48545 pages vues entre le 4 et le 13 juin 2002 sur tunezine.com !!

ZABA, agent publicitaire de TUNeZINE

La dernière-née de la famille policière tunisienne porte un joli nom : BISI (brigade d’intervention spéciale sur Internet). Ses missions sont multiples : chercher les sites « subversifs » pour pouvoir les bloquer ensuite, espionner les connections des opposants, dissidents, militants et journalistes, intercepter les messages électroniques à contenu politique, répertorier le maximum d’adresses de proxys pour les rendre inopérants et enfin… arrêter les internautes «audacieux ».

Zouhair Yahyaoui est la première victime connue de la police informatique. Il vient de payer cher le prix de la liberté d’expression dans le pays de l’omerta. Cette arrestation a apparemment plusieurs buts :

- Punir ettounsi pour avoir commis un « lèse-majesté » et brisé un tabou. Il y a un dénominateur commun entre tous les dictateurs : Ils n’ont pas le sens de l’humour et n’acceptent ni les caricatures, ni les satires. Une « humeur » d’un humoriste de talent comme ettounsi ne peut que gâcher l’humeur de Zaba ( tous les droits de marque sont réservés à ettounsi!), un petit dictateur complexé qui, selon tous ceux qui l’ont approché, souffre d’un terrible sentiment d’infériorité surtout à l’égard des gens de talent. Ettounsi, le magicien du verbe, le brillant informaticien autodidacte, qui a su faire tomber tous les murs dressés par l’ATI et la police informatique, ne peut qu’éveiller la jalousie du bey de Tunis.

- Punir indirectement son oncle, le juge Mokhtar Yahiaoui qui a fait trembler le Palais de Carthage l’été dernier par sa lettre audacieuse. D’ailleurs, ce magistrat est une bombe a retardement pour le régime. Il suffit qu’il puisse lever une petite armée de juges intègres et audacieux pour faire écrouler tout l’édifice dictatorial.

- Faire peur aux internautes « rebelles ». Le régime a intérêt à ce que la nouvelle de l’arrestation d’ettounsi se répande parmi la communauté des internautes tunisiens. Il veut, encore une fois renforcer l’autocensure et créer une « cyberphobie » collective.

Je remercie Zaba pour la campagne publicitaire gratuite en faveur de TUNeZINE. Ce nom est maintenant connu de toute la société civile planétaire. Ettounsi ne pourrait jamais trouver un meilleur agent de publicité ! Ettounsi n’est pas un ingrat. Zaba sera, certainement, le héros principal de son prochain proxy. Il risque même de faire mourir Zaba…de rire !



Omar Khayyâm

Omar Khayyâm, le 05 juin 2002
L'oxygène d'ettounsi

PROXY 12

Combattre le terrorisme d'Etat par le rire

Quand ils sont venus prendre les nationalistes, je n’ai rien dit : je n’étais pas nationaliste
Quand ils sont venus prendre les gauchistes, je n’ai pas bougé le petit doigt : je n’étais pas gauchiste
Quand ils sont venus prendre les islamistes, j’ai laissé faire : je n’étais pas islamiste
Et quand ils sont venus prendre ce qui restait, ils n’ont rien trouvé
« ettounsi », d’après Martin Niemler


- Ouvre les yeux, âne bâté ! Regarde devant toi ! Ne vois tu pas que je chausse du 39 au pied droit et du 41 au gauche ?

- Excuse-moi, mon frère, c’est que j’étais distrait. Je ne me sens pas en forme depuis le référendum. Si tu veux, voici mes chaussures , prends les et défoule-toi avec Tu pourras me les rendre demain.

- Excuse-moi, excuse-moi… c’est tout ce que vous avez appris, vous autres tunisiens ! Il ne serait pas étonnant que la télé nous sorte le ministre de l’intérieur pour nous dire : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, excusez-moi, je me suis trompé dans mes comptes : le référendum a été un véritable désastre. » ou bien qu’on nous sorte Raouf Kouka pour nous dire : « Souriez ! C’était la caméra cachée du ministère de l’intérieur ! »

- Je t’en conjure, fiche-moi la paix et arrête ces salades. Vous ne vous en prenez qu’aux plus faibles alors que Zaba, même s’il vous pisse dessus, vous restez de marbre !

- Attention ! Tu dépasses les limites ! Ton Zaba, je ne l’ai ni élu ni référendé !

- Alors il les a d’où, ses 99,52% ? Ils lui sont peut-être tombés du ciel ? N’est-ce pas plutôt à cause des traîtres de ton acabit, destourien de merde ?

A peine prononcé le qualificatif de « destourien de merde » que s’engagea une effroyable bagarre qui faillit mal finir, ne fusse l’interposition de deux passants :

- Allez ! Calmez-vous ! Ecoute, toi tu t’occupes de celui-là et moi je prends celui-ci.

- Que nenni ! C’est moi qui vais m’occuper de celui-ci. Tu prendras l’autre. Tu ne m’auras pas : tu ne veux pas qu’il te salisse avec le sang qu’il a sur ses vêtements !

- Vous alors, les arabes ! Vous faites toujours travailler votre tête !

