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Association Internationale de Soutien aux Prisonniers Politiques
33 rue Mokhtar Atya, 1001-Tunis
Tel : 71 340 860 Fax : 71 351 831
Tunis, le 1er octobre 2005
Madame Najet Mejri, militante estudiantine, a été rappelée à Dieu le 28 septembre 2005. Elle avait passé une année en prison du fait de ses activités à la tête du mouvement lycéen. Sa détention avait eu des conséquences sur le cours de sa vie alors qu’elle était toute jeune. Elle n’avait accepté ni son incarcération, ni les méthodes arbitraires des geôliers à son endroit. Elle était en dépression permanente depuis son entrée en prison, état qui s’est prolongé après sa libération, dû aux affres de la torture en prison, avant le procès et aux pressions psychologiques. Il en est résulté un cancer du sein qu’on ne l’avait pas laissée soigner à temps. Son droit à des soins gratuits lui fut refusé alors qu’il aurait encore été possible d’éradiquer la maladie si elle avait été soignée dès le début.
Sa sortie de prison n’a pas signifié la fin de son calvaire. Elle a été persécutée, restant longtemps sous contrôle administratif. Elle avait pris contact avec l’AISPP pour faire part de ses souffrances et se plaindre de sa privation de carte de soins, de passeport et l’interdiction de poursuivre des études. Voici ce qu’elle a relaté dans un manuscrit : « Elle a été arrêtée le 14/7/94 par la police de Gorjani où elle a été soumise à la torture sauvage et ignoble des enquêteurs. Au bout de quinze jours elle a été déférée devant le procureur de la République. Elle a été par la suite condamnée à une année d’emprisonnement pour appartenance à une association non reconnue. Elle a été écrouée à la prison des femmes de la Mannouba et placée dans une aile réservée aux prisonniers coupables d’assassinat. Dès les premiers jours l’administration a entrepris de la persécuter par l’entremise d’une prisonnière de droit commun ayant perdu ses facultés mentales, Najet Felta, qui l’agressait avec une violence paroxystique au moyen de tout ce qui lui tombait entre les mains. Comme les autres prisonnières politiques, elle a subi des séances de torture consistant à les obliger à ramper sur les genoux, ou dévêtues, par les grands froids de l’hiver ou à des heures matinales, sous la surveillance de nombre de prisonnières qui se mettaient à les frapper sur la tête avec tout ce qu’elles avaient entre les mains. Elle devait prendre des bains d’eau froide en hiver. Elle était privée de couffin et de visite le jour de l’Aîd.
Après qu’elle eût purgé l’entièreté de sa peine, elle dut pointer quotidiennement dans divers postes de la Sûreté : Kabbaria, Gorjani, Bardo, district de Tunis, Renseignements. Elle en fut réduite à filer la laine chez elle pour faire face aux dépenses de transport d’un poste à l’autre. Et elle devait s’y présenter tête et bras nus. Elle vivait dans la crainte permanente des fréquentes descentes nocturnes des agents de police à son domicile. La brigade des renseignements la contraignait à attendre au siège de la brigade d’où elle entendait les hurlements et les gémissements des personnes arrêtées et torturées dans ces postes.
La maladie qu’elle a contractée n’était pas fatale, mais la conséquence de son état dépressif, des pressions psychologiques et de l’angoisse dont elle souffrait depuis son arrestation, son incarcération, les agressions, et la conséquence de son interdiction de soins. »
L’AISPP qui n’a cessé d’alerter sur la dangerosité de la situation dans les prisons tunisiennes et d’affirmer que d’y passer ne serait-ce qu’une année équivalait à une condamnation à mort, attire l’attention sur les tragédies découlant du maintien de centaines de prisonniers politiques pour de longues périodes dans ces geôles et exige leur libération.
L’AISPP adresse ses sincères condoléances à la famille de la défunte. Elle prie Dieu de l’accueillir avec clémence et pardon dans son paradis et de doter sa famille de patience et de réconfort.
Le président de l’Association
Maître Mohammed Nouri
(traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version en arabe, LT) |