Vous êtes ici : Sommaire > Soutenir ! > Témoignage de la famille Radia Nasraoui en réponse au régime tunisien

E-mag




Fouillez dans les archives !



Témoignage de la famille Radia Nasraoui en réponse au régime tunisien


Paris, le 25 novembre 2003

L’état de santé de Maître Radia Nasraoui s’est dégradé, ces derniers jours, d’une façon remarquable. Elle entame le 42ème jour de sa grève de la faim lancée le 15 octobre 2003 pour mettre fin aux différents types d’harcèlements, d’intimidations et d’humiliations qu’elle subit, elle et sa famille, par le régime antidémocratique en Tunisie. Elle revendique son droit à une vie digne et à exercer librement son métier d’avocate. Elle exige aussi l’arrêt immédiat du cyclone de la terreur imposé à sa famille depuis 16 ans.

Ce qu’a subi l’avocate, son mari, Hamma Hammami, et ses enfants pendant ces dernières années ne peut pas nous laisser indifférents et justifie notre solidarité avec elle et avec sa famille. D’autant plus qu’il s’agit, pour nous et pour tous les acteurs politiques et associatifs nationaux et internationaux, d’un symbole de la lutte pour les libertés et pour le respect des droits humains en Tunisie. C’est pourquoi nous exprimons notre soutien actif à sa grève de la faim qui représente un refus des pratiques policières du régime et de toutes sortes de punitions collectives. Pour répondre aux déclarations mensongères du ministère tunisien de la justice et à ses propos indécents, nous tenons à faire ce témoignage.

Pendant 16 ans, la police tunisienne n’a jamais cessé d’encercler et d’étouffer la vie de l’avocat Radia Nasraoui ainsi que celle de sa famille. Son bureau, situé à la rue Om Kalthoum à la capitale tunisienne, est surveillé d’une façon permanente. Ses clients sont systématiquement intimidés et interrogés avant qu’ils puissent lui rendre visite, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés et fouillés pour les pousser à transférer leur dossier à d’autres cabinets. Ceux qui ont refusé d’obéir ont été exposés aux harcèlements et à des affaires judiciaires fomentées.

A plusieurs reprises son bureau a été saccagé et cambriolé par la police et les dossiers de ses clients ont été saisis par les renseignements généraux. C’est ce qui a été confirmé par plusieurs témoignages de ceux qui ont été interrogés par ces fameux services. L’étudiant Lotfi Hammami l’a bien signalé devant le juge Faouzi Ben Amara, Président de le tribunal de première instance de Tunis en mai 1999 et devant la cour d’appel en août 1999. Il a déclaré que lors de ses interrogations en février 1998 dans les locaux de la sûreté de l’Etat au troisième étage du ministère de l’intérieur, il a pu observer et reconnaître les dossiers de Maître Radia Nasraoui ainsi que quelques documents qui lui ont été volés. Les deux juges l’ont empêché de continuer son témoignage et l’ont menacé de l’exulser de la salle d’audience.

Les plaintes qu’a portées l’avocate n’ont pas eu de suite, ce qui a dissuadé ses clients de continuer à recourir à ses services et se sont adressé à d’autres avocats pour éviter la perte de leur dossier et la divulgation de leur contenu. Son bureau devient quasiment déserté par les clients à cause de l’absence de sécurité, ce qui a porté atteinte à son image professionnelle et par conséquent affecté ses ressources financières.

Pendant 16 ans, le lieu de résidence de Maître Nasraoui n’était pas épargné de la surveillance étroite. Ses parents et ceux de son mari ont rarement échappé à l’intimidation lorsqu’ils pensaient leur rendre visite. Pire encore, on a réussi à mettre le feu à sa maison après avoir écoulé l’essence sous la porte d’entrée principale. Pendant cette période, plusieurs descentes policières ont eu lieu la nuit dans sa maison et celle de ses parents à Bardo, un quartier de la capitale. Les poursuites, les procès et les agressions étaient nombreux pendant cette période de cauchemar où le régime tyrannique ne l’a pas lâché, elle et sa famille, une seule seconde.

Son mari, Hamma Hammami, a alterné pendant ces 16 la prison et la clandestinité loin de ses filles et sa femme. Ses publications ont été interdites et ses livres ont été saisis. Il a été exposé à toutes les formes de torture et d’humiliation dans les locaux du ministère de l’intérieur en 1994 et menacé d’être assassiné en février 1992. Il a été poursuivi pendant 4 ans successifs (entre 1998 et 2002) ce qui l’a obligé de vivre en clandestinité au moment où la justice au service de la dictature l’a condamné à une peine de prison de 9 ans et 3 mois.

