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Présent aux Hommes de notre Temps par l'Histoire du Changement
Osmanli


Ithaf Ahl az-Zaman bi Akhbar Hedha el-Makan

Désolé pour ce grand retard. Je n'ai pas vraiment eu le temps pour les traductions (c'est presque une thèse) : voilà simplement la transcription de quelques feuillets que j'ai jugés interessants. Ah oui, j'avais oublié de donner le titre du manuscrit l'autre fois, c'est bien sûr : " Présent aux Hommes de notre Temps par l'Histoire du Changement" que vous pouvez relire à cet endroit

Feuillet 54 :

Au cours du mois de Joumada-al-Awal 1422 (ndt. : Juilllet-Aoüt 2001), le Bey destitua de ses fonctions le Cadhi de la Capitale, le lettré, le savant, le vertueux, le juriconsulte Abou'l Mahassen Mokhtar El-Yahyaoui. Cette affaire fit grand bruit dans le Royaume et même au delà des mers, jusqu'aux pays des Chrétiens. On dit que ce juge - Dieu l'Assiste - eut la conscience troublée par les abus de toutes sortes dont il était par ses fonctions le témoin impuissant. "Chacun de vous est un pasteur ; chacun de vous sera donc responsable de son troupeau..." (ndt. : Hadith ; El-Boukhari, I, 293). Sa vue se troubla et de chaudes larmes coulèrent sur son noble visage. Il écrivit alors une lettre à Notre Maître pour lui ouvrir les yeux sur les agissements des hypocrites, des fourbes et des menteurs. C'est ce qui causa sa perte comme nous allons le voir. Voici une partie du texte de cette lettre après le préambule :".... Depuis que j'assume ces fonctions mon coeur est triste, je suis en proie aux regrets et aux soucis. Je me suis attaché à faire triompher la Justice de Dieu et des hommes jusqu'à ce que mes forces déclinent, ma patience soit épuisée et ma situation devenue insupportable. Grâce soit rendue à Dieu qui t'a choisi pour faire triompher la justice et la loi après qu'elles aient été négligées et que la tyrannie ait régné. Que l'eau qui abreuve tes ennemis reste trouble, que la tienne demeure pure.
Mais voilà, des insolents, des orgueilleux, des fourbes qui ne voient dans le pouvoir qu'une occasion de faire fortune ont depassé toutes les bornes, conduisant les hommes à l'erreur fatale. Ils n'ont craint ni le blâme de la rupture ni le châtiment encouru par celui qui viole son serment. Cette puissance qu'ils tiennent de toi, il ne l'usent que pour contraindre les Muftis et les Cadhis à rendre les jugements selon leurs désirs ; ils s'élèvent en s'efforçant de nous abaisser, aidés par des ignorants, dépourvus de raison..." et il écrivit ainsi d'autres considérations de cette sorte....

Feuillet 55 :

En vérité, cette lettre reflétait bien la situation alors en cours dans le Royaume. Mais le Bey fut chagriné qu'elle est été rendue publique par l'intermédiare d'Al-Web comme nous aurons l'occasion de le voir plus tard. Notre Maître eut alors un entretien avec son ministre le Bash-Hanba Abdulwahab et quelques-uns de ses intimes, et les consulta sur cette affaire. Je faillis avoir des ennuis à ce propos, mais ils me furent épargnés grâce à la bonté divine. En effet, Notre Maïtre qui était facilement irritable, comme le sont ceux qui observent le jeûne ou encore ceux qui sont sous l'emprise de boissons fermentées, me regarda et me demanda : "Qu'en dis-tu ?". Je lui répondis : ".. Comment pourrions-nous dire que l'intention de se plaindre à Notre Maître constitue un crime ou un délit qui doit être puni.. après tout, ces juges sont libres.. (ndt. : "ahrar" : libres). Cette reflexion l'indisposa fort et il se mit à répéter mes paroles et à me les reprocher avec colère : ".. on prononce en ma présence le mot "hurr"..., il a dit devant moi que ces gens-là sont libres....". Heureusement, l'un de ses intimes qui m'avait pris sous sa protection me murmura... : " Transcris le contenu de l'acte de destitution du Cadhi que tu l'aies compris ou non". On peut encore le lire, écrit de ma main, dans le registre des conseils. C'est Dieu "qui efface les mauvaises actions" (ndt. : citation partielle du verset 24/25 de la Sourate XLII)
Regardez pourtant les pays qui connaissent la prospérité materielle ; les sujets y sont respectés dans leurs opinions, leurs biens et leurs personnes ; les décisions des Cadhis y sont honorées même lorsqu'elles font trembler les Grands du Royaume lorsqu'ils s'égarent.


