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On annonce la perte de 250 000 emplois dans le secteur du textile en Tunisie. Une véritable catastrophe industriel pour le pays, tant en termes de coûts économiques que sociaux. L’industrie textile tunisienne compte parmi les premières industries du pays, fin années 90, elle était même classée comme la première industrie du pays générant des entrées en devises dépassant le secteur touristique. Cette industrie emploie une main d’uvre abondante et a permis de créer des mini-parcs industriels dans différentes localités à travers la république. C’est ainsi qu’on a vu des zones industrielles se basant sur le textile émerger dans différentes régions comme le nord, le sahel ou la région de sfax. Bref cette industrie a eu l’effet de décentraliser un tant soit peu l’appareil industriel tunisien en dehors de la capitale et de sa périphérie. Cette industrie est devenu le poumon économique de certains régions, de petites villes entières, nous n’avons qu’à imaginer l’impact de cette annonce sur une ville tunisienne moyenne comme Ksar Hellal vivant et commerçant principalement du textile.
Au prorata et par simple équation mathématique on pourra dire qu’une famille tunisienne sur neuf sera directement affectée par cette catastrophe économique. Le pire est qu’elle touche les couches les moins nanties de la population tunisienne. Bref le plus souvent les familles rurales à faible revenu, qu’elle touche surtout des femmes (car cette industrie est fortement féminisée) ayant peu de qualifications mais qui participaient un tant soit peu a préserver le maigre pouvoir d’achat de leur famille. Ces femmes ont le plus souvent un faible niveau d’éducation, rarement une réelle formation professionnelle, leur réinsertion sur le marché de l’emploi sera très difficile surtout dans des régions qui par essence offre déjà très peu d’emplois. Bref je n’ose imaginer le bilan économique et sociale d’un tel scénario. Ces personnes sont d’autant vulnérables que les chers affidés de l’UTICA (le patronat tunisien) ont paupérisé leur situation en les payant en dessous du salaire minimum garanti. En déjouant aussi le plus souvent la législation sociale et en refusant de leur offrir une couverture sociale (CNSS, etc), ne parlons pas des droits syndicaux inexistants dans ces usines, des licenciements abusifs, etc,... Bref un abrutissement, un travail à la chaîne et aliénant, des travailleuses exploitées et un patronat bénéficiant d’une impunité à toute épreuve.
La question est pourquoi en est-on arrivé là ? Oui il est clair que la Tunisie ne peut concurrencer la Chine en termes de coût main-d’uvre ou au niveau de l’équipement industriel ou technologique. Il n’empêche que la situation actuelle aurait pu être évitée ou circonscrite si une réelle stratégie avait été mise en place par les autorités tunisiennes et les capitaines d’industries. Au lieu de tout cela, l’attitude adoptée fût l’immobilisme et l’attentisme, et voilà qu’en tout dernier lieu on se tourne encore vers l’Europe pour nous sortir de ce mauvais pas.
La date du 1er janvier 2005 concernant le démantèlement des accords multifibres était connue de tous depuis 7 ans au moins. L’adhésion de la Chine à l’OMC aboutissait inéluctablement à la levée des barrières douanières et des mesures protectionnistes qui handicapaient ses produits textiles. La taxation des produits chinois instituée par l’union européenne permettait à la Tunisie et à ses produits d’être concurrentiels. La Tunisie avait pour principal avantage son positionnement géographique au cur du bassin méditérannéen et le faible coût de sa main d’uvre. La mondialisation, le boom des télécommunications et des moyens de transport (fret aérien, flux continus) ont minimisé cet avantage avec le temps. Pour ce qui est du coût de la main d’uvre, il est impossible de concurrencer la Chine sur ce plan, d’autant qu’elle produit plus et mieux, sa productivité est dûe en grande partie par de meilleures stratégies de gestion et surtout grâce à un équipement industriel moderne et hautement technologique qui fait cruellement défaut à la Tunisie.
Car il ne faut pas se berner la Tunisie, en dépit des années de répit obtenues n’a pas su en profiter. Nos industriels ont préférés investir dans les berlines de luxes et les résidences secondaires huppés que d’investir et de renouveller leur équipements vieillissants et de moins en moins compétitifs. 80 % des usines textiles tunisiennes travaillent encore avec de l’équipement datant de la fin des années 80, avec un schéma de production et de gestion statique inadaptée aux exigences commerciales actuelles. La mise à niveau ne s’est pas faite.
En effet, nos industriels en dépit des programmes de mise à niveau financés à coups de millions d’Euros par l’union européenne depuis 1995, des exonérations douanières et subventions à l’exportation accordés par l’état, n’ont pas su s’ajuster et s’adapter. Une grande partie des fonds a été détournée pour d’autres besoins que la mise à niveau professionnelle et industrielle voulue. Le résultat, des petites entreprises familiales toujours aussi fragiles et qui payent chèrement cette insouciance aujourd’hui.
La responsabilité est aussi partagée par le gouvernement tunisien et l’UTICA qui n’ont jamais établi de réelles stratégies pour parer à cette situation. En 30 ans, la Tunisie n’a jamais eu de réelle stratégie industrielle pour le secteur du textile. Contrairement à des pays comme la Chine qui produisent leur propre matière première, la Tunisie importe tous ses besoins en coton et en matières textile. Ceci limite grandement ses marges bénéficiaires et la rend dangereusement dépendante à ce niveau, limitant par conséquent ses plus values en la matière. Pour ne pas aller trop loin, des pays comme la Turquie qui produisent leur propre matière première s’en sortent bien mieux que la Tunisie. En faisant, des économies d’échelles et en contrôlant la filière en amont comme en aval, ils réussissent a atténuer l’effet du « rouleau compresseur chinois » et a s’en tirer, certes avec des marges moins importantes et des parts de marché diminuées mais sans que cela soit l’hécatombe tel que la vit notre pays actuellement. Mieux encore des pays comme la Corée du sud qui ont basé leur envol économique sur le textile dans les années 70 ont réussi a sauver leur filière en misant sur des niches de produits rares mais aussi sur la haute technologie. Ainsi la Corée du Sud qui a vu le coût de sa main d’uvre augmenter au fil des ans a choisi de produire uniquement les produits synthétiques ou spéciaux tel le kevlar dont elle est l’un des premiers producteurs mondiaux. Bref cette spécialisation et l’innovation conséquente ont permis de distancer les géants chinois et indiens voisins, incapables de concurrencer sur ce créneau. Bref les solutions de rechange existaient, elles n’ont pas été exploité.
De plus, la Tunisie a délibérément choisi de se cantonner dans la production en sous-traitance, laissant échoir la conception et la vente finale aux multinationales. Bref, on a choisi la dépendance et de jouer le rôle de sous-fifres économiques, on en paye le prix avec ses industriels étrangers qui ont choisi massivement de rapatrier leurs capitaux et de fermer boutique. Nos industriels aussi sont complices, ils n’ont pas pris les devants, ont détourné les fonds vers d’autres secteurs ou d’autres besoins secondaires ou personnels. L’incompétence, l’irresponsabilité sont aussi des crimes. Mais bon les victimes sont encore une fois les plus démunis, le petit peuple sans ressources, les petites ouvrières qu’on licenciera sans autre forme de dédommagement, après l’exploitation on finalise la spoliation des droits, le coup de grâce ! Nos politiciens se lamenteront pour se donner bonne conscience, mais on est pas dupe ! Nos industriels ? Pour eux ne vous en faites pas, ils se sont déjà recyclés et sont à l’abri du besoin. Miskina tounes !!!! |