Il flotte dans ma tête depuis deux jours, ce mot. Appartenance. Les questions qu'Ettounsi s'est posé en le livrant aux lecteurs flottent avec, mais je peine à comprendre.
Appartenance, ça deviendra un nouveau mot à la mode ? Opposition, ça n'a jamais réussi à réunir tous ceux qui ont conscience de leur étouffement sous la dictature. Résistance, ne réunit personne. Partis, associations de défense des droits humains, ça ne réunit que quelques-uns, ceux qui se réunissent dans l'espoir de réussir à faire plus ensemble. Troisième opposition, ça a fait si peur, de se trouver dans une chose reconnue, que beaucoup ont fui en silence, si d'autres ont réagi en assumant leur opinion.
Ettounsi n'est de loin pas le seul à ne pas accepter l'idée d'une appartenance. Appartenir à un groupe signifie avoir quelque chose en commun avec les autres. Pourtant, la plupart des Tunisiens veulent juste s'exprimer, parler sans réfléchir à qui pourrait donner une importance politique à des propos juste de l'ordre du banal. Juste respirer, sans avoir un poids sur la poitrine qui s'annonce le matin au réveil et qui ne les quitte pas le soir au coucher. Juste vivre, sans avoir peur que chacune de leurs actions puissent être illégales, parce que simples initiatives personnelles et pas du rcd. A quelle communauté pourraient-ils appartenir ?
Leur seul point commun, c'est d'aspirer à vivre, et d'étouffer.
Sans savoir, la police politique a intuitivement trouvé le nom qui désigne la population qui veut vivre
appartenance. Non, non, pas appartenance à la Tunisie, appartenance à la vie, à l'humanité : c'est illégal, en Tunisie, on risque la torture, la privation de cette humanité qu'on a cru pouvoir vivre, la privation de la liberté même d'être, la prison tunisienne. Ettounsi dit avoir été irrité par ce terme, appartenance : ben, je le prend pour moi : je suis « Appartenance ».