riche à laquelle Ben Ali est lié par le mariage de l'une de ses filles. Selon cette version des choses, les familles Ben Ali, Trabelsi et Chiboub connues sous l'abréviation BTC constituent le coeur de l'empire économique qui entretient des liens avec le reste des puissantes familles du pays. Messieurs Dix pour cent
D'après Slim Bagga, ces clans familiaux Il leur colle
dédaigneusement le titre de "gang de hooligans" ne tiennent pas seulement
entre leurs mains les leviers du pouvoir économique en Tunisie, de façon
directe ou à travers des intermédiaires. Mais ils sont en train d'amasser
des fortunes faramineuses, utilisant les moyens les plus louches, drainant
littéralement les richesses du pays. Prenant plusieurs exemples, Bagga
explique en détail comment le pillage fonctionne. On rapporte que les
membres de ces puissantes familles contractent souvent des prêts bancaires
qui se chiffrent par des millions de dinars, mais ne les remboursent
jamais. Ainsi des montagnes de dettes douteuses se sont accumulées dans
les bilans des plus importantes banques tunisiennes. Ces clans ont aussi
la réputation de prendre des commissions sur tous les plus importants
investissements étrangers et sur les marchés de l'Etat, ils se procurent
des licences d'importation exclusive de produits de consommation, ou
importent ces produits de façon illégale. Enfin, on rapporte qu'ils jouent
l'intermédiaire dans toutes les procédures administratives en matière
d'autorisations et d'agréments et touchent à cet effet des pots-de-vin
dont les montants sont loin d'être négligeables. Corruption visible à l'oeil nu Mais y a-t-il des preuves solides et dignes de foi pour corroborer ces accusations? Slim Bagga tient à préciser que la famille du président avait essayé une fois de porter plainte contre lui, mais la plainte a été retirée au dernier moment. Il dit que Ben Ali craignait sans doute que le procès fasse beaucoup de publicité autour de sa famille. Mais le fait le plus important, soutient-il, est que ces crimes sont si flagrants que les accusés auraient toutes les difficultés du monde à prouver leur innocence. Moncef Marzouki, ex-président de la Ligue Tunisienne des droits de l'Homme, qui vit à Paris depuis fin novembre 2001, soutient les déclarations de Bagga. Le pillage du pays par les puissantes familles, dit-il, a atteint des proportions ahurissantes. "C'est un pillage à grande échelle, visible à l'oeil nu," déclare Marzouki. Il dit que ceux qui en sont responsables ne se soucient même plus de cacher leurs magouilles. C'est la raison pour laquelle, affirme-t-il, que le peuple tunisien rejette Ben Ali et son régime. Pourtant, Marzouki admet que dans plusieurs cas les preuves de ces activités criminelles ne seraient pas suffisantes pour être recevables par un juge. Cela est en partie dans la nature des choses, dit-il, car les pratiques de corruption ne laissent généralement aucune trace matérielle. Mais ceci est aussi en partie dû au fait que la Tunisie manque de transparence politique et économique. Marzouki cite l'exemple du "Compte 26-26," dont la raison d'être théorique est de financer les projets sociaux et les oeuvres de charité. Ce compte est, cependant, sous le contrôle direct du président et ne fait l'objet d'aucun audit parlementaire. Pour démontrer l'étendue de la corruption et du népotisme en Tunisie, explique Marzouki, il avait appelé, il y a quelques années, à la création au d'une commission d'enquête parlementaire. Mais les autorités n'ont jamais autorisé une telle chose. Pourtant, Marzouki et Bagga ont tous les deux convaincus que les documents et les témoignages déjà disponibles sont suffisants pour servir de preuves contre les activités illégales des puissants clans familiaux. La pointe de l'iceberg? Que pensent les Tunisiens vivant en Suisse de ces accusations? Aucun n'est prêt à prendre une position sous son nom propre; le sujet est, tout simplement très sensible, disent-ils. Un spécialiste de sciences politiques dit que le journal "L'Audace" est connu pour son style agressif et exagère peut-être un peu. Mais, ajoute-t-il, selon lui ses articles sont basés, pour la plupart, sur des fait réels. En plus, poursuit-il, aucun ne peut savoir à l'heure actuelle si les cas cités par le journal ne représentent, en fin de compte, que la pointe de l'iceberg. Les entreprises tunisiennes sont d'accord, dit-il, qu'aujourd'hui sur