Un an déjà...

Joyeux Anniversaire TUNeZINE

Gateau d'anniversaire

A Zouhair, ton bébé est là et bien qu'il n'ait qu'un an, il est beau, fort et grand. Merci Zouhair.

A vous tous, vous le tenez dans vos bras et par lui le flambeau de notre liberté, dont la flamme illumine les geôles les plus obscures. A tous les tunisiens et les habitants de la rue Mansouri.

Mouton nu, qui chante l'hymne à l'amour,
à la liberté
et à la dignité.
 
le 11 juillet 2002
TUNeZINE, l'astre de la liberté

Chaque matin, à l’heure où la belle aurore vient
Doucement faire glisser le beau voile de la nuit
S’élève l’appel à la prière du matin
Réveillant l’espoir qu’on croyait endormi

Un soleil ardent brillait ce jour-là au ciel
De juillet mais mes yeux recherchaient la lumière
Ailleurs, au plus profond d’un monde virtuel
Quand tu pris soudain place dans mon cœur en prière

Un soleil ardent brillait ce jour-là au ciel
De juillet mais mes yeux recherchaient la lumière
Ailleurs, au plus profond d’un monde virtuel
Quand tu pris soudain place dans mon cœur en prière

C’était hier, c’est maintenant, c’est tous les jours
Ton anniversaire, Tunezine,l’E-mag sans âge
C’était l’été mais le printemps chantait autour
Des tunisiens un air de liberté sauvage

Tu parlais, moqueur, de la vie changeante
Des amis, du malheur, de la bêtise humaine
Et moi, je buvais tes paroles enivrantes
Comme un vin divin coulant des jardins d’Eden

Je me laissais griser par tes mots pleins de fiel
Recherchant dans cette ivresse du courage
Et la vie devint alors étrangement belle :
Souriez ! La liberté est au bout du voyage !

 

Cast Away

le 11 juillet 2002
Scoop : Bac-3 était nul en math !

L’équation Abdeljawad-Charfi
ou les axiomes d’une dictature primaire

 

La dictature tunisienne, une suite infinie d’intimidations, d’injustices, d’humiliations et d’exactions, a-t-elle une limite ? Notre dictature « scientifique » touche-t-elle maintenant la tangente de l’absurde ? Après un intervalle de dix ans, le pouvoir vient de démontrer qu’il y a une forte corrélation entre les points A (Abdeljawad) et C (Charfi). Notre justice, une justice à géométrie variable, va essayer de voir clair dans ce nuage de points et de jouer le rôle de médiane. Sa décision ne sera pas, en tout cas, une variable aléatoire.

L’équation Jounaidi Abdeljawad-Charfi est heureusement facile à résoudre. On peut considérer le procès comme une fonction dérivée de ce que le régime considère comme une « dérive » du parti Ettajdid. Ce parti a pris, au cours de la farce du 26 mai, une position jugée « limite » par le pouvoir. Le parti ex-communiste s’éloigne de plus en plus de la ligne tracée par Carthage. Le point de rupture est déjà atteint. Les droites du RCD et d’Ettajdid sont désormais deux parallèles d’un plan euclidien : elles ne se rencontreront jamais.

Tout dictateur est un bon calculateur

Le côté le plus tragique de toute dictature est son arithmétique sanglante : morts sous la torture, liquidés, « disparus », emprisonnés, handicapés suite à la torture et aux mauvais traitements etc. Les idéologies des dictatures sont irrationnelles, mais les méthodes employées n’ont rien d’irrationnel. Hitler, qui haïssait les Juifs de façon irrationnelle, les a liquidés de façon très rationnelle. Pol Pot a liquidé de façon on ne peut plus rationnelle les « intellos » cambodgiens.
La dictature tunisienne n’échappe pas à la règle. Tout y est calculé. C’est même bien calculé cette fois : un seul procès, deux cibles dans la ligne de mire. On veut punir à la fois l’ex-ministre rebelle et le mathématicien qui ose fourrer le nez dans des équations politiques qui le dépassent.
Tout le monde sait que la bourse accordée à M. Abdeljawad en 1992 est infinitésimale par rapport aux centaines de milliers de dinars accordés généreusement aux plumitifs à la solde de la dictature et aux médias « amis » en France et ailleurs, mais qui ose mettre les pieds dans le jardin financier secret du bey ?
Et que dire de ces voyages en Europe aux frais de la princesse Tunisie pour expliquer aux cons-citoyens émigrés une république sans lendemain ? Et ces palais qui poussent partout comme des champignons ? Et cette pléthorique armée cravatée (parfois cagoulée) qui veille à la conservation de la momie de Carthage, combien coûte-t-elle aux cons-tribuables ? Et ces deux journaux momifiés sans lecteurs, publiés dans une langue morte incompréhensible au grand public, ne sont-ils pas une preuve au quotidien de l’irrationnel économique de notre dictature ?

Les axiomes de la dictature

Les lois qui régissent les dictatures peuvent-elles faire l’objet d’une étude scientifique ? Y-a-t-il un modèle universel qui pourrait décrire la naissance, le développement et le déclin d’une dictature, indépendamment des facteurs spatio-temporels ? Y-a-t-il des points communs entre une dictature religieuse, comme celle de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran, et une dictature laïque, comme celle pratiquée par Saddam Hussein, Bachar el Assad, Kadhafi ou Ben Ali ? Malgré les différences idéologiques entre les systèmes religieux et laïcs, leur mode de fonctionnement reste le même. Elles sont toutes basées sur des axiomes indémontrables par définition. Voici les sept axiomes de la dictature :

Axiome numéro un : Le dictateur ne se trompe jamais et de ce fait il est incritiquable.