- Pas toujours, en vérité. Car sinon, comment un minus comme le locataire du palais de Carthage peut-il bien se foutre encore de nous ?

Pendant que nos deux passants discutaient de la santé mentale et du moral de la populace, ça avait repris de plus belle avec les deux autres lascars, comme s’ils se battaient pour un héritage ou avaient joué ensemble un bulletin gagnant de Promosport. Pire encore, les deux qui étaient sensés séparer les belligérants en vinrent eux aussi aux mains quand ils découvrirent que l’un d’eux était UGET et l’autre UGTE qu’ils ne purent se mettre d’accord sur le responsable de la vente à crédit de l’université aux destouriens et toute personne qui passait par là recevait son lot de gifles et de coups de pieds. Personne ne pouvait arrêter la bataille : les cœurs étaient trop pleins.

Le temps passa, chacun amena ses cousins, les habitants de son quartier et ses travailleurs à l’étranger pour l’aider à donner une leçon aux traître destouriens du 99,52%, la bagarre empira jusqu’à ce que les nouvelles parvinssent au palais. Le président convoqua sur le champ un conseil ministériel restreint

- Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’avez-vous ? Qui ? Comment ? Tous ensemble pour .. le machin truc, c’est quoi déjà ? la Tunisie !

- Monsieur Ezzine, s’il vous plait, faites au moins une fois dans votre vie une phrase correcte ! Vous n’êtes pas dans un poste de Police !

- Viens ici, toi, Abdelwahab de machin truc, c’est quoi ton nom déjà ? Ben Abdallah. Fais-lui une c’est quoi déjà, machin truc correcte.

- Monsieur M’henni, le président veut savoir à quoi rime tout ce tintamarre.

- Ce ne sont pas mes oignons ! Je ne suis pas responsable de la sûreté, moi ! Nous nous sommes mis d’accord depuis le début : je prends mon pied avec la police de la circulation, les comités des cités et les caisses de toute nature : des courges aux patates du marché de gros en passant par les urnes de référendum.

- Qu’est-ce qu’il a dit ? Le truc machin, l’âne a mordu dans une courge ? Quoi ? Mais où il est cet âne de machin truc Dali ? Ce machin , l’autre celui dont le fils anime le truc, machin chouette du mari de ma fille, celui du foot, Chiboub Sport ?

- Vous voulez dire Mohammed Ali Ganzoui, Monsieur Ezzine ? Je suis là, assis près de vous.

- Je ne t’avais pas reconnu, raclure ! Pourquoi ton visage est, comment dire ? , jaune ? J’avais cru que tu avais, c’est quoi déjà ? une jaunisse de ce pays, là, le machin, Chine, capitale du machin truc Japon ou la Coréee si mes souvenirs sont bons ?

- Monsieur le Président, je vous en conjure, retenez-vous ! Ou bien lâchez-moi et laissez moi ouvrir un cabinet : les malades, il n’y a que ça dans le pays à cause de tes conneries !

- Bon débarras ! Tu te crois machin truc quoi indispensable ? Mais tu peux toujours courir ! Je ne te lâche pas ! Je vais te mettre au poste de c’est quoi déjà ? ministère du machin de l’intérieur jusqu’en 2014. Ca t’apprendra la machin chouette politesse !

- Et moi, monsieur Ezzine, quand est-ce que vous me chargerez de l’ambassade de Tunisie en Italie ?

- Ecoute, Dali, mon fils. Ton dossier est machin noir et tu as des antécédents judiciaires et les comment on les appelle ? traîtres à la truc machin patrie veulent t’avoir mort ou vif. Reste près de moi, tu seras une sorte de machin , c’est quoi déjà ? ambassadeur d’Italie en Machin truc Tunisie, c’est mieux pour toi.

- Quelles sottises ! S’il vous plaît, revenons au vif du sujet ! Dali mon ami, prête-moi quelques uns de tes serpents que je mette un peu d’ordre dans le pays : ça commence à sentir le roussi !

- C’est la meilleure ! Tu crois que si j’avais assez de policiers, je ne t’en prêterais pas ? Ce ne sont que pure vanité terrestre !

- Alors où sont ces machin truc 130.000 machin chouette, comment on les appelle déjà ? policiers au service de c’est quoi déjà son nom ? la Tunisie ?

- Qu’est-ce que tu as, M’henni ? Qu’as-tu à imiter notre président ? Eh ! Bien, mon cher, nous avons envoyé nos oiseaux à Bousalem pour encercler cette trentaine de la société civile qui veulent libérer Jendouba

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qui ? Comment ? 130.000 pour 30 !!! Ne me dis pas que tu leur as envoyé la brigade canine aussi ?

- Calmez-vous, monsieur Ezzine. Ils sont en réalité plus que 30 mais Dieu lui pardonne, à ce journaliste belge, Baudouin Loos. Il m’a eu avec ses questions et nous a tourné en dérision partout dans le monde.

- Donc ils sont machin plus ou truc moins ? La machin truc opposition, la vraie ?

- Plus que moins que nous nous imaginions, monsieur le Président.

- Ecoute moi, toi machin, comment tu t’appelles déjà ? Ce truc de je ne sais pas quoi, diplomatie de mes bottes ne marche pas avec moi ! Combien y a-t-il d’opposants en elle s’appelle comment déjà ? Tunisie ?