le fait qu'aucun projet ne pu être réalisé sans le concours de ces clans - ce qui ne pu être que catastrophique pour la moralité publique. Un économiste tunisien admet que "Rien ne peut se faire sans ces familles." Mais il dit que de telles pratiques sont monnaie courante partout dans le monde arabe. Transparency International, une organisation non-gouvernementale basée à Berlin qui s'occupe de toutes les formes de corruption à travers le monde, indique qu'elle n'a pas de bureau en Tunisie. Raison: pratiquement aucune activité indépendante du gouvernement n'est possible. Ceci cadre parfaitement avec l'image que donne aujourd'hui la Tunisie de Ben Ali. Juge révoqué Il y a quelques mois, Mokhtar Yahyaoui, un juge de Tunis, avait écrit une lettre ouverte au président Ben Ali, lui déclarant qu'il était dans l'impossibilité d'accomplir sa tâche parce que le pouvoir judiciaire était contrôlé par le pouvoir exécutif. Le magistrat avait exigé l'indépendance de la justice, garantie par la constitution tunisienne. A cause de cette lettre, Yahyaoui a été révoqué. Selon Amnesty International, depuis sa révocation, ses droits fondamentaux ont subi des restrictions. Début avril, les autorités tunisiennes l'ont bloqué à l'aéroport et l'ont empêché d'embarquer pour Genève, où il avait programmé une rencontre avec le rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l'homme. Dans son rapport annuel, le Conseil National pour les
Libertés en Tunisie (CNLT) - organisation non reconnue par le gouvernement
- exige l'application effective de la séparation des pouvoirs en Tunisie.
Durant en cérémonie de présentation du rapport annuel, un porte-parole du
CNLT a déclaré que les actes des tribunaux contiennent des instructions du
gouvernement relatives au verdict suggéré et que les juges sont obligés de
prononcer des jugements dictés par le pouvoir exécutif. Dans un article publié novembre dernier par Le Monde, Kamel al-Taief, un ancien conseiller du président Ben Ali, a déclaré que la Tunisie était gouverné par une "mafia" constituée de personnes appartenant au cercle familial du président. A cause de cette déclaration, al-Taief a été condamné à une année de prison ferme, officiellement pour "blasphème" et insulte à l'égard d'un membre du gouvernement. Cette condamnation a été accueillie avec consternation et incrédulité. Al-Taief vient lu même d'une famille riche qui, d'après ce qu'on rapporte, prospérait depuis des décennies grâce à la manne des marchés publics. Traduit de l'anglais par | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lundi 13 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Du tennis J'aime le tennis. D'ailleurs, je ne saurai pas où donner de la tête en juin prochain: à Roland Garros ou au Japon? Les vrais amoureux du tennis se souviennent sans doute du grand Björn Borg. Son jeu n'était pas très spectaculaire mais, du fond du court, il faisait ce qu'il voulait de son adversaire, lui lançant des balles dont il savait la direction du retour. Il paraissait défendre mais, en réalité, il dirigeait le jeu de son adversaire, à sa guise, l'occupant par des balles assez semblables pour, à la fin, mieux en finir avec lui. Les volleyeurs sont un autre genre tout à fait différent, tel Pete Sampras : il ne laisse jamais un échange s'éterniser et est tellement sûr de lui qu'il n'hésite pas à attaquer en montant au filet. Notre opposition me donne l'impression de n'être ni l'un ni l'autre : elle est de cette race de joueurs voués à être vaincus. Il n'est pas nécessaire d'avoir un gros Q.I. pour s'apercevoir qu'elle est en train de se laisser mener par le bout du nez. Il ne s'agit pas de comparer zaba à Borg mais ce que le "système zaba" est en train de faire y ressemble étrangement : à chaque fois, il envoie à notre respectable opposition un os à mâchouiller pour l'occuper tout en préparant la sauce à laquelle il va la manger. Ben Brik fait une grève de la faim, tout le monde se met à réclamer qu'on lui rende son passeport, mettant en veilleuse des "réclamations" (l'amnistie, par exemple, et non pas celle des PV) plus importantes. Moaada est en prison, idem : sortez Moaada de prison (les autres peuvent bien attendre: ils y sont habitués, à la prison). Idem pour Sihem, Mehdi Zougah, Haroun Mbarak, Najib Hosni ... autant d'os (ou de balles) qui reviennent toujours d'une façon "téléphonée", c'est-à-dire plus que