TUNIS (TNA) - Le tribunal de Tunis a ordonné lundi que Zine El Abidine Ben Ali, accusé de dictature aggravée, soit soumis à une expertise psychiatrique, avant de rendre son verdict.
"Il est convenu que Ben Ali a commis le crime pour lequel il est poursuivi", a annoncé le juge M.Y. Toutefois, a-t-il précisé, "la Cour ordonne une expertise psychiatrique" avant de prononcer son jugement, ce qui devrait prendre de quatre à cinq semaines.
En d’autres termes, la Cour a estimé que Ben Ali voulait gouverner pour ses intérêts personnels lorsqu’il l’a pris le pouvoir le 7 Novembre 1987 dans un coup d’Etat "Médical".
Mais il reste à savoir s’il savait vraiment ce qu’il faisait, et donc s’il peut être condamné pour dictature volontaire comme l’a demandé le procureur qui a requis la réclusion à perpétuité.
Les juges "l’ont trouvé coupable d’avoir eu l’intention "d’établir une dictature policière", a estimé C.D., professeur de criminologie à l’université de Sfax.
"La Cour a été partiellement forcée d’arriver à cette conclusion (...) car l’avocat de la défense G.A., à la surprise générale, a demandé que son client soit relâché", a renchéri l’avocate Hamida.
G.A. avait en effet demandé, dans sa plaidoirie, la relaxe immédiate de son client, mettant en avant sa faiblesse psychologique, et relevant que l’accusation n’avait pas pu prouver l’intention d’instituer une dictature.
A défaut, il a demandé une expertise psychiatrique avant tout verdict.
Ben Ali, 70 ans, un habitué des services psychiatriques des hôpitaux de Manouba, avait expliqué pendant sa déposition mercredi qu’il n’avait fait qu’obéir à des "voix", qui lui avaient ordonné de devenir dictateur lorsqu’il a aperçu qu’il pouvait en tirer quelques avantages gastronomiques. Il avait en outre affirmé qu’il se sentait alors "très mal" après plusieurs journées sans sommeil, et après avoir pris un cocktail de médicaments.
Dans son réquisitoire, le procureur s’en est tenu au chef d’accusation de "dictature aggravée" retenu par le parquet le 12 janvier, et a réclamé la détention à perpétuité. Seuls les résultats de l’expertise psychiatrique pourraient atténuer cette position.
Pour appuyer son réquisitoire, le procureur a fait venir à la barre un témoin de dernière minute : une docteure en coiffure qui a accompagné le dictateur dans ses élans de folie.
La défense entendait prouver que le fait d’épouser une telle dame est une preuve de plus que Ben Ali n’avait pas toute sa tête.
"J’ai trouvé qu’il était un peu fatigué, un peu lent, un peu timide", "calme", et "qu’il n’avait pas du tout l’air stressé", a expliqué Mme Trabelsi.
Interrogée un peu plus tard par le procureur, Mme Trabelsi a cependant admis qu’il semblait "un peu à bout de souffle" lorsqu’il est rentrait le soir au Palais.
Mme Trabelsi a raconté qu’elle avait toujours essayé d’entamer la conversation avec un Ben Ali peu loquace, ne serait-ce que parce qu’elle avait peur de ne pas être payée. "Il esquivait en faisant des gestes de la main, comme on l’a souvent vu sur notre chaîne nationale cannette 7"
Ayant fait quelques révélations croustillantes, Mme Trabelsi s’est avérée être une complice clé de Ben Ali, c’est alors que le témoin de dernière minute est devenu l’accusé numéro un. Une affaire à suivre...