Axiome numéro deux : Les conseillers et les ministres du dictateur sont eux aussi incritiquables.

Axiome numéro trois : La famille du dictateur, prise dans son sens le plus large, jouit d’une immunité totale et absolue. Seul le ruban de moebiusdictateur lui-même est habilité à enlever cette immunité.

Axiome numéro quatre : La police politique est au-dessus de la loi.

Axiome numéro cinq : La vérité officielle est la seule vérité vraiment véridique.

Axiome numéro six : La fortune du dictateur et de sa famille est un secret d’Etat.

Axiome numéro sept : « Maladie », « mort » et « démission » sont des mots tabous lorsqu’on parle du dictateur.

Un espace benalien à courbure infinie

Tout le monde s’accorde pour dire que M. Abdeljawad a développé des théorèmes qui violent l’axiome numéro un du système dictatorial. Sa démarche mathématique est en contradiction flagrante avec les postulats zabatistes. Notre brillant mathématicien a oublié qu’il n’existe qu’un seul espace autorisé, l’espace benalien à courbure infinie. Pour naviguer dans les eaux troubles des mathématiques tunisiennes, oubliez Leibniz, Gauss, Hilbert et Gödel. Peu importe que vous soyez algébriste, analyste ou probabiliste, la vraie question est : êtes-vous oui ou non zabatiste ?
Comment un universitaire de talent comme M. Abdeljawad peut-il adhérer à ce petit sous-ensemble nommé Ettajdid et ignorer la loi des grands nombres du RCD? M. Abdeljawad est-il un fervent adepte de la théorie du chaos ?

Heureusement pour lui, chaque dictature possède ses propres lois de décomposition internes. A-t-il besoin d’une démonstration ? Ce n’est pas moi qui ferai cette démonstration. Un honorable juge expliquera à M. Abdljawad que la fonction dictatoriale a déjà atteint son maximum et que le point des abysses n’est pas loin.

 

Omar Khayyâm

le 8 juillet 2002
Mais que veulent-ils ?


Exigence... évidence


Au fait, que veulent les gens ici sur Tunezine??

AngelicaC'est à se demander, quand même! ils parlent de démocratie, de liberté, du comment ça marche. Mais après, ils vont dire qu'en Tunisie la démocratie n'existe pas! et que c'est... c'est... une dictature! ciel... une vraie? une comme celles qu'on lit dans les journaux? une avec des gens qui sont torturés, emprisonnés et tués pour avoir parlé? une avec des prisonniers dans des prisons immondes, une avec des révoltés qui risquent leur vie pour des mots? Tsss, pas possible, dans une dictature on se tait. Mais pourquoi risquer sa vie pour des mots? Que veulent dire des mots? n'est-ce pas les faits qui sont plus importants? Quand la réalité est chiotteuse, il n'y a que les mots pour la dire comme elle serait juste. Les mots peuvent mettre en prison, les mots peuvent tuer, les mots peuvent dire la vérité.
La vérité: elle gêne, elle demande des efforts. Il faut ouvrir les yeux, et on a souvent peur de se brûler, ou de brûler les autres, ces êtres chers que nous voulons préserver. Et puis il y a ceux qui ne veulent pas de cette vérité, parce qu'ils tirent leur essence de vie dans l'écrasement des autres.
La vérité est une denrée nécessaire à la liberté. Dire, vivre la vérité malgré tout efface d'un coup ces barreaux: le savent tous ceux qui ont le courage de risquer leur vie et qui en souffrent, mais qui restent libres malgré la violence qui leur est faite. Le mensonge, explicite ou par omission, prive de liberté celui qui le prononce et qui y vit, autant que ceux à qui il le raconte, et qui vivent dedans. Il met en prison, avec des barreaux plus solides que l'acier. On ne peut pas les scier, on ne peut pas s'enfuire de cette prison. Les mensonges sont durs à renverser: ils marchent tous seuls, et se nourrissent de la passivité et de la peur. Ouvrons tous les yeux, la liberté se prend, pour soi et pour les autres.
La vérité a pour elle la force d'être. Le mensonge n'est qu'une illusion pour voiler une lâcheté.

J'exige d'être libre, de mes pensées, de mes paroles, de mes actes. Libre de ma volonté.
Libre de ma médiocrité et de mes défauts. Libre de mon humanité. Libre de mes erreurs et de mes lâchetés.
Libre de changer d'avis. Libre de demander pardon la tête haute. Libre de dire non, de demander pourquoi.
Libre d'accueillir mon ami, libre de lui parler, libre de l'écouter.
J'exige que ceux qui me sont chers soient libres.
J'exige que leurs pieds reposent sur la vérité.
J'exige pour eux le droit au libre choix et à la libre détermination.
J'exige que tout être humain soit libre de son humanité.
Qu'il soit libre de ses mouvements, de ses envies, de ses choix. Libre d'avoir les mêmes droits que moi et pas moins.
Libre d'avoir les mêmes devoirs que moi et pas plus.

