Walid : "Une faculté tunisienne qui tient à garder l'anonymat, a vu son doyen sollicité par un valet d'un inconnu. Des informateurs rapportent que l'inconnu est membre d'un parti inconnu et qu'il est le proche d'un autre inconnu. Le valet a demandé au doyen d'inscrire la fille de l'inconnu à son université. Le doyen, un homme irrespectueux, a répondu que le dossier de la fille sera examiné par le jury d'admission. Or le dossier a été rejeté suite à l'examen. Le scandale a très vite éclaté. Des inconnus plus influents ont été dépêchés à l'université pour faire pression sur le doyen et l'obliger à respecter les vénérables valeurs de la République de Demain (i.e la République Qui Fait Encore Dodo en attendant Demain). Mais le doyen s'est obstiné dans ces positions immorales. Il a été invité à démissionner mais il a refusé. La fille et son père ont manifesté pacifiquement dans le bureau du doyen en tenant des propos menaçants et obscènes en guise de protestation. Les autorités, soucieuses de remettre de l'ordre, ont du intervenir. Le doyen a été viré. Tout est redevenu normal. Le scandale est effacé."
Pourquoi un tel scandale est-il impossible en Tunisie ?
Supposons que le ministre tunisien de l'enseignement supérieur ait favorisé la fille de son collègue des affaires étrangères. Le premier casse-tête du journaliste tunisien est de trouver des sources d'information. Sous la dictature l'info est devenue la marchandise la plus rare au pays. Un journaliste des deux ères, bourguibienne et benalienne, se rappelle avec nostalgie le bon vieux temps où il disposait de sources partout dans les rouages de l'Etat, parfois même au sein du saint des saints, le ministère de l'intérieur !
Suposons que notre brave journaliste ait franchi cette étape : une source fiable au ministère de l'enseignement supérieur lui confie l'info en question. Après avoir fait son propre enquête et vérifiée les faits, il rédige un papier révélant le scandale. Dans chaque organe de presse tunisien, il y a un censeur interne, qui est généralement le directeur ou le rédacteur en chef. Il y a 99,62% de chances pour que le "patron" jette cet article "sensible" à la poubelle.Supposons que, par un miracle qui ne se répète que chaque mille ans, le responsable de la censure interne donne son feu vert pour la mise en page et la publication de l'enquête explosive.
Pour le pauvre journaliste, la course aux obstacles est loin d'être finie. Dans chaque imprimerie de journal il y a des "lecteurs assidus" qui veillent à ce que les copies fraîchement sorties des presses soient "politiquement correctes". Mais supposons que cet artcile qui sent le souffre ait échappé à l'attention de ces lecteurs très matinaux.
Le fait que le journal soit distribué aux kiosques signifie-t-il que la bataille est finalement gagnée ? Rien n'est moins sûr. Un petit coup de fil du Palais suffit pour que toutes les copies "disparaissent" du marché.
Le vrai miracle tunisien est que cette espèce menacée d'extinction il y a quelques années - les journalistes - ait pu survivre à l'ère glaciaire appelée Nouvelle Ere. Une niche écologique, qui leur sert principalement de refuge, assure aussi leur épanouissement et favorise leur reproduction. Cette niche a la forme d'une toile...
Omar Khayyâm