prévisible (avec toutes mes excuses à notre charmante Sihem et les autres qui n'ont aucune raison de se sentir visés, bien au contraire!) Le référendum n'est qu'un autre petit os qui sert à amuser la galerie et à "amortir" les "attaques" de l'opposition. Tout le monde sait que le référendum aura lieu, que son résultat, falsifié ou pas (il ne le sera pas car le bon petit peuple votera "oui", tellement est enracinée en lui la peur du gendarme et la certitude que tout ce qu'il fait est connu par les services de renseignement) est connu d'avance, qu'il n'y aura pas de boycott (pour les mêmes raisons) Que fait l'"opposition"? Exactement ce que "la bande à zaba" attend: elle "calcule", essaie de marquer des points, fait des réunions, bénit qui elle veut, discrédite qui elle veut,... pour les beaux yeux de qui? De la démocratie? De la liberté? D'un projet réformateur, réunificateur, "rassembleur"? J'en doute. Fortement. Regardez Yasser Arafat, vous y verrez une image de notre "opposition" qui est prête à toutes les infamies pourvu qu'elle soit assurée d'une part du gâteau que zaba et consort sont en train de préparer. Non, je ne suis au courant de rien mais c'est comme qui dirait une prémonition. Je sais qu'il existe des gens comme Sihem, Marzouki, Hosni, Yahyaoui qui sortent du lot et je suis sûr que "ما يبقى في الواد كان حجرو". Mais cessons de nous leurrer, appelons un chat un chat, cessons de ménager ceux dont on croit avoir besoin : l'essentiel est de bâtir sur des bases solides et saines. Ca prendra plus de temps mais au moins il n'y aura pas de regrets, pas de mauvaises surprises. Il ne faut pas craindre de ne plus écouter les spécialistes en "retournement de veste" : ils sont les bienvenus dans la lutte contre la dictature mais ils devront oublier de penser à autre chose ... (si je me fais bien comprendre) Il s'agit de savoir ce qu'on veut et où on va : c'est seulement alors que la partie a des chances d'être gagnée, qu'on opte pour la technique de Sampras (mais cela veut dire avoir la force et la rapidité avec soi) ou pour celle de Borg (avec tout son corollaire de souffle, de patience et d'intelligence) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lundi 13 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
SYNDICAT TUNISIEN DES MEDECINS LIBERAUX Tunis, le 26 Avril 2002 Circulaire N0 1/V1I./avril 2002 Chers ami(es), En début du mandat le nouveau Bureau Exécutif issu du VII
Congrès, vous fait parvenir première circulaire. Le VII Congrès a réaffirmé son attachement aux principes
du Conseil Ministériel du 16 février 1996 et sa volonté de faire réussir
ce projet de réforme ambitieux et courageux pour le bien de toutes les
parties et surtout du malade en considérant que la vocation originelle de
ce Projet est de faciliter l'accès aux soins privés à tous les Tunisiens
en améliorant le niveau de remboursement des prestations. Le rapport du STML a insisté sur la précarité du contrat
qui va lier une méga-caisse à un petit médecin (surtout le généraliste)
qui va subir tout seul les contraintes économiques et les exigences
administratives. Il se soumet ou on le démet. Les rapports des différentes commissions seront rassemblés comme d'habitude dans une brochure syndicale du VII Congrès qui sera distribuée à tous les adhérents du STMIL. Les mesures de soutien au peuple palestinien sont en cours actuellement et tout adhérent peut contacter le bureau de sa section pour accomplir son devoir. A la fin des travaux, les congressistes ont élu les 8 membres de la commission de discipline, les 27 membres de la Commission Administrative qui, à leur tour ont élu les 9 membres du Bureau Exécutif dont suit la composition :
Le Point sur la Réforme après le Congrès : Monsieur le Ministre des Affaires Sociales sortant de son impartialité a tenu de déclarations devant un Forum du RCD le 8/3/2002 et a répondu aux questions des députés au parlement le 13/3/2002 qui se résument ainsi La Commission Nationale de l'Assurance maladie a trouvé
des compromis avec presque toutes les parties (?!) Les réactions : 1 - Le Secrétaire Général du STML a fait une mise au
point sur le quotidien du 11/3/2002 Ces réunions ont permis de mieux connaître la position de chacun et dissiper beaucoup d'incompréhensions entretenues par l'administration et de se mettre d'accord sur plusieurs points surtout pour le bien du malade. 5. Le Secrétaire Général du STML a reçu le 28/3/2002 deux
