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Roland-Garros. Nombreux parmi ceux qui se pressent dans les tribunes et les allées de ce stade, qui a perdu de ses allures champêtres initiales, ignorent qui était ce personnage. L’occasion m’a semblé opportune aujourd’hui de vous le rappeler.
Roland Garros, diplômé de l’école des Hautes Etudes Commerciales partageait deux passions : le tennis et l’aviation dont il allait rapidement devenir un pionnier, le premier, par exemple, à atteindre les 4 000 mètres d’altitude, le premier, plus spectaculaire encore, à réussir la traversée de la Méditerranée, entre Saint-Raphaël, à côté de Nice, et Bizerte, au nord de la Tunisie. C’était au mois de septembre 1913. Arrive la guerre pendant laquelle il se distingue, avant d’être abattu lors d’un duel aérien à quelques semaines de l’Armistice. Roland Garros n’avait pas trente ans. Il aurait sans doute laissé un souvenir dans l’Histoire de la France, toujours émerveillée par ces fous volants dans leurs drôles de machines, les Blériot, Saint-Exupéry, Mermoz, et j’en oublie naturellement beaucoup.
Son destin de gloire croisera celui des Mousquetaires du tennis, lorsqu’en 1927 le quatuor magique Borotra, Brugnon, Cochet et Lacoste partent dérober aux Américains, à Philadelphie, la déjà fameuse Coupe Davis. Pour la défendre l’année suivante, il faut construire un stade à Paris. Deux hommes, l’un capitaine de l’équipe de France, l’autre président d’un des grands clubs de l’époque, sont d’accord pour cautionner financièrement l’opération, à une condition, exige le deuxième, que la nouvelle enceinte soit baptisée du nom de Roland Garros, son ancien condisciple et ami. Et c’est ainsi que le temple de la terre battue est devenu, au fil des années, stade Roland-Garros puis Roland-Garros tout court. Depuis lors, il appartient au patrimoine sportif français au même titre que le Tour de France.
Roland-Garros aujourd’hui, c’est bien plus qu’un stade. C’est un événement. C’est l’allongement des journées à l’approche de l’été, le ciel bleu, le soleil - enfin, pas toujours -, des parties folles, souvent interminables, quatre, cinq, six heures, des matches interrompus par la nuit. Le pépiement des oiseaux entre deux coups de raquette dont l’écho traverse la foule. C’est un parfum de liberté, de vagabondage, d’insouciance. Cela a été pendant une vingtaine d’années, à partir de la moitié des années soixante-dix un rendez-vous mondain. Un peu moins aujourd’hui, avec la démocratisation d’un sport longtemps réservé à une classe sociale privilégiée. Ses bancs et ses allées ont abrité des adolescents venus, sous le soleil, réviser leur bac. Quinze journées protégées par un chevalier du ciel, Roland Garros, qui encourage une certaine forme d’évasion. Pendant quelques heures, on y vient pour oublier ses soucis du quotidien, en flânant. Ainsi se bâtissent les légendes.
Gérard Dreyfus
Article publié le 28/05/2005
Dernière mise à jour le 28/05/2005 à 11:49 (heure de Paris) |