J'exige la libération sans condition de Zouhair Yahyaoui.
J'exige la libération sans condition de tous les prisonniers d'opinion tunisiens.
J'exige le retour en toute liberté de tous les exilés.
J'exige la liberté d'expression, d'association, de réunion, d'opinion, de croyance.
J'exige la libération de la Tunisie de son étau de répression.

Angelica Diamantis
et Sophie...

le 9 juillet 2002
Adieu Am Brahim

Am Brahim,
mon épicier de la rue Hythlorremus


Am Brahim, c'est mon épicier. Le plus formidable des épiciers. C'est toujours chez lui que je vais pour faire mes petites courses quotidiennes. Une bouteille de Gazouz, une bouteille d'eau, des yaourts, des pâtes... Enfin tout ce dont on peut avoir besoin à n'importe quel moment de la journée.

Am Brahim tient son épicerie à Tunis, à la rue Hythlorremus depuis plus de 30 ans. Une épicerie aux murs décrépits, aux étagères dont on se demande par quel miracle elles tiennent encore debout. Une épicerie avec un frigo datant probablement de l'ère glaciaire. Un frigo auquel est particulièrement attaché Am Brahim et dont il explique, avec fierté, qu'il l'a acheté à Souk-El-Khorda (marché aux puces) puis l'a confié à son neveu frigoriste à Bab-El-Khadhra, lequel l'a ingénieusement rafistolé. Bien que ce frigo produise un vacarme terrible, il génère un froid qui tient la dragée haute aux pires canicules tunisiennes; un froid à faire pâlir d'envie les vitrines réfrigérées de chez ALMIA. En somme, une épicerie dont le charme inimitable vous rendra triste le jour où Am Brahim décidera de mettre la clé sous le paillasson.

Mais, par-dessus tout, ce que j'aime chez Am Brahim, c'est sa disponibilité, son humeur toujours égale et nos habituels brefs échanges sur la politique au quotidien. Combien de fois m'a-t-il surpris par la pertinence de ses propos.

N'est-ce pas lui qui affirme, non sans une étincelle de malice au fond de ses yeux, que "la politique, c'est l'art de vous asservir en vous donnant l'impression de vous servir" ou encore : "les pseudos serviteurs de la patrie... ils sont passés maître dans l'art de courber l'échine. Ils la courbent tellement et depuis si longtemps qu'ils ne voient même plus devant qui ils la courbent". Et lorsqu'un jour je lui dis... "Voyons Am Brahim... arrêtez votre char, vous qui parliez ainsi, pourquoi alors ce grand poster de ZABA sur le mur de votre épicerie".

J'avoue qu'à sa réponse, je ne m'y attendais guère.

- Mon fils - rétorqua-t-il -, je pourrais te dire que j'ai été contraint de l'afficher, ou qu'il me sert à cacher ces murs lézardés, voire à masquer la peinture craquelée, mais non, non... pas du tout.

- Ce poster, c'est ma plaie béante. Ce poster c'est la marque de mon fardeau, ce poster c'est la marque de l'infamie qui frappe mon pays. Ce poster est là pour dire à chacun de mes clients, lorsqu'il franchit le pas de mon épicerie, jusqu'à quand..., jusqu'à quand... ?

Il poussa un long soupir, regarda autour de lui, puis jeta un coup d'œil à son frigo comme pour s'assurer que le ronronnement de cette antiquité couvrait bien ses propos des oreilles indiscrètes ; et il poursuit :

- Jusqu'à quand le déshonneur, jusqu'à quand le viol de cette Tunisie, jusqu'à quand l'asservissement, jusqu'à quand l'injustice, jusqu'à quand le racket, jusqu'à quand l'oppression, jusqu'à quand la servitude, jusqu'à quand l'impunité...?

D'un geste lent, remontant sa chéchia rouge terne vers l'arrière de son crâne, laissant ainsi entrevoir la blancheur de ses cheveux ou de ce qu'il en reste, et d'une voix émue et l'œil presque humide, il ajoute :

- Ce poster, c'est le miroir des horreurs des Tunisiens. Ce poster, c'est le miroir que l'on voie partout et qui renvoie à chaque tunisien, où qu'il aille, la réalité de sa vie quotidienne. C'est l'étalon de la lâcheté et du courage. L'étalon de la lâcheté des Tunisiens, car il leur rappelle à chaque moment à quel point ils ont été lâches en laissant se disséminer autant de miroirs aux horreurs. L'étalon de leur courage... il ne l'est pas encore... il le deviendra. Il le deviendra, je l'espère, le jour où les Tunisiens se mettront à briser tous ces miroirs. Ce jour-là, leur courage sera proportionnel à la quantité de miroirs qu'ils briseront.

Un long silence s'en suit, puis il revint à la charge :

- Quand vont-ils se mettre à briser ces miroirs...? Je ne sais pas. Je prie seulement Dieu qu'ils le fassent de mon vivant. J'ai 87 ans... il ne me reste plus beaucoup à vivre. J'aimerais tellement, avant de mourir, voir mon pays libéré pour, le moment venu, partir serein quant à l'avenir de mes enfants, de mon neveu de Bab-el-Khadhra et de mon peuple. Vois-tu, à mon âge, il est de plus en plus difficile de supporter les bassesses quotidiennes et les insultes à mon intelligence et à l'intelligence des miens.