Emissaires de la Communauté Européenne Mr Brunet et Mme Keiko experts en
Assurance-Maladie qui sont venus s'enquérir de la position du STML. Par
ailleurs ils ont assuré que la Communauté Européenne 6. Le Secrétaire Général a accordé une interview le 1/4/2002 au journal Jeune Afrique entrant dans le cadre d'une analyse globale faite par cet hebdomadaire concernant le projet de la réforme de l'assurance-maladie en Tunisie. Cet article analytique paraîtra fin Avril ou début Mai. Chers amis (es), nous sommes sorties de notre VIIème
Congrès plus unis et plus forts avec une vision claire, réaliste et
réalisable de la réforme. Nous comptons sur votre soutien et votre adhésion au STMIL pour mener à terme nos revendications. Syndicalement vôtre | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| T.N.A. - Lundi 13 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
فتحي الهويدي
أخيرا عاد فتحي الهويدي إلى المكان الذي
دفع ثمنا لمغادرته إصابته بذبحة صدرية كاد يفارق على إثرها الحياة غير مأسوف
عليه, ومن الضروري التذكير بالآتي : | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lundi 13 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
عودة الأوثان إلى بلاد العربان فيما يشبه سجع الكهان نعود كرة أخرى
لنكتب للأصدقاء و الخلان عن واقع ينضح بالذل و الخذلان لما آل إليه امرنا في
سائر الأوطان, في تونس شعبنا حيران بين استفتاء على دستور يشرع للطغيان و
وعود بالأطنان عن النمو الاقتصادي و انحسار الفقر و الحرمان و ابشروا يا
تونسيين فجواز سفركم سيكون له وزن في قادم ألازمان تدخلون به أمريكا بدون
تأشيرة و في كل أوان. حسونه | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Cinquième anniversaire du
décès Le lundi 5 mai 1997, cheikh Mabrouk Zran nous a quitté.
Il était le prisonnier politique le plus âgé de la Tunisie (67 ans). Il
est mort à l'hôpital annexé à la prison civile de Tunis. Il a souffert du
diabète et de l'hypertension. L'une de ses jambes a été amputée deux mois
avant sa mort. Mqas | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lundi 6 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Je ne vais pas y arriver
Je ne vous ai pas habitué à ça mais là j'avoue que je ne
me berce plus d'illusions quant à l'avenir de ce pays. Il y a plus d'une semaine, c'est à une tentative de racket que j'ai assisté. J'étais accoudée à une fenêtre un soir assez tard, un vieil homme a entrepris de demander de l'argent à un algérien qui avait garé sa voiture dans la rue. Bien entendu celui-ci a refusé alors le vieux racketteur a sifflé pour appeler ses acolytes officiant dans la rue voisine et ceux-ci ont accouru avec des bâtons pendant que le vieux allait lui-même s'armer. Ils se sont ensuite mis à trois pour menacer de coups le propriétaire de la voiture. La scène me semblait extrêmement violente comparé à l'enjeu. Finalement l'algérien a déplacé sa voiture plutôt que de payer. Un tunisien de ma connaissance a encore trouvé le moyen
de se comporter en salaud avec moi. Je ne suis pas comme lui alors je ne
citerai pas son nom, mais il mériterait des insultes publiques. Encore un
pour lequel je ne bats pas. Aujourd'hui, Tunis me rejette. Et je ne sais pas si je serais assez forte pour résister. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Tunis, mardi 7 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
DEVOIR DE MEMOIRE LE ONZIEME ANNIVERSAIRE Comme chaque année, nous commémorons l´anniversaire du
printemps de l'université tunisienne, fait marquant de l'histoire de l'ère
post-Bourguibienne. C'était une fusillade éclatée dans l'enceinte du
campus universitaire de Tunis, un massacre perpétré par les agents de la
néo-dictature. Mqas | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Mercredi 8 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Les dépositaires On croyait le fascisme définitivement éliminé de la scène
de l'histoire, depuis la chute de Mussolini et la défaite de Hitler et
voilà qu'il resurgit à travers le pseudo referendum visant à assurer la
présidence à vie pour Ben Ali. L'on sait, en effet, que certaines
"associations indépendantes" qui ont appelé Ben Ali à se présenter aux
élections de 2004 sont depuis quelque temps contrôlées par les cellules du
parti destourien, mais jusque-là on avait espoir que la gangrène n'avait
pas touché les têtes pensantes du pays. Ces associations soi-disant
indépendantes gardent un silence assourdissant sur les crimes de Ben Ali.
