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31-01-2006
Hadhba Bent Mohammed Bent Lakhdhar Touati : SOS d’une mère meurtrie

Au nom de Dieu le tout puissant le très miséricordieux

Objet : plainte relative aux conditions dans lesquelles vit mon fils, le prisonnier politique Mahmoud Balti

Bonjour,

Je suis la soussignée, Hadhba Bent Mohammed Bent Lakhdhar Touati, détentrice de la carte d’identité nationale numéro 02426561, demeurant à Henchir Bou Aouane, (Bousalem), dans le gouvernorat de Jendouba, mère du prisonnier d’opinion Mahmoud Ben Jilani Ben Hamida Balti, appartenant au parti de la Nahdha.

Mon fils est né en 1954 à Bou Aouane. Il a obtenu des diplômes de mathématiques en France et il a enseigné comme professeur de mathématiques dans les lycées de Bousalem. Il a été arrêté du temps de Bourguiba en mai 1987 et il a été libéré le 7 novembre de la même année. Il est marié. Son fils qu’il a laissé à l’âge d’un an et demi a maintenant seize ans.

Il a été arrêté le 20 décembre 1990 et a été condamné à dix-neuf ans et quelques mois d’emprisonnement pour l’unique motif de son appartenance à une organisation à une organisation non autorisée. Il a subi toutes sortes de torture lors de son arrestation dans les cachots qui se trouvent dans le sous-sol du ministère de l’Intérieur et il en porte encore les séquelles physiques.

Sa famille et celle de sa femme ont été en butte à plusieurs sortes de persécutions, dont les descentes de police nocturnes à répétition, la pression sur son épouse pour qu’elle demande le divorce ou qu’elle ne travaille plus. Pour les harceler encore d’avantage, il a été transféré de prison en prison depuis le début de son incarcération :

-  Du 10/1/91 au 28/10/91 [*], prison de Bulla Regia (Jendouba)
-  Du 28/10/91 au 7/10/91 [*], prison du 9 avril (Tunis)
-  Du 7/10/91 au 3/12/91, prison de Bulla Regia
-  Du début 92 à mars 92, prison du Kef
-  De mars 92 au 7/12/92, prison du 9 avril à Tunis, c’est alors qu’a eu lieu son procès devant le tribunal militaire de Bab Saadoune.
-  Du 7/12/92 au 20/3/93, Nadhor à Bizerte
-  A partir de mars 93, prison civile de Mehdia
-  Du 6/6/93 au 5/7/93, prison d’El Haouareb à Kairouan
-  Du 5/7/93 au 1/10/93, prison du 9 avril à Tunis
-  Du 1/10/93 au 30/12/93, prison de Monastir
-  Du 1/1/94 au 10/2/94, prison du 9 avril à Tunis
-  Du 10/2/94 au 14/5/94, Monastir
-  Du 14/5/94 au 13/11/95, Tunis
-  Du 13/11/95 à octobre 96, prison de Grombalia
-  D’octobre 96 à décembre 96, Nadhor
-  De décembre 96 à mars 97, lieu inconnu
-  Mars 97, Nadhor
-  De mars 97 à mai 97, Grombalia

Il a mené une grève de la faim entre mai 97 et la fin de l’année 97 à la prison de Messaadine pour protester contre les pressions exercées sur lui en permanence. Il a été puni et privé de son droit à recevoir les visites de sa famille. En 98, 99,2000, 2001 et jusqu’en 2004, il était à Borj Er Roumi à Bizerte et il est actuellement à la prison civile de Béja. Il a été condamné quelques mois après son arrestation dans :

-  l’affaire n°28288/41346, Le Kef, audience du 29/1/92 : Quatre ans
-  l’affaire n°28287/39574, Le Kef, audience u 29/192 : trois ans (pour une marche de soutien à l’Irak, alors que Mahmoud Balti était en prison)
-  l’affaire n°28339/41168, Le Kef, audience du 25/3/92 : trois ans
-  l’affaire n°2296/6568/3344, Le Kef, audience du 30/3/92 : cinq ans
-  l’affaire n°65119/28152/76111, Le Kef, audience du 29/8/92, la dernière audience a eu lieu au tribunal militaire de Tunis.

Il n’a pas été possible d’obtenir la jonction entre ces affaires et les avocats n’ont pu obtenir copie des jugements.

Le pire reste son état de santé. Il a contracté de nombreuses maladies, dont l’allergie, les douleurs dorsales (dues à l’humidité extrême en prison). Ces maladies ont évolué vers une insuffisance respiratoire. Et il est extrêmement affaibli, il souffre d’insuffisances visuelle et auditive. Ses cheveux sont tombés.

Cela s’ajoute à tout ce que moi et les reste des membres de sa famille avons enduré au niveau matérielle et physique. Quand s’achèvera notre supplice ? Quand pourrons-nous vivre en paix à l’instar du reste de l’humanité ? Je rappelle que je suis une femme âgée et que mon mari a près de 80 ans [**]. Pouvons-nous espérer revoir notre fils ?

J’exhorte les défenseurs des droits de l’homme à intervenir pour mettre un terme à cette tragédie et à nous aider pour obtenir la libération de notre fils. Qu’il retrouve sa famille, notamment son fils à qui il manque beaucoup à cet âge. Mon fils n’est-il pas un être humain qui mérite de vivre auprès des siens, de respirer un air pur et de manger dans une vaisselle normale ?

Depuis 15 ans, il mange dans des assiettes en plastique. Imaginez les séquelles sur sa santé. (Nous n’avons pas le droit de lui en apporter d’une autre sorte). Mon fils traverse les étapes qui mènent à la mort lente. Aussi, je vous appelle, vous qui êtes libres de par le monde, à libérer mon fils, à sauver sa vie pour laquelle nous sommes inquiets, du fait des mauvaises conditions d’emprisonnement. Pour finir, je vous adresse mes salutations et l’expression de mon respect. Puissiez-vous faire triompher le droit et la justice.

Hadhba Bent Mohammed Ben Lakhdhar Touati

(Traduction ni revue ni corrigée par l’auteure de la version en arabe, LT)

A voir en ligne : Source : Tunisnews du 28/1/06

[*] sic, LT

[**] Le père de Mahmoud Balti est mort il y a une semaine. Que Dieu l’accueille dans sa grande miséricorde.

Mahmoud Ben Jilani Balti
21-10-2005 : Appel à l’aide


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