Profondément touché et, autant dire, assommé par les propos de Am Brahim, j'ai voulu détendre l'atmosphère en le taquinant un peu.

- Attendez Am Brahim ... faut pas exagérer non plus. Les bassesses quotidiennes et les insultes à l'intelligence... vous en êtes bien à l'abri, dans votre épicerie où vous passez 18 heures par jour. Pour le peu de temps qui vous reste... vous êtes chez vous. Vous vous reposez et vous n'avez même pas le temps de regarder la télé ni les infos.

Am Brahim presqu'en colère : "Mais t'as rien compris. Comment oses-tu dire que je suis à l'abri dans mon épicerie... Moi à l'abri !!!"

Et au moment même où il allait m'expliquer les raisons de sa colère et la teneur de ma mauvaise appréciation, M. Sbire Ben Sousfifre pointa le nez à l'épicerie:

- Hey, Brahim, Brahim donne-moi vite un kilo de sucre !

D'un calme froid, Am Brahim , en me pointant du doigt, répondit "je sers le monsieur d'abord, ensuite je suis à vous."

Am Brahim ne dit point mot sur les "bonnes manières" de ce sbire qui travaille à la dakhilia. Am Brahim avait l'âge du grand-père de ce connard qui venait d'entrer sans dire ni bonjour ni même SVP. Est-ce mon ignorance de ce type de comportement que subissait tous les jours Am Brahim qui l'ait mis en colère après ma remarque -que je ne pensais pas être aussi désobligeante...?

C'est possible. Toujours est-il que Am Brahim coupa court à mes interrogations en s'adressant à moi :

- Pour monsieur ça sera quoi ? dit-il d'une voix neutre.

- Une bouteille de Gazouz Pepsi et deux Yaourts nature SVP.

Il ouvra son vieux frigo, prit la bouteille de Gazouz et les deux pots de yaourt. Puis, en retournant devant son comptoir, il tendit la main vers une pile de vieux journaux haute d'une trentaine de centimètres pour prendre une feuille minutieusement découpée. Il prit les deux pots de yaourt et se mit à les emballer.

Surpris par son geste, car je n'avais nullement besoin qu'il emballe mes 2 yaourts, je me suis empressé de lui faire remarquer que ce n'était pas utile et que je prenais mes yaourts comme à l'accoutumé, sans besoin qu'il les emballe.

-Mais si, mais si, insista-t-il. Aujourd'hui, vous les prendrez emballés dans cette feuille de journal issue de cette pile que je prépare tous les matins depuis plus de trente ans.

Le ton de Am Brahim avait changé. Un ton empreint à la fois d'ironie, d'agacement et presque d'amertume. Puis il ajouta, "et si cela vous dérange tant, ramenez-moi cette feuille de journal demain".

Face à son insistance, je me suis tu, le laissant faire ce qu'il avait entamé. Je pris ensuite mes emplettes et regagnai ma maison qui se trouvait à 50 mètres de l'épicerie.

A la maison, et après avoir libéré les yaourts de leur gangue de papier et au hasard des titres en gras que ma vision avait effleuré, j'ai réalisé, brusquement, à quel point j'avais été stupide en disant à Am Brahim qu'il était à l'abri, entre autres, des insultes à l'intelligence. J'avais compris pourquoi il avait insisté pour que je prenne ce bout de journal. J'avais réalisé à quel point il voulait exprimer sa colère, mais qu'il n'avait pu le faire en présence de ce sbire qui venait d'entrer et qui était à l'affût du moindre de ses gestes. Celui-là même qui lui a amené, il y a quelques années, le grand poster de ZABA en lui intimant l'ordre de le coller au mur. Un poster finalement affiché par obligation mais que Am Brahim, faute de choix, s'en était réapproprié le sens et la signification ! Comment pouvait-il être à l'abri des insultes à l'intelligence et à l'abri des bassesses intellectuelles, alors qu'il a passé plus de 30 de sa vie à faire des piles de papiers issus de vieux journaux tunisiens.

Déjà, pour ma part, rien que la vision de ces torchons imprimés à Tunis me donne envie de vomir, alors que dire de Am Brahim qui, lui, les manipule tous les jours depuis 30 ans.

Oui, oui c'est ça et c'est ce qui explique sa sagacité politique et ses jugements satiriques sur la politique tunisienne. En réalité, rien ne lui échappait des inepties journalistiques quotidiennes.

Et, du coup, je sortis ce bout de journal froissé de la poubelle, pour voir ce qu'il contenait, pour me remettre dans la peau de Am Brahim.

C'était une vielle page du Renouveau daté du 14 mars 2002. Dessus, il y avait deux articles. L'un intitulé "Le contrat républicain" par Mohamed Kouka et, le second, "Les piliers du développement" par Houcine Ben Achour. Et là, je commence à percevoir les réactions de Am Brahim, lorsqu'il a pu lire, en confectionnant sa pile, les inepties de H. B. Achour et de M. Kouka qui rivalisaient de flagorneries.

Pour HBA, du vent... que du vent sur une pleine colonne, du genre : "INCONTESTABLEMENT [en majuscules dans le texte] la Tunisie fait preuve d'une capacité à répondre à la conjoncture proprement prodigieuse" [!!!]. Du vent, largement de quoi enrhumer Am Brahim.