Les parents de Radia et ceux de son mari souffrent de cette angoisse permanente. Ils ont été exposés au descentes nocturnes, aux humiliations et aux vols de leurs documents. La nuit du 7 au 8 décembre 1999 , à une heure tardive, une descente de la police politique et de la garde nationale a eu lieu dans la maison des parents de Radia à la région de Fouchana. Les voisins ont été interrogé sur leurs rapports avec le couple Nasraoui/Hammami. Une descente plus importante a eu lieu aussi au quartier populaire d’Eljiara situé au nord de la capitale, cette descente qui était l’œuvre de la police locale et de la garde nationale a touché 6 maisons des proches de Hamma Hammami, quatre d’entre eux ont été arrêtés et conduits à la maison d’arrêt de Bouchoucha où ils ont été interrogés sur leurs rapports avec Radia et sur les raisons de ses visites. Une famille de Hamma résidente à Bab Mnara à la capitale a vécu la même scène le même soir où deux autres familles résidentes à Bouarada et Elaroussa, dans le nord ouest du pays, ont été "visités". Rappelons que ces familles ont subi la même chose en décembre 1989, mai 1991, mars 1992 et octobre 1994. Des arrestations collectives ont eu lieu en août 1996, en février 1998 et en décembre 1999, certains proches sont jusqu’à aujourd’hui sous contrôle.

Il faut préciser que les familles de Hamma Hammami et Radia Nasraoui ont subi 26 procès contre leurs membres. 23 cas de torture dans les locaux de la police politique et de la sûreté de l’Etat ont été signalés. La torture a duré, pour quelques membres, plus de 21 jours en mars 1992 et février 1998. Pour accomplir sa répression organisée, le régime tunisien s’est attaqué aux membres les plus proches des deux familles en provoquant 18 cas de licenciement abusif pour certains, des exclusions des lycées et des universités pour d’autres et l’interdiction de travailler dans la fonction publique pour l’ensemble. La liberté de circulation de certains membres de ces familles a été aussi bafouée puisqu’elles ont été privées de leur passeport, c’est le cas de Mohsen Chabbi dont le passeport a été saisi pendant 8 ans.

Pendant 16 ans, ces familles ont été exposées à la répression et aux sanctions collectives. Plusieurs de leurs membres souffrent toujours des séquelles de la torture subies pendant cette période. Les dégâts physiques sont aujourd’hui apparentes pour le cas de Rachid Trabelsi, Abdel Waheb Hammami, Lotfi Hammami et Chedli Hammami. Il s’agit de preuves de la barbarie du régime tunisien qui ne peuvent pas être effacées.

Nos familles ont toujours fait preuve de courage et de patience et ont refusé l’humiliation qu’elles ont subi et la barbarie dont elles ont été victimes. Les fois où elles ont protesté collectivement pour contester le mauvais traitement de leurs enfants, le régime tunisien les a fortement réprimé. Elles ont été agressées devant la prison civile de Tunis quand elles se sont rassemblées pour demander la libération de leurs enfants (mars 1998) et devant le palais de justice quand elles ont exigé d’assister à les audiences de 1998 et 1999. Elles ont été aussi agressées et traînées d’une façon humiliante quand elles se sont rassemblées avec les militants démocrates dans le palais de justice suite au procès de Hamma Hammami le 2 février 2002.

Radia a toujours contesté ces pratiques et elle a dénoncé la répression des militants et leur famille dans les différentes tribunes nationales et internationales et à travers, entre autres, une grève de la faim qui a duré 38 jours ce qui a exposé sa vie au danger. Sa fille aussi a entamé une grève de la faim, alors qu’elle n’avait pas encore 20 ans, pour exiger l’arrêt des poursuites engagées contre son père.

Pendant 16 ans nos familles ont vécu l’angoisse et la terreur. La dictature tunisienne nous a encerclé et coupé nos vivres au point de nous traiter comme des criminels dangereux et des intrus dans notre propre pays. Les poursuites, les descentes, les arrestations et les tortures sont aux centre notre vie et animent notre quotidien.

Pour tout cela, nous considérons que la grève de Radia est un refus et une dénonciation de la souffrance que nous avons tous vécu et un témoignage qui donne une idée sur la nature du régime de Ben Ali à travers ses pratiques barbares et inhumaines. Notre famille est une partie du peuple tunisien et ce qu’elle a vécu est valable aussi pour des milliers de familles sanctionnées collectivement et affamées par le régime tunisien.

Nous considérons, ainsi, les déclarations du ministère de la justice à propos de la grève de Radia comme une réponse cynique, mensongère et lâche à une action courageuse et désespérée. Ce genre de propos ne sont pas étranges à ceux qui déclarent qu’en Tunisie il n’y a pas de prisonniers politiques et la torture n’a jamais été pratiquée.

Nous nous adressons ainsi à l’opinion publique et démocratique pour affirmer que :

-  Nous reconnaissons le droit de Radia Nasraoui de défendre sa dignité bafouée par la tyrannie.

-  Nous soutenons activement son action qui dénonce les pratiques policières et barbares du régime tunisien.

-  Nous tenons le régime tunisien entièrement responsable de toute dégradation de l’état de santé de Maître Radia Nasraoui.

-  Le régime de Ben Ali est le seul responsable de la torture en Tunisie, des cambriolages de son bureau, de l’incendie provoqué à sa maison, de la terreur subie par ses filles et de la violation de la vie privée de sa famille et de sa belle famille.

Rachid Trabelsi

Mohsen Chabbi

Lotfi Hammami




Articles de cette rubrique


Ce site a été construit avec la technologie SPIP - Optimisé pour Mozilla 1.4
CopyLeft TUNeZINE 2001-2004