- Approchez-vous, je vais vous le chuchoter : secret d’état.

L’homme tomba dans les pommes, comme si un train lui était passé dessus ou le nouveau siège du RCD s’était écroulé sur lui. Heureusement, on lui rappela rapidement l’immunité à vie du 26 mai 2002 , sinon, il se serait tiré et aurait demandé l’asile politique dans l’endroit le plus sûr au monde : les grottes de ça s’appelle comment déjà ? Le truc de la lutte contre le terrorisme américain, ce machin de Ben Laden ? Kandahar de l’Afghanistan !

Appel à toutes les âmes charitables et aux militants pour la liberté du monde entier :

Le truc, qu’on nomme Ettounsi de ce machin Tunezine est dans un état pitoyable et commence à dérailler parce qu’il va avoir à supporter comment il s’appelle déjà ? Zine El Abidine Ben Ali, alias zaba, pour encore 12 années.

Nous prions ceux qui le retrouveront de le remettre au plus proche poste de Police avant qu’il ne se fasse quelque bêtise.

Ettounsi de TUNeZINE  

NR: Traduit par un habitant de la rue Mansouri...

Tunis, Vendredi, le 31 mai 2002l
De toute façon...


Façonner, mais comment...


J'épluche depuis quelques temps le net à la recherche d'informations sur le comment, le pourquoi, les mécanismes enfin de la Tunisie de Ben Ali. J'avoue que je n'en sais pas grand chose d'autre que ce que les Occidentaux entendent depuis des dixaines d'années: <intégrisme>, <violence>, <terrorisme>, <violations des droits de l'homme>, <censure>, <pauvreté>, <désespoir>

Des mots clé qui sont pires que tout pour définir une situation. Ils sont sans espoir, ils ferment les pays du Maghreb dans un fatalisme culturel.

Je ne crois pas au fatalisme culturel. Je crois aux chocs des cultures, je crois aux raisons culturelles profondes, mais indirectes. Je crois aux façonnements secrets qui provoquent les situations.

Je suis tombée sur un site ouvert au public (occidental?), contenant un moteur de recherche sur le droit tunisien. Certainement le droit pénal, je n'ai pas contrôlé si le droit civil y paraît également. Au fond, c'est le droit pénal qui nous intéresse ici. J'en ai lu des petits bouts. Notamment, j'ai lu avec attention tout ce qui régit la fonction publique. Un
fonctionnaire est un homme juste et droit, en Tunisie. C'est un homme qui respecte les droits et les libertés d'autrui. Un homme qui exerce ses fonctions en accord avec la loi et les droits de l'homme (ceux inscrits dans la Constitution tunisienne en tout cas, même si la Tunisie est signataire de diverses conventions onusiennes). Un homme auquel on interdit tout abus de pouvoir.

Mais: c'est un homme auquel on demande une obéissance sans limite et aveugle. Un homme qui peut devoir purger une peine de 2 ans pour "négligence", sans aucune complicité, si le prisonnier qu'il doit contrôler s'évade, sauf si on le retrouve entretemps.
C'est dix ans si il y a connivence. Mettez-vous à sa place, votre prisonnier s'échappe, que faites-vous? vous sortez votre arme et vous tirez. Et un prisonnier de moins dans les geôles tunisiennes, un.
C'est un homme à qui on demande de ne pas réfléchir aux ordres qu'il reçoit. Il risque une peine de prison de six mois à deux ans pour "insoumission" au pouvoir: divulgation d'informations pouvant porter préjudice à l'Etat ou à des privés, obstacle à l'exercice d'une loi ou d'un service public par un concert entre deux personnes ou plus, négligeance d'un ordre
d'arrestation, négligeance d'inscription aux listes de conscrits. Il y a un article à part, dans cet encadrement policier de la fonction publique (vous avez remarqué aussi... on pense tout de suite à la police, mais la fonction publique, c'est aussi des enseignants, des juges, des gens aux guichets des administrations...): est condamné à une "amende" tout
fonctionnaire qui refuse de rendre justice aux parties après en avoir reçu l'injonction de ses supérieurs.
Tout d'un coup, la porte est ouverte aux ordres souterrains contradictoires avec les officiels, les exécutants importants sont partiellement couverts tout en servant de fusible aux décideurs.

Qu'est-ce qui peut pousser un être humain normalement constitué à entrer dans la fonction publique en Tunisie? voilà la question que je me pose en conclusion. La seule réponse, le besoin. Quand on trouve du boulot, on trouve du boulot. Il n'y a pas vraiment le choix de la qualité, dans un pays où la quantité manque.

Un pays à genoux est un pays qui fournit avec reconnaissance une armée fidèle à son dictateur. La faim et la peur et l'insécurité pour soi et sa famille sont les garants d'un régime totalitaire qui ne se soucie nullement du bien du peuple. Ils divisent le peuple, ils créent entre groupes des haines plus fortes que pour le dictateur lui-même: c'est un mécanisme parfaitement huilé et efficace.