Quant aux inepties de M Kouka, elles sont littéralement abrutissantes... Oui, c'est le mot, abrutissantes.
M. Kouka, m'apprend comme il a appris à Am Brahim que "Ben Ali veut réaliser ce que Hegel nomme dans la Raison de l'Histoire, l'universel, accompli par les grands hommes : "Parce qu'ils ont reçu intérieurement la révélation de ce qui est nécessaire et appartient réellement aux possibilités du temps", c'est grâce à eux qu'un peuple franchi l'étape qui correspond à sa nature dans la marche progressive de l'esprit universel. "Ce sont les grands hommes historiques qui saisissent cet universel supérieur et font de lui leur but ; ce sont eux qui réalisent ce but qui correspond au concept supérieur de l'esprit. C'est pourquoi on doit les nommer des Héros".

Oooow, Ouuf, je suis arrivé au bout de la citation, abasourdi, mais vivant !!!

Et quand je pense à Am Brahim qui a subi cela aussi !!!

Le même thuriféraire affirme également un peu plus bas que "Ben Ali s'inscrit dans le droit fil des initiateurs de la déclaration des droits de l'Homme de 1789". Tiens Donc... rien que ça !!!

Je découvre par ailleurs que la médiocrité de Kouka, qui nous parle de la raison de l'Histoire de Hegel n'est même pas foutu de connaître l'histoire de son pays. Il nous apprend dans son article relatif à la réforme constitutionnelle de ZABA, que la première constitution tunisienne a été rédigée en 1878. Trop, c'est trop. Quel ignare. C'est en 1861. Pauvre Am Brahim encore une fois, lui le passionné d'histoire, qu'est-ce qu'il a dû morfler.

Suis-je au bout de mes peines ? ...du tout !!

L'auteur précise, que pour donner cette date, il est allé consulter "l'Encyclopédie de l'Islam" et "Le langage politique de l'Islam" de Bernard Lewis. Non seulement il est ignare mais en plus il n'est même pas capable de recopier correctement ce qui est écrit. Car après vérification sur l'ouvrage de Bernard Lewis, je constate que celui-ci évoque, en effet, la première constitution tunisienne et indique bien la bonne année de 1861 (page 172).

Quel abruti ce Kouka. Je songe à Am Brahim qui a dû être vert de rage après avoir lu tout ça. Il a du probablement se dire que Kouka n'avait pas besoin d'aller aussi loin pour écrire des conneries. Il lui aurait suffit de passer faire ses courses chez Am Brahim et, là, il aurait vu sur une petite portion du mur décrépit, tout à côté du portrait d'Oum Kelthoum, une image poussiéreuse, jaunie par le temps, sur laquelle figure le Bey Mohamed Sadok et ayant pour légende "Son altesse, le père de la Constitution de 1861". Je songe également à l'amertume de Am Brahim, lui qui aurait tant aimé que Kouka lui fasse un compte rendu sur ce qui a été accompli depuis plus d'un siècle en matière de sauvegarde et de garantie des droits. Mais Oui, bien sûr, Am Brahim n'est pas dupe. Il sait pertinemment que M. Kouka ne peut pas faire cela. Car il eut été alors forcé de constater que la réforme de ZABA nous ramène à un Etat pire que ce qu'a institué la Constitution de 1861.

Quasiment au bord de l'écœurement, j'arrête là ma lecture. J'aime bien Am Brahim, mais tout de même...

Pendant les heures qui suivirent, j'ai été obsédé par ce que subissait Am Brahim depuis des années et des années. Comment a-t-il résisté à ces tonnes d'imbécilités et de sottises qu'il parcourait tous les jours en préparant ces papiers d'emballages. Ce n'est pas humain.

La fatigue commençant à se faire sentir, sans même manger, écœuré que j'étais par le bout du quotidien Le Renouveau que je venais de lire, je décide d'aller dormir. Rien n'y fit. Dans mon lit, l'image de Am Brahim préparant sa pile de papier continuait à m'obséder. Au bout d'une heure, une idée géniale me vint à l'esprit

Bon sang...!

Mais oui, après tout, pourquoi Am Brahim devrait-il finir sa vie en emballant ses produits dans ces torchons. Le monde a changé. Depuis l'avènement d'internet, il y a bien d'autres sources d'information tunisienne que les quotidiens tels Le Renouveau, La Presse et tous les autres journaux infectes. Désormais, Am Brahim va avoir deux piles de papiers d'emballage. Oui deux piles, l'une masquant l'odeur fétide de l'autre. Une deuxième pile qu'il pourra parcourir à loisir. A 87 ans, l'homme a bien mérité ne serait-ce qu'une petite note d'espoir.

Pris de frénésie, je quitte mon lit, j'allume mon ordinateur et je me connecte sur http://www.tunezine.com. Une fois sur le site, je me mets à télécharger l'intégralité des 95 numéros de TUNeZINE. Si tôt fait, je lance l'impression de tout ce que j'ai téléchargé. Bientôt j'ai une pile de quelques centimètres, près de 800 pages A4. Ma pile n'est pas aussi haute que celle que je voie chez Am Brahim; mais elle avait quand même de l'allure. Tout content de ce que je venais de faire, j'étais impatient de voir le jour se lever pour amener cette pile de papier à Am Brahim. En outre, il n'aura même plus à découper quoi que ce soit. Le format A4 devrait suffire à emballer beaucoup de produits. Pour les produits volumineux, Am Brahim utilisera son papier journal habituel.

