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Le gouvernement tunisien s’est engagé, mercredi 20 avril, à ne plus maintenir de prisonniers en cellule d’isolement prolongé plus de dix jours, ainsi que l’exige d’ailleurs la législation tunisienne. Dans le même temps, le régime a autorisé l’organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) à se rendre dans les prisons suspectées de pratiquer l’isolement prolongé, et ce dès sa prochaine visite à Tunis.
"Cela fait des années que nous faisions cette demande, en vain. On ne s’attendait pas à une décision aussi radicale", reconnaît Eric Goldstein, directeur de recherches de HRW. La dernière inspection d’une prison tunisienne par une ONG remonte à 1991.
La nouvelle est tombée le jour même où Human Rights Watch présentait, à Tunis, un rapport dénonçant les conditions d’incarcération en Tunisie et réclamant la fin des mises en isolement cellulaire. Certains indices laissaient présager un assouplissement de la part des autorités tunisiennes. Pour la première fois en effet, une ONG étrangère a été autorisée à tenir, sur le sol tunisien, une conférence de presse pour dénoncer les restrictions en matière de libertés.
Pour Eric Goldstein, ce revirement est lié à la conjoncture internationale. "En novembre, la Tunisie projette d’accueillir le Sommet mondial sur la société de l’information. Tous les projecteurs seront braqués sur elle. C’est l’occasion idéale d’améliorer son image", explique-t-il.
"PROCÈS INÉQUITABLES"
Pour l’heure, la prudence reste de mise du côté des défenseurs des libertés. La bonne volonté affichée par le palais de Carthage doit encore se traduire dans les faits. "Attendons d’avoir accès aux prisons pour voir si le gouvernement tient ses promesses. La vigilance est d’autant plus nécessaire qu’il ne s’agit que d’un engagement oral, pas encore officialisé par les autorités, souligne Eric Goldstein : les négociations ne font que commencer. Il va nous falloir en outre obtenir l’assurance d’être libres dans nos déplacements, de pouvoir nous rendre dans n’importe quelle prison, de nous entretenir avec n’importe quel prisonnier en préservant la confidentialité des sources."
Dans l’immédiat, seuls HRW et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sont concernés par cette autorisation.
Outre la question d’une amnistie générale pour les détenus, celle de l’isolement carcéral prolongé parfois pendant des années se situe au coeur de la lutte des ONG contre le pouvoir de M. Ben Ali. "C’est un véritable dialogue de sourds. Les autorités tunisiennes réfutent depuis toujours le terme de "prisonniers politiques". Pour elles, il n’y a que des prisonniers de droit commun", rappelle Eric Goldstein.
L’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP) avance le chiffre de 500 prisonniers "victimes de décisions arbitraires et de procès inéquitables". Il s’agit, dans leur très grande majorité, d’islamistes appartenant au mouvement Ennadha, un parti interdit depuis 1990, et dont tous les sympathisants ou présumés tels sont impitoyablement pourchassés.
Les autorités tunisiennes ont toujours soutenu, jusqu’à présent, que la mise en isolement cellulaire n’était pratiquée qu’à la demande des intéressés, désireux, selon elles, d’être séparés des autres détenus.
Thomas Lepresle
Article paru dans l’édition du 23.04.05 |