2003 touche à sa fin, en guise d’évaluation, en se limitant à nos préoccupations nationales, le premier constat qu’on peut dresser et qui marque le plus cette année peut être résumé en deux mots. C’était l’an du différend.
Le pouvoir fort d’une reconduction imposée avant terme par référendum donne l’impression de procéder à une fuite en avant exclusivement soutenue par une machine rodée et éprouvée depuis son installation par un parcours presque sans faute depuis 16 ans. C’est le genre de système qu’on connaît par expérience dont la seule défaillance est celle de son écroulement.
En face, c’est le délitement total d’une opposition statutaire incapable de donner la réplique et dans l’incapacité de se fixer des priorité ou d’arrêter un programme commun capable de lui donner une signification. Marginalisée, désertée, elle continue de stagner dans son microcosme clos en marge de la société.
C’est la société civile en gestation qui est amenée à supporter le poids de l’oppression et la tache de la dénonciation de tous les abus et les excès. Une dizaine d’associations pour la majorité non reconnues dépourvues de moyens adéquats d’action cherchent malgré les nocives pressions et les tentatives de manipulations et d’hégémonie de certains courants de se frayer leur chemin en attendant un éveil social incertain.
Malgré l’inconsistance des actions menées, le manque flagrant de militants engagés et la terreur qui cherche à semer la peur pour réduire encore leur rangs, c’est dans le différend et les tentatives d’obstruction et de marginalisation que les dernières voix cherchent à faire entendre leur dénonciations des grave atteintes qui sont quotidiennement pratiquées au dépend des droits de l’homme, des lois et des institutions.
Tout homme libre, aujourd’hui en Tunisie, ne peut oublier cette années sans garder pour autant un arrière goût d’amertume et de dégoût d’avoir failli à honorer un combat franc malgré la disproportion des forces qu’il a affronté essentiellement à cause de la mauvaise foi et de la mauvaise volonté de ceux qu’il considérait pour ses alliés.
Ainsi 2004 doit être commencée sur le même menu :
quelques 600 prisonniers politiques à libérer dont une majorité à leur 13 ème année de détention dans des conditions de détentions plus proches des camps de concentration qu’ils partageaient avec plusieurs dizaines de milliers de détenus de droit commun.
Des dizaines de milliers d’exilés, d’anciens détenus politiques faisant l’objet ainsi que leurs familles aux plus abjectes pratiques discriminatoires qui attendent d’être amnistiés pour recouvrir leurs droits.
Un système judiciaire à réformer et dont les défaillances sont unanimement dénoncées. Et un barreau menacé à défendre et qui constitue le dernier bastion de démocratie et de liberté dans le pays et le dernier vivier de militants.
De nouvelles lois exceptionnellement répressives qui instituent un véritable arsenal d’un état d’exception non déclarée dont il fallait attendre les retombés.
Sans parler des plus élémentaires des libertés qui nous ont toujours manqués : Liberté d’expression, de presse, d’association et surtout d’investir la rue pour manifester notre mécontentement.
Pauvre Tunisie à la traîne des évolutions qui secouent le monde entier aujourd’hui alors qu’elle avait été en position d’éclaireur avancé dans leur conception.
Il serait vain d’espérer d’apurer tout ce bilan en une seule année alors que le vrai débat n’a toujours pas commencé. 2004 pour nous autres militants de première ligne ne doit avoir aucun secret.
Les « démocrates » se préparent d’ores et déjà à jouer leurs rôle préféré de comparse, où ils excellaient, du candidat perdant à -1%. En contrepartie, on va les laisser se déchirer dans une enchère au rabais dans les concessions pour s’adjuger la meilleure portion des 20% de siéges réservés au parlement aux témoins complices qu’ils sont de notre spoliation de souveraineté par les imposteurs qui nous gouvernaient. On n’a plus pour dénoncer, médusés, leur débilité et la dégénérescence de leur « démocratie » qu’à les inclure sur le banc des accusés. Soyons certains qu’ils dénonceront avant d’entrer dans leur phase d’hibernation de cinq ans la farce qui leur aura été rejouée.
Le clair obscur de cette situation est qu’elle nous met au moins devant l’évidence des voies sans issue dont on doit se démarquer pour pouvoir en fin faire face à l’unilatéralisme excessif du pouvoir, faire de la bonne gouvernance une exigence au delà de toute idéologie ou confession et bannir définitivement l’exclusion et l’oppression quelles que soient ses formes ou l’origine de ses manifestations.