Angelica Diamentis 

Le 14 Mars 2002
Veni, Vidi, Hard disk 

Le trophée de guerre du général Zaba

Pour Zaba, le samedi soir est sacré. Il ne renonce jamais à son “Saturday Night Fever”. Il avait même organisé les obsèques de Bourguiba un dimanche pour ne pas gâcher les délices du samedi. Son week-end il le passe, comme tout émir qui se respecte, en compagnie d’Eros et de Bacchus. Rien du plus normal. Tout guerrier a droit au repos. Notre vaillant général, le stakhanoviste de Carthage, passe ses rares journées de relax dans son petit coin de paradis, une « modeste villa » construite à Hammamet.

Mais ce samedi 8 juin 2002 est un jour très spécial. Zaba fête une victoire sur un ennemi redoutable. Un ennemi invisible et anonyme traqué depuis des mois par les Renseignements Généraux, les Services Spéciaux, la Police Politique, la Police Informatique, la Direction de la Sûreté de l’Etat et la Direction Générale des Affaires Politiques, appuyés dans leurs efforts de guerre par des bataillons d’éclaireurs d’informateurs et d‘indicateurs. Le général vient de gagner l’une des batailles les plus difficiles de sa brillante carrière militaire. Une bataille qui avait aussi mobilisé ses meilleurs stratèges et tacticiens. Zaba, entouré de 150 000 spahis et de deux millions de zabatistes fidèles comme des chiens, a obtenu la capitulation immédiate et sans conditions de l’ennemi masqué. Un homme qui lui a fait perdre le sommeil et qui risquait de déstabiliser son solide et prospère royaume.

Zaba est de bonne humeur ce soir et le palais de Hammamet baigne dans des flots champagne. Zaba a préparé une petite surprise pour ses invités. Le buffet préparé par les meilleurs cuisiniers du Palais, est décoré par un objet insolite : le disque dur d’un ordinateur. C’est le trophée de guerre du général. Le jour de la Victoire de Bourguiba était le 1 juin. Le jour V de Zaba est le 4 juin. Une belle victoire à la hauteur du brillant généralissime. Sept jours et sept nuits de fête marqueront la victoire écrasante du héros du sept onze.

Mussolini vient de conquérir l’Ethiopie, Hitler finit par mettre à genoux la Grèce rebelle. Zaba n’est pas général pour rien. Maintenant, il n’a plus rien à envier ni au général Montgomery, le loup du désert, ni au général Eisenhower, le conquérant de la Normandie, ni même au Maréchal Joukov, le héros de Moscou. Dommage que le titre de maréchal n’existe pas chez nous. Exception faite du maréchal Ammar.

Pendant que la fête bat son plein à Hammamet, les infatigables chars et bulldozers de Zaba continuent leur travail héroïque sur un terrain miné où quelques « disques durs » mènent l’ultime combat avant l’adieu aux armes. Le général n’attend plus que la capitulation de ce dernier Stalingrad qui résiste pour déclarer la guerre finie.

Dès que les dernières collines auront été aplanies, les dix millions de sujets que compte le royaume du général Zaba vivront tous sur la même planète. Une Planet sans atmosphère ni relief. Bref, une Planet sans vie.


Omar Khayyâm

10 Juin 2002
Le juge rebelle témoigne

Simples Investigations


Je veux rapporter ma contribution en ce moment intense sur le Web à tous les lecteurs de TUNeZINE, à ses rédacteurs anonymes en clandestinité ou exilés.
A l'age de 15 ans alors que j'étais encore lycéen au lycée secondaire Ibn Charaf à Tunis la guerre du 5 juin 1967 éclatait au proche orient et Tunis s'est soulevée, j'ai déserté l'école pour participer à la manifestation, atteint d'un projectile a la tête au cours de la manifestation je me suis rendu a l'hôpital avec un camarade lui aussi blessé au nez pour nous soigner. J'ai eu droit a huit points de suture et un bandage qui couvrait la tête et une partie du visage . A la sortie je me suis réfusé comme me l'a conseillé mon ami de dissimuler ma véritable identité
quelques semaines après on sonnait a l'appartement , je me précipitais à ouvrir et je me trouvais en face de deux hommes qui me demandaient :
-est ce que c'est là qu' habite Yahyaoui Mokhtar. Surpris et en même temps ravi que des hommes me demdaient je rependis directement
-c'est moi messieurs
-nous sommes policiers du commicariat du quartier et on veut que tu nous accompagne.
Je n'ai pas compris pourquoi ces policiers me cherchaient mais nullement intimidé je leur demandais d'attendre pour me changer. J'ai mis mon meilleur costume celui de l'Aid dernier sans faire attention à l'inquiètude de ma mère qui me demandait ce que voulaient ces gents et ou est ce qu'ils vont m'amener
-je vais juste les accompagner à côté
En descendant l'escalier il me demandaient ou est mon père pour l'informer.
Au commiseriat on me fait pénetrer dans une chambre sombre et sordide ou d'autres personnes plus agées attendaient.
De leurs conversations j'ai compris qu'on vient de m'arreter et on me demandait si j'ai manifesté .. si je faisais de la politique ou si j'ai volé.
Mes idées se basculaient et je ne comprends pas pourquoi je dois être arreter pour avoir manifesté comme tout Tunis l'a fait. Deux heures après on vient nous chercher et on nous embarquaient dans une estaffette sombre au vitres guillagés qui nous a ramené tout droit vers la cour arrière du ministère de l'interieur. Stupéfait je ne fais que suivre les consignes qu'on nous donnaient.


