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Préparons la république de demain !

Et maintenant ?
Hasni

Qu’est ce que j’ai aimé ce clip « la nouvelle vient de tomber » !

Oui c’était ma journée, exactement cela.

Mail, messenger, téléphone, sms, ...je crois que si nous avions eu des tamtams ou des pigeons voyageurs, nous les aurions lâché pour qu’ils portent la nouvelle de cette libération et de notre joie à l’autre bout du monde.

Quelle montée d’adrénaline ce jour là !


Quand Zouhair a été arrêté, je me suis senti coupable et responsable. J’avais trouvé un site, un forum, à l’époque quasiment unique et depuis complètement unique, où nous pouvions, tunisiens et amis de la Tunisie, nous exprimer librement sur la Tunisie. La prise de conscience sur la dictature était faite depuis longtemps mais quand on prend en pleine gueule les drames, les crises, les tortures, avec des noms, des dates, des images et que l’on voit les Tuneziniens parler de tout cela avec une maturité incroyable et un humour décapant, on change, on apprend. On enrage aussi de voir que les cyber-citoyens sont dans la détermination et la motivation à des années lumières devant les leaders des partis de l’opposition, complètement dépassés, décrédibilisés ou simplement endormis. On a la nausée quand on a conscience de l’urgence à agir pour la Tunisie et qu’aucune action efficace, ou si peu, n’a lieu. On boue face à l’inorganisation, pour ne pas dire le bordel ambiant, les chausses-trappes posées par les dinosaures de la politique politicienne, le manque de rigueur, d’envie de travailler ... et là ! on a envie de se prendre par la main et de ne plus attendre.

C’est un peu ce qui a motivé les conférences que nous avions organisé juste avant l’arrestation de zouhair. Nous voulions démontrer que nous aussi nous étions capables de nous organiser, de débattre et de proposer. Nous voulions occuper le vide politique laissé par l’opposition endormie, histoire peut être de les secouer un peu. Nous voulions avancer sur des thèmes autres les violations répétées des droits de l’homme et jamais abordés dans des discours soporifiques et théoriques tels que nous pouvions les lire sur les sites institutionnels de l’opposition. Nous voulions que ces réflexions apportent quelque chose aux tunisiens, que cela ne reste pas un communiqué d’un jour vite oublié et perdu dans les méandres du net. Nous voulions dynamiser les choses, provoquer le mouvement, faire évoluer la culture militante, bousculer les habitudes ...

Et Zouhair a été arrêté.

J’ai pris cette nouvelle comme une gifle que voulait nous donner le régime d’El Libidineux Ben Aliéné.

Les conditions de l’arrestation, du procès, de détention m’ont donné envie de vomir.

Pas question de laisser tomber.

« Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe. Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place. »

Je passerai rapidement sur ces 18 mois versus « action pour zouhair » même si cela m’a montré la mesure de l’impuissance et à nouveau l’inorganisation, les conflits de chapelles (sic), etc ... Sauf à dire que ces 18 mois m’ont permis de faire la connaissance sur le terrain de militants nouveau cru, la 3ième opposition, les alter-benalistes, ... Des gens formidables qui n’ont pas compté leur week end, leur soirée, pour venir distribuer des tracts, coller des affiches etc ...

Allez, ce n’est pas un secret que l’anecdote suivante.

Nous devions aller distribuer des tracts avec quelques personnes mais nous n’avions pas assez d’exemplaires. Quelqu’une que je ne citerai pas et qui se reconnaîtra a remonté les champs-Elysées avec un seul tract , et est rentrée au culot dans toutes boutiques pour demander à faire des photocopies gratuitement . Elle est revenue avec plusieurs centaines d’exemplaires !

Et puis, je peux le dire aussi, j’ai reçu sans doute la plus belle leçon de courage et de ténacité de ma vie.

Et c’est elle qui me l’a donné : Sophie El Warda.

Pendant 18 mois, elle n’a jamais lâché, jamais abandonné. Elle a dû passer des millions de coups de téléphone, aller à des millions de réunions pour défendre la cause de Zouhair, harceler je ne sais combien d’officiels, remuer les puces de combien de personnes ... et tout cela en faisant en sorte que Tunezine continue de vivre. Entre les attaques virales, les spams provocateurs, les pu-puschs des abats-jours, les réflexions puantes et les insultes, mais aussi nous, les « amis » qui exigent, qui conseillent, qui demandent ou qui râlent, ...entre les émissions de radio, les interviews, ... elle était là. Toujours là. Là aussi quand Tunezine et Reveiltunisien se sont fait attaqués en justice. Et pendant ce temps, chaque semaine, les nouvelles de Zouhair étaient chaque fois plus inquiétantes, plus alarmantes, ... Je ne sais pas combien de personnes peuvent avoir ce courage et cette force. 18 mois, ça fait combien de jours à courir partout, combien de nuit à angoisser, à pleurer. Et le lendemain se lever, être là, continuer, continuer encore et jusqu’au bout. Quelle leçon mes amis ! Quelle leçon !

Quand j’ai appris la nouvelle de la libération de Zouhair, les larmes n’ont pas quitté mes yeux de la journée. Des larmes de joie que nous avons tous versés, partagés. Comme dans n’importe quelle famille solidaire.

Je me suis endormi tard, très tard mais j’ai dormi comme un bébé. Profondément. Le lendemain matin, je me suis dit : ce n’est pas un rêve, Zouhair est libre.

Et maintenant ?

Maintenant, il y a 11 millions de personnes à libérer et nous dormirons sans nous soucier du réveil que lorsque cela sera fait. Zouhair est libre mais rien n’a changé. On libère au compte goutte les prisonniers politiques pour des raisons de politique internationale et dès que les yeux de l’opinion publique sont tournés le calvaire continue pour les tunisiens, les détenus politiques sont traités dans des conditions honteuses, la société civile est étouffée, le pluralisme inexistant, l’économie en déroute, le chômage énorme, les jeunes envoyés crever sur les plages italiennes ...

Et Maintenant ? Maintenant, cela doit être le début de la fin de la dictature tunisienne.



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