A 7h 45 du matin, je quitte ma maison avec un paquet pesant près de 10 kilos. Heureusement que l'épicerie de Am Brahim se trouve à 50 mètres de chez moi.

Curieusement, en me rapprochant, il me semble apercevoir le rideau de fer de l'épicerie toujours baissé. Bizarre..., d'habitude Am Brahim est à son poste dès 6h30 du matin et ce, invariablement depuis 30 ans. Je me dis qu'il a, sans doute, dû quitter son commerce pour une petite course dans les parages et qu'il ne tardera pas à revenir.

Arrivant devant l'épicerie, je pose mon paquet par terre et j'attends. Au bout de 10 minutes, je vois un individu que je ne connais pas, en bleu de travail, s'approcher du rideau de fer. Il sort une clé de sa poche et s'apprête à lever le rideau. A ce moment, je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander :

- Mais qui êtes-vous ? Où est Am Brahim ? Pourquoi voulez-vous pénétrer dans son épicerie ?

- Je suis le neveu de Am Brahim. J'habite à Bab-El-khadra... me répondit-il d'une voix sèche à vous glacer le cœur.

Aah oui, c'est le fameux neveu frigoriste... mais pourquoi est-il aussi sec? Je ne l'imaginais pas ainsi. Il leva les yeux, me regarda avec une profonde tristesse et annonça :

- Mon oncle Brahim -que dieu l'entoure de sa miséricorde - est décédé cette nuit d'une crise cardiaque. Je suis venu récupérer quelques affaires personnelles...

Ce fut le choc. Je repensais à notre discussion de la veille, à cette pile que j'avais sous la main et qu'il ne verra jamais.

En quelques secondes, tout mon être fut saisi par un sentiment qui m'était jusqu'alors inconnu. C'était un profond chagrin doublé d'une violente colère. Le fait que Am Brahim nous quitte, m'attristait profondément. Mais qu'il nous ait quitté ainsi, amplifiait mon chagrin et ma colère. L'anonyme petit épicier de la rue Hythlorremus, avait, depuis 30 ans, encaissé les pires insultes à son honneur de citoyen. Il vient de partir avec la conscience aiguë que cet honneur de citoyen fut bafoué, souillé et outragé. Lui qui avait connu l'injustice du colonialisme, lui qui avait combattu ce colonialisme et qui avait tellement espéré dans l'indépendance de sa patrie a été trahi sa vie durant par des politiques voraces et sans vergognes. Il a été trahi par une bande de parvenus et de flagorneurs. Tous, pourtant enfantés par cette chère patrie qu'il avait tant aimée et défendue. Et ma colère était d'autant plus forte que depuis des années que je fréquentais son commerce, je ne m'étais, jusqu'à la veille, jamais douté de cette conscience aiguë qu'il avait de sa citoyenneté bafouée. Pourquoi ai-je été seulement aujourd'hui devant son épicerie avec l'intégralité des numéros de TuneZine sous le bras. Ce magazine dont il n'avait jamais entendu parler et que j'aurais tant aimé lui faire découvrir en le déposant sur son comptoir, quitte à ce qu'il s'en serve comme papier d'emballage. J'imagine la réaction du vieillard en découvrant ce magazine électronique tunisien qui existe depuis un an sur internet. Je peux même imaginer l'étincelle de ce bonheur malicieux que les yeux de Am Brahim exprimaient si bien. Il est parti sans savoir que cette chère patrie a aussi enfanté des individus aussi voraces dans la satire pour défendre son honneur outragé.

Adieu Am Brahim
Astrubal


Tunisie, le 10 juillet 2002
Pour le plaisir ...

Quelle famille !

Juin 2002
Les hommes descendent des singes ? Tous ne sont pas descendus ...

Le ZABA-Zoo


Habib est un citoyen ordinaire. Un fonctionnaire quinquagénaire qui nage dans le bonheur jusqu’au cou. Grâce à un contrat de location qui date des années soixante, il paye un loyer symbolique, sa fille a réussi son bac avec mention et il vient d’être promu chef de service. Sa femme, comme lui, a l’incommensurable honneur, d’être une servitrice de l‘Etat (ou de ce qui en reste). Ni Habib ni sa femme n’oublient jamais de renouveler chaque année leur carte magique aux couleurs blanc rouge sang. Habib est un philosophe à sa manière. Il suit à la lettre les préceptes de la philosophie tunisienne de base : « Eddenia maâ el-wakef. Imchi maah ! » ( Range-toi toujours à côté des gagnants). Sa loyauté envers le régime est sans failles ou presque. Habib joue le jeu, mais garde une certaine distance pour ne pas dire dignité. Il a eu le privilège de présider un bureau de vote dans une petite ville, connue pour son « déviationnisme de gauche ». Il a été félicité pour les résultats éclatants. Habib se contente d’un sourire malin pour commenter la victoire écrasante de Zaba. Il avoue avec honnêteté : « Oui, je suis un hypocrite ! »

Ce con-citoyen, qui consomme et se tait, ose parfois parler en privé de certains thèmes tabous. D’ailleurs, il n’a pas caché sa rage après les honteuses obsèques de Bourguiba, ni sa colère devant la gestion scandaleuse de la grève de faim de Ben Brik. C’est ce qui le distingue des autres « militants » RCDistes. Habib a l’audace de prononcer des « gros mots » comme Hamma Hammami et Radhia Nasraoui. Deux ans avant l’inoubliable date du 02-02-02, je discutais avec Habib au sujet du fameux couple qui avait osé « produire » un enfant loin des grands yeux de Zaba. Comme le monde est petit, la fille de Habib avait comme collègue au lycée l’une des filles du « couple maudit ».

