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TUNIS (AP) - Le ton monte entre le barreau et les autorités judiciaires en Tunisie. Réuni mardi en session extraordinaire, le Conseil supérieur de la magistrature tunisienne a lancé une sévère mise en garde aux avocats, à la suite du procès mouvementé de leur confrère dissident Mohamed Abou condamné la semaine dernière à trois ans et demi de prison ferme dans deux affaires distinctes.
Me Abou était accusé de "publication d’écrits de nature à troubler l’ordre public" et d’"outrage à l’institution judiciaire" dans deux articles particulièrement critiques à l’endroit du pouvoir publiés sur Internet.
Le premier s’en prenait au président Zine El Abidine Ben Ali pour l’invitation adressée au Premier ministre israélien Ariel Sharon et le deuxième comparait la situation dans les prisons tunisiennes à celle d’Abou Ghraïb, en Irak.
Il a été également condamné pour "violences caractérisées" contre l’une de ses consoeurs lors d’une réunion d’avocats.
Le procès a été marqué par de nombreuses altercations entre le président du tribunal de première instance de Tunis et les avocats de la défense qui ont bruyamment contesté ses décisions.
Dans un communiqué diffusé par l’agence officielle TAP, le Conseil supérieur de la magistrature "met en garde contre les atteintes aux devoirs de la profession d’avocat et à la déontologie du métier".
Il adresse également un avertissement au barreau "contre les pressions de toutes sortes visant à entraver la bonne marche de la justice", accusant les avocats de "provoquer des désordres et de lancer des slogans qui servent des intérêts contraires à la mission d’avocat".
Insistant sur "la nécessité de préserver la dignité de la magistrature et d’assurer l’intégrité des tribunaux, il appelle tous les magistrats, quel que soit leur rang, à prendre toutes les mesures qui s’imposent en vue de maintenir l’ordre lors des audiences et de faire régner le calme et la sérénité dans les bureaux d’instruction et dans les différents espaces des tribunaux".
Lors de deux audiences prévues au bureau du juge chargé d’instruire l’affaire Abou, des incidents sérieux avaient éclaté entre le magistrat et les avocats. Les forces de l’ordre étaient intervenues pour évacuer ces derniers. Les avocats avaient parlé d’"agressions", les autorités judiciaires accusant ces derniers d’avoir voulu "entraver le bon déroulement de la procédure judiciaire".
Le jour même, l’avocat Faouzi Ben Mrad, qui plaidait dans une affaire ordinaire au tribunal de Grombalia, à environ 45km de Tunis, était condamné séance tenante à quatre mois de prison ferme, suite à une altercation avec le juge. AP |