Feuillet 56 :

Lorsque son règne fut passé de la période de la jeunesse à celle de la faiblesse et de la décrépitude, Notre Maître se mit ainsi à traiter avec mépris les habitants du Royaume et se laissa abuser par les apparences d'une soumission peu sincère. Ses intimes et ses favoris qui l'entretenaient dans cet esprit usèrent de leur pouvoir absolu pour imposer des charges au vulgaire comme au notable et leur faire subir des exactions et de multiples avanies, afin de subvenir aux dépenses qu'entrainaient leurs passions et les plaisirs de toutes sortes. Ils s'approprièrent une grande part des biens habous du Royaume (ndt. : propriétés inaliénables) vendirent à vil prix aux Roums d'autres biens du Beylik, battirent monnaie avec le cuivre des vaisseaux et firent main basse sur tous les circuits du négoce. "Malheur à ceux qui ne donnent pas la mesure..." (ndt. : Sourate LXXXIII : "Al-Mutaffifûna")
Certains parmi les marchands prospères... furent arrachés de leurs maisons et jetés dans une sombre prison d'oû ils ne furent remis en liberté qu'après avoir livré leurs biens et payé la "khidma" (ndt. : le "service" ; l'équivalent du bakshich) et d'autres abus qui provoquent la ruine des nations et poussent les gens à s'expatrier. Les habitants du Beylik devinrent semblables à ceux dont on dit : "Il n'a plus de dos pour être monté, ni de lait pour être trait".
Dans ce que nous avons rapporté dans ces pages le lecteur verra clairement les causes de la décadence des pays. "Vers Allah sera le Devenir ..." (ndt. : Sourate III, verset 27/28)


Feuillet 61 :

Au début de ce siècle (ndt. : il s'agit bien sûr du 15ème siècle de l'Hégire), Dieu fit la grâce à Ses Créatures de leur accorder une nouvelle race de pigeons voyageurs. Les lettrés et les savants de l'époque appelèrent ces pigeons Al-Web. Ces volatiles traversaient les terres et les mers plus vite que le vent et les ouragans et de l'Empire de Chine jusqu'aux confins du Bilad-es-Soudane, les nouvelles et les depêches s'échangeaient à la vitesse de l'éclair. Il n'y a de force et de puissance qu'en Dieu ; Gloire à Lui ; "Il est Le Subtil, l'Informé..." (ndt. : Sourate LXVII, verset 14)
Au commencement, Notre Maître accueillit avec faveur cette innovation dont il pensait, avec raison, qu'elle contribuerait à accroître la prospérité du pays et de ses habitants. Les gens, chacun selon ses moyens, firent construire dans leurs commerces ou dans leurs demeures des pigeonniers pour abriter ces oiseaux ; c'était à l'époque un mystique du nom d'Al-Microusoufti qui bénissait ces pigeonniers et il en tira de grands bénéfices. Les gens s'habituaient peu à peu à cette innovation et échangeaient des nouvelles et des informations avec leurs familiers, leurs voisins et jusqu'aux coins les plus reculés où l'on peut trouver des fils d'Adam.
Ses conseillers et ses familiers dirent alors à Notre Maître : "Tu as autorisé cette innovation mais c'est maintenant un danger pour ton autorité !". Car c'est vrai qu'auparavant les crieurs qui lisaient les nouvelles de place en place ne faisaient que répeter ce que leur ordonnait le Bach-Hanba Abdulwahab et le gouvernement.