Traduit de la langue de bois par | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Agressions du
Ces photos sont de Abdennaceur Lâaouni, étudiant en Droit
et leader syndicaliste étudiant. (Tabassé avec d'autres syndicalistes et
militants le 1er mai 2002: La date est très symbolique). يا
حبايبنا | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Lecteur Assidu - Lundi 13 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Dernière invention tunisienne
Le nouveau ministre de l'intérieur, le docteur Hedi
Mhenni a invité aujourd'hui les journalistes tunisiens et étrangers à une
conférence de presse, au cours de laquelle il a exposé son nouveau plan
pour l'organisation des prières dans les mosquées. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Mahdia, Jeudi 9 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Me, myself and I : A
dialogue End of part two Myself : What are your objections to the constitutional
reforms? Myself : Tunisia is not the only country on earth which
has adopted such drastic measures? Maherbaal : You must be dreaming! Maherbaal : That's our fate as one "Arab intellectual"
once said on Al-Jazeera. Maherbaal : Is there any similarities between this crisis
and the one in which the Beys of the 19th century found themselves prior
to the establishment of the protectorate? Myself : Are they selling us again? Maherbaal : How then would explain the behaviour of the
current regime? Maherbaal : That's it? Me, myself and I: A dialogue on Sunday, 28 April 2002 & Ivan responded the next day. Part three. Maherbaal: How do you interpret the awarding of Ben-Ali
yesterday? Maherbaal.: Why don't you give them a break, aren't they
doing their best? Maherbaal: Aren't you asking too much from these leaders,
after all they are human right activists and not opposition leaders as Dr
Marzouki said on Al-Jazeera? Maherbaal: That's a wishful thinking from your part, he
never mentioned, explicitly, that he's both an activist and a opposition
leader. Myself: That's not the issue here, let's talk about the
rest of the opposition leadership, where are they? What are they
doing? Maherbaal : It would be better if you could save your
harangues for another week, the time to see what will happen after the
12th of May. Maherbaal : What do you mean by secret weapon? To be continued. Maherbaal & | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Fond sonore : Queen - I want to break free | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Que faire? Quelqu'un a posé, il n'y a pas si longtemps, le problème du "comment" en insistant sur la nécessité de passer aux actes. Je me demande souvent, moi aussi, comment faire pour sortir le peuple tunisien (qui a l'air de s'y plaire!) de la merde dans laquelle il vit. Qu'est-ce qui m'empêche de lever l'anonymat derrière lequel je me cache et de crier haut et fort ma soif de liberté, ma haine pour ce régime despote, inhumain et... bête comme ça ne devrait pas être permis! Qu'est-ce qui m'empêche d'intégrer un parti d'opposition digne de ce nom et de militer en son sein? Plein de questions semblables me hantent chaque jour que le Bon Dieu fait. Tu as déjà donné, me répond une voix venant du plus profond de mon être. Mes plaies ne seront jamais cicatrisées. La prison, je connais. Les humiliations n'ont fait que remplir mon coeur de sentiments que je croyais ne jamais connaître : la rancoeur, l'indifférence et la haine. Maintenant, j'essaie de mettre tout ça derrière moi. Je vis bien, presque dans le luxe. J'ai tout ce qu'un chacun rêve d'avoir. La cerise sur le gâteau : je n'ai pas d'amis. Je les ai tous "perdus" après mon arrestation. Je ne m'en plains pas, loin de là! Ca me fait des économies d'argent et de temps qui serait perdu à ne rien faire. En fait, je m'étais bêtement imaginé, lorsqu'ils "came for me" (what're you gonna do