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« Bonjour à chacune et à chacun d’entre vous. Merci de votre présence au moment où je vais quitter le sol tunisien pour rejoindre Paris. Naturellement, mes premiers mots seront pour vous dire à quel point j’ai été sincèrement touché par l’amitié, la qualité de l’accueil que j’ai reçu tout au long de ces deux journées trop brèves ; à la fois, ce matin, au cours d’un long entretien qu’a bien voulu m’accorder le président Ben Ali et à plusieurs reprises, hier et aujourd’hui, de la part de mon ami Habib Ben Yahia qui, avec son équipe diplomatique, a préparé avec beaucoup de soin cette visite.
C’est ma première visite officielle comme ministre français des Affaires étrangères, ici en Tunisie, et voilà pourquoi je redis combien j’ai été touché par l’accueil que j’ai reçu. Comme l’a dit Habib Ben Yahia, nous sommes à un moment important dans la relation franco-tunisienne. Il s’agit maintenant, après la visite du président de la République en décembre dernier, d’intensifier, d’amplifier, de prolonger les décisions qui ont été prises et c’est le rôle des ministres des Affaires étrangères que de donner, avec leurs collègues, un contenu concret à tous ces accords. C’est ce à quoi nous avons travaillé.
La France est le premier partenaire de la Tunisie. Nous voulons amplifier notre engagement et c’est l’objet, par exemple, de l’accord de partenariat économique et financier qui sera signé par les ministres Mohamed Nouri Jouini et Nicolas Sarkozy dans quelques jours, à Paris. C’est l’objet de l’engagement très concret - le président Ben Ali a bien voulu le dire - de l’Agence française de développement, dans beaucoup de domaines qui intéressent la vie quotidienne des Tunisiens et notamment des jeunes : la formation, les logements sociaux, la santé publique. Je pense au plan sur le cancer.
C’est pour moi important que cette dimension humaine, citoyenne, de la coopération existe entre deux pays. Nous avons à faire de la politique ensemble ; nous avons à faire des échanges diplomatiques, à parler des grands sujets - je vais y revenir - mais je crois très important que nos peuples comprennent aussi que c’est vers eux, vers l’amélioration de leur vie, de leurs échanges, que portent aussi ces accords. S’agissant de la France et de la Tunisie, la dimension humaine, c’est plusieurs centaines de milliers de Tunisiens qui vivent en France. C’est 20.000 Français qui vivent en Tunisie, sans compter près d’un million de touristes français qui viennent bénéficier du climat, des paysages, de l’accueil de la Tunisie pour leurs vacances. Il y a donc une dimension humaine, citoyenne, sur laquelle je veux personnellement insister.
J’observe aussi que la plupart de ces engagements bilatéraux concernent un appui que nous continuons et que nous voulons amplifier à l’effort de modernisation engagé sous l’impulsion du président Ben Ali, notamment à partir des grandes priorités stratégiques fixées par le Xème plan tunisien. Nous nous inscrivons dans les priorités qu’a choisies la Tunisie et nous essayons d’accompagner ces priorités à travers cette coopération économique, culturelle, éducative ou technique. Très franchement, les relations bilatérales sont très bonnes et nous allons continuer de les consolider autant que cela sera possible.
Je voudrais aussi dire que cette relation franco-tunisienne, ou tuniso-française a une perspective plus large. La Tunisie appartient au Maghreb ; nous appartenons à l’Union européenne et ensemble, nous avons décidé de tenir notre place, de jouer notre rôle dans le nouvel élan qu’il faut donner au Processus de Barcelone et au dialogue euro-méditerranéen. Nous allons donc nous attacher à développer et à dynamiser ce dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Nous sommes nous-mêmes attentifs - c’est peu de le dire - à tous les efforts qui peuvent être faits par les pays du Maghreb pour aller vers leur intégration et davantage de stabilité ...
