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source : http://www.liberation.fr/page.php ?Article=282363
Le Tunisien Zouhair Yahyaoui est décédé dimanche d’une crise cardiaque à l’âge de 36 ans.
Par Ludovic BLECHER
lundi 14 mars 2005 (Liberation.fr - 16:03)
L’Internet tunisien a perdu, dimanche, un homme libre. Zouhair Yahyaoui, fondateur et principal animateur du journal satirique en ligne TuneZine, était incapable de tenir sa langue et sa plume dans un pays où la liberté d’expression se paie souvent en années de prison. Le cyberdissident connaissait les risques encourus et les prenait parce que, pour lui, « ne rien dire c’est encore pire ». Il est décédé dimanche matin d’une crise cardiaque à l’hôpital Habib Thameur de Tunis, où il avait été conduit pour des douleurs à la poitrine. Visité à deux reprises par un médecin qui n’a pas diagnostiqué à temps la crise cardiaque, le cyberdissident est mort à 36 ans. Près de deux ans seulement après sa libération des geôles tunisiennes où il avait subi torture, humiliations et entrepris trois grèves de la faim entamées pour protester contre ses conditions de détention.
Le prix fort
Sur le Net, Zouhair avait un pseudo : Ettounsi (le Tunisien). Amoureux de son pays - « même sous surveillance, je ne peux pas vivre ailleurs » - il a fait une entrée fracassante sur le réseau en 2001. Son principal fait d’armes : la publication sur son site d’une lettre ouverte écrite par son oncle, le juge (en retraite forcée) Mokhtar Yahyaoui, qui dénonçait l’absence totale du pouvoir judiciaire dans son pays. Très vite, son webzine est devenu le site de référence de dissidents qui, face à la censure la plus stricte, n’ont réussi à se créer un espace de liberté que sur le Net. Véritable succès d’audience, il est devenu gênant pour le régime. En juillet 2002, Zouhair a donc payé le prix fort : une condamnation à deux ans et quatre mois de prison pour « divulgation de fausses nouvelles ».
« Narguer la cyberpolice de Ben Ali »
Malgré le tollé international provoqué, le régime aura tenu près d’un an et demi, ne décidant de remettre Zouhair en liberté conditionnelle que le 18 novembre 2003. Plus combatif que jamais, il avait alors pu se rendre à Paris où il s’est vu décerner en juin 2003 le prix Cyberliberté par Reporters sans frontières. « Depuis je suis interdit de tout, racontait Zouhair. Je n’ai pas le droit de travailler, mon site est inaccessible depuis la Tunisie et les gens me fuient pour ne pas s’afficher à mes côtés. » Très isolé, il continuait d’alimenter son site et de « provoquer la cyberpolice de Ben Ali, la seule à pouvoir lire ce que j’écris ».
« Guignols de
Parce qu’il était le plus connu et le plus médiatique d’entre-eux, Zouhair est devenu en quelques années la figure emblématique de cette nouvelle forme de dissidence. Mal à l’aise dans les conférences auxquelles il était régulièrement invité, Zouhair était devenu malgré lui un habitué des remises de prix. « On dit que je suis journaliste mais ce n’est pas vrai, confiait-il à Libération il y a quinze jours. Je suis plus proche des Guignols de l’info que du journal télévisé. Tout ce que je veux c’est ridiculiser le régime, pointer ses mensonges et ses contradictions ».
C’est pour cela qu’il s’était rendu fin février à Genève où des délégués du monde entier s’étaient retrouvés pour préparer un sommet onusien sur la fracture numérique qui doit se tenir en novembre prochain... en Tunisie. Avec son éternel bonnet vissé sur la tête, il était venu narguer « les costards-cravatte de Ben Ali ». Et rappeler que l’Internet est toujours moins libre en Tunisie. |