Que cherche Radhia Nasraoui ?

Au cours de cette conversation a bâtons rompus, Habib avait posé une question qui s’était incrustée dans ma mémoire pour toujours : « Que cherche Radhia Nasraoui ? » La petite cervelle de notre brave fonctionnaire peine à comprendre comment une femme issue d’une famille agricole assez riche et qui exerce un métier en or, cherche exprès à « embêter » le régime au prix d’une vie familiale brisée. C’est un vrai casse-tête pour des millions de pensionnaires du Zaba-Zoo. Si elle le voulait, Radhia serait une avocate riche et « respectable ». Une petite villa au bord de la mer ne serait pas un rêve irréalisable. Et peut-être même un petit poste diplomatique pour expliquer et prouver à nos amis occidentaux les droits dont jouissent les femelles dans le Zaba-Zoo. Qu’est-ce que les millions de khobzistes tunisiens ne donneraient-ils pas pour savoir ce qui se passe dans le cerveau de cette avocate tentée par le diable ! Cette désaxée, qu’un journaliste non moins désaxé avait qualifié de « Première Dame de Tunisie », défie par son comportement toutes les lois du khobzo-zabatisme.

Depuis que le monde est monde, on n’a jamais vu les locataires d’un zoo se révolter contre celui qui leur donne la bouffe et la sécurité. A-t-on jamais vu des singes se révolter parce que leurs voisins les lions sont maltraités ? Et même si un singe est enlevé par un gardien, les autres singes vont-ils faire la grève de la faim ? Un singe idiot pourrait lancer :

- Vous oubliez les principes mesdames et messieurs les singes ! - Nous, on préfère les bananes !

Les fous du zoo

Radhia n’est pas la seule à troubler les esprits khobzistes. Un médecin comme Marzouki, n’a-t-il pas besoin d’être traité par un collègue psychiatre ? Pourquoi ne se comporte-t-il pas comme un médecin « normal » ? Au lieu d’être un collectionneur de procès politiques pourquoi ne pas devenir collectionneur de Mercedes et de yachts ? Notre éminent professeur manque sûrement d’intelligence économique. Les médecins tunisiens intelligents réussissent non seulement économiquement, mais parfois politiquement. Voyez comment le docteur Hedi Mhenni a réussi sa vie. Un pédiatre qui fait maintenant trembler des millions de jeunes et de moins jeunes.

Pourquoi Zouhair Yahiaoui a-t-il choisi la porte étroite de la dissidence au lieu de la large voie de l’obéissance ? Si j’étais médecin, j’aurais tout de suite diagnostiqué les penchants suicidaires d’ettounsi. Il faut être fou pour entrer de plein gré dans la cage aux fauves. Certains fous comme lui parlent de son génie et de son humour. L’essentiel : son site web combien lui a-t-il rapporté ? N’aurait-il pas mieux fait d’écouler la bière importée par le neveu de Zine que de créer TUNeZINE ?

Et son oncle Si Mokhtar, que cherche-t-il ? Pourquoi ne profite-t-il pas de la bulle spéculative qui agite la bourse de Bab Bnat ? Et maître Nejib Hosni, l’avocat des pauvres, qu’est-ce qui l‘empêche de devenir l’avocat des riches ?

Répondre à ces questions c’est répondre à une question essentielle et fondamentale: quel est le sens d’une vie ?


Omar Khayyâm

le 8 juillet 2002
 Omar Khayyâm, visionnaire une fois de plus ?


L'ex-dictateur Zinochet se retire de la scène politique

25/07/2002

Bardo (Tunisie), 25 juillet (TNA) -

Le parlement tunisien devait officiellement recevoir aujourd’hui la démission du général Zine el-Abdine Ben Ali, qui se retire de la scène politique près de quinze ans après avoir imposé à la Tunisie l'une des plus féroces dictatures d'Afrique (1987-2002).
Mais, dans la lettre de démission de son poste de président à vie, Ben Ali a justifié son régime ce qui a généré un climat tendu avant la session extraordinaire de la Chambre des Députés

