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“Generation gap”
ettounsi de TUNeZINE

Destiné surtout aux forumiers de TUNeZINE

Nous avons dit tout le mal qu’on pouvait de nos aïeux, on les a traînés dans la boue et on continue chaque jour avec une abnégation et un acharnement inouïs, certains claironnent qu’il faut faire table rase du passé... une fois pour toutes !

D’autres spéculent que la dictature et ses contrecoups sont l’unique leg de l’ancienne génération.

Nous avons, presque tous, trouvé du réconfort dans de tels propos afin de justifier notre impuissance et notre lâcheté. Qu’un tel soit traité de "rabbin rouge" ou qu’un autre soit qualifié de "mercenaire" ne scandalise plus personne, des allégations plus avilissantes et d’opinion encore plus infâmes passent désormais inaperçues !

La rupture totale d’avec le régime dictatorial, qui a été et qui restera l’unique credo de TUNeZINE, s’est métamorphosée au fil des jours en un ras-le-bol général vis-à-vis de l’opposition tunisienne et de ce qu’il reste de la société civile.

Des porteurs d’eau (trouble) anonymes et d’autres plus hardis et à visage découverts ont sciemment profité du forum afin de dénigrer impunément leurs antagonistes idéologiques entraînant du coup derrière eux une kyrielle de forumiers faméliques avides de sensations fortes et de scoops malveillants.

Mais, et à tout seigneur tout honneur, aucun des rescapés du forum CNLT (les gardiens du temple), immunisés par leurs expériences acquises au fil des ans et aguerris aux techniques de déstabilisation et de diversion de la dictature et de ses acolytes, n’est tombé dans le piége.

Cette plateforme qui n’est rien d’autre qu’un prolongement naturel de Takriz, du forum CNLT et d’autres sites contraints au sacrifice suprême doit sa survie à... Omar Khayyâm. C’est un secret de fabrique et le moment n’est pas encore venu de le divulguer.

ettounsi de tunezine
Ben Arous
9 mai 2004

Pour les amnésiques et autres ingrats : Une feuille peu glorieuse de notre histoire contemporaine divinement illustrée par un pionnier que je congratule pour sa verve et son courage.

J’ai un pincement au cœur en lisant ce texte car en 1993 j’étais à Ben Arous moi aussi et j’ai attendu le passage du rouleau compresseur, comme tout le monde d’ailleurs. Merde, quand j’y pense bien et que je regarde autour de moi, c’était plutôt une campagne de nettoyage ethnique !

Désarroi ou silence des islamistes ?

A Ben Arous, la vie n’est plus ce qu’elle était

BEN-AROUS, banlieue au sud-est de Tunis. Gouvernorat de 300 000 habitants. La plus ancienne concentration ouvrière du pays. Ici, le taux d’accroissement démographique est de 3,6%, contre une moyenne nationale de 2,4%. L’écart s’explique en partie par des flux migratoires positifs. La moyenne d’âge est de 21,9 ans. La population salariée est estimée à 31,6%, essentiellement dans les services, mais, à partir de 1972, l’implantation dans la région d’industries manufacturières à capitaux étrangers - essentiellement dans le textile - a multiplié les emplois. Leur nombre est désormais en chute constante en raison de la crise du textile. Le taux de chômage est de 15,9 % (contre 15,3 % dans l’ensemble du pays). Mais c’est un chômage tout relatif, étant donné l’ampleur du commerce parallèle et des travaux saisonniers. Selon un sondage auprès de 1 000 ménages, 88,1% des familles disposent d’un téléviseur (moyenne nationale : 70%) ; 75,7% déclarent disposer d’un réfrigérateur (moyenne nationale : autour de 46,2%). Ben Arous est l’un de ces anciens bastions de l’islamisme tunisien où la vie n’est plus ce qu’elle était. Les dirigeants d’Ennahdha qui naguère y résidaient ont été emprisonnés ou se trouvent en exil. On chercherait en vain à rencontrer des militants : "Ils sont inconnus ici", réplique-t-on en choeur. Barbes, hijabs, les signes distinctifs qu’ils arboraient ont disparu. Ferveur et fébrilité autour des mosquées et dans les quartiers populaires se sont atténuées, les foules ne sont plus aussi denses devant les lieux de prière le vendredi. Philanthropes et bienfaiteurs sociaux islamistes, qui côtoyaient les déshérités, n’ont plus pignon sur rue. Depuis un an, la vie à Ben Arous, comme dans les autres fiefs islamistes, est l’objet d’un contrôle particulièrement sévère. Le pouvoir recourt simultanément à un impressionnant arsenal répressif et à un audacieux programme de restauration urbaine et d’actions sociales, financé en partie par la Banque mondiale. Un dispositif policier de grande ampleur quadrille les quartiers "chauds". La répression a été durement ressentie. Les arrestations se chiffrent par milliers, mais personne ne se hasarde à avancer un nombre précis. Des familles affirment qu’elles sont restées des mois entiers sans nouvelles d’un proche, arrêté un jour à l’aube par des policiers. Mosquées et autres lieux de prière sont étroitement surveillés, les cercles de discussion que les islamistes aimaient organiser dans les enceintes des mosquées sont interdits. Leur littérature, ainsi que leur organe de presse, El Fajr, n’ont plus droit de cité. Les tracts distribués dans les boîtes aux lettres des particuliers deviennent rarissimes. La peur, les persécutions et intimidations de toute sorte ont contraint les militants non incarcérés et les sympathisants à adopter un profil bas. Certains ont même fait publier des communiqués dans les journaux de la place pour réfuter ou dénoncer toute allégeance au mouvement. Parallèlement, un ambitieux programme de développement urbain a été lancé dans ces régions défavorisées où l’islamisme politique constituait un refuge et un espoir pour les populations pauvres, frustrées, laissées pour compte du libéralisme sauvage. Des travaux d’assainissement des réseaux de canalisations, d’éclairage public, d’alimentation en eau potable, sont menés de pair avec la construction de centres hospitaliers, d’écoles, de terrains de jeu qui souvent jouxtent les postes de police et les représentations du RCD. Des encouragements à la restauration de demeures privées, des aides sociales aux plus démunis sont prodigués par l’ةtat, qui voit ainsi ses fonctions "providentielles" réhabilitées. Au même moment, ce même ةtat s’érige en seul représentant et gestionnaire de la foi, et toute tentative de le concurrencer est vouée à l’échec. Lieux de prière et institutions caritatives sont placés sous sa tutelle. L’enseignement religieux a été révisé de fond en comble. Les campus universitaires, naguère terrain de prédilection des islamistes, sont désormais très contrôlés par la police, qui en fait le siège à longueur de journée. L’islamisme actif s’était imposé comme la seule force capable de rivaliser avec le parti-ةtat et ses institutions. S’est-il dilué dans cette panoplie de mesures destinées à le faire disparaître coûte que coûte, ou bien a-t-il délibérément choisi de se mettre en veilleuse, évitant de verser dans le terrorisme, attendant des évolutions favorables ? Difficile de répondre avec certitude. Néanmoins, c’est un fait que, du temps du président Bourguiba, à deux reprises, en 1981 et en 1987, la répression s’est abattue sur lui, et chaque fois, dès que les conditions politiques devinrent propices, il put refaire surface. Les militants retrouvèrent leurs énergies, et renouèrent avec les foules d’antan.

1993 - Larbi Chouikha © Le Monde Diplomatique



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