On nous a fait monter par un escalier au cinquième étage ou d'autres gens attendaient. En montant d'étranges bruits des cris et des hurlements nous parvenaient et je commence a pressentir la gravité de ce qui est entrain de m'arriver
l'inquiètude commence à planer, certains pleuraient et il y a même ceux qui ont l'air de s'amuser . J'ai eu l'impression que tous ces gens qui me regardaient chercheaient a savoir ce que jai fait et je ne cesse de répéter que j'ai simplement manifesté. Certains me disaient dqu'ils étaient pris avec des choses volées,d'autres me racontaient leurs histoires d'une façon plus inquiètante alors qu'il suffisait de dire qu'ils ont manifesté.

J'étais le plus jeune et je ne voulais pas paraître le plus ahuri même si ces cris qui parvenaient d'à coté chaque fois qu'on les oubliaient me font penser que j'suis mal tombé avant d'être interrogé on m'a conseillé d'oublier ce qui c'est vraiment passé le 5 Juin dernier et de dire que je rentrais du lycée, que j'étais atteint d'un projectile , que je me suis rendu a l'hopital pour me soigner , de ne nommer personne avec qui j'ai été, de faire mine de ne rien comprendre de ce qui se passait et de répeter exactement la même version chaque fois qu'on recommence à m'interroger c'était du bonbon et c'est presque la vérité , le moral me revenait et je commençais à espérer de passer la nuit dans mon lit bien douillet et de me vanter demain devant mes camarades de cette aventure qui m'est arrivée.

