|
mardi 3 mai 2005
Les gouvernements ont-ils fait des progrès dans la protection du droit à la liberté d’expression ou la situation est-elle en train de se dégrader ? Un atelier a essayé hier de répondre à cette question au cours de la conférence internationale de Dakar sur “ Médiats et bonne gouvernance ”.
Chaque jour, des journalistes sont menacés, harcelés, tués ou leur organe de presse supprimé pour de bon. Cela pour avoir dénoncé ou critiqué ouvertement leur gouvernement. Le cas du journaliste Norbert Zongo du Burkina Faso a été cité en exemple par Mbaya Thsimanga, président de Journalistes en danger en République démocratique du Congo.
Pour parler de ces particuliers, l’atelier d’hier sur “ Médiats et droits de l’homme ” qui avait comme modérateur le Pr Iba Der Thiam, député et vice-président de l’Assemblée nationale sénégalaise, a enregistré outre le témoignage de Mbaya Thsimanga, président de Journalistes en danger en République démocratique du Congo, celui de Sophie Piekarec, responsable du journal tunisien en ligne TuneZine.
Pour Mbaya Thsimanga, en RDC, comme dans certains pays où les délits de presse sont dépénalisés, à défaut de recourir à des moyens forts, des radios et des télévisions sont rachetées par des hommes politiques pour avoir une mainmise sur les médiats à la veille d’élections.
À défaut, on envoie le fisc et les taxes aux trousses des patrons des médiats. Des éléments de chantages, selon le président de Journalistes en danger de la RDC. Mbaya Thsimanga va jusqu’à soupçonner l’aide publique à la presse ! De l’argent sorti de la poche du prince ne serait-il pas une tentative de corruption, se demande-t-il.
Pour protéger les journalistes contre toutes manuvres, Mbaya Thsimanga préconise une professionnalisation du métier de journaliste avec une bonne formation avant toute descente sur le terrain.
Des recommandations qui n’auraient aucun effet en Tunisie, selon Sophie Peikarec, responsable du journal en ligne TuneZine. Pour avoir assisté, impuissante, à l’emprisonnement puis à la mort de Zouer Yahyaoui, l’ancien responsable de TuneZine qui avait caricaturé le régime actuel, Sophie Piekarec avoue ne pas comprendre le degré zéro dans lequel est confinée la presse tunisienne. Les journalistes n’y ont pas la possibilité de publier leurs quatre vérités et ils y gagnent leur liberté qu’après avoir subi des coups, affirme Sophie Piekarec. Et dire que la journée pour la liberté de la presse y est célébrée comme partout ailleurs dans le monde et la Tunisie est signataire de conventions et d’engagements internationaux et les journalistes s’y regroupent en associations !
Le Pr Iba Der Thiam, en modérateur averti, a fait observer que la démocratie fonctionne pour tous les citoyens. Tout en exhortant les journalistes à se prendre en charge à travers leurs associations, le Pr Iba Der Thiam a admis que l’Etat, puissance publique levant les impôts, doit soutenir la presse dans l’exécution de son métier d’informer. Cette aide pourrait être sous forme de réduction de frais de téléphone, de logement, etc. Mais elle ne saurait être un moyen de pression, avertit le député sénégalais.
OMAR DIOUF
L’article d’origine a été retiré du site du journal sénégalais Le Soleil
http://www.lesoleil.sn/societe/article.cfm ?articles__id=49406 |