... Je voudrais également, puisqu’elle vient s’asseoir à nos côtés, saluer Mme Cerisier-ben Guiga qui est sénatrice, présidente du groupe d’amitié France-Tunisie du Sénat, et que je remercie de m’avoir accompagné pour témoigner de l’une des dimensions à laquelle je tiens beaucoup, Mesdames et Messieurs, dans la coopération. C’est la dimension parlementaire et aussi la dimension des collectivités locales. Le Sénat est la Chambre des collectivités locales en France et je tiens beaucoup à dire le soutien que je continuerai d’apporter à la coopération décentralisée entre les régions, les villes, les départements français qui travaillent en bonne intelligence avec les collectivités territoriales tunisiennes.
Merci de votre attention. »
Q - Monsieur le Ministre, quelle est la position française concernant ce "Grand Moyen-Orient" proposé par le président Bush et quelle est votre position concernant les réformes qu’il propose pour le monde arabo-musulman ?
R - Cette stratégie proposée par les Etats-Unis a fait l’objet de beaucoup de débats et, au début, d’un certain nombre d’incompréhensions, y compris d’ailleurs de notre part. Le président de la République française les a exprimées en souhaitant que tout ce qu’on veut faire dans cette très grande région du "Grand Moyen-Orient" se fasse en respectant les peuples, les identités de ces peuples, la volonté de ces peuples et qu’on ne cherche pas à imposer je ne sais quelle tutelle nouvelle et qu’on prenne en compte les efforts que font ces peuples eux-mêmes sur la voie de la réforme économique et de la réforme politique ou de la démocratie. Les dernières orientations qui ont été fixées au Sommet de Sea Island ont pris en compte toutes ces remarques. Il y a -ce sera le dernier point de ma réponse- un moment qui a beaucoup compté pour corriger certaines orientations et les rendre plus réalistes. C’est le Sommet de Tunis auquel le président Ben Ali et le ministre ont beaucoup contribué pour qu’il soit un succès et qui a permis de faire entendre la voix des pays arabes, une voix forte, à Sea Island.
Cette initiative a été lancée ; il faudra voir maintenant comment elle va vivre. Cela ne nous dispense pas -je l’avais dit à la rencontre des ministres des Affaires étrangères des deux rives de la Méditerranée, en Irlande il y a quelques semaines- d’avoir notre propre démarche européenne. Nous n’avons pas de permission à demander pour cela. Nous avons engagé à Barcelone, il y a près de dix ans, une initiative de partenariat sur le plan économique, politique, peut-être un jour sur le plan de la sécurité aussi, avec l’autre rive de la Méditerranée. Je pense qu’il faut que cette initiative, qui est un vrai partenariat, continue à se développer et à être renforcée.
Q - Vous venez de rencontrer pour la première fois le président Ben Ali depuis votre prise de fonction au Quai d’Orsay. Comment s’est déroulée cette rencontre ? Avez-vous parlé de tous les sujets, notamment du processus de démocratisation en Tunisie ? Quelle en est votre appréciation ?
R - Je peux simplement dire que cet entretien a été extrêmement cordial et qu’il a duré presque une heure. C’était la première fois que nous étions amenés à nous rencontrer. Nous sommes allés au fond des choses sur l’ensemble des sujets, y compris sur la modernisation économique engagée depuis longtemps par la Tunisie, sans doute avant beaucoup d’autres pays.
On voit aujourd’hui les résultats de cette modernisation notamment par le choix, que je trouve exemplaire, de l’éducation, de la place des femmes dans la société tunisienne. Et puis, il y a naturellement les autres efforts, auxquels tient le président, de modernisation politique et démocratique. Nous avons eu un entretien extrêmement constructif, très cordial, et j’ai été impressionné par le bon sens, le pragmatisme - je vous le dis comme je l’ai ressenti - et la vision du président Ben Ali, s’agissant de ce qui se passe de ce côté-ci de la Méditerranée, avec le Maghreb et un peu plus au sud en Afrique.