Partisans et opposants à l'ex-dictateur ont appelé à manifester devant le siège du parlement au Bardo ( banlieue ouest de Tunis), où le président du parlement, Fouad M’bazzaâ, a averti qu'il n'hésiterait pas à faire usage d'une "main de fer" pour maintenir l'ordre.
La session devait débuter par la lecture de la lettre de démission de Ben Ali, arrivé au pouvoir le 7 novembre 1987, suite à coup d’Etat médical.
L'ex-dictateur, âgé de 65 ans, avait remis sa lettre jeudi dernier au président de la Chambre des Députés Fouad M’bazzaâ, trois jours après la décision du Tribunal Administratif d’annuler définitivement les résultats du référendum sur la réforme constitutionnelle, organisé le 26 mai 2002.
La procédure qui avait été engagée par le juge Mokhtar Yahiaoui, avait mis en cause, pour vice de forme, le décret présidentiel organisant le référendum contesté.
Outre cette affaire, l’ex-dictateur tunisien fait l'objet de plus de 30 plaintes en Europe et au Canada pour des crimes commis pendant son régime, qui a fait officiellement plus de 50 morts et disparus.
"Je ne suis pas fou", a-t-il déclaré au président du parlement lors d'une conversation téléphonique, a révélé M. M’bazzaâ après avoir reçu la lettre de démission des mains du ministre chargé des relations avec le parlement.
En quittant la présidence, Ben Ali perd son immunité perpétuelle, celle dont il aurait bénéficié en tant qu'ex-président, selon la Constitution modifiée du 26 mai dernier, annulée pour vice de forme par le Tribunal Administratif de Tunis.
"L’œuvre réalisée par mon gouvernement sera jugée par l'Histoire. Il subsiste encore trop de passions parmi nos concitoyens pour attendre d'eux un verdict objectif, serein et, surtout, juste", affirme-t-il dans sa lettre.
"J'ai la conscience tranquille et l'espoir que demain mon sacrifice de soldat soit valorisé et qu'il soit reconnu que ce que j'ai fait à la tête des Forces de l'Ordre et de l’Etat n'avait pas d'autre objectif que la grandeur et le bien être de la Tunisie", ajoute-t-il.
Ces propos ont suscité la colère des députés du Parti Ettajdid ( héritier du Parti Communiste Tunisien ) "La lettre de démission contient des affirmations qui nous semblent inacceptables et pour cela nous entendons user de notre droit de réponse", a dit le député Mohamed Harmel, chef du groupe « communiste » au parlement.
Les députés du RCD, qui ont toujours soutenu Ben Ali et sa dictature, se sont pour leur part manifestés contre l'organisation d'un débat au parlement après la lecture de la lettre.
"Quel sens cela a-t-il de discuter de l'histoire politique du pays? Il vaut mieux nous dédier à légiférer et laisser la politique politicienne", a estimé la députée Nassima Ghannouchi.
La démission du général "est un geste de plus que ce grand homme d'Etat réalise pour le bien de notre bien-aimée Tunisie", a estimé dans un communiqué le Mouvement des Démocrates Socialiste MDS, qui a appelé ses membres à se rassembler devant le parlement alors que le Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT) a lui aussi prévu une manifestation.
Ben Ali: l'un des plus implacables dictateurs d'Afrique

25/07/2002 -

TUNIS, 25 juillet (TNA) -


D'après Courrier InternationalLe général Zine el Abidine Ben Ali, 65 ans, qui a démissionné huit jours après la décision du Tribunal Administratif d’annuler, pour vice de forme, les résultats du référendum du 26 mai 2002, a été à la tête de l'une des dictatures les plus répressives d'Afrique de 1987 à 2002.
Instigateur du coup d'Etat médical contre le président sénile Habib Bourguiba, le 7 novembre 1987, il a gouverné pendant 15 ans d'une poigne d'acier les quelque 10 millions de Tunisiens.
Se présentant comme "l'homme qui a sauvé la Tunisie de l’intégrisme", il eut recours à des mesures expéditives pour conforter son pouvoir, dont la détention de centaines d'opposants politiques ou syndicaux au milieu de son règne, qui fit plus de 50 morts et disparus et entraîna l'exil de milliers d’opposants.
"En Tunisie, pas une feuille ne bouge sans que je le sache", s'est un jour vanté le dictateur, né le 3 septembre 1934 à Hammam Sousse (140 km au sud de Tunis).
Fils d’un ouvrier du port de Sousse, issu d'une famille nombreuse, Ben Ali a commencé sa carrière à Tunis, comme sergent de la jeune armée tunisienne, issue de l’indépendance en 1956.
Devenu général au début des années quatre-vingt, il trahit le président Bourguiba peu après avoir été nommé premier ministre en septembre 1987.
Partisan de l'économie libérale, jouissant des sympathies françaises et américaines en raison de son anti-islamisme viscéral, il eut cependant des déboires avec la France suite à la fameuse grève de la faim du journaliste Taoufik Ben Brik en mai 2000 et la « farce électorale » du 26 mai 2002.
Accusé d'assassinats, de tortures et de nombreuses autres violations des droits humains, Ben Ali est confronté à partir de 1999 à des manifestations spontanées auxquelles il répond par une implacable répression.
Cet expert en renseignement perd la bataille juridique engagée lors du référendum du 26 mai denier, où plus de 99,52% des votants disent "oui" à son projet de réforme constitutionnelle.
Se croyant protégé par son immunité perpétuelle, il réprime avec une férocité inouïe toute forme de critique ou d’opposition, mène une campagne technico-policière pour verrouiller Internet, interpelle un cyber dissident début juin, s’attaque aux avocats et aux militants des droits humains, s’en prend aux ex-détenus politiques et fabrique des procès politique à la chaîne.

Omar Khayyâm

Mardi 9 Juillet 2002
 
  Fond sonore : Happy Birthday !