Je n'osais pas fumer la chaleur me suffoquait en ce temps lourd qui donne l'impression d'une éternité. Quand on vient m'appeler, deux hommes penchés sur une table me questionnaient et transcrivaient ce que je dis sur un papier qui ressemblait à une feuille d'examen et sur lequel ils notaient tous les details. J'ai donné ma version exactement comme il se devait. Parfois ils s'énervaient et prenaient des airs qui me faisaient peur mais je n'avais pas a demander pardon ni a supplier leur clémence tellement j'etais convaincu que je n'ai rien fait qui pouvait m'incriminer.
A peine ramené là ou j'etais d'autres hommes venaient me chercher et le questionnaire commensait comme si rien n'a été fait. plus insistant sur les détails et plus grossier je commense a balbuter et je me suis trompé sur l'itinéraire que j'ai pris pour rentrer quand on m'a dis que rien ne s'était passé dans le quartier que j'ai indiqué et je me suis trompé également sur l'heure ou ça s'est produit d'autre part je n'ai pas pu justifier pourqoi je me suis rendu pour me soigné a Habib Thameur alors qu'Aziza Othmana était à côté .
La deuxième fois ça a plutot mal passé et quand on m'a ramené je ne voyais meme pas les gens a mes cotés
-alors quoi tu a avoué
-avouer quoi je n'ai rien fait
- tu n'as rien volé
- il ne manquait plus que ça .... je murmurais et tout s'assombrit je ne pense plus a mon lit je n'ai rien mangé de la journée et je n'ai plus faim les vitres qui donnaient sur la rue sont de plus en plus gris comme mes idées
on venaient me chercher plusieurs autres fois et j'ai fini par leur raconter comment j'ai déserté les cours a partir de 10 heure le matin de cette journée d'ailleurs ils avaient toutes les données et comment je me suis rendu avec mes camarades a Bab Souika puis a la grana puis au passage, ce qui c'est réellement passé et comment j'ai reçu un projectile sur la tête a la Rue de Londres alors que des manifestants essayaient de defoncer certains commerces appartenant à des juifs qui à leur tour jetaient des objets à partir des balcons pour les dissuader
j'ai nié la présence de mes amis
-nous nous sommes tous dispersés, la ville était a feu et a flammes, toutes les rues étaint compées et je ne savait pas comment rentrer
-tu t'es évanui
-oui
Alors qui t'a porté pour te soigner
L à j'ai buté et j'ai compris par leurs yeux qu'ils savaient que je vais mentir pour ne pas denoncer mes accompagnateurs. Celui qui m'accompagnait etait le fils d'un des agents secrets comme eux et j'ai pensé leur jeter son nom a la figure et voir ce qui va se passer
-j'ai été avec R.B c'est lui qui m'a ramené me soigner
qui c'est ? ou il habite ? qu'est ce qu'il fait?
-c'est le fils de A.B il est connu il travaille comme vous
Un court silence s'en est suivi et j'ai vu leurs yeux se croisaient quand l'un d'eux quitte précipetement la pièce et j'ai compris qu'il va téléphoner ou le chercher, l'autre c'est plutot calmé. Je regardais ce qu'il a écris et je me demandait ce qu'il vont faire de tout ce papier qu'ils gaspillaient .Les feuilles accumulées ont finit par former un vrai dossier tout en me damandant ce qu'il va adevenir de moi et comment des gens aussi respectables et avec tant d'autorité sont réduits a ce minable métier qui consiste a me persecuter alors que je n'ai rien fait sauf manifester pour une Palestine libérée
à cet age là je n'ai jamais douté qu'il fallait une autorisation pour s'attrouper et crier en pleine rue car on avait l'habitude de le faire chaque fois que l'EST gagnait.
Dégouté .. epuisé... la gorge séche et le moral rasé je ne demandait qu'à ce que cela finisse quoi qu'il advenait, je n'ai jamais imaginé de me trouver dans une telle situation et devant de telles personnes qui ont l'air de douter de tout même de mon identité
Vers minuit on nous rassemblait de nouveau et on nous fait descendre sans savoir ou on va nous ramener certains spéculaient et ne parlaient que de prison et de maisons d'arret. Moi tout ce que je veux c'est me reposr même si je n'ai jamais passé de ma vie autant de temps sans manger.
Je n'ai pas compté les étages mais j'avais l'impression qu'on a descendu plus qu'on a monté au début.
On nous a ramené dans une pièce ou on nous a depuoillé de tous les objets qu'on portaient même la ceinture et les lacets des souliers des agents en uniforme a la mine sinistre se sont chargés de nous devant une porte metallique qui ouvrait sur une cour sombre on dirait isolée du monde depuis l'étérnité et on nous comptai un à un. Une liste a la main chacun signait avant de la remettre a d'autres agents qui nous ont alignés accroupis dos au mur en face d'une une rangé de porte metalliqye j'etait designé pour la cellule numero 4 avec ceux qui m'accompagnait et j'ai constaté que l'agent de service a ajouté un chiffre a la craie et inscrivait 49
A peine j'ai senti le grincement de la porte qui s'ouvrait et qu'on a été carrement sauvagement poussés à l'intérieur et la porte s'est claquée . Je ne m'attendais pas a trouver autant de monde dans une cellule aussi etroite qui ne dépassait pas les neufs mètres carrée dans le coin a droite un mur courbé a 1.5 metre d'hauteur sur une WC sans porte en ciment a même le sol et a son entré un minuscule tube en cuivre coupé a ras le mur ruisselait c'est vers ce tube qu'on s'est tous précipités en basculant les presents qui nous nous chanter la bonne arrivée
la plus part des présents étaient des étudiants mais il y avait aussi d'autres detenus de droit commun qu'on pouvait distinguer par leurs air plus attristé ou de petits pik-pokets appréhendés en flagrance et qui ne faisaient la pluspart du temps que pleurer.
J'étais toujours debout, aucun lit, aucune couverture a se mettre au dessous le sol est noirsi en passant mon ongle sur le mur caresseux j'ai l'impression que toute cette saleté ne peut être provoquée par simple négligence d'entretiens ou par la saleté de ceux qu'on detenaient
Toute la surface du silon était occupé et je devait m'entasser là ou j'ai les pieds . ma première nuit de prison a commensé
je ne sais pas sij'ai dormi après, tout le monde voulait parler et je n'ai pas eu le temps de me sentir seul et de penser a autre chose que celui qui est en train de se passer dans ce trou a rat sombre et plain a craquer il n y a aucune fenêtre et il faisait une de ces chaleurs suffocantes de debut juillet à tel point que certains détenus s'evanuissaient. On se ruaient sur la porte a taper pour appeler le gardien qui vient la cravache a la main pour nous faire disperser ceux qui ont la chance de porter le sinistré jusqu'a ce qu'il soit ranimé ont la chance de vraiment respirer nous on se contente d'inhaler un peu d'air frais chaque fois que la porte s'ouvrait .Une odeur de poubelle a la chiotte nous envahissait et a sentir la merde dans la gorge chaque fois qu'on se trouve contraint d'avaler la salive.
C'est puant sale et suffoquant, accroupis on ne trouve pas l'espace pour nous allonger à même le sol noircis a coller sur les vêtement et les mains
C'est inhumain
Quand j'ai demandé "est ce qu'ici on mangeait, tout le monde s'est mis a rigoler
-attend tu va être surpris du menu qu'on va te proposer
La premiere fois on nous a proposé a chacun un morceau de pain dans lequel on a mis des courgettes rapées cuites dans une sauce saumatre dont je n'ai pas pu percevoir par le gout la consistance mais plutot une saleté teinte d'harissa qui tourne au gris
Je n'ai jamais aimé a manger les courgettes de ma vie et comme pour me combler il fallait que je tombe sur ce menu aujourd'hui et ici.
A chaque fois que la garde est changé on venaient nous ranger face au mur a la cravache pour nous compter. Parfois on nous faisait sortir a la cours deux a deux a la file indienne pour être immédiatement recomptés a l'entrée par l'equipe qui prend la relève.
Je n'ai jamais percu le visage d'un geolier j'avais l'impression d'etre devant des masses sans visages tous ont le même ton le même costume les mêmes attitudes et les même mots on est devant des robots agités qu'on oubli chaque fois la porte fermée. c'est a leur agitation qu'on compte le temps dans ce sous sol des geoliers du prolectorat français aucun rayon de lumière du jour ne peut pénetrer c'est une obscurité continue qu'on n'arrive plus a fractionner en jour et nuit on perd la perception du temps . Quand quelqu'un demande a un nouveau arrivé l'heure qu'il fait on demande aussitot après de quelle journée et est ce qu'il fait jour ou nuit.
Le seul problème qui me préoccupait est que je ne comprend plus pourquoi je suis ici et je me fais rassurer en me disant qu'on va bientot me chercher.
A mesure que le temps passait je ne pense plus qu'a ce foutu pays et on a de quoi passer vingt ans d'histoire de tous ceux que renfermait ce trou d'enfer et a les entendre tous je me disait que je suis le moins accablé si quelqu'un doit être libéré. Cette nuit continue et entrecoupée d'atroces cris qui nous parvenaient, je ne sais d'où, comme des demons qui nous hantaient.
Un éclair d'arrêt du son dans la chambre et puis chacun reprend a chuchoter et le brouhaha reprenait de plus belle.
On ne se posait pas de questions, on entend puis on reprend.
Certains visages devenus terrassés d'autres font mine de ne rien entendre de particulier et pourtant les cris deviennent de plus en plus aigus et insistants personne ne cherche a speculer sur ce qui est entrain de se passer
quand les cris cessaient, des bottes lourdes passaient devant notre porte et on entend des gémissements, une porte qui grince et le son de la clef parfois des chahut de quelqu'un qui proteste alors qu'on le tabassait Dans la cours avant de l'amener et puis le même son roque est saccadé qui devient de plus en plus aigu jusqu'a ce qu'il se tait et la machine reprenait à nouveau le même refrain meublant ainsi notre captivité.
Personne n'est venu me chercher ni pour me libérer ni pour me torturer. En moi même je me disait qu'il n'est pas question de les laisser me torturer des qu'ils vont venir m'amener je vais leur dire tout ce qu'ils voulaient m'entendre avouer même s'ils cherchaient a m'entendre avouer que je complotait pour tuer Bourguiba. J'avais dejà compris que le véritable ennemi c'est bien ici et non Israel et comme je suis pris je me suis dit tant-pis pour mon sort et je devais me considerer comme mort et par consèquent il n y a aucune de raisons de les laisser s'acharner sur mon corps avant de me tuer et a ce que j'ai cru comprendre de ce que j'entendais je ne devrait m'attendre a aucun pardon ou pitié c'est une machine a coller des crimes à des accusès sans la moindre impartance de leurs identité.
Un vol c'est cinq ans.
Si c'est par effraction c'est le double 10 ans
Si on est impliqué dans un complot contre la sureté de l'état c'est la perpetuité et si on est pris pour quelqu'un de leader c'est la corde ou le peloton.
Le temps passait.
Pas de visites, ni avocats ni parents le moindre intervenant je commence a m'attendre à moisir là pour longtemps.
Je commence alors à m'intèresser a ceux qui on fait du prison, c'est plus spacieux et moins puant il y a même des lits ,la telivision, la promenade, des douches et on peut même acheter du tabac et certains caprices si on a de l'argent, on mange mieux et on peut recevoir le coiffeur et je sais ègalment que maman va m'apporter les chose que j'aimais le plus, en tous cas probablement meilleures que si j'etais a ses côté.