J’ai été impressionné en même temps par le souci qu’a le président de ce dialogue très volontariste avec l’Union européenne. Comme vous le savez, je viens de passer cinq ans au sein de l’exécutif européen. Je suis donc très soucieux, dans ce dialogue de la Tunisie avec l’Union européenne, d’aider votre pays à être probablement l’un des tous premiers à signer un plan d’action dans le cadre de la nouvelle politique de voisinage. Ce travail est en cours ; la négociation est en cours ; la concertation est bien partie et j’espère que la Tunisie sera un des tous premiers pays à signer ce plan d’action.
Q - J’aimerais également savoir si vous avez rencontré ce qu’on appelle les représentants de la société civile durant votre séjour en Tunisie.
R - Oui, j’ai rencontré tout à l’heure, à l’occasion d’un déjeuner de travail, un certain nombre de personnalités de l’économie, de la culture, des arts, du cinéma, de la recherche archéologique que l’ambassadeur a bien voulu réunir autour de moi et qui m’ont permis, même si le temps a été bref, d’avoir un dialogue extrêmement franc sur l’histoire de ce pays, la réalité de la société tunisienne, les espoirs pour les jeunes, les attentes de cette société tunisienne à l’égard de la France et de l’Union européenne. Cela ne doit pas vous étonner parce que dans chacune des visites que je fais, je tiens beaucoup, à côté des contacts que j’ai avec les personnalités politiques qui peuvent aussi m’apprendre beaucoup de choses et qui m’ont appris beaucoup de choses - c’est le cas d’Habib Ben Yahia en particulier avec lequel j’ai noué une relation très amicale depuis que nous nous connaissons -, à écouter les hommes et les femmes de la société civile, des milieux culturels, pour essayer de comprendre. Comprendre pour agir ; c’est une devise, si je puis dire.
Sur votre première question consécutive aux déclarations du Premier ministre israélien, M. Sharon, comme vous le savez, dès que nous avons appris le contenu de ces déclarations, nous avons immédiatement indiqué que de tels propos étaient inacceptables. Et nous avons demandé des explications au gouvernement israélien. Nous attendons ces explications.
Mais en attendant, je veux rappeler l’action totalement déterminée des pouvoirs publics de mon pays, et en particulier celle du président de la République Jacques Chirac, pour lutter chaque jour, quand cela est nécessaire, avec intransigeance, contre toutes les formes d’antisémitisme, de racisme ou de xénophobie.
Et cette action déterminée, intransigeante, a été reconnue par les plus hautes autorités israéliennes comme d’ailleurs par l’ensemble des responsables des institutions juives de France avec lesquels nous travaillons. Beaucoup de déclarations le prouvent.
Je voudrais ajouter une dernière chose pour expliquer pourquoi de telles déclarations sont inacceptables et intolérables, s’agissant de mon pays, parce qu’elles touchent aux principes fondateurs de la République française. Le fondement de la République française, sa force, l’honneur de cette République, sont de garantir à tous les citoyens français et à tous ceux que nous accueillons sur notre sol, les mêmes protections et les mêmes libertés, quelles que soient leurs croyances et quelle que soit leur confession. C’est cela la force, le fondement et l’honneur de la République dans mon pays.
Q - Monsieur le Ministre, votre collègue la ministre de la Défense vient d’effectuer une visite en Algérie. On a annoncé qu’il y aurait probablement en octobre une réunion des ministres de la Défense du groupe 4+3. Est-ce que vous confirmez ? Est-ce qu’il y a des éléments nouveaux et est-ce qu’il y a un rapport avec l’ancien projet d’Euroforce ou bien d’une autre politique de sécurité et de défense en Méditerranée ?