C'est de cette époque que date la création au sein du Jound de la Dékhilia du régiment des Saiber-Boulissis (ndt. : Selon Brunschwig, E.I,Tome2, il s'agirait des Cyber-Flics)) qui connaissait tout l'art de la pigeonnerie et de la fauconerie. Ils dressaient des filets pour capturer les pigeons d'Al-Web, décachetaient les missives et se hataient de mettre aux fers ou de battre ceux qui exprimaient des critiques à l'autorité. Dans d'autres circonstances, ils usaient de faucons ou encore ils mêlaient à des pigeons sains des pigeons atteints de maladies contagieuses pour répandre le mal dans certains pigeonniers.

Feuillet 62 :

A partir de ces affaires et de l'emergence d'Al-Web, la position de ce Bey commença à s'affaiblir. Au mois de Rabi-ul-Awal 1423 (ndt. : Juin 2002, Notre Maître ordonna de mettre aux fers un jeune homme de la Capitale que les Saiber-Boulissis avaient appréhendé après une longue traque des pigeons d'Al-Web. C'est lui qui avait recopié et adressé à tous les pigeonniers la lettre de son oncle paternel le Cadhi révoqué. Ce malheureux du nom d'Abou Zouheir ETTOUNSI et qui avait acquis une grande maîtrise dans l'art de la pigeonnerie, fut arraché à sa famille, garroté, bastonné et martyrisé par des cruautés qui ne sont permises ni par la loi religieuse, ni par la raison. Pourtant, à la vérité, ce n'était qu'un jeune homme, qui comme tous ceux de son age aimait braver et moquer l'autorité. Il écrivait des sottises sur le gouvernement qu'il envoyait par les pigeons d'Al-Web et qui faisaient rire ses camarades. Pourquoi Notre Maître ne s'est-il pas comporté dans cette affaire comme Moawia Ibn Abi Sofiane lorsque le poète le décrit ainsi : "Nous essayons de le mettre en colère pour observer ses réactions. Il répond à notre impertinence par la longanimité et l'affabilité. Nous nous comportons avec lui comme nous nous comporterions avec notre père".
Mais Notre Maître devenait plutôt comme le propriétaire d'un verger qui, debout aux milieu de ses choux, leur coupe la tête dès qu'ils grandissent. Et en effet, il fit mettre aux fers, emprisonner au bagne de la Karaka et dépouiller de leurs biens, des gens de grande valeur, des savants, des lettrés, et en général tous ceux chez qui il soupçonnait une hostilité apparente ou secrète.
Pourtant, il aurait suffi qu'il gronde le jeune homme pour son impertinence comme un père l'aurait fait pour son fils. Peut-être même aurait-il pu lui demander de faire usage de ses talents et de son art pour le service du pays.
Mais ce sont là les moindres fruits de la tyrannie lorsqu'elle ne respecte plus rien. "A Allah la fin des choses ..." (ndt. : Sourate XXII, verset 41/42)

On m'a dit - Mais Dieu sait mieux - que la compagne de ce jeune homme, El-Warda, était une des femmes célèbres de son époque par sa valeur personnelle et la noblesse de ses sentiments. Elle réussit à transferer au Pays des Francs le pigeonnier de Zouheir qu'il avait nommé "TUNeZINE" (ndt. : nous n'avons pu retrouver ce vocable dans aucun dictionnaire). Et depuis, les pigeons Al-Web de TUNeZINE volent de toute part, unissant tous ceux qui partagent l'amour d'Ettounsi, l'amour des autres d'oû qu'ils viennent mais aussi celui de leur Patrie et de la Liberté.



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