On peut donner plusieurs sens au mot critique. Un sens négatif comme un sens constructif.
Dans l’aspect négatif, on pourra voir du cynisme dans l’argumentation déployée ou une volonté de bousculer les idées versées au débat. Pour l’aspect positif, on y verra plutôt un élément de construction des échanges. Une manière soit de concilier les différences, soit de les exprimer côte à côte dans ce que les idées peuvent avoir de divergences ou de points de convergence. La critique cela peut être tout cela. Et sans doute d’autres choses. Et le droit à la critique est fondamental pour avancer, pour la liberté d’expression.
Mais on peut lire aussi sous le mot critique un tas d’autres choses selon d’autres acceptions.
Exemple : un site internet publie un édito qui dérange et qui ne fait pas plaisir.
Dire que l’auteur de l’édito n’a rien compris au problème n’est pas une critique mais une réaction inutile. Dire que l’auteur n’a rien compris au problème et le dire avec des grossièretés n’est pas une critique mais l’expression d’un détritus de la langue française. Dire que l’auteur n’a rien compris et que l’on est pas d’accord peut être un début de critique mais si il n’y pas de contre argumentation cela revient à un des cas précédents.
Quand un abruti reprend des passages du texte en question pour dire : « vous avez vu hein ! ! vous avez vu ! ! ce qu’ils osent publier ? ! ce qu’ils osent dire ? ! ! l’auteur est vraiment nulle, il n’a rien compris » : cela n’est pas une critique mais un copier/coller assorti d’un lieu commun.
Défendre le droit à la critique et à la libre expression ne signifie pas accepter des alignements de mots censés faire des phrases et baptisés critique par le critiquant. Défendre le droit à la critique et à la libre expression signifie encourager les débats d’idées entre personnes très différentes en confrontant des argumentations un minimum bâties.
Notre problème sur internet est le suivant : 99.62 % des internautes râleurs considèrent l’endroit de leur lecture comme un site public parce que ouvert au public et à ce titre pensent détenir des droits régaliens sur le contenu des sites en question. Ils se trompent. Et quand de plus, les mêmes pensent pouvoir baptiser « critiques » leur râlerie du jour et se draper dans l’étendards du « on m’a censuré ma critiiiiiique », il y a de quoi pleurer sur leur manque d’aptitude à défendre une idée si tant est qu’ils en possèdent une.
Il y a encore du travail.