La prison devient ainsi une meilleure alternative que j'attends avec impatience même si je devais la payer par quelques coups de baton dans la salle de gémissement.
Je me suis ainsi préparé à êre inculpé , je me suis moi même incriminé car sinon on m'aurais laché. Je ne m'arréte plus sur le fait que je n'ai réellement rien fait et que je suis plutot victime que malfaiteur on est vite pris par la logique du tortionnaire et je me suis déjà condamné à partir du momnt qu'il me haissait et qu'il a tous les pouvoirs et s'ils est sans aucune pitié .
J'ai eu également parfois envie de pleurer mais je me reprenais de peur de sombrer dans la dépression et je reviens toujours a la question qui me tourmentais si malgrès tout un jour je venais à être relaché comment je vais faire face a mon père et a tous les gens du quartier . Pour un homme qui sort de prison le problème est qu'on ne cherche pas à savoir ce qu'il a fait mais d'où il venait il va toujours porter la marque de prisonnier comme une femme violée. A cette époque on ne distinguait pas encore les prisonniers d'opinion de ceux de droit commun.
Une fois que je me suis fait à l'idée d'avoir été oublié, la porte s'ouvrit et mon nom est annoncé pour la sortie du cachot avec une dizaine de mes compagnons. On ne nous a fourni aucune explication sur la raison où le lieu où on va être amenés. Nos gardiens nous menent en procession vers la porte où on a laissé nos effets puis on a été menottés et dirigés vers l'étage suppérieure.
Dans la cours qui donnait sur la ruelle parlaquelle on est passé la première fois on chuchotait qu'on va nous amener au tribunal ou en prison, pour moi la destination m'est indifférente la lumière du jour me redonnait de la vie alors que là où j'étais la mort envahissait.
Je n'aurais pas pu tenir longtemps sans la moindre notion de l'espace ni du temps

Nous avons dépassé tous les fourgons cellulaires et nous nous derigeons vers le grillage de la sortie avec nos gardien et en gardant toujours nos menottes. Je sentais l'affront d'être ainsi conduit et exposé en plaine rue. j'ai cru apercevoir mon père parmis les badeaux de l'autre côté du grillage dans la rue et celà m'a mis dans un état de désolation et de mépris qui m'a fait perdre tous mes sens et mon esprit.

