Une touriste française passée à tabac par la police puis déférée devant un juge
19 juillet 2004
:
« (...) C’est 20.000 Français qui vivent en Tunisie, sans compter près d’un million de touristes français qui viennent bénéficier du climat, des paysages, de l’accueil de la Tunisie pour leurs vacances. Il y a donc une dimension humaine, citoyenne, sur laquelle je veux personnellement insister.(...) » [1]
Et trois jours plus tard :
En juillet 2004 et comme chaque année, Saadia Ali part en Tunisie pour ses congés. Cette année toutefois, elle ne se rend pas, à l’instar des étés antérieurs, à Nabeul ou Hammamet et ne fait pas appel à un tour-operator. Elle passe ses congés à Tunis.
Jeudi 22 juillet, à la suite d’un bref différend avec un fonctionnaire occasionné par une broutille, Saadia Ali est promptement appréhendée par des policiers et conduite dans les sous-sols du palais de justice où elle est placée dans une cellule.
Le policier l’insulte et la frappe tour à tour : insultes sexistes et relatives à sa nationalité française pleuvent, sans compter les « on va t’apprendre ce que c’est la démocratie » et en guise de démonstration, des coups. Son foulard est arrachée. Elle est traînée par les cheveux. Sa robe est arrachée. Elle reste à demi nue. Les coups de poing et de pied continuent de pleuvoir sur toutes les parties de son corps. Elle est traitée de « ... », menacée de viol. Il n’est jusqu’à son mari, absent lors des faits et ressortissant d’un pays tiers, qui ne soit la cible des quolibets. Elle perd connaissance sous la violence des coups.
En fin de matinée, elle est emmenée chez un juge qui l’informe des chefs d’inculpation pesant contre elle, passibles de trois mois d’emprisonnement ferme. En quelques secondes, de victime elle devient présumée coupable. Encore en état de choc, contusionnée, meurtrie, Saadia Ali refuse de signer le document qui lui est présenté. Elle peut alors quitter le palais de justice. Son sac lui est restitué. Il y manque ses économies.
Saadia Ali doit revenir en France le 27 juillet, en France où elle a participé en toute spontanéité il y a quelques années à un rassemblement appelé par des ONG de défense des droits de l’homme en solidarité avec Hamma Hammami, en France où elle a pris la parole dans le cadre d’une émission télévisée, mais en France aussi où l’attendront, le 27 , ses enfants.
Il ne reste que quelques jours pour tout mettre en uvre afin que Saadia Ali quitte la Tunisie sans obstacle et que toutes les charges présumées contre elle soient levées.
Luiza Toscane |