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 En présence de plusieurs personnalités du mouvement politique et associatif tunisien, le PDP, a ouvert vendredi 4 février à Tunis, la Campagne Nationale pour l’Amnistie Générale. Plusieurs réunions sur le même thème doivent se tenir, ce week-end, dans les villes de Sousse, Sfax, Gabès, Gafsa, Sidi Bouzid et Kasserine. Etaient présents à la réunion d’ouverture messieurs Nejib Chebbi (Secrétaire Général du PDP ), Mustapha Ben Jaafar (Secrétaire Général du FDTL), Hamma Hammami (Porte Parole du POCT), Ali Laaraïdh (Porte Parole du mouvement Ennahdha, récemment libéré après quatorze années de détention), Abderraouf Ayadi (Vice Président du CPR), Mokhtar Trifi (Président de la LTDH), Salah Hamzaoui (Président du Comité de Libération de Hamma Hammami et ses amis), Radhia Nasraoui (Présidente de l’Association Tunisienne de Lutte Contre la Torture), Lotfi Hajji (Président du Syndicat des Journalistes Tunisiens), Saïda Akrmi (Présidente de l’AISPP), Noureddine Behiri (signataire du Pacte National pour le mouvement Ennahdha), Lotfi Hidouri(membre du comité directeur du CNLT) ainsi que plusieurs anciens détenus politiques dont messieurs Hachmi Troudi et Abdellatif Mekki) et des membres du Comité Directeur de la LTDH. Monsieur Rachid Khéchana, membre du Bureau Politique du PDP, a ouvert la réunion, il a rappelé l’importance de l’Amnistie Générale pour l’assainissement et la libéralisation de la vie politique avant de donner la parole aux deux conférenciers messieurs Khémaïs Chammari, figure de proue du mouvement démocratique tunisien et Mohammed Goumani, membre à la fois du Bureau Politique du PDP et du Comité Directeur de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. Monsieur Khemaïs Chammari a consacré son intervention à la signification historique de la Campagne Justice et Vérité qui se déroule actuellement au Maroc. Il a rappelé qu’une telle campagne s’est déroulée dans 27 pays (Argentine, Chili, Afrique du Sud etc..) qui ont tous connu un changement de régime politique mais que le Maroc était le seul pays à vivre un évènement de cette ampleur sous le même régime voire avec l’aval du Roi et des pouvoirs publics. Cette campagne se déroule dans 17 villes du pays, a-t-il rappelé et fait l’objet d’une transmission en direct par les médias nationaux. La commission en charge de cette campagne est constituée par une majorité d’anciens détenus politiques et a instruit 22 000 dossiers. Il a rappelé les principes qui gouvernent cette campagne, ni oubli ni vengeance, et ses quatre grands objectifs : le devoir de conservation de la mémoire, l’exigence de vérité, l’impératif de justice et l’obligation de réparation. Monsieur Chammari a fait le parallèle entre la situation au Maroc et en Tunisie pour conclure « n’est ni Démocrate ni de Gauche celui qui ne fait pas de la revendication d’une amnistie générale une question d’identité » Monsieur Goumani a quant à lui consacré sa communication à la critique de la position gouvernementale qui nie jusqu’à l’existence même des prisonniers politiques en Tunisie. Analysant, en suite, les conséquences dévastatrices de la campagne de répression des années 1990, émaillée de tortures, de procès iniques, de lourdes condamnations, de conditions inhumaines de détention et de privation des anciens prisonniers politiques de leurs droits civiques et politiques de base il a conclu au caractère national de la revendication d’Amnistie Générale et à son urgence pour l’assainissement de la vie politique dans notre pays. Il a terminé son intervention par l’énumération des cinq principes directeurs dans la lutte pour l’amnistie : la réconciliation au sein de l’opposition elle-même, l’établissement d’une échelle des urgences en accordant la priorité à la libération des prisonniers, l’élaboration par l’opposition d’un projet de loi d’amnistie pour éviter les lois tronquées du passé, mettre à profit les facteurs favorables de la conjoncture internationale et enfin inscrire l’amnistie dans une perspective de réconciliation nationale. Prenant la parole monsieur Hamma Hammami a rappelé que son parti a brandi la revendication d’amnistie générale dès 1992, un moment où cette revendication faisait peur. Il a déclaré que la répression ne faisait pas de distinction parmi ses victimes et a soutenu monsieur Chammari dans sa déclaration que l’amnistie constituait une question d’identité pour les hommes de Gauche. Monsieur Bhiri a rappelé quant à lui que cinq cents prisonniers politiques croupissaient aujourd’hui dans les geôles du pouvoir dans des conditions inhumaines, il a notamment cité les cas de Sahbi Attig, Moheddine Ferjani, Sadok Chourou. Il a salué la mémoire de lotfi Idoudi, décédé le mois dernier, un an après sa sortie de prison, des suites de mauvais traitements. Il a évoqué le cas de Abdallah Zouari, actuellement en grève de la faim à cause du bannissement qu’il subit, dans le sud tunisien, loin de sa famille, après avoir purgé une peine de onze années de prison. Monsieur Bhiri a estimé que l’état de santé grave dans lequel se trouve l’exilé politique Salah Karkar était dû aux souffrances qu’il a subies des suites de son éloignement. Maître Bhiri a terminé son intervention en exhortant les partis politiques à redoubler d’efforts dans la lutte pour l’amnistie. Lui succédant Abdellatif Mekki a rappelé le cas des étudiants, Ajmi Lourimi et Abdelkarim Harouni, condamnés à perpétuité et celui d’autres étudiants condamnés à des peines allant jusqu’à 22 ans de prison pour avoir pris part à de simples manifestations étudiantes. Il a insisté sur l’idée que la répression ne faisait pas de distinction parmi ses victimes et racontant une anecdote à ce propos, il dit « en arrivant en prison, en 1987, j’ai rencontré Abdelhamid Skhiri ancien haut responsable du ministère de l’intérieur, incarcéré à l’infirmerie. Un jour j’ai été transféré dans une chambrée bâtie pour cent prisonniers mais où croupissent aujourd’hui plus de 360 détenus. Me plaignant de cette punition à ma famille, je lui ai demandé de contacter Dr Moncef Marzouki, président de la LTDH pour le mettre au courant. Mais, sur le chemin du retour à ma chambrée, quelle ne fut pas ma surprise de rencontrer Moncef Marzouki, se rendant, lui-même à la visite de sa famille. En 2001, a-t-il ajouté, quittant la prison je suis tombé nez à nez avec mon geôlier de 1987, lui-même incarcéré. » Abderraouf Ayadi a particulièrement fustigié les forces internationales qui se taisent sur la situation des prisonniers en Tunisie, Hachmi Troudi et Laroussi Hani ont apporté quant à eux leurs témoignages d’ancien prisonnier et de père de l’exilé politique Abdelwahab Hani.
Jamel Jani 06 - 02 - 2005 |