En réalité on nous conduisait vers un autre batiment a coté où nous avons encore monté les escaliers et nous nous sommes trouvés dans une pièce ou il y avait des couvertures empilées.
a peine liberés de nos menottes que nous nous sommes précipités sur les couvertures. j'en ai pris deux que j'ai jeté sur le sol et sur lesquels j'ai pu enfin m'étaler. j'avais envie de dormir a l'infini et d'oublier cette vie.

Qu'est ce que tu fait , viens , on doit encore t'interroger !
Je sursaute voila encore ce calvaire qui va recommencer.L'officier paraissait eduqué et donnait l'impression d'accomplir juste une formalité, cela me rappelle le premier interrogatoire du dernier étage du ministère alors que cette fois-ci je ne me sens plus en moi la force de tenir ce nouveau défi.

Il me tend le PV et me demande de le signer; je reste planté sans oser lui demander ce que je devais faire après
maintenant tu sors tu est libre de partir.
Je n'ai pas trouvé des mots à ajouter et je me suis dérigé vers la porte , les escaliers , personne ne m'arrete j'ai descendu et me voila enfin dans la rue , j'avais l'impression d'être etranger sur les lieux alors que ma maison est à moins de 500 metres d'ici quand je me suis repris je suis déjà parvenu a la TGM et j'ai compris que j'étais deboussolé et que j'ai pris le sens contraire de la direction ordinaire.
Cette histoire dont j'ai essayé le plus fidélement de rapporter les faits et mes etats d'esprit qui l'ont accompagné m'ont marqué depuis lors d'un seul désir fuir ce pays ou je ne me trouve plus.

J'aurais aimé rentrer a Ksar Haddada et vivre dans les grottes des montagnes ou je suis né en paysan ou en berger avec des gens simples prêt a tout céder sauf leur dignité mais les jours ne peuvent être déclenchés à rebours et je me suis fait àl'idée que pour trouvé un espace de liberté il faut immigrer . Objectif qui n'a pu être réalisé qu'une dizaine d'années plus tard une fois licencié je me suis trouvé libéré d'une double autorité.
Celle de mon père qui n'a pas voulu me lacher et ce pays auquel je ne me reconnait plus par raison ou par obsession , mon experience précoce m'a fait acquérir une lucidité prématuré que subir la tyrannie dans un pays sous développé détruit l'essence même de notre humanité c'est un système qui a sa logique propre, qui agit sur notre mentalité pour nous amener a finir immanquablement a l'aliénation. France Fanon nous a tout dévoilé et comme je ne suis pas un adepte de la théorie de la violence j'ai cherché a démensionner de ma nationalité devenue synonyme de mediocrité car la vie est liberté.
J'aurai aimé raconter l'itineraire qui m'a ramené et qui me fait tenir le combat que je mene avec autant d'aprete et de conviction alors que actuellement je suis l'un des rares interdits de sortie de ce même pays , mais vu que le texte devient deja assez long et peut être qu'il vaudrait mieux le terminer sur un sentiment d'inachevé pour ne pas en tirer des conclusions et se garder de donner des leçons car l'important est audelà de notre esprit , il est dans nos emotions.


Mokhtar Yahyaoui

5 Juin 2002
 Pour ettounsi ...

La photo que tu m'as envoyé hier de Zouhair m'a beaucoup touchée. C'est la cuisine d'un copain, il pourrait être mon voisin de palier. Il rigole probablement à bon nombre de blagues comme moi, il a une vie qui n'est pas au fond si différente... dans ses aspirations.

Habitait-il où j'habite, ce serait comme ça. Il se réveillerait le matin en balançant son réveil comme tout le monde. Il grognerait au rayon de soleil de disparaître de sa vue. Il boirait un café en écoutant la radio et en guignant le temps qu'il fait et en se demandant comment s'habiller. Il sourirait à la première pensée de celle qu'il aime, et la journée deviendrait belle. Il s'ennuirait de cette légèreté pourtant si fondamentale.

Il penserait qu'il faut faire sa lessive, parce qu'il n'aura bientôt plus rien à se mettre. La vie est là, et on la lui a prise.
On la lui a volée à lui, et aussi à tous ceux qui vivent en suspens, parce que l'anodin est interdit.

A ceux dont le seul choix de vie se résume à suspendre sa vie jusqu'à sa perte, ou la perdre pour ne pas la suspendre.

Si j'étais tunisienne, je resterais en suspens. Je serais anonyme, jusqu'à la supportation.
Je ne lèverais pas les yeux, je ne dirais pas un mot plus fort qu'un autre. Ni oui ni non. Je ne penserais pas, de peur que ma pensée perce mes yeux et pire mes lèvres. Vivre, vivre à tout prix, ou presque, aimer la
vie et espérer la vivre. La limite de la supportation, où se trouve-t-elle...

Il faudrait leur dire, à tous les tunisiens qui gardent l'anonymat, on n'est pas lâche d'aimer la vie."


Angelica Diamentis

Jeudi 13 Juin 2002
 
  Fond sonore : Wind of change