Deuxième question, vous avez visité Alger, Rabat et Tunis. A part vos problèmes sécuritaires, est-ce que vous avez recueilli auprès des responsables tunisiens, algériens et marocains certaines suggestions pour améliorer la situation des Maghrébins en France et en Europe ? Est-ce que vous avez entendu d’autres suggestions pour organiser l’immigration et mettre fin à l’immigration clandestine, comme la Tunisie l’a entamé avec l’Italie ?
R - Ne m’en veuillez pas si je ne fais pas de commentaires sur les débats qui ont eu lieu à l’occasion de la visite de ma collègue et amie Michèle Alliot-Marie à Alger. C’était une visite importante ; c’était la première fois depuis longtemps qu’un ministre de la Défense se rendait à Alger et j’ai été très heureux de la qualité de l’accueil qu’elle a reçu, qui est d’ailleurs à la hauteur de celui que j’ai moi-même reçu, il y a quelques jours, au cours de ma première visite en Algérie.
En effet, nous devons aborder de manière intelligente, de manière volontariste, de manière partenariale cette question de la sécurité et de la stabilité des deux côtés de la Méditerranée. Les idées de concertation entre un groupe de pays et un autre groupe de pays sont les bienvenues. Je pense qu’il faut d’ailleurs que, de ce côté-ci de la Méditerranée, on comprenne bien le souci qui est le nôtre, Européens, sur ces questions de sécurité et de stabilité, et le sens des efforts que nous faisons, nous-mêmes, en tant qu’Européens, pour notre sécurité et pour notre défense.
J’ai, vous le savez peut-être, beaucoup travaillé sur cette question de défense européenne dans le cadre de la Convention qui a proposé le projet de Constitution européenne, lequel vient d’être approuvé, il y a quelques jours, par l’ensemble des vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement et qui comporte des avancées importantes vers une politique européenne de défense et une défense commune européenne, ce qui n’est pas une défense unique.
Donc, au moment où l’Europe veut se donner cette dimension politique avec un ministre des Affaires étrangères de l’Europe pour une politique étrangère commune, pas unique ; au moment où elle va franchir des étapes importantes vers une politique de défense, je crois qu’il est important de ne pas garder nos réflexions simplement pour nous, Européens, et d’en discuter avec tous ceux qui nous entourent et qui sont également concernés par ces questions de stabilité et de sécurité.
Oui, aussi bien à Alger, à Rabat ou à Tunis, nous avons parlé de la place, du rôle et des conditions d’accueil des personnes émigrées de vos pays dans nos propres pays en Europe, et nous travaillons naturellement à améliorer ces conditions d’accueil. J’ai donné les chiffres, tout à l’heure, qui prouvent cette dimension humaine des échanges entre la Tunisie et la France. Je veux dire que la politique des visas qui est la nôtre, si c’est cela votre question, veut favoriser la circulation des personnes et nous avons besoin de cette mobilité, de l’apport réciproque de ces communautés. J’ai sous les yeux une indication très claire qui m’a été communiquée par notre ambassadeur, que je remercie d’être là, avec moi. Il s’agit du taux de délivrance des visas : 80 % des demandes sont satisfaites. C’est probablement, Monsieur l’Ambassadeur, l’un des taux de satisfaction les plus élevés, sinon le plus élevé. Un quart des visas sont d’ailleurs des visas de circulation qui ont une durée plus longue. Les demandes de regroupement familial ont été honorées en 2003 pour 3.000 ressortissants tunisiens qui ont été autorisés à s’installer en France. J’ajoute que 6.000 étudiants tunisiens en France constituent la 3ème communauté étudiante dans notre pays.
Alors, il reste des problèmes - nous en avons parlé très franchement avec Habib Ben Yahia- qui touchent parfois à certaines règles européennes dans le cadre de l’espace Schengen. Je m’attacherai à faire écho à ces préoccupations et à ce qu’on trouve progressivement, dans le cadre de la loi communautaire, les réponses qui soient les plus rigoureuses, les plus correctes mais aussi les plus humaines possibles. |