when they come for you!) que mes amis allaient tout faire pour m'en sortir, surtout que je n'avais absolument rien à voir avec Ennahdha ; que mes "connaissances' allaient intercéder en ma faveur auprès de "qui de droit" pour leur dire qu'ils s'étaient trompés; qu'il allait y avoir une véritable émeute pour me faire sortir de ce mauvais pas. Il m'a fallu près de trois mois pour redescendre sur terre, pour comprendre qu'il n'arriverait que ce que mes compagnons d'infortune, bien rompus au périlleux exercice de perdre sa liberté pour les autres, me disaient : "n'attends d'autre aide que celle de Dieu". Que vais-je gagner alors à m'exposer à la vindicte de l'oppresseur ? Je ne suis ni unTBB ni un Marzouki pour que les regards du monde entier se dirigent vers moi si on me fait des misères. Je ne suis pas nanti au point de me permettre le luxe de perdre mon travail qui fait vivre ma famille. Et puis, ce peuple de rampants n'a que ce qu'il mérite. Grand bien lui fasse, si ça lui plaît de vivre dans la servilité! "إنّ الّله لا يغيّر ما بقوم حتّى يغيّروا ما بأنفسهم" Ceux qui sont en prison savaient bien à quoi ils s'exposaient en s'attaquant au despote ; ce n'est pas par mon action qu'ils vont être libérés. Et puis, c'est à cause d'eux si j'ai passé les plus belles années de ma vie derrière les barreaux etc. Le "wasswass al khannass" qui fait tant rigoler un certain abou lahab est en train de faire du bon boulot dans ma tête! Heureusement qu'une toute petite voix se fraye un chemin dans toute cette cacophonie et me rappelle que tout n'est que vanité : Vanitas Non, ce n'est pas pour ce peuple que je dois souffrir mais pour des idéaux qui font de moi un être humain et non un animal qui mange, boit, défèque, baise et meurt. Que mes idéaux reposent sur la religion ou sur la pensée de Marx ou Durkheim n'est pas important. Je pense, donc j'essuie la souillure occasionnée à mon pays par une bande d'opportunistes sans foi ni loi. Il est certes important que cette entreprise soit couronnée de succès mais même si tel n'était pas le cas, j'aurais au moins la fierté de m'être comporté en être humain, d'avoir trouvé le sens de ma vie, la raison de mon existence sur terre. Il faut être lucide. Il n'y a pas mille moyens pour que "ça change". Un "coup" comme celui du 7 novembre, militaire ou de l'intérieur du sérail avec tout ce que celà comporte comme incertitudes, des élections démocratiques et libres mais il est totalement hors de question que zaba offre à l'opposition le couteau (la démocratie) qui servirait à l'égorger. La lutte doit toutefois se poursuivre ; l'arme unique et suprême dont nous disposons est l'information. Il faut informer le peuple. Oui, Il est au courant de tout mais c'est comme faire cesser de fumer un fumeur invétéré qui se rend très bien compte de la nocivité du tabac : le peuple est tout-à-fait conscient de la nocivité de zaba mais il lui faut des gens qui le lui répètent sans cesse. Nous sommes un peuple " guenguen " et nous ne comprenons que par le "ettguenguine " car sinon, on s'habitue rapidement : nous sommes un peuple caméléon qui change de couleur au gré des vents ; pire, nous nous accomodons à toutes les situations. Mais quand on nous rabâche la même histoire à longueur de journée, il y a un espoir que la passivité se change en activisme peut-être. Je garde l'espoir, quand-même. C'est ainsi que je perçois ce forum : une occasion unique d'échanger des idées, de rabâcher certains sujets et surtout d'informer, informer jusqu'à plus soif. Proposer des moyens d'en finir avec zaba n'est pas lucide mais nous y contribuons en apportant notre petite pierre à cet édifice, ce qui n'est pas négligeable. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Samedi 4 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
What a feeling! Cher Decepticus, Je suis aussi " decepticus " que toi. Je ne vois pas l'utilité de ce que j'écris. Je suis, pourtant, un Sisyphe heureux. La joie et la raison d'être d'un homme révolté sont de se révolter. Je n'ai rien appris de mon ancien cheikh, qui nous apprenait les règles de la psalmodie coranique dans une petite mosquée de Mahdia. C'était à l'époque pré-benalienne. Il ne cessait de nous répéter, nous ses élèves, matin et soir, un vers de Lamiet Ibn al Ward : "جانِب السلطان وأحذر بطشه لا تعاند من إذا قال فعل"!! (Eloigne-toi du Sultan et évite sa vindicte, ne contredis jamais celui qui met en exécution ses menaces) Mon père me répète chaque jour "أخطاك من المشاكل, depuis la mort du calife Othman rien n'a vraiment changé. " J'ai honte d'avoir choisi l'anonymat. Je n'ai ni les reins solides d'une Radhia Nasraoui, ni le courage d'un Marzouki, ni la persévérance d'un Néjib Hosni, ni l'audace d'une Bensedrine , ni la "grande gueule" d'un Ben Brik. Nous avons, bien sûr, tous des prétextes solides et irréfragables ! Decepticus ne veut pas laisser sa famille mourir de faim, Khayyâm ne veut pas que ses parents, ses frères et surs payent le prix de " sa folie ", ettounsi a peur de finir ses jours parmi les prisonniers anonymes de Borj Erroumi et Lecteur Assidu a peur qu'on les anges-gardiens du 9 avril ne le privent de ses lectures (quelle torture, surtout que la fac du 9 avril est à deux pas!) Peut-on apprivoiser sa peur ? Peut-on s'habituer à elle comme on s'habitue à un mauvais conjoint ? Quel prix psychologique (et somatique) devrons-nous un jour ou l'autre payer ? Comment Ben Ali nous a-t-il inculqué cette peur ? Par les récits de ceux qui sortent des sous-sols ? Par l'omniprésence de la police ? Le plus terrible ce n'est pas lorsque "they come", non c'est lorsque tu te mets dans la tête : "Ça y est, ils vont venir cette nuit" et ils ne viennent pas! La paranoïa s'installe subrepticement. Chaque voiture inconnue garée devant chez toi devient suspecte et chaque promenade se transforme en aventure. La pire "crise" de peur, je l'ai connue pendant le mois d'octobre dernier. Un ami a commis la gaffe de m'envoyer le Monde diplomatique du mois d'octobre 2001 par la voie postale. J'ai reçu un avis émanant de la recette postale de Mahdia Hiboun, me notifiant l'arrivée d'un petit paquet de l'étranger. Lorsque le postier m'a remis l'enveloppe, j'étais interloqué. La grande enveloppe était ouverte et il y avait une autre enveloppe à l'intérieur, celle qui contenait le journal. La deuxième enveloppe était, elle aussi, déchirée. C'est ce qui a déclenché la crise de panique. Si les douaniers avaient ouvert l'enveloppe, pourquoi n'avaient-ils pas saisi le journal interdit ? Etait-ce un piège tendu par la police politique? Voulaient-ils m'attraper en flagrant délit? Envisageaient-ils une descente nocturne? En rentrant chez moi, j'ai mis toute la littérature
interdite (photocopies d'articles, journaux, revues, livres, dossiers
etc.) dans un grand sac en plastique. A la tombée de la nuit, je suis
monté sur le toit avec mon sac et je l'ai dissimulé au dessous d'un tas de
vieux bois. Je n'ai pas soufflé un seul mot à ma famille et j'ai fait
semblant d'être normal. Pourtant je tremblais à l'intérieur. Je m'étais en
train d'imaginer leur descente brutale, leurs injures, leurs mots
orduriers, leurs gifles
J'avais littéralement des sueurs froides dans le
dos. J'avais, pourtant, une envie folle de fuir, mais fuir où?
J'ai pris le burnous de mon père et je me suis réfugié sur le toit. La
mer, qui se trouve à une de centaine de mètres de chez moi, était un peu
agitée et le seul bruit perceptible était celui des vagues. J'ai passé
toute la nuit à contempler la mer de loin et à attendre les "visiteurs de
la nuit". | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Samedi 4 mai 2002. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||