Je n’ai jamais compris, pourquoi je dois écrire chaque fois que je commence un nouveau voyage, peut être parce que je suis encore sous pression de plusieurs diables d’écriture ou plutôt, il y a des anges qui m’accompagnent toujours. Sur mon épaule gauche il y a un ange aveugle, sur celle de droite il y a un ange sourd. Ils dictent leurs mots comme ils veulent. L’un est parfaitement à l’opposé de l’autre, moi je suis leur typographe. Je n’arrive pas à trouver le bon chemin, celui de gauche il n’arrivera jamais à comprendre Kacem comme il faut alors que celui de la droite, il ne m’écoute pas.
C’est vraiment terrible cette situation et inacceptable. Vu que la gauche n’a pas encore pu élargir son espace visuel alors que la droite n’arrive pas à ouvrir ces oreilles pour écouter la raison de la gauche.
Marcher entre un aveugle et un sourd c’est de la vengeance de moi même... Je crois que c’est pas uniquement moi qui se trouve dans une situation pareille, mais c’est la majorité de beaucoup d’entre vous. Deux anges, mais uniquement pour eux ils sont des anges. Moi non je ne le suis pas. Je me sens fatigué de tout ceci. Je me sens fatigué de parler à haute voix pour que la droite m’écoute et je me sens fatigué de décrire le paradis pour que la gauche puisse imaginer le bon dessin.
Aujourd’hui, comme plusieurs autres jours j’ai préparé mes bagages pour quitter. Je ne sais où, sans destination et sans billet. Tout doit être mis en place à la gare. J’adore ces types qui voyagent sans réservation, sans amis, sans eau et sans chien. Seul un oiseau qui m’accompagnera dans ce train, je le vois survoler ma tête. Il ne s’éloignera jamais de son créateur. Un pas en avant, je monte le wagon et je m’allonge sur mon lit. Les yeux fermés, jambes croisées, mes mains sous ma tête je commence à écrire quelques lignes, quelques mots et quelques images. A côté de moi, un fille de 25 ans, qui me demande de sortir pour qu’elle change ses vêtements. Je lui réponds qu’elle a raison elle n’a rien à me montrer, ni seins, ni cuisses, ni lévres... J’ai oublié tous ceci chez Zeinab. J’ai rien vu et je ne veux pas d’elle, elle est moche.
Les roues du train font la bonne musique du monde. J’aime ces vibrations qui se propagent à travers le fer pour arriver jusqu’à ma tête. C’est ainsi que les images commencent à se monter, se couper et enfin à former les premieres trentes secondes de mon film.
Voici comment il doit commencer : un train noir avec un oeil vif bien allumé, une lumière trop forte, le chemin de fer noir, noir comme la nuit. En face du train un cheval grand noir, noir plus que la nuit, court dans la direction opposée du train. Ici je vous raconte un tableau d’un grand peintre indien. Je suis déjà à l’intérieur du premier musée de l’ouest.
Deux civilisations qui sont face à face. imaginez vous donc la suite d’un tel choc entre un cheval et un train... La Tunisie est là. L’image est là. Imaginez donc un combat entre l’ange de droite et l’ange de gauche. Kacem sera écrasé, ni plus ni moins... Le prochain musée est encore loin, 350 kms le sépare de moi. Je suis déja parti vers le far-ouest.
Alors que Kacem reste avec son oiseau chez lui, sur son lit aux frontières de la république de Kacem pour chercher une solution et brûler les frontières pour aller voir ces oliviers, ces arbres fruitiers et ces lapins.
Un ami, qui m’accompagne toujours, c’est le juge des juges, je le vois assis en face de moi sur la petite table. Entre nous il y a deux bouteilles d’eau et un livre. Je crois celui de Zola. Il ferme ses yeux et parle calmement, tranquillement et en toute sagesse. Ils les ouvrent uniquement aprés avoir terminé ces phrases. Trop énergétique que je suis, je n’arrive pas à compiler ses mots surtout ayant les yeux fermés. Je lui demande : "pardon cher ami pouvez vous me répeter la dernière phrase ?". Il ferme ses yeux, moi je ferme les miens pour comprendre les choses. Les lois et la logique, quand j’ouvre mes yeux de nouveau je le trouve debout pour me dire : Kacem ne ferme plus tes